18/11/2013

Tournai : l'année 1849 sous la loupe (3)

Nous voici arrivés au troisième et dernier volet de cette rétrospective des faits qui marquèrent l'année 1849 à Tournai. Je rappelle que pour conserver la "saveur" des informations publiées dans la chronique locale du journal de l'époque, le texte est parfois reproduit in extenso, il est alors en italique. Les titres, absents à l'époque, on été ajoutés.

Sauvetage dans l'Escaut.

Un fleuve qui traverse une ville s'avère souvent être une source d'accidents en raison de chutes accidentelles et, le plus souvent, volontaires.

"Le 24 août, vers 5h (de relevée), le Sieur Louis Moulron, compagnon-treilleur, a sauvé d'une mort certaine un petit garçon de 4 ans qui était tombé dans l'Escaut près du quai des Quatre Bras. N'écoutant que son courage, le Sieur Moulron, s'élança tout habillé dans le fleuve et fut assez heureux pour saisir l'enfant au moment où il allait disparaître sous les eaux et pour le rendre, sain et sauf, à sa mère".

Le choléra dure depuis plus de huit mois.

En septembre, le choléra continue à exercer ses ravages et on invoque le Ciel.  

Le dimanche 16, la vaste nef de la cathédrale Notre-Dame ne put contenir la foule qui s'y pressait dans un pieux recueillement pour assister à la messe chantée à l'invocation de Saint-Eleuthère, patron de la ville.

Comment doit-on comprendre le sens de la dernière phrase ?

Jusqu'à la fin des années cinquante, un cirque était présent à Tournai lors de la kermesse de septembre. Cette coutume existait déjà en 1849 puisque le journal nous informe que :

"Le Cirque National est présent dans le cadre de la kermesse de septembre. Décrire l'adresse des deux écuyers Mrs. Cignac et Monfroid est presque impossible, que de grâce et d'habileté dans l'exécution des mouvements, que d'attraits dans les exercices d'un genre nouveau...() Que le public se presse d'assister au spectacle car ces deux messieurs n'en ont plus pour longtemps !

Le numéro présenté était-il à ce point dangereux ?

Le danger de jouer avec des allumettes.

Le 29 septembre, vers 3h, un incendie s'est déclaré dans une maison de la rue de France. Grâce aux actifs et intelligents travaux de nos pompiers et à la coopération d'une grande partie de notre population accourue sur les lieux, il a été possible de se rendre, en peu de temps, maître du feu. Quoiqu'il en soit, le sinistre a été considérable ! On en attribue la cause à l'imprudence d'un enfant qui aurait joué avec des allumettes phosphoriques dans un grenier plein de foin et de paille.

Apprécions la précision : une grande partie de la population est accourue sur les lieux, probablement celle qui habitait le voisinage car la ville comptait à ce temps-là près de 30.000 habitants !

Un meurtre à Maulde.

"C'était plus calme avant, on n'entendait pas parler de tout cela...", combien de fois avons-nous déjà entendu prononcer ces mots lors de la relation d'un fait divers actuel concernant les vols, viols ou assassinats ? La violence est de toutes les époques, hélas, et le fait qui se déroule le 29 septembre 1849 le démontre.

"Le dimanche 11 novembre, un meurtre a été commis dans la soirée, à Maulde (précision : il s'agit d'un village distant d'une dizaine de kilomètres de Tournai, rattaché à la ville lors de la fusion des communes de 1977). Deux cousins étaient sortis vers 10h du soir du cabaret et cheminaient ensemble. Une altercation s'étant élevée, ils s'armèrent de leurs couteaux et se mirent à ferrailler jusqu'à ce que l'un des deux tomba sous les coups de son adversaire. La victime, le nommé Petit, n'est âgé que de 25 ans environ, elle a reçu cinq coups de couteaux dont l'un lui a ouvert le bas-ventre. Ce n'est que le lendemain matin, vers 6h et demi, que le meurtre fut connu par quelques habitants de la commune qui trouvèrent le cadavre étendu sur la route. Mr. Heughebaert, juge d'instruction, s'est rendu sur les lieux accompagné de Mr. de Rijckman, substitut de Mr le Procureur du Roi et de Mr. Vilain, docteur à Leuze. Ils ont opéré l'arrestation du meurtrier, arrivé hier soir, par le dernier convoi de marchandises".

Relation d'un conseil communal.

Le conseil communal s'est réuni le 9 novembre à 7h (du soir). Le Conseil se forme en comité secret, la séance est ensuite rendue publique... Mr. Le Bourgmestre donne lecture d'une réclamation de quelques habitants au sujet du transfert de la station de l'entrepôt des taxes... Après discussion, l'Assemblée déclare qu'il n'y a pas lieu de donner suite à la réclamation....()L'enlèvement des boues, déclare Mr. Le Bourgmestre, faisait jadis une branche de revenus pour la ville, mais depuis vingt ans environ, le contraire a lieu. Il est devenu une charge ! () Lors de l'analyse du budget communal, il apparaît un excédent de recettes de 52.625,40 francs. Une discussion s'engage au niveau du poids des dépenses concernant la Garde civique. La Ville a prévu de dépenser le même budget qu'en 1848, soit 3.200 francs. Le Lieutenant-Colonel de la garde civique a introduit une demande pour porter ce montant à 4.800 francs, après discussion, le chiffre de l'année précédente est néanmoins maintenu...

Cent soixante-quatre années plus tard, cette dernière information doit résonner au sein de la zone de police et du service incendie !

Un fort Chabrol à Esplechin !

La relation d'un fait divers ayant pour cadre le village frontalier d'Esplechin, désormais rattaché à Tournai, est à l'origine du plus long article paru dans la collection de journaux de l'année 1849. Comme on l'a vu, ceux-ci se résumaient souvent à trois ou quatre lignes.

"Le dénommé Dubrunfaut avait acheté une maison sur 1/2 hectare de terre tenant au chemin qui sépare Esplechin (B) et Wannehain (F). Il y faisait un petit commerce d'épicerie. Dans le vue de l'agrandir, il avait emprunté, il y a quelques années, une somme de 3.000 francs à un habitant de la commune, nommé Coigné, qui mourut quelques temps après. Sa veuve dut attraire (ester) en justice le dénommé Dubrunfaut pour faire rentrer ses fonds. Le drôle convaincu que personne n'oserait jamais le mettre à la porte de sa maison, ni acheter son bien, se laissa condamner par défaut. La veuve, pour se libérer, acheta le bien à la criée du tribunal. La maréchaussée de Rumes dut intervenir plusieurs fois pour jeter ce démon à la porte ou pour protéger le domestique de la veuve qui labourait le terrain. Malgré la présence de la force armée, Dubrunfaut déchargea un jour son pistolet sur le domestique. Il fut condamné pour ce fait. Après sa libération, durant un mois, il resta tranquille mais vint ensuite pour refaire le coup de feu sur le locataire de son ancienne maison. Sept gendarmes de Rumes cernèrent la maison du tireur à la limite de Wannehain à 3h du matin. Barricadé dans son grenier, il refusa de se rendre et menaça de mort amis ou ennemis qui s'approcheraient de son habitation. A plusieurs reprises durant la journée, il déchargea son pistolet sur les gendarmes. Des gendarmes venus de Lille prêtèrent main forte aux hommes sur place et à 4 h du soir, un des gendarmes, sabre dans une main, pistolet dans l'autre, une grosse botte de foin sur la tête, monta l'échelle. Deux coups de feu résonnèrent dans le grenier et on découvrit le cadavre de l'homme, il venait de se brûler la cervelle !".

Après l'héroïsme des gendarmes, la malheureuse bavure d'un policier.

A la fin du mois de novembre, le journal relate un triste fait qui s'est déroulé à la porte de l'Athénée.

"Un acte de brutalité révoltante a eu lieu, le 26 novembre, à la porte de l'Athénée pendant la remise des médailles. Un agent de police a porté un coup de sabre à un jeune orphelin, qu'il avait pris pour un mendiant (!). Ce petit malheureux a été conduit à l'Hôpital Notre-Dame. Il a eu la cuisse profondément endommagée".

Le travail des enfants, une triste réalité.

Pour pouvoir subvenir aux  besoins de la famille, les enfants étaient envoyés très jeunes en usine et cette situation durera jusqu'après la première guerre mondiale. Les accidents qu'on qualifierait aujourd'hui de travail étaient nombreux. En voici un exemple qui est relaté dans l'édition parue le 28 décembre.

"Hier matin, une jeune fille de 15 ans environ a eu un doigt emporté dans les engrenages de la machine de MM Boucher, Frères, à Saint-Brice (on écrivait souvent Saint-Brixce). Cette malheureuse a été transportée chez elle (!) en proie à d'horribles souffrances". 

Epilogue d'un acte de "maugré" à Maubray.

Le "maugré" ou "haine de cense" a déjà été évoqué au sein de ce blog. 

"Le lundi 24 décembre, la Cour de Cassation a condamné Louis, Joseph Lacquemant, âgé de 54 ans, cultivateur à Maubray, confirmant la peine de mort  prononcée par arrêt de la Cour d'Assises en date du 20 novembre pour tentative d'assassinat sur la personne de Séraphin Brurulat".  

Avec cette information judiciaire, nous voici donc arrivés à la fin de la rétrospective de l'actualité de l'année 1849. C'est un tout autre monde que nous avons découvert même si certaines informations trouvent encore écho en ce XXIe siècle.

 

 (source : Le Courrier de l'Escaut - éditions de l'année 1849)

S.T. novembre 2013 

 

09:15 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, année 1849, rétrospective, esplechin, wannehain, maulde |

11/11/2013

Tournai : l'année 1849 sous la loupe (2)

Nous avons entamé la lecture des évènements qui marquèrent l'année 1849 à l'ombre des cinq clochers. A cette époque, le journal "le Courrier de l'Escaut" existe depuis vingt ans déjà. Il se présente sous la forme de quatre pages sans illustrations. La première comporte un éditorial politique, sur les pages intérieures, on peut découvrir les rubriques : "Nouvelles de France", "Nouvelles d'Italie"... ainsi que la chronique locale qui nous intéresse particulièrement. Celle-ci n'apparaît pourtant pas tous les jours démontrant le peu de faits dignes d'être publiés. On trouve également un résumé d'articles de la gazette de Mons, de journaux du Nord de la France,  d'informations en provenance d'autres villes de Belgique (Malines, Bruxelles, Louvain...). Les résultats d'examens de l'Athénée Royal de Tournai sont également repris à la fin du mois de juin. La quatrième page est entièrement consacrée aux annonces notariales (ventes de maison, terrains, terres agricoles) ou avis d'adjudications.

En reprenant notre lecture laissée au mois d'avril 1849, il est bon de rappeler qu'en italique est transcrit, mot pour mot, l'article paru afin de pouvoir découvrir le style, les tournures de phrases... Nous y avons apporté un titre pour plus de clarté.

Une mort suspecte (le mardi 24 avril 1849).

Une nouvelle bien douloureuse nous est parvenue ce matin. Mr. Requillard, bourgmestre de Marquain, a été trouvé sans vie dans un fossé longeant la route de Marquain à Ramegnies-Chin. Mr Requillard s'était rendu dimanche, après dîner, pour prendre part au tir à l'arc que donnait le cercle de la dite commune. A huit heures, il retournait chez lui, et ce n'est que plusieurs heures après qu'il a été retrouvé, à l'état de cadavre,  ayant une blessure au front. On se perd en conjectures sur la cause de cette mort, sa blessure fait supposer l'idée d'un crime, mais le caractère jovial et honnête, l'estime générale dont jouissait Mr. Requillard éloignent tout soupçon, on ne lui connaissait pas d'ennemis. La commune de Marquain perd un magistrat éclairé, intègre et conciliant.

Toute mauvaise rencontre est donc exclue par le fait qu'il était un homme jovial, intègre et estimé de sa population !

Un concert au Théâtre.

Le dimanche 29 avril, le Théâtre de Tournai accueille le concert des "40 Montagnards français". Ceux-ci chantent, entre-autres : "La Pyrénéenne", (hymne de bergers au Créateur), "la Nouvelle Varsovienne", "Halte là, les Montagnards sont là", défini comme étant un chant patriotique, "Hymne à Pie IX"...

Une atmosphère particulière, le lundi 30 avril.

Notre ville présentait, hier soir, un aspect inaccoutumé. La musique se faisait entendre dans plusieurs quartiers. D'abord, les sérénades à Mr. Le Ministre des Travaux Publics (en visite à Tournai) descendu à l'hôtel de Mr. le Bourgmestre, ensuite à Mr le Colonel des Chasseurs à Pied, à l'occasion de sa récente promotion, à Mr. Nève, commandant des Pompiers à cause de la Saint-Philippe et à notre violoniste, Am. Dubois, à l'occasion de son prochain mariage.

Des professions disparues.

Le 21 mai, l'Etat-Civil annonce le mariage de Mr. Jacques Werie, 33, ans, musicien ambulant et d'Adolphine Joseph Houdequin, 31 ans, chanteuse ambulante, demeurant au quai Saint-Brice. 

Des petits métiers des rues comme il y en avait des dizaines à l'époque (vitrier, marchand de pétrole, marchand de loques...).

Un problème qu'on croyait actuel

Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir cet article paru le 21 juin 1849 ! :

Nous appelons l'attention de l'autorité sur le mauvais état d'entretien de la grande voirie en notre ville, si pour le pavement des rues de Tournai, l'administration locale peut invoquer l'absence de crédits, il n'en est pas de même des Ponts et Chaussées. C'est donc ou par négligence ou par une condescendance blâmable envers les entrepreneurs qu'il en est ainsi. Avis à qui de droit.

Les Ponts et Chaussées étant l'ancêtre du SPW (routes), finalement le problème serait-il d'ordre génétique ?

Quant à "Qui de droit" jamais il ne se manifestait dans les colonnes du journal pour donner une moindre explication, un champion de la (non)-communication.

Les épidémies préoccupent le Conseil Communal.

Le Conseil Communal du 29 juin se penche sur la mortalité au sein de la ville. Les épidémies de rougeole et de petite vérole qui sévissent conjointement à celle du choléra ont emporté un très grand nombre d'habitants.  En 1849, il y a eu 100 cas de choléra officiellement dénombrés entre le 1er janvier et le 28 juin. Sur ces 100 personnes atteintes, 47 sont mortes (28 sujets masculins et 19 sujets féminins). Parmi les personnes décédées, on note 5 enfants âgés entre 1 mois et 5 ans.

Le rapporteur précise néanmoins qu'on peut regarder le chiffre des décès comme peu élevé si on considère d'une part la gravité de la maladie et d'autre part la mortalité dans les autres communes. 

Les travaux à la cathédrale Notre-Dame.

Voici une autre information à mettre en rapport avec l'actualité. 

Le 11 juillet 1849 paraît un rapport de la Députation permanente du Hainaut concernant les travaux exécutés à la cathédrale Notre-Dame.

En 1848 : restauration des 10e et 11e contrefort, des meneaux, des caroles, des deux absides du transept, des clochers Brunin et Saint-Jean, du portail septentrional, des pignons des bas-côtés, de l'extérieur de la nef... les dépenses se sont élevées à 55.325, 46 francs qui viennent s'ajouter au 405.102, 82 francs pour les travaux réalisés les années antérieures. Une somme de 39.363, 11 francs est allouée pour la poursuite du chantier en 1849. Tout doucement, les travaux touchent à leur fin. 

Il est à noter que c'est la dernière grande restauration (hormis celle nécessitée par les dégâts des bombardements de mai 1940) que subira ce joyau désormais inscrit au patrimoine de l'Uneco avant celle qui a été entreprise au début des années 2000.

Sus aux mauvaises odeurs que les responsables ne semblent pas percevoir !

Le journal s'adresse à nouveau à qui de Droit, le 28 juillet.

Nous attirons l'attention de la police et celle de la commission sanitaire sur les émanations fétides qui infectent le rue aux Poids (actuelle rue As-Pois) et le Vieux Marché aux Vaches (actuelle place de Lille). On dit que les caves d'une fabrique sont remplies d'eaux grasses et corrompues qui se déversent sur la voirie. Ce qui, par le temps qui court (pour rappel existence de nombreuses épidémies dont le choléra) est dangereux. Qui de droit est informé !

Le guérisseur de bègues.

Mr. Bernard qui a guéri, gratuitement, un grand nombre de bègues pauvres  fait savoir à Mr. Le Bourgmestre et aux curés qu'il partira prochainement pour la Hollande. Il ne traitera gratuitement que ceux qui se feront inscrire avant le 26 août. Après ce délai, Mr. Bernard ne se chargera d'aucun malade, s'ils n'ont pas été inscrits avant.

Il ne le dira pas deux fois !

    

(à suivre)

(source : le Courrier de l'Escaut année 1849) S.T. novembre 2013

07/11/2013

Tournai : l'année 1849 sous la loupe (1)

En Belgique, le 1er juillet 1849, conséquence de la loi sur la réforme postale votée le 22 avril, on assiste à la parution du premier timbre-poste, œuvre de Jacques Wiener, graveur de monnaies et de médailles et, alors que le malaise social s'intensifie en Belgique, le ministre Charles Rogier annonce le dépôt d'un projet de loi instituant une caisse de pension pour les ouvriers.

En feuilletant le Courrier de l'Escaut, un journal local qui paraît sur quatre pages, ce qui frappe tout d'abord est le style bien différent de celui utilisé de nos jours par les journalistes. Pompeux, emphatique, parfois même obséquieux, celui-ci pourrait prêter à sourire chez les lecteurs du XXIe siècle que nous sommes. C'est la raison pour laquelle, je n'ai pas voulu résumer les articles mais les rapporter dans leur intégralité, ceci permettant mieux de laisser transparaître la mentalité qui prévalait à l'époque (ils seront en italique).On trouvera un cocktail d'informations politiques, de publications statistiques, de faits divers, d'annonces, de rubriques judiciaires... tout ce qui composait le quotidien. Chaque article sera précédé d'un titre comme on le ferait maintenant.

A propos des pensions (retraites).

Les pensions qui s'élevaient à 4 millions en 1834, atteignent en 1849, 5 millions et on compte... 9.524 pensionnés en Belgique. Ce nombre se subdivise en 5.497 pensionnés militaires, 3.620 pensionnés civils et 407 ecclésiastiques. On dénombre également 16.228 fonctionnaires qui reçoivent un traitement en-dessous de 2.000 francs, 1.169 entre 2.000 et 3.000 francs... et 96 plus de 9.000 francs. Le journal constate qu'il y a trop de fonctionnaires et qu'il est temps de mettre terme aux scandaleux abus en diminuant le nombre des fonctionnaires trop nombreux dans les ministères et qu'il ne faut plus accorder de pension à des hommes qui sont encore en état d'apporter des services.

Le service militaire.

En janvier, on annonce que le contingent est porté à 70.000 hommes, 10.000 seront incorporés durant cette année 1849. Des sociétés font paraître régulièrement des annonces signalant qu'elle peuvent pourvoir au remplacement des conscrits moyennant une (importante) contribution financière.

La charité

En ce début du mois de janvier 1849, Mgr. l'Evêque donne une exemple bien touchant de charité. Sa Grandeur a offert 3.000 pains de 3 livres aux pauvres de toutes les paroisses de la ville.      

Exemple d'un drame de la misère très fréquent à l'époque.

Un pauvre habitant de la campagne que la misère avait chassé de son village est venu trouver le gîte à Tournay (Tournai s'écrivait avec un y), il prit logement dans une pauvre chambre de la rue Duwez avec sa femme et ses enfants en bas-âge. Sans travail et exténué par les privations, à peine arrivé, il s'est alité. Privé des secours de la médecine, il a succombé après deux jours de souffrances inouïes. A cette occasion, on a découvert que la chambre se composait d'une unique balle de paille qui servait de lit. Le curé de la paroisse a pris en charge son enterrement et a fait parvenir quelques secours à la veuve et aux enfants.

Une justice bien plus sévère.

 Le 26 janvier par devant la cour d'Assises du Hainaut, la dénommée Sidonie-Constance Plaisant, 20 ans, servante, demeurant à Tournay comparaît. Elle est prévenue pour le vol de 6 poules et 1 coq au préjudice de Joseph Martin habitant Warchin, du vol d'une chèvre à Tournay, faubourg de Maire au préjudice de Casimir Dewasmes, du vol d'une vache à Havinnes au préjudice de François Monnier. Elle s'est aussi rendue coupable de multiples complicités de vol et de recels des biens volés. Elle est reconnue coupable avec circonstances aggravantes. Pour ces faits, elle est condamnée à 7 ans de réclusion, à l'exposition publique sur une des places de Tournay et à 7 années de surveillance par la police ainsi qu'au paiement des frais de justice.

Commentaire : comme dirait un titi tournaisien : "Asteur (maintenant), i-faudreot avoir tué s'père et s'mère pou avoir eine parelle condamnatieon".

Les préoccupations d'alors du Conseil Communal.

Lors du conseil communal du 2 février, le rapporteur Mr. Thieffry fait connaître que le chiffre des enfants trouvés ou abandonnés est de 127, mais doit être réduit à 115, car 12 ont atteint leur majorité. Le budget des enfants trouvés pour l'année 1849 comporte en dépenses : 11.737,35 francs. 

Mr Neve, au nom du collège, dit que le nombre croissant de concessions au cimetière du Sud, réduit la place libre. On vote l'agrandissement du cimetière.

Une nécrologie représentative.

Voici comment sont rapportées les funérailles du colonel d'Etat-major Druez :

Ce matin, à 11h, en l'église Notre-Dame, a été célébré le service funèbre pour le repos de l'âme, de Mr. Louis Alexandre Joseph Druez, décédé le 10 février 1849, à l'âge de 74 ans. Une foule immense s'est empressée de venir rendre un dernier hommage à cet homme de bien, à ce soldat distingué, glorieux débris de ces terribles phalanges qui ont illustré le règne de l'empereur Napoléon. Mr. Druez, colonel d'Etat-Major pensionné, était de plus officier des ordres royaux et militaires de la Légion d'Honneur et de Léopold, chevalier des ordres royaux et militaires de Saint-Louis, de Saint-Ferdinand d'Espagne de seconde classe et du Lion de Zahringue de Bade. En une heure, ce triste cortège se rendait au cimetière du Sud où les honneurs dûs à son rang ont été rendus. Nous avons entendu la foule témoigner ses regrets de ne pas voir nos corps d'élite représentés à cette triste cérémonie. C'eût été un hommage rendu à la vie toute de bien et de gloire de ce soldat dont Tournay s'enorgueillira toujours.

Ivresse sur la voie publique.

Hier matin, 22 février, un maréchal des logis du 3e Régiment d'Artillerie, encore sous l'influence bachique du Carnaval, a eu le pied gauche "épillé" (sic) sous la roue d'un chariot sur lequel il voulait monter au faubourg de Maire. Il a été transporté aujourd'hui (donc 24 h plus tard !) à l'hôpital où on craint que l'amputation soit nécessaire. 

Mortalité infantile.

L'importante mortalité infantile est confirmée lors des parutions hebdomadaires de l'état-civil. Entre le 1er et le 7 mars, la rubrique décès compte pas moins de 10 enfants âgés entre 1 mois et 5 ans. Il faut signaler qu'à ce moment une épidémie de choléra sévit en Belgique et dans le Nord de la France.

Réchauffement climatique ?

En ce mois de février, le temps est particulièrement doux. le journal enquête afin de savoir "Pourquoi nous n'avons plus d'hiver" ! Le journaliste a trouvé la cause dans l'indicateur de Champagne (un journal français);

C'est le voisinage, avec notre globe, des planètes Venus et Jupiter. Vu leur grosseur, ils ont une influence sur les températures. De plus, les astres sont en conjonction, les deux astres étant opposés dans le ciel (Vénus à l'Occident, Jupiter à l'Orient), l'effet conjugué apporte la douceur en réfléchissant les rayons du soleil. A noter qu'un seul astre proche du globe n'a aucune incidence sur les températures.

Oui, on ne peut pas (encore) incriminer la pollution des véhicules automoteurs puisqu'ils n'existent pas et si l'industrie est présente et polluante, elle n'a pas encore eu le temps de produire une quantité astronomique de gaz à effet de serre. La population mondiale est estimée à peine au quart de l'actuelle !

Des adjudications nécessaires !

Le 9 mars, le Bourgmestre et les Echevins de la ville de Tournay informent le public que le mercredi 24 mars à une heure et demi de relevée (c'est-à-dire de l'après-midi) aura lieu l'adjudication pour : la vidange des deux fosses d'aisance de la grande cour, de la piquerie, du manège et de la cour des Croisiers de la caserne Saint-Jean (cavalerie). Vidange de la fosse d'aisance de la cour de la caserne Saint-Jean (infanterie) ainsi que dans d'autres bâtiments communaux (caserne des 7 Fontaines, écoles primaires de la rue Madame et Dewasme, corps de garde de la police, entrepôt des Douanes et Accises. 

On est bien loin de nos stations d'épuration.

Tout doit partir !

Le 17 mars, le conseil d'Administration du 3e régiment d'Artillerie à cheval, vend publiquement, à 2 heures de relevée, le fumier des chevaux dudit régiment.

De quoi engraisser les champs des environs.

Publicité (à peine) déguisée !

Il n'y a pas d'encarts publicitaires dans les journaux de l'époque mais celle-ci apparaît néanmoins :

Le jeudi 29 mars, vers 2h du matin, un incendie a éclaté chez le Sieur Pierre-Joseph Buze, cultivateur à Thimougies. le bâtiment étant en partie construit en paillotis et couvert en chaume, a été, en un instant, réduit en cendres ainsi que le mobilier et les récoltes qu'il contenait. Heureusement pour le Sieur Buze, il avait fait assurer le tout, il y a deux ans, par Mr Quanonne, agent de la compagnie belge d'assurances générales à Bruxelles.

Toujours les problèmes d'hygiène.

En cette fin du mois de mars, le collège des Bourgmestre et Echevins déclare avoir été informé de l'existence d'habitations et de logements qui, par le mode de leur construction, leur état de malpropreté, le défaut d'aérage ou d'écoulement des eaux ou pour toute autre cause, sont de nature à compromettre la salubrité publique. L'interdiction d'habiter pareils logements sera prononcée et l'expulsion ordonnée en cas de danger imminent.

Relevé parmi les faits divers (ou d'hiver)

Rhumes, catarrhes, irritations de la poitrine, de la gorge et des bronches, contre les affections, rien de plus efficace que le sirop et la pâte de Nafé dont la supériorité sur les autres pectoraux a été constatée par les médecins des hôpitaux de Paris et la plupart des membres de l'académie de médecine. Dépôt chez Mr. Carette, pharmacien à Tournai.

Les voleurs rôdent.  

Ce samedi 8 avril, un adroit filou a escamoté, au Marché au Beurre, une somme de 11 francs dans le panier d'une pauvre femme qui destinait cet argent à l'achat d'une demi-rasière de blé. C'est probablement tout ce qu'elle possédait. C'est le second vol du genre que nous signalons depuis quinze jours. pour la seconde fois, avis à la police et... avis aux femmes de ménage.

Que fait la police ! 

(à suivre)

(source : Le Courrier de l'Escaut)

S.T. novembre 2013.

   

09:06 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, année 1849, vie quotidienne |