11/10/2008

Tournai : histoire de la Salle des Concerts (2)

Construire la Salle des Concerts, voilà le nouveau défi auquel est confronté l'architecte communal Bruno Renard. Avant même la réalisation de celle-ci, on peut lire dans la "Feuille de Tournay" de 1822 : "Une nouvelle salle de spectacle est projetée, elle doit embellir le quartier central de Tournai ... L'architecte chargé d'élever à Thalie, un temple digne d'elle est suffisamment connu, ses ouvrages, par leur perfection, ont déjà mérité les censures de l'ignorance et l'approbation des gens de goût". Ce style, assez pompeux, est signé de l'Amateur !

Dès la fin du mois de février 1822, les premiers coups de pioche sont donnés. Le 18 mars, à une heure de l'après-midi, le bourgmestre et les échevins accompagnés du secrétaire de la Régence et de l'architecte posent la première pierre en enterrant, à la base de la troisième colonne en partant de la rue du Parc, une boîte de plomb contenant des pièces de monnaie à l'effigie de Guillaume 1er (la Belgique étant rattachée aux Pays Bas) et posent une plaque de cuivre pour rappeler cette cérémonie. Ces divers élements furent d'ailleurs retrouvés lors de la restauration débutée en 1978. La façade est un hémicycle d'un unique étage percé de douze grandes fenêtres reposant sur des colonnes doriques en pierre bleue. La construction est destinée à fermer une place pour laquelle Bruno Renard a imaginé un ensemble bien ordonné dans le prolongement du parc ceinturant l'Hôtel de Ville. Les travaux seront terminés en 1824.

Adrien Hoverlant de Bauwelaere (Tournai 9 mars 1758- 8 septembre 1840), homme politique et historien local, nous renseigne, dans son étude sur la ville, que la construction coûta des sommes considérables et ne fut pas très appréciée du public, les Tournaisiens appelèrent vite la Salle des Concert, le "tambour à pattes". Cet aspect particulier, elle le doit à une demande des autorités communales qui voulaient alors combiner une salle pour la musique et les bals avec un marché couvert destiné, semble-t-il, à la vente du... beurre. Dès sa création, l'immeuble nécessitera un entretien constant, ainsi en 1862, il faudra démolir, pour des raisons de sécurité, l'escalier qui monte, en une seule volée, jusqu'à la salle et le reconstruire en y ajoutant un palier intermédiaire. Au fur et à mesure des années, la Salle des Concerts sera de moins en moins utilisée. Les travaux seront nombreux pour restaurer la toiture, les corniches, les peintures, les ornements architecturaux, pour modifier la conciergerie.

Après les bombardement de mai 1940 et la destruction de la Halle-aux-Draps, la vieille dame, plus que centenaire, va reprendre vie. La troupe d'Edgard Hespel, le Théâtre Wallon Tournaisien, y jouera quelques pièces dont "l'Espace Vital" pièce de guerre créée en 1945. Lorsque débute la reconstruction de la ville, curieusement personne ne se soucie du sort de la vieille Salle des Concerts, comme si, dans l'inconscient collectif, celle-ci était surannée. Les salles de l'étage sont abandonnées, on y installa pendant quelques temps le bureau du chômage, quelques travaux réalisés dans l'urgence eurent lieu en 1953. Le temps passa et poursuivit son travail d'érosion, la Salle des Concerts finit par devenir une menace pour la sécurité des passants et des riverains. En 1967, l'architecte tournaisien Henri Lacoste (Tournai, 16 janvier 1885-Auderghem 28 avril 1968) publie son "Manifeste pour sauver la salle des Concerts". Celui-ci ne recueille aucun écho de la part des responsables communaux de l'époque. Ceux-ci sont même persuadés qu'il faut démolir ce chancre qui déguise l'ensemble harmonieux de la Place Reine Astrid. De nombreux projets voient le jour, un promoteur veut même y créé à la place une haute tour, bâtie en biais, sur un quadrilatère de bureaux. Le 23 décembre 1973, le Courrier de l'Escaut qui ne s'est jamais montré un ardent défenseur de ce bâtiment, annonce : "Un chancre va disparaître, la salle des Concerts sera détruite". En 1976, les partisans de sa conservation parviennent à faire classer sa toiture, retardant ainsi le projet de démolition. En septembre 1977, la nouvelle majorité communale, plus convaincue des attraits touristiques de la ville et plus soucieuse de la conservation de son patrimoine que celles qui l'ont précédée, décide de la rénover et confie le projet à l'architecte tournaisien André Wilbaux (à suivre).

(sources : "La Feuille de Tournay" n° 1915 de 1822, "Les biographies tournaisiennes " de Gaston Lefebvre, le "Courrier de l'Escaut" dans ses éditions de 1950 à 1977, recherches personnelles).

10:18 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, henri lacoste, andre wilbaux, salle des concerts |

23/09/2008

Tournai : André Wilbaux, architecte et chansonnier

Parallèlement à l'histoire locale des années 1950 à 2007, nous entamerons bientôt, en altenance, une série d'articles consacrés à cette "salle des concerts" qui est omniprésente dans l'actualité tournaisienne depuis la dernière guerre mondiale. Les recherches que nous avons effectuées à ce sujet nous ont permis de connaître un peu mieux l'architecte chargé de sa dernière rénovation à la fin des années septante, Mr. André Wilbaut. Né à Tournai, le 27 décembre 1925, d'un père tournaisien et d'une mère arlonnaise, il fit des études d'architecture qui l'amenèrent à la restauration de nombreux bâtiments de sa ville. Cette activité professionnelle le porta aussi tout naturellement à s'intéresser aux vieilles maisons tournaisiennes, trésors d'architecture, témoins de notre passé, trop souvent laissées à l'abandon ou disparaîssant sous les pelles de promoteurs peu soucieux de l'Histoire de la ville et inféodés au béton. Rejoint par d'autres amoureux de vieilles pierres, il devint ainsi logiquement un des membres-fondateurs de la Fondation Pasquier Grenier, défenseur du patrimoine de la cité aux cinq clochers.

On le connaît également comme chanteur du Cercle Tornacum. C'est d'ailleurs au cours d'une fête de Sainte Cécile de cet ensemble vocal qu'il interprèta, de sa voix de ténor, un chanson qu'il avait composée et dédiée à la Fondation. Convié au repas, le Président du Cabaret Wallon Tournaisien, Lucien Jardez, l'invita à reprendre ce texte lors d'un petit cabaret. C'est ainsi qu'on retrouva André Wilbaux sur le célébre "ponteon" (estrade) avant même d'être membre-aspirant. Lui qui, enfant, ne pouvait pas parler le patois tournaisien à la maison, l'avait appris auprès d'une bande de "p'tits rambilles" (gamins espiègles) qu'il fréquentait après l'école sur la Plaine des Manoeuvres, dans le parc communal ou à la citadelle. Il fut lauréat du Concours Prayez en 1975, 1er prix dans la catégorie "poèmes" (Napoléon, el marchand d'pétrole) et 3e prix dans la catégorie "chansons" (Pétro-Dollars).

Lors une interview parue dans le journal Nord-Eclair en 1996, il avoue aussi une admiration sans borne au nouvelliste italien Dinzo Buzzatti ("K", "le Désert des Tartares" ou encore "L'invasion de la Sicile par les ours") et à l'historien et chroniqueur français, Robert Merle ("Week-end à Zuydcoote", "Malevil" et "Fortune de France", fresque historique des valeurs humanistes en douze volumes parue en 1978). On l'ignore peut-être mais André Wilbaux fut également le dernier sonneur de cloches de la cathédrale Notre-Dame de Tournai, une fonction qui demandait audace et sens du rythme à plus de 70 mètres du sol. A 83 ans, André Wilbaux est toujours bien présent au sein de la Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien qui vient de fêter son centième anniversaire et lorsqu'il passe sur la place Reine Astrid, il ne manque certainement pas de jeter un coup d'oeil à cette grande malade qu'est la "Salle des concerts" dont on nous annonce la rénovation dans le courant de l'année 2009. ... C'est l'histoire de celle-ci que nous vous raconterons prochainement grâce à la documentation fournie par Mr. Michel Jacobiek, actuel directeur du Conservatoire de Musique.

(sources : interviews parues dans le journal Nord Eclair des 10.03.96 et 15.11.98).