10/09/2015

Tournai : Philippe De Smet, l'éclectisme au service du Cabaret Wallon !

tournai,cabaret wallon tournaisien,philippe de smet,pianiste,patrick salmon,andré dumortier,frère maxence,conservatoire de tournai,filles celles picardesA l'instant où j'ai rêvé de brosser le portrait de Philippe De Smet (ancien Président et toujours pianiste-accompagnateur de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien), j'ai probablement approché ce qu'un peintre ressent devant sa toile encore vierge ou ce qu'un sculpteur éprouve devant le bloc brut qu'il faut tailler, l'interrogation : "Mais pa dusque j'vas qu'mincher ?" ("mais par où vais-je commencer", traduction à l'intention de lecteurs qui ne maîtrisent pas totalement notre patois tournaisien).

Les jeunes années.

La solution la plus simple consiste à débuter la biographie de celui qu'on souhaite présenter tout simplement... au moment de sa naissance.

Un homme au talent universel comme Philippe De Smet ne peut être né qu'à la veille de l'inauguration de l'Exposition de Bruxelles, le 16 avril 1958. Quatrième enfant d'une famille qui en comptera cinq, il va faire ses études à l'Ecole des Frères de la rue des Choraux où le réputé Frère Maxence le refusera dans sa chorale. Excellent pédagogue, le sévère Frère montra à cette occasion qu'il était loin d'être aussi bon prophète ! Lors des études secondaires, il tâtera du latin et du grec avant de bifurquer vers les sciences humaines.

Une rencontre déterminante.

Alors qu'il était encore bien loin d'être attiré par la musique, le directeur du conservatoire et professeur de piano au Conservatoire Royal de Bruxelles, Maître André Dumortier (comme Philippe l'appelle encore respectueusement) sollicita auprès de ses parents son inscription dans la toute nouvelle section des humanités musicales mises sur pied au Lycée Royal (actuel Athénée Campin). Il entama par la suite des études de piano au conservatoire de Bruxelles et, après trois années, celles d'orgue au Conservatoire Royal de Mons.

Comme il avait obtenu le premier prix d'orgue et comme, depuis toujours, les organistes sont devenus une denrée rare au sein des églises, en 1978, on vint lui demander de tenir l'instrument de l'église Saint-Quentin. Il s'agissait encore d'un orgue électronique. Pour ce faire, il se perfectionnera à l'école Saint-Grégoire de la rue Massenet à Tournai, sous la houlette du chanoine Abel Delzenne, Maître de Chapelle de la cathédrale Notre-Dame.

Le Conservatoire de Tournai.

En 1979, il est engagé au conservatoire de sa ville pour animer l'atelier d'éveil à la musique, fréquenté par des enfants âgés de quatre à six ans. Durant seize années, il suscitera des vocations musicales parmi les petites "têtes blondes" (une expression commune pourtant si discriminative !). Il sera également l'accompagnateur du cours de danse dispensé par Mme Monique Caulier. De son entrée dans le temple de la musique tournaisienne, il se souvient qu'il fut le premier étudiant sortant du conservatoire de l'ère André Waignien mais également le premier professeur engagé par lui.

Le monde de l'enseignement.

En 1986, un ami vient frapper à sa porte et lui demande s'il est intéressé par la fonction de professeur de musique dans l'enseignement secondaire. Une offre qui ne se refuse pas, ainsi il est engagé pour un intérim en remplacement de la titulaire en congé de grossesse au sein de l'école de la Sainte-Union de la chaussée de Lille. Il donnera probablement satisfaction au directeur puisque son engagement sera renouvelé pour de nombreuses années.

La Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien.

Le talent de Philippe De Smet n'avait pas échappé à Anselme Dachy, pianiste-accompagnateur des chansonniers tournaisiens et chef de l'orchestre qui les accompagnait lors des Revues de l'époque. En 1982, il entra au sein de ce dernier et, afin de décharger Anselme Dachy, souffrant d'arthrose dans les doigts, exerça le rôle de pianiste-répétiteur. Il est alors âgé de 24 ans. A partir de 1988, il supplée A. Dachy lors des multiples prestations extérieures des chansonniers tournaisiens et, lorsque le "maître" démissionne en 1989, tout naturellement, "l'élève" le remplace au clavier du cabaret. Modeste, Philippe suivra la filière classique d'admission au sein de la société. Aspirant en octobre 1991, il fut admis à titre définitif en septembre 1992.

Hélas, rapidement, le ciel allait s'assombrir, la vieille société tournaisienne se retrouva dans la tourmente, on assista à l'éternelle dissension entre les Anciens et les Modernes, une lutte vieille comme le monde qui allait déboucher sur les démissions du Président Lucien Jardez et de Marcel Roland et sur le retrait progressif de certains membres plus âgés. Ce profond désaccord allait-il être fatal ? Non, heureusement, car tout le monde ne souhaitait pas la disparition de cette véritable institution tournaisienne. Du sang neuf avait, entretemps, fait son entrée et tel le Phénix, après une année sabbatique, la Royale Compagnie renaissait de ses cendres. Le 4 décembre 1996, les membres allaient élire Philippe De Smet à la tête de la société en remplacement de Lucien Jardez.

Sous son impulsion, la compagnie prit un nouveau départ, adepte d'un renouveau nécessaire, Philippe eut l'intelligence de réaliser celui-ci dans le respect des traditions. Sous sa présidence, soucieux de donner un local propre à la compagnie, il sollicita et obtint de l'administration communale, un local dans un bâtiment situé au n°54 de la rue Saint-Martin. SDF durant plus de nonante années (il erra de cafés en tavernes), le Cabaret avait trouvé enfin un toit bien à lui !

Le Cabaret new-look avait opté, lors de sa transition, pour une modification des habitudes, désormais le président ne serait élu que pour un terme de cinq ans, comme le centième anniversaire se profilait à l'horizon, Philippe prolongea légèrement son mandat avant de céder le flambeau à Michel Derache. 

En 2002, suite à la fusion des deux clubs de football tournaisiens, il compose l'hymne des Sang et Or dont le texte est écrit collectivement par les autres membres.

Entre amis, une idée germe.

En 2003, Philippe De Smet fait la connaissance de Patrick Salmon, le musicien français, directeur de la musique d'Hem, organiste à Paris, professeur de conservatoires, entre autres, un musicien qui a, lui aussi, plus d'une corde à son... arc(het) ! Lors d'une réunion gastronomique en compagnie des fines fourchettes que sont Christian Chuffart et Xavier Nys, est née l'idée d'un duo intitulé "Les deux pianistes". Celui-ci s'est régulièrement produit, des deux côtés de la frontière, remplissant salles et églises, le plus souvent dans un but philanthropique. Philippe de Smet est un habitué des spectacles musicaux, ainsi durant une dizaine d'années, il a joué, dans le Nord de la France, au sein de l'orchestre de danse de salon de Gérard Hever et il a accompagné le chanteur Christian Bécart dans ses spectacles pour enfants.

Quand le pianiste devient un homme-orchestre !

Il a eu la chance d'accompagner Isabelle Kabatu, lauréate du concours reine Elisabeth, Robert Cogoi et d'autres chanteurs ou chanteuses. Philippe a joué dans de grandes salles françaises à Bourges, à l'Hôtel Georges V à Paris, à l'hôtel Intercontinental à Bercy... mais aussi à Lourdes, où il accompagna une chorale internationale lors de la procession aux flambeaux. On l'a vu également accompagner le Cercle Choral Tornacum.

Actuellement Philippe De Smet cumule les fonctions de professeur à la Haute Ecole en Hainaut de la rue des Carmes, connue anciennement sous l'appellation d'Ecole Normale de l'Etat.

Bien qu'ayant quitté le Conservatoire de Tournai, il y retourne régulièrement en qualité de bénévole apportant sa participation à des spectacles.

En tant qu'organiste, il est en charge de cinq paroisses de la ville : Saint-Quentin, Saint-Jacques, Saint-Brice, Saint-Jean et Kain Saint-Omer. Lorsqu'il est absent, il n'est pas rare de voir Patrick Salmon le suppléer au clavier.

Il s'investit toujours auprès de ses amis du Cabaret. Marié, Catherine, son épouse est membre des... "Filles... Celles Picardes", voilà une union marquée par un cœur rouge et blanc, celui des "Infants d'Tournai".

Voilà le portrait d'un garçon d'une grande simplicité dont on remarquera l'éclectisme. Un élément n'a pas pu prendre place dans ce tableau, la sympathie naturelle qui se dégage du personnage. Il ne m'étonnerait pas que dans son jardin secret, Philippe cultive, depuis toujours, la fleur la plus précieuse entre toutes : l'Amitié.

S.T. septembre 2015.

20/04/2010

Tournai : l'année 1948 sous la loupe (2)

Nous continuons la rétrospective des évènements qui marquèrent l'année 1948 à Tournai.

Le dimanche 11 janvier, un office religieux est organisé en la Cathédrale Notre-Dame de Tournai à la mémoire du Maréchal Leclercq, héros de la libération. Cet office a été demandé par les associations des "Dames françaises du Tournaisis" et des "Poilus de France". De son vrai nom Philippe de Hautecloque, le Maréchal Leclercq était passé par Tournai au début de l'année 1947, il avait péri dans un accident d'aviation quelques semaines auparavant dans les environs de Colomb-Béchar. Le jeudi 6 mai 1948, Tournai accueille le Général De Lattre De Tassigny accompagné du Colonel de Coulange. Ils sont reçus par le Consul de France, Mr Joly et participent à un office religieux en l'église Saint-Piat en l'honneur de Jeanne d'Arc, lui aussi organisé par les "Dames françaises du Tournaisis". Il se rend ensuite en compagnie des représentants de l'Administration Communale au "mur des fusillés" à la caserne Ruquoy avant de participer à l'inauguration de la Foire Commerciale de Tournai qui se tient à l'Avenue de Maire. Quelques jours plus tard, le lundi 10 mai, lors d'un violent orage, la foudre touche les câbles d'alimentation de la ligne de tram qui relie Toufflers à Tournai et se propage jusque dans le hall des expositions provoquant un début d'incendie vite circonscrit par les exposants présents. 

En mars, les Tournaisiens font entendre leur voix. A cette époque, faute de puissants relais politiques comme disposent d'autres régions, la région du Tournaisis était le plus souvent ignorée du pouvoir central (il faudra attendre les années septante pour que cela évolue) et en cette année 1948, la Société Nationale des Chemins de Fer Vicinaux annonce son plan de rénovation des réseaux du Borinage, du Centre, du Pays de Charleroi, de la région de Namur et du Pays de Liège. La population se demande si c'est volontairement que les seules régions oubliées soient le Luxembourg belge et le Tournaisis. A cela, les instances nationales du Chemin de Fer répondent que notre région compte moins de voyageurs que les autres. Force est de constater que même 62 ans plus tard, la liaison entre Tournai et Bruxelles, la trop célèbre ligne 94, reste le parent pauvre du rail belge, celle ou les retards sont endémiques et le confort parfois minimal !

L'année 1948 au niveau culturel est des plus classiques. Le dimanche 8 février, les mélomanes sont conviés au récital de piano du virtuose tournaisien André Dumortier. Celui-ci se déroule en la Salle des Concerts et les oeuvres de Chopin sont au programme. Le 21 février, les "Dames française du Tournaisis" et les "Poilus de France", deux associations décidément très actives comme on peut le constater, ont invité l'Académicien Maurice Genevoix pour évoquer le Canada francophone. Le dimanche 11 avril, les Petits Chanteurs à la Croix de Bois donnent une nouvelle fois rendez-vous aux Tournaisiens pour un concert en l'église Saint-Jacques. Le Vendredi 16 avril, la salle du Palace accueille le Concert du Conservatoire de Tournai. L'orchestre placé sous la direction d'André Colin, Prix de Rome et Directeur de l'académie de musique tournaisienne, avec en soliste Carlo Van Neste, professeur au Conservatoire de Bruxelles, interprète "la Symphonie du Nouveau Monde " de Dvorak, "le Concerto de Violon en Sol mineur" de Mozart, "la Fantaisie rapsodique pour Orchestre" de De Taye et "Poème pour violon" de Chausson. Le 30 octobre, les Petits Chanteurs de Vienne seront dans la cité des cinq clochers pour un concert donné dans la salle de la rue Blandinoise.

Le 30 juillet, le monde religieux tournaisien est en deuil, il a appris la mort de Mgr Carton de Wiart, Evêque du diocèse de Tournai depuis 3 ans à peine. Ses funérailles sont célèbrées le mardi 4 août. Le 31 décembre, Charles Marie Himmer sera appelé à lui succéder. Il était alors le supérieur du Petit Séminaire de Floreffe. Dans le prochain article, nous terminerons ce survol de l'année 1948 par la rubrique sportive et l'évènement-phare qui la marqua.

(sources : Le Courrier de l'Escaut).

24/08/2008

Tournai : l'année 1972 sous la loupe (3)

L'actualité culturelle sera encore très riche en cette année 1972. Le premier artiste à se produire à Tournai est Gilbert Bécaud. Le chanteur français revient dans la cité des cinq clochers pour un récital en la salle "Scala", bien trop petite pour accueillir les candidats spectateurs. On reste rêveur quand on apprend que le prix des places était compris entre 6,25 et 8,75 Euros ! En cette fin janvier, les amateurs de théâtre se retrouvent en la Halle-aux-Draps pour assister à la représentation de la pièce " Le borgne est roi" avec Maria Casares et Samy Frey. A la mi-février, les Galas Karsenty-Herbert présentent "Un sale égoïste" avec dans le rôle principal : Paul Meurisse (le célèbre "Monocle" au cinéma). Le dimanche 20 février, une tentative de renaissance du carnaval de Tournai amène les différents groupes tournaisiens dans les rues de la cité pour un mini-cortège composé des Gilles de Saint Piat, des Pêcheurs Napolitains de Marvis, des Pierrots de Sainte Marguerite, des Déchaînés mais aussi des fanfares de Mourcourt et d'Esplechin et quelques chars préparés pour la circonstance. Il y avait plus d'une décennie que le carnaval était moribond à Tournai.

En mars, assez bizarrement, on enregistre un "flop" dans la programmation théâtrale, la Halle-aux-Draps est presque vide pour accueillir la pièce de Marcel Achard, "Nous irons à Valparaiso" malgré la présence à l'affiche de Jean Pierre Aumont, Marisa Pavan et de Geneviève Grad (la fille de Cruchot alias Louis de Funes dans la série des Gendarmes). Par contre le succès de foule est au rendez-vous, les 6, 7 et 8 mai, au Boulevard Léopold, où est organisé le premier "Festival de Tournai-Don Bosco" dont l'affiche se compose outre un concours de fanfares régionales, des noms des Wallace Collection, des Dixie Stompers et de Claude François. Le tarif est de 3,10 Euros pour les trois jours ! Juin ramène l'annuelle Journée des Quatre Cortèges. Les Tournaisiens retrouvent, lors de la parade des musiques militaires, pour la 3e fois consécutive, "l'Alamein Staff Band". En cette année 1972, les liens entre les habitants de la ville et la musique anglaise se sont encore affirmés puisqu'une jeune fille de Kain a épousé au printemps un des musiciens de la phalange, rencontré probablement durant la British Week de 1970. Le 5 août, la cathédrale accueille l'organiste chinoise Edith Ho avant son passage aux grandes orgues de Notre-Dame de Paris.

Le 16 septembre, le Festival Musical international du Hainaut s'ouvre en la cathédrale avec "Le Messie" de Haëndel par l'Orchestre Symphonique de la RTB dirigé par Philipp Ledger, un jeune chef britannique de 35 ans et avec la soprano Felicity Palmer. Le festival se poursuit le 22 septembre par une prestation de "The Academy of Sint Martin-in-the-Fields" sous la direction de Nevill Mariner et le 27 septembre par l'audition de "The Purcell consort of voices" en l'église Saint Quentin. Le concert du 4 octobre est attendu par tous les mélomanes tournaisiens, il est dédié à César Franck et interprété par l'Orchestre Symphonique de la RTB dirigé par son chef René Defossez avec en soliste le pianiste André Dumortier, Directeur de notre conservatoire et lauréat du concours international Eugène Ysaye en 1937. Hélas, souffrant, il devra céder sa place à André de Groote. Le 5 octobre, John William se produit à nouveau en la Halle-aux-Draps. Le 22 octobre "The Early Music Concert of London" présente des oeuvres du Moyen-Age, de la Renaissance et de la période baroque en l'église Saint Quentin.

Le 3 novembre, dans le cadre de son gala annuel, l'école d'enseignement spécial "Les Horizons Nouveaux" et son directeur Jean Pierre Hugé accueillent en la Halle-aux-Draps, le West Music Club mais aussi la plus grande organiste de l'époque, Rhoda Scott, née en 1938 dans le New Jersey et qui présente la particularité de se déchausser avant de commencer à jouer. Tournai a toujours eu une relation profonde avec le monde du cirque, aussi n'est-il pas étonnant de voir un de ses habitants, Mr. Patrick Hourdequin, présenter une exposition sur les gens du voyage en la Halle-aux-Draps tandis que, sur la Plaine des Manoeuvres, les 14, 15 et 16 novembre, Emilien Bouglione a planté son châpiteau. Le samedi 25 novembre, la Maison de la Culture présente un spectacle haut en couleurs, pendant deux heures les spectateurs s'enthousiasment aux prouesses des danseurs et des musiciens du Ballet du Sénégal. L'année 1972, restera aussi gravée dans la mémoire d'un habitant de Froyennes, marié, père d'un enfant, il réalise son rêve, Francis Dorpe publie son premier roman "Le Bâtard", une réflexion sur le mal de notre époque : la perte des valeurs humaines. En ajoutant les petits cabarets wallons, le théâtre Wallon et la revue de la Kermesse, en mentionnant les ducasses et les deux foires aux manèges, en évoquant les fêtes patronnales et la sainte Barbette des Pompiers, on peut dire qu'à chaque instant, il s'est passé un évènement culturel ou folklorique dans la cité des cinq clochers en cette année 1972. Amis sportifs, dans le prochain article, on évoquera un panel des évènements de cette même année. ...

01/03/2008

Tournai : Le conservatoire de Musique (6)

Sous la direction d'André Dumortier, le conservatoire de Tournai inaugure son cycle des auditions publiques des élèves. Les premières eurent lieu en 1957, à l'initiative de Mr. Robert Léonard, professeur de diction, de déclamation et d'art dramatique, né à Templeuve le 15 septembre 1924. On lui doit, à ces occasions, de véritables spectacles tels : "L'Arlésienne" tirée des oeuvres de Daudet et de Bizet, les "Hommages" à Bach, Haydn, Schumann et Schubert, "Les Précieuses Ridicules", "le Misanthrope" ou "la Princesse d'Elide", de Molière ou encore ses "Musiques" de Turquie, d'Espagne ou de Russie et "les deux orphelines", spectacle interprêté en la Halle-aux-Draps en 1977. Homme de grand talent, conteur extraordinaire, excellent comédien, Robert Léonard, qui ne fut jamais membre du Cabaret Wallon, prêta cependant, chaque année, son concours à des premiers rôles dans les "Revues du Cabaret" où ses prestations chantées et ses dons de comédiens furent unanimement appréciés. Très jeune, il avait appris la clarinette et ensuite le tuba et avait été chantre à la chorale Saint Etienne. Président du Cercle Choral Tornacum en 1961, Vice-Président d'Unimuse depuis sa fondation en 1949 et... Président de la commission administrative de la prison de Tournai, il était également Secrétaire du Parquet au palais de justice de Tournai. En lui, André Dumortier avait trouvé un collaborateur précieux.

Avec de tels hommes, le conservatoire continua à aller de l'avant, des cours de danse (1959), de guitare (1960) et d'Art Lyrique (1961) furent ainsi créés. Pour faire face à une demande de plus en plus importante de parents habitant parfois bien loin de Tournai, des sections préparatoires furent ouvertes à Antoing, Leuze-en-Hainaut, Celles, Taintignies et Templeuve en 1969, à Pecq, Frasnes-les Buissenal, Amougies et Wez-Velvain en 1970 et à Bléharies (Brunehaut) et Velaines en 1971. Le conservatoire rayonne de plus en plus sur toute une région, il permet à de jeunes enfants des environs d'apprendre la musique sans devoir effectuer des déplacements parfois difficiles en raison des horaires des cours (frein parfois à une vocation). André Dumortier fut entouré d'une pléiade d'excellents collègues. Evoquons ainsi Mme Joassin (la mère de l'actuel directeur), pianiste, elle faisait également partie de l'orchestre du Cabaret Wallon, Mr. Walter Duveiller, né à Tournai le 3 avril 1903, violoniste, entré au Cabaret Wallon Tournaisien en 1924, il en fut le trésorier de 1954 à 1959 et le Vice-Président jusqu'à son décès survenu à Chalons-sur Saône, le 14 mai 1974.

Evoquons également Mr. Alfred Verdière, né à Tournai le 9 juillet 1896 dans une famille de musiciens. Son père, Désiré, avait été professeur à l'Académie de Musique, vendait des instruments dans son magasin de la rue de la Triperie et était spécialisé dans la réparations des "cuivres". Alfred Verdière était l'ainé d'une famille de quatre enfants, trois garçons et une fille, très jeune, il avait appris le métier de luthier chez Dolnet à Paris. Ses plus jeunes frères Désiré et Michel-Albert étaient également professeurs au conservatoire, le premier donnait les cours de cornet, de trompette et de solfège, le second de hautbois. Hélas, le destin allait être tragique, le père, déjà veuf, mourut en février 1921 laissant quatre orphelins, l'ainé, Alfred, alors âgé de 25 ans, s'occupa des trois plus jeunes dont il devint le tuteur, Désiré allait succomber à l'age de 29 ans à un refroidissement, mal très souvent fatal à l'époque, Michel-Albert (nous en avons déjà parlé) sera abattu par un SS en 1945 à Magdebourg. Alfred Verdière fut professeur de clarinette, de saxophone, de violoncelle et de basson à l'Académie de Musique de Mouscron alors dirigée par Mr. Edgard Jeannelle. Il fit partie de la prestigieuse Musique du Régiment des Guides avec laquelle il effectua une tournée de plusieurs mois, en 1928, aux Etats-Unis. il dirigea la musique de Dottignies et les tournaisiens le connurent comme chef de l'Harmonie Communale des Sapeurs-pompiers de Tournai jusqu'en 1962, année durant laquelle il tomba gravement malade. Alfred Verdière s'est éteint en avril 1965 à l'aube de ses 69 ans. En 1977, André Dumortier fit valoir ses droits à la retraite. Modeste, il ne souhaita aucune cérémonie particulière pour marquer son départ après 23 années passées à la tête de l'institution tournaisienne. Il avait pourtant porté bien haut le renom de son Conservatoire. Un neuvième directeur sera bientôt désigné...

29/02/2008

Tournai : le Conservatoire de Musique (5)

Le huitième directeur du conservatoire de Tournai a donc été désigné en la personne de Monsieur André Dumortier. Né à Comines en 1910, le tout jeune André vient s'installer, avec ses parents, à Tournai à l'issue du premier conflit mondial. Passionné par la musique, André Dumortier va donc tout naturellement s'inscrire au Conservatoire de Tournai et y entamer des études musicales sous la direction de Mr. Jules Detournay. Ce dernier, professeur de piano, avait obtenu un premier prix du Conservatoire Royal de Bruxelles, dans la classe du très réputé Arthur Degreef. Nommé à l'âge de 24 ans à Tournai, Mr Detournay y sera professeur durant 46 années. Musicien, compositeur et professeur, Jules Detournay a probablement insufflé cet amour de la musique au jeune André Dumortier qui, à l'âge de 17 ans, obtient un premier prix de piano avec la plus grande distinction. En 1929, seulement âgé de 19 ans, il conquiert un premier prix avec distinction au Conservatoire Royal de Bruxelles, dans la classe de Mr. Sevenants. A 21 ans, il remporte le diplôme de virtuosité avec la plus grande distinction et le prix Canler. A 28 ans, il affronte, en compagnie de 15 autres sélectionnés parmi 150 candidats, un jury national. André Dumortier restera parmi le quatuor final et sa prestation recueillera les suffrages unanimes de la presse. A la fin de son audition, il est reçu par la Reine Elisabeth qui le complimente et lui demande de jouer pour elle. Par la suite, André Dumortier participera à l'épreuve internationale et sera le seul représentant belge parmi les douze finalistes. Sa prestation est acclamée par d'interminables ovations. André Dumortier fit partie du quatuor de Londres et enseigna également durant 30 ans le piano au Conservatoire Royal de Bruxelles, tout en étant également professeur à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth. Il réalisera également de nombreux concerts en Belgique et à l'étranger et enregistrera pour la BBC, la RTB, la RTF, la Radio-Suisse Romande, Hilversum ou encore Oslo et Rome...

C'est donc un homme de grand talent, un maître de musique, mais aussi un homme d'une rare gentillesse et d'une grande modestie qui devient le nouveau directeur du conservatoire de Tournai. Rapidement il reprend la formule des "choeurs" en collaboration de Mr. Félicien Doyen. Voilà encore un professeur à la carte de visite prestigieuse. Mr. Doyen, né à Tournai le 22 octobre 1924, sera le chef du "Cercle choral Tornacum" de 1947 à 1990 et de ceux de la chorale Nadaud de Roubaix, entre 1952 et 1975. Ce passionné de musique et de chant exerce la profession de négociant en bois à la chaussée de Bruxelles à Tournai. Après avoir étudié au Conservatoire de Tournai, il avait poursuivi ses études musicales au Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles où il obtint, en 1945, le 1er prix de violoncelle et le Diplôme supérieur de Musique de Chambre. Il fut également premier prix de chant et remporta le prix Jean Noté. Félicien Doyen est entré à la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien en 1948, où il est un interprète apprécié de ses hymnes à la gloire de Tournai. En sa compagnie, Mr. André Dumortier reconduit d'une certaine façon la célèbre "Société de Musique" par l'organisation annuelle d'un grand concert du conservatoire. Ainsi, le premier qui est organisé, le 3 avril 1955, met au programme "La Damnation de Faust" d'Hector Berlioz. Ce sera le point culminant des festivités du 125e anniversaire du Conservatoire de Tournai... Dans le prochaina rticle, nous poursuivrons l'histoire de l'intitution tounaisienne.