03/04/2013

Tournai : l'ancien bâtiment des Archives de l'Etat.

Situé au pied de la cathédrale, sur la place Paul Emile Janson, le bâtiment qui a abrité le dépôt tournaisien des Archives de l'Etat n'a toujours pas trouvé de destination, trois ans après le déménagement de son ancien occupant vers la rue des Augustins.

Un peu d'Histoire

Le bâtiment ne compte certainement pas parmi les plus anciens de la cité des cinq clochers mais le terrain sur lequel il est érigé a connu de nombreuses modifications et porte en lui un fragment de l'Histoire de la cité. Ce n'est qu'au début du XXe siècle que la cathédrale Notre-Dame put s'offrir dans son entiéreté à la contemplation des amoureux du patrimoine, avant, elle était entourée de petites maisons basses ne présentant aucun intérêt architectural qui disparurent peu à peu. Déjà, dans le courant du XVIIe siècle, on procéda à la démolition d'une douzaine de ces maisons dans la Lommerie, une voie qui correspond à une partie de l'actuel tracé de la rue des Chapeliers. Rien n'évolua plus durant des décennies et le côté nord de la nef romane restera caché par le cloître qui ceinture le cimetière des chanoines et par l'église paroissiale Notre-Dame accolée au bas côté, érigée en 1516. Il est également important de préciser que, dans l'actuelle rue du Curé Notre-Dame, des bâtiments étaient édifiés jusqu'à la hauteur de l'actuelle rue de l'Hôpital Notre-Dame, face au bâtiment qui abrita le "Courrier de l'Escaut". En 1837, une de ces maisons, située au n°13 de la rue, deviendra l'Hôtel des Postes attenant à l'école Saint-Luc.

En 1896, la régie des Postes souhaite agrandir cet hôtel et la Fabrique d'église Cathédrale cède à l'Etat belge, à cet effet, le terrain situé à l'angle de la rue du Curé Notre-Dame et de la place des Acacias. Face au projet qui souhaite adjoindre à ce nouveau bâtiment, une tour téléphonique visible de la gare, "légère et trop modeste pour offusquer les cheonq clotiers", des voix s'élèvent, on souhaite dégager la vue sur la cathédrale, permettre d'admirer, au maximum, son architecture. Une association présidée par Eugène Justin Soil de Moriamé (1853-1934), magistrat, archéologue et historien, voit le jour le 31 octobre 1900. Auteur de nombreux ouvrages dont le plus connu est "L'habitation tournaisienne du XI au XVIIIe siècle", une bible pour les amoureux du patrimoine architectural tournaisien, celui-ci prône le dégagement complet de l'édifice et l'aménagement des abords de manière réfléchie et appropriée. La pétition que l'association adresse aux différents ministères concernés reçoit un avis favorable et c'est ainsi qu'en 1903, on procède à la démolition du mur de clôture de l'ancienne école Saint-Luc. Pendant quelques temps, il subsistera à cet endroit un terrain vague.

En 1912, la Poste sera transférée provisoirement au Bas-Quartier avant de trouver un nouveau bâtiment, une vingtaine d'années plus tard, à la rue des Chapeliers.

La bibliothèque. 

A cette époque, la bibliothèque qui occupe le premier étage du bâtiment des Anciens Prêtres sur la place de l'Evêché est, de plus en plus, à l'étroit, Adolphe Hocquet, son gestionnaire sollicite un agrandissement auprès des autorités communales. Il est impossible de réaliser ce voeu au sein du bâtiment également occcupé par de nombreux prêtres émérites. La construction d'un nouveau bâtiment doit être envisagée et en 1931, le conseil communal propose de construire une extension sur le jardin lapidaire, un nouveau bâtiment annexé à l'immense salle de lecture existante. Ce n'est qu'en 1937 que débuteront les travaux de construction et l'achèvement définitif aura lieu en novembre 1940, durant l'occupation allemande. L'entrée de la bibliothèque se fait désormais par la place des Acacias, par une porte monumentale située en haut d'un escalier de quelques marches. Au deuxième étage se trouve la jonction avec la salle de lecture, située dans le bâtiment des Anciens Prêtres. 

Alors que des ouvrages ont déjà été transférés dans le bâtiment en voie d'achèvement, les bombardements allemands du 17 mai 1940 vont toucher la nef de la cathédrale, détruire l'église paroissiale qui sera par la suite entièrement rasée, incendier le bâtiments des Anciens Prêtres et faire disparaître en fumée des ouvrages précieux, rares, toute la mémoire de la cité.

A la fin de la guerre, un montant d'un million de francs sera consacré à la réparation de ce nouveau bâtiment et la bibliothèque communale s'installera dans ses nouveaux locaux, en 1948. A une époque où les distractions n'étaient pas celles que nous connaissons actuellement, le prêt de livres remportait, auprès de la population, un franc succès, au point qu'en 1964, les gestionnaires scindèrent les sections pour adultes et pour enfants. La bibliothèque communale restera à cet endroit durant près de 38 ans jusqu'à son déménagement, le 25 avril 1986, vers l'avenue des Frères Rimbaut, dans les nouveaux bâtiments de la Maison de la Culture, fraîchement érigés sur la plaine des Manoeuvres.

Le dépôt des Archives de l'Etat.

Le bâtiment de la place des Acacias, connue désormais sous le nom de place Paul Emile Janson, ne restera pas vide longtemps, un an plus tard, le dépôt des Archives de l'Etat s'y installe. Celui-ci a vu le jour en 1834 et rassemble à l'origine les archives des anciens états du Tournaisis et celles de l'ancien Conseil Provincial de Tournai-Tournaisis, conservées tout d'abord à l'abbaye Saint-Médard et ensuite disséminées dans les greniers et mansardes de l'Hôtel de Ville et du Tribunal civil. Le dépôt a connu de nombreux déménagements, on le trouva à la rue Garnier, dans les bâtiments de l'ancien Mont de Piété à la rue des Carmes, dans l'ancien palais de justice avant d'être supprimé et centralisé à Mons, en raison de l'état déplorable des collections, en 1895.

Les Archives de l'Etat ne reviendront à Tournai qu'en 1964, à nouveau dans la rue des Carmes. Deux ans plus tard, elles seront logées à la rue du Sondart avant d'arriver, en 1987, dans le bâtiment libéré par la bibliothèque communale. Elles y resteront jusqu'à la fin de l'année 2009, moment où elles s'installeront dans les anciens locaux de l'imprimerie Casterman, totalement réaménagés pour les accueillir dans un cadre moderne et fonctionnel.

Quid de l'avenir ?

Ce jour-là, notre bâtiment de la place Paul Emile Janson s'est endormi, indifférent aux bruits provoqués par la rénovation de la nef romane de la cathédrale, inconscient du tumulte provoqué par le projet de tour ultra-moderne qu'on voulait y construire.

Depuis lors, les informations à son sujet ont fusé, certains voulaient y voir s'installer un hôtel 4*** avec salles de séminaires englobant l'Hôtel des Anciens Prêtres lui aussi totalement vide, d'autres jetèrent leur dévolu pour y loger l'école d'architecture Saint-Luc. Des projets qui ont fait long feu en raison de la crise économique, d'un manque de volonté, d'un manque d'argent. On lui voit une nouvelle destination, un centre européen d'évocation des cathédrales, un lieu splendide pour héberger le Trésor de la cathédrale qui mérite des locaux beaucoup plus spacieux que ceux qui existent. Tout cela à un coût et on ne doit pas perdre de vue que la Ville de Tournai est déjà engagée dans des rénovation tous azimuts (cathédrale Notre-Dame, quartier cathédral, nouveau centre de Tourisme, élargissement de l'Escaut et ses conséquences, conservatoire de Musique...), on peut donc estimer que ce n'est donc pas demain la vieille que le bâtiment apportera de l'animation au pied de la cathédrale !   

(sources : étude de Béatrice Pennant parue dans le n° 95 de décembre 2008 de la revue de l'asbl Pasquier Grenier - plaquette éditée par le service presse de la régie des Bâtiments en 2009 lors du déménagement du dépôt des Archives de l'Etat à la rue des Augustins).

S.T. avril 2013. 


13/08/2010

Tournai : la Maison des Anciens Prêtres (10)

Sont encore intervenus dans ce dossier à l'un ou l'autre moments :

 

Téophile Rimbaut, né à Tournai, le 30 décembre 1891, fils de Joseph Aimable Rimbaut (1859-1915) et d'Elisa Tricot (1860-1918). Ses parents avaient ouvert une imprimerie au n°15 Marché aux Jambons connue sous le nom d'imprimerie J. Rimbaut-Tricot qui se spécialisa dans la presse avec les parution de l'Eclaireur (1886), de l'Organe de Tournai (1886-1892), de l'Egalité (1890-1891), de La Lutte (1890), Le Réveil du Hainaut (1898-1901) et surtout le Journal de Tournai et des cantons qui deviendra, le 24 décembre 1894 : "L'Avenir du Tournaisis", créé pour concurrencer "Le Courrier de l'Escaut" et rassembler les forces anticléricales de la région. Les deux fils du couple Rimbaut, Théophile et Marc (né en 1894) exerceront la profession de jorunalistes et d'imprimeurs. Théophile était fidèle à l'esprit du libéralisme radical, adversaire de la pensée catholique et de l'école libre. Il fut Echevin des Beaux-Arts et de l'Instruction publique de 1944 à 1952. C'est probablement à ce titre qu'il participe à la visite du 4 février 1948 en compagnie du Président de la C.A.P, S. Langlet. il est décédé à Bruxelles, le 4 décembre 1952.

 

Paul Rolland est né à Tournai le 17 mars 1896. Docteur en philosophie et lettres, il a effectué toute sa carrière comme conservateur-adjoint aux Archives de l'Etat à Anvers. En 1926, il sera nommé secrétaire général de l'Académie royale d'Archéologie. A ce titre, il organisera, à Anvers, en 1930, le 28e Congrès de la Fédération archéologique et historique de Belgique. Un an plus tard, il fonde la "Revue belge d'archéologie et d'histoire de l'art". Durant la seconde guerrre, il sera désigné comme conseiller archéologique auprès du Commissariat général à la restauration du pays. Professeur à l'institut des Beaux Arts d'Anvers et à l'Académie des Beaux Arts de Tournai (1935), il voua une passion à l'étude du passé de sa ville natale. A ce titre, il publiera de nombreux ouvrages tels : "Les origines de la Commune de Tournai" en 1931, "Les Primitifs tournaisiens, peintres et sculpteurs" en 1932, "Les églises paroissiales de Tournai" en 1935, "Tournai, noble cité" en 1944, "Tournai, tel qu'il fut" en 1947. Son "Histoire de Tournai" est parue en 1956, sept ans après sa mort survenue à Berchem-Anvers, le 1er octobre 1949. il participa aux visites de la Maison des Anciens Prêtres en 1948 et 1949 probablement comme conseiller historique.

 

Joseph Sonneville est né à Beloeil, le 18 septembre 1880. Il est le fils de Constant, architecte, né dans le Nord de la France, à Bailleul, le 15 mai 1849. Son père, ayant pris la naturalisation belge, sera appelé à diriger la réfection de la cathédrale en 1894 et sera aussi l'auteur des plan du dégagement de celle-ci. Joseph Sonneville est arrivé à Tournai à l'âge de sept ans et sera élève à l'ecole Saint-Luc de sa ville d'adoption. On lui doit la construction du château du Vicomte Cossée de Maulde à Ramegnies-Chin, des écoles de Marquian et d'Estaimbourg, de l'Ecole normale des religieuses de la Visitation à Celles-Molenbaix, du collège Saint-Julien à Ath, des églises de Laplaigne et de Marquain. Il fut nommé en qualité d'administrateur de l'Assistance publique, plus précisément responsable de la gestion de l'établissement des Soeurs de la Charité. C'est à ce titre qu'il participe aux réunions de 1948 et 1949.

 

Le blog a déjà évoqué les personnalités de Mgr. Hirn et de Charles-Henri-Joseph De Rasse (16.12 au 18.12.2009), nous laissons donc le soin aux lecteurs de "fouiller" dans les archives, ils découvriront ainsi d'autres pans importants de l'histoire de Tournai. 

 

Ainsi se termine la "saga "de la Maison des Anciens Prêtres. Que deviendra ce bâtiment qui a marqué l'histoire de la ville ? L'avenir nous le dira !

 

(souces : "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècles" de Gaston Lefebvre)

12/08/2010

Tournai : la Maison des Anciens Prêtres (9)

Notre série d'articles consacrés à cet immeuble bien connu des Tournaisiens et que les visiteurs peuvent découvrir avant de pénétrer dans la cathédrale par l'entrée principale touche à sa fin. 

 

Voici, par ordre alphabétique, une biographie restreinte de certains acteurs qui sont intervenus dans ce feuilleton quotidien.

 

James Allard est né le 27 janvier 1890 à Tournai. Son père, Charles, était professeur de dessin à l'Académie des Beaux Arts, aquarelliste et lithographe. Architecte, on lui doit la réalisation du restaurant à l'enseigne de "l'Ecu de France" situésur la Grand'Place, immeuble séparé de la Halle-aux-Draps par la ruelle de la Grand'garde, l'agrandissement de l'Académie des Beaux Arts sur sa partie arrière donnant dans la rue de la Lanterne, les plans du Lycée Campin (ex-Lycée Royal) situé dans le quadrilatère formé par les rues du Château, Robert Campin et les avenues Edmond Wibaut et Delmée et la reconstruction de la Maison des Anciens prêtres qui, à la lecture des articles précédents, demanda un lourd investissement en temps en raison des nombreuses sollicitations qui lui furent adressées entre 1942 et 1963.

 

Paul Bonduelle est né à Tournai le 15 juin 1877. Il fréquenta l'Académie des Beaux Arts de Bruxelles et poursuivit ses études à Paris. En 1903, il décroche le prix Godecharle. On lui doit l'Hôtel de Ville et le Mémorial Reine Astrid à Laeken. En 1935, il dirigea la section belge de l'Exposition internationale de Bruxelles. Il fut nommé commissaire spécial pour l'urbanisme pour la reconstruction de Tournai après la secondeguerre mondiale. Durant quinze ans, avec ses collaborateurs, il va s'attelerà remodeler le visage de la cité des cinq clochers, fervent partisan de l'architecture classique française, il réalisera un ensemble cohérant articulé autour de la cathédrale et le beffroi. on lui doit aussi la construction de la brasserie du Lion, celle du château Horlait à Orcq et la conception  du Mémorial de gaston Horlait au cimetière du Sud. Il décèdera à Bruxelles le 24 décembre 1955.

 

Emile de Rasse est né à Tournai le 27 juillet 1884. Après des études à l'Athénée Royal de sa ville natale et à l'Université libre de Bruxelles, il sera avocat au barreau de Tournai en 1910. Il se tournera ensuite vers la politique et deviendra conseiller communal libéral suppléant en 1926, effectif en 1932, échevin de l'Instruction publique de 1933 à 1940. Nommé bourgmestre à la veille de la guerre, il quittera la ville lors de l'évacuation, sera arrêté par les allemands en représailles d'un attentat contre des rexistes, le 18 septembre 1941 et emprisonné à Mons et à la citadelle de Huydurant deux mois. Il reprendra ses fonctions  de bourgmestre en septembre 1944. Il restera le premiermagistrat de la ville jusqu'à son décès. Profond libéral et doctrinaire, dans la saga de la Maison des Anciens Prêtres, il dut composer avec une administration communale majoritairement anti-cléricale. Il est décédé le 2 février 1956.

 

Isidore Du Roussaux (ou Du Rousseaux, les deux orthographes apparaîssent bien souvent) est né à Hal(Halle) le 19 janvier 1826, ordonné prêtre en 1849, il enesigne au Petit séminaire de Malines. On le décrit comme un homme affable soucieux d'orthodoxie mais aussi de modération. Suite au mauvais état de santé de Mgr. Edmond Dumont, évêque du diocèse de Tournai depuis le 2 février 1873, Isidore Joseph Du Roussaux est nommé tout d'abord administrateur apostolique  de tournai le 22 novembre 1879 et 97e évêque, le 12 novembre 1880. Il hérite d'une situation tendue à la suite des violentes querelles entretenues par son prédécesseur contre le libéralisme. En 1892, il vivra la fin de la restauration de la cathédrale entamée en 1840. Soucieux de rétablir l'ordre et le propreté dans la Maison des Anciens Prêtres, il y fit intégrer des Soeurs de la Congrégation de Bonne Espérance en 1894. Il est décédé le 23 septembre 1897. 

 

Adolphe Hocquet est né à Tournai le 4 janvier1868. En 1895, il est nommé conservateur du musée d'Antiquités et des Arts décoratifs et en 1899, archiviste-bibliothécaire de la Ville, fonction qu'il va occuper durant 43 ans. De 1896 à 1922, il sera administrateur-secrétaire de la société historique et archéologique. On lui doit également les projets pour la reconstitution du Tournoi de chevalerie qui eut lieu sur la Grand'Place, le 11 octobre 1513 par le roi Henri VIII en présence de l'empereur Maximilien 1er et de Marguerite d'Autriche. Cette reconstitution eut lieu les 13, 14, 20 et 21 juillet 1913. Adolphe Hocquetest l'auteur de nombreux ouvrages sur sa ville natale. Son nom apparaît dans le dossier de la Maison des Anciens prêtres lorsqu'à la fin de l'année 1905, il déclare que la Bibliothèque et les Archives doivent pouvoir disposer d'un seule et même bâtiment, idée qui séduira les responsables communaux qui décidèrent de transférer le prêtres émérites vers hospice des vieillards.

 

Jules Hossey est né à Roubaix le 2 février 1900. il est le fils de Fernand Hossey, chef de bureau à l'Instruction publique et aux Beaux-Arts de la Ville de Tournai. Etudiant à l'Athénée Royal et à l'Université libre de Bruxelles, il est reçu docteur en droit en 1924.  Avocat de talent, il sera notamment connu grâce à six procès plaidés à la Cour d'assises. En 1924, il avait adhéré au Parti Ouvrier Belge et était devenu correspondant du journal "Le Peuple" pour la région de Tournai-Ath. Il succèda à Victor Deron à la tête de l'Union communale socialiste de Tournai en 1955. Conseiller communal en 1932, Echevin de l'Etat civil en 1933, Echevin des Travaux publics de 1934 à 1956, il deviendra le Bourgmestre de Tournai, le 9 mars 1956 après le décès d'Emile De Rasse, il sera ainsi le premier bourgmestre socialiste de la cité des cinq clochers. On le retrouvera également Vice-Président des Amis de Tournai et membre des Chevaliers de la Tour, ordre créé par Marc Rimbaut pour porterla renommée de Tournai bien au-delà des frontières. Dans le dossier de la Maison des Anciens Prêtres, on le voit en permanence s'opposer aux représentants de l'Evêché. Il est partisan d'une autre affectation pour ce bâtiment. Suite à la défaite des socialistes lors des élections de 1959, le dossier évoluera dans une plus grande sérénité. Il est décédé à Tournai, le 4 octobre 1980.

(sources : article de Mr. Alain Defernez, architecte, paru dans le numéro 58 de septembre 1999, de la revue éditée par l'asbl Pasquier Grenier et "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècles " de Gaston Lefebvre, ouvrage édité en 1990 par l'Association "Archéologie Industrielle de Tournai). 

11/08/2010

Tournai : la Maison des Anciens Prêtres (8)

Dans son dernier numéro de l'année 1955, c'est, une nouvelle fois, la revue "Tournay" qui va apporter sa contribution à débloquer une situation figée. Le rédacteur de l'article propose comme moyen pour "remédier à l'abandon de ce splendide immeuble que tous déplorent et qui devient un scandale" de réserver le rez-de-chaussée aux anciens prêtres et de faire de l'étage, une annexe à la Bibliothèque de la Ville. Quelques jours après la parution de cet article, le 20 décembre, la Commission de la Bibliothèque marque son plein accord sur cette idée mais souhaite disposer de l'entièreté du bâtiment situé à la place de l'Evêché.

 

Le 21 juin 1957, lors de la séance du Conseil communal, le Bourgmestre Emile De Rasse annonce que les plans dressés par l'architecte Allard ont été approuvés par les autorités compétentes, que l'étage sera mis à la disposition de la Bibliothèque et qu'il n'est pas exclu (sic) que les prêtres pensionnés soient de nouveau admis à utiliser le rez-de-chaussée. Il y a dix sept ans que le bâtiment a été bombardé et douze années que la guerre a pris fin. Après cette belle déclaration du premier magistrat de la Ville, la situation n'évolue guère.

 

Le 2 mars 1959, las probablement d'attente, Mgr. Himmer adresse aux autorités communales une demande quant à leurs intentions concernant l'immeuble. Il réçoit une réponse du Bourgmestre Jules Hossey qui a succédé à Emile De Rasse, décédé, à la tête de la Ville. Celle-ci stipule que l'administration communale de Tournai continue à être disposée à devenir propriétaire du bâtiment et qu'elle recherche toujours une propriété qui pourrait être offerte en échange. Coup de théâtre, cinq mois plus tard, la Commission d'Assistance Publique décide d'affecter le bâtiment, à l'exception de l'étage, au logement de treize prêtre âgés. Un avant-projet de reconstruction est demandé à l'architecte Allard qui dépose les plans le 30 décembre 1959 et ceux-ci sont approuvés le 23 février 1960. Le projet définitif est approuvé par la C.A.P. le 23 octobre de la même année.

 

Au niveau de la façade, on note très peu de changements, tout au plus, deux oeils de boeuf éclairant la grande salle de l'étage à partir de la rue du Four Chapitre seront bouchés et remplacés par deux fenêtres qui seront percées dans celles aveugles existantes, des lucarnes supplémentaires seront aménagées dans le toit mais uniquement sur le versant intérieur, donnant sur le jardin. Afin d'améliorer le confort des occupants, deux chaudières seront installées dans les caves, l'une pour le chauffage central, l'autre pour la production d'eau chaude. Le projet prévoit également la réalisation d'une nouvelle cuisine, une modernisation des toilettes, l'installation de salles de bain et d'un ascenseur.

 

Le 6 février 1962, au cours d'une réunion organisée en l'Hôtel de Ville sous l'égide de Louis Casterman, devenu bourgmestre et de l'échevin des Travaux, Jean Hachez, des responsables de la C.A.P, de l'Evêché, de la Province et de la Commission des Monuments, l'architecte Henry Lacoste, un des trois représentants de cette dernière remet en cause le projet, trouvant que la Maison des Anciens Prêtres érigée au XVIIIe avait un gabarit trop important, que sa hauteur démesurée écrasait la perspective de la place de l'Evêché et privait de soleil le jardin intérieur. Il propose de nouvelles idées qui dénaturent totalement les plans qui sont alors sur la table. Son intervention rencontrera l'opposition de tous les participants même celle des deux autres représentants locaux de la Commission des Monuments, Mrs Deschamps et Fourez. C'est donc unis que les différents défenseurs du projet décident de poursuivre leur mission. 

 

Le 28 juin 1963, l'architecte Allard remettait à la C.A.P. qui l'avait chargé de cette tâche, un constat supplémentaire des dommages de guerre dont les prix avaient été révisés et indexés. Les frais de restauration s'élevaient à 16.439.348 Francs belges. Après accord du Ministre des Travaux Publics, Mr De Jaegher, le 14 juillet 1963, le nouveau Président de la C.A.P., Julien Wlomainck ouvre les soumissions pour cet important chantier le 5 octobre. C'est l'entreprise Vandekherkove d'Ingelmunster qui remporte l'adjudication. Les travaux débutent le 1er septembre 1966 pour s'achever en octobre 1969. Il y a 29 ans que la bâtiment avait été  bombardé et 24 ans que la guerre était terminée !   

 

Le 17 novembre 1969, les Filles de la Divine Providence, désormais chargées de  l'entretien des locaux et des soins aux prêtres pensionnaires de la Maison, prennent possession de celle-ci et, trois jour plus tard, les abbés Labrique et Philippart découvrent leur nouveau lieu de vie. La joie de cette renaissance fut, à nouveau, ternie à la fin de l'année 1969 lorsque l'evêché et la C.A.P. entrèrent en conflit au sujet de l'ameublement et du financement de l'établissement. Le 16 mars 1970, le secrétaire de la Commission tournaisienne, Mr. Octave Chamart déclarait dans une note que la C.A.P. était le propriétaire et non l'administrateur de la Fondation des Anciens Prêtres, que les revenus de celle-ci avaient été versés au patrimoine commun de la Commission et y étaient entièrement fondus de manière à ne former qu'un seul et même ensemble. L'Evêché fit remarquer qu'il y avait obligation de respecter l'intention du fondateur. Les choses s'arrangèrent, le 14 avril 1971, la C.A.P. faisait part à l'Evêché de sa décision d'attribuer à la fondation, une dotation annuelle.

 

En 1975, les Filles de Saint Josephde Templeuve remplacèrent les Soeurs de la Divine Providence pour le service intérieur de la Maison et laissèrent la place en janvier 1987 à la congrégation des Filles de Jésus. En 1990, à l'occasion de la première "Triennale de la Tapisserie de Tournai", un escalier extérieur métallique fut construit pour donner accès à la salle capitulaire où étaient exposées les tapisseries anciennes de Bruxelles. A cette occasion, de nombreux tournaisiens (re)découvrirent une salle inaccessible depuis mai 1940. Il y a deux ans, les derniers prêtres quittèrent la maison. La presse a souvent annoncé des destinations pour ce bâtiment : une extension du trésor de la cathédrale, un centre européen d'interprétation des cathédrales. La Maison a été ouverte l'année dernière à l'occasion de la Fête de la Musique pour l'un ou l'autre récital et lors des Euro-Médiévales. A ces occasions, le public ne manqua pas de visiter, une fois encore, ce remarquable édifice faisant partie du patrimoine tournaisien. 

 

On se demande désormais si les prêtres émérites âgés et démunis qui trouvèrent refuge au moyen-âge dans cet immeuble seront un jour remplacés par de riches touristes ou hommes d'affaires confiant à des voituriers les clés de leurs limousines avant de prendre possession de leur chambre ou d'assister à un colloque ou à un séminaire (voilà finalement un mot bien en rapport avec ces lieux chargés d'histoire), l'avenir nous le dira !

 

(sources : A.F.J Bozière "Tournai, ancien et moderne" Edition Adolphe Delmée, Tournai 1874, étude de Mme Béatrice Pennantparue dans le n°90 de la revue éditée par l'ASBL Pasquier Grenier, étude du chanoine Albert Milet,parue en 1994 dans le tome VI des Publications extraordinaires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai, "Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècles" de Gaston Lefebvre, ouvrage édité en 1990 par l'Association "Archéologie industrielle de Tournai" asbl, articles de la presse locale dans les journaux Nord-Eclair et le Courrier de l'Escaut). S.T. août 2010

08:30 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, anciens prêtres |

10/08/2010

Tournai : la Maison des Anciens Prêtres (7)

Il y a peu d'informations dignes d'intérêt durant la première partie du XXe siècle. On va, tout au plus, noter la présence de trois religieuses de la congrégation des Soeurs de Charité de Notre-Dame de Bonne Espérance chargées de l'ordre et de la propreté de l'établissement. Elles étaient arrivées en 1897 à la demande de Mgr. Isidore Joseph Du Rousseaux, 97e évêque de Tournai de 1879 à 1897, qui avait constaté une lente dégradation de l'hygiène au sein de l'établissement. Elles y resteront jusqu'en 1940.

 

La Belgique est projetée dans la tourmente le vendredi 10 mai 1940, date du début de la seconde guerre mondiale. Le jeudi 16 mai, vers 15h30, une escadrille allemande bombarde Tournai, pourtant déclarée "ville refuge en zone de sécurité", dans le but de désorganiser la ligne de défense britannique et de créer la panique parmi la population. Les premières bombes atteignent le palais épiscopal. Le lendemain, l'Evêché déménage à l'extérieur de la ville, plus précisément au collège de Kain. Les soeurs de Bonne-Espérance transfèrent, le même jour, les anciens prêtres dans ce village située aux portes de Tournai. Au début du mois de juin, lorsqu'elles reviennent, le spectacle qui s'offre à elles n'est que ruines et désolation. Du palais épiscopal, il ne reste que des murs aux ouvertures béantes et la Maison des Anciens Prêtres n'est pas en meilleur état. A l'étage, la bibliothèque est détruite, si les voûtes du rez-de-chaussée ont bien résisté, châssis et portes ont été détruits par l'incendie qui a fait rage. La Maison sera inhabitable pendant longtemps. En juillet 1941, des chômeurs vont évacuer les gravats et étayer les murs. Plus aucuns travaux ne seront effectués durant les quatre années que va encore durer le conflit.

 

En juillet 1945, on constate que des pierres du couronnement de l'édifice se désagrègent de plus en plus. A la fin de l'hiver 1947, on assiste à la chute de matériaux, en juillet de la même année, sept ans après les bombardements, la revue "Tournay" se demande si l'admirable façade sera encore debout l'année suivante. Titillée par cet article et par les commentaires qui commencent à apparaître dans la presse, la Commission d'Assistance Publique (C.A.P.), la nouvelle dénomination des anciens Hospices civils, fait dresser par l'architecte Allard, un devis et cahier de charges pour l'enlèvement d'une partie de l'entablement des pierres, le rempiêtement des maçonneries et la réfection provisoire du toit pour la seule partie située face à l'évêché, un strict minimum ! Le coût est estimé à 188.057,40 francs de l'époque. Le 19 novembre 1947 a eu lieu une première visite des lieux par le bourgmestre, les échevins, Walter Delsinne, inspecteur des biens de la C.A.P., l'architecte Joseph Sonneville (1880-1958) qui était alors délégué local de la Commission des Monuments, Administrateur de la C.A.P. et responsable de la gestion des biens de l'établissement des Soeurs de la Charité. Une seconde visite sera programmée deux mois plus tard, le 4 février 1948. Y participeront le Président de la C.A.P., S. Langlet, Théophile Rimbaut, représentant la Ville, Paul Bonduelle, l'architecte chargé de la reconstruction de Tournai, Paul Rolland, historien local et les architectes Torck et Allard. Suite à cette visite, on s'oriente vers une solution qui interdirait désormais à ce bâtiment des fonctions multiples, l'idée d'héberger ailleurs les anciens prêtres fait sa réapparition.

 

Les destinations données au bâtiments peuvent paraître surprenantes :

- des logements relativement bon marchés pour vieux ménages de la bourgeoisie aux revenus devenus modestes,

- l'installation du Musée d'Histoire Naturelle,

- la création d'un musée d'Arts anciens et d'Histoire locale,

- un lieu d'exposition permanente à l'étage des oeuvres du peintre tournaisien Louis Gallait,

- des salles de réunions pour les sociétés "savantes" (sic) de la Ville !

En résumé, tout un tas de projets qui s'éloignent des buts de la Fondation instaurée par Walter de Marvis au XIIIe siècle. C'est ce que fait remarquer le chanoine Feyen. Suite à cette intervention, la Ville de Tournai demande au Gouvernement provincial, l'autorisation de désaffecter le bâtiment pour l'affecter à d'autres usages publics. Le 2 mars 1949, Emile Cornez, Gouverneur du Hainaut, suspend la délibération communale, deux semaines plus tard, le 18 mars, la Députation permanente confirme cette décision et le 14 mai 1949, un arrêté du Prince-Régent annule la délibération de la Ville, la jugeant illégale car elle  portait atteinte aux fondements mêmes de la Fondation. Comme leurs prédécesseurs de la Commission des Hospices civils au siècle précédent, les membres de la C.A.P. introduisent alors un recours au Conseil d'Etat. De telles démarches ne trouvent leur origine que dans un anticléricalisme pur et dur qui était alors de mise dans la gestion de l'autorité communale. Le 6 juillet 1951, le Conseil d'Etat annule l'arrêté du Prince-Régent le déclarant trop peu motivé mais maintient l'obligation de sauvegarder et de respecter la Fondation ou de créer une autre Maison susceptible d'accueillir les prêtres émérites. La C.A.P. propose l'Hôtel Peeters, à la rue Saint-Martin,  qui avait accueilli l'évêché durant la guerre ou l'Institut du Docteur Delannois à Bonsecours qui comptait 65 chambres.

 

Le temps qui passait, continuait à dégrader, chaque jour un peu plus, les ruines du prestigieux immeuble dont Tournai s'enrichissait avant guerre, la Ville et la C.A.P. se rejetant les responsabilités de cet immobilisme à nouveau régulièrement relevé par la presse locale !

 

(sources : voir l'article 1 du présent sujet)

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06/08/2010

Tournai : la Maison des Anciens Prêtres (5)

Au printemps de l'année 1757, le gros oeuvre de la nouvelle Maison se termine. Fin mai débute la construction de l'escalier menant de la cathédrale à l'étage qu'allait occuper la bibliothèque capitulaire. La liaison entre celle-ci et la cathédrale Notre-Dame était opérée par une extension d'une travée supplémentaire située sur le côté nord du porche occidental. Celle-ci n'existe plus, elle n'a pas été reconstruite après la seconde guerre mondiale.

 

Les travaux de finitions de la façade principale sur la place de l'Evêché ont lieu à la fin de l'année 1757. les quatre chapiteaux couronnant l'avant-corps et soutenant l'architrave furent sculptés par Bernard Rys, la conception du tympan revint à Jérome Deneu(ou Denaut), dans celui-ci est intégré une sculpture d'après une maquette de Nicolas Lecreux, le sujet est une allégorie des sciences et des arts, figurés par une muse et des génies diversement groupés qui tiennent des attributs.

 

En 1760, les travaux du rez-de-chaussée touchent à leur fin. Le 8 avril, les deux pensionnaires de l'ancienne Maison des Prêtres émérites y sont admis. Un nouveau réglement est rédigé par le chanoine Delloye, il remplace celui de 1640, beaucoup trop strict. Le 17 septembre 1760, le même chanoine Delloye dépose à la Chapelle de Tous-les-Saints, les reliques qui reposaient encore dans l'ancien bâtiment.

 

A l'étage, les travaux de la bibliothèque se poursuivent jusqu'en 1763. On y place un magnifique parquet en bois - au point de Hongrie - qu'on pouvait toujours admirer avant l'incendie qui détruisit totalement les lieux en 1940.  La salle de 40 mètres de long et de 9 mètres de large a été dotée de boiseries de style Louis XV, oeuvre des maîtres menuisiers tournaisiens Antoine Durieu et Jean Baptiste Henry. Le pan de mur opposé aux grandes fenêtres donnant sur la place de l'évêché ainsi que les murs des côtés furent couverts de longs rayonnages permettant le classement des manuscrits. Ils étaient séparés en deux étages par un balcon ou trottoir. Le coût des travaux de construction et d'aménagement intérieur de la bibliothèque dépassa largement les normes prévues, tant est si bien que le Chapitre se résolut à vendre, le 18 octobre 1762 et les jours suivants, dans la salle de l'Hôtel de la Reine de Suède à Bruxelles, une partie notable de sa collection d'estampes représentant un lot d'environ six mille pièces des meilleures épreuves et des meilleurs maîtres tels Rubens, Van Dyck, Jordaens, Gérard, Breughel... et également une collection de médailles.

 

En Août 1764, les clocmans de la cathédrale transportèrent les livres de l'ancienne bibliothèque vers la nouvelle et le 3 octobre de la même année parut le règlement destiné au public amené à fréquenter la salle afin de consulter les ouvrages. Une phrase de l'article 6 est représentative de l'esprit de l'époque :

 

"Tout ce qu'on appelle honnêtes gens y auront l'entrée, mais on ne pourra prendre lecture des livres qu'après les avoir reçus du bibliothécaire à qui ils devront les remettre à la sortie".

 

 Les locaux de l'ancienne bibliothèque seront restaurés et mis à la disposition de la Fabrique d'église Cathédrale.

 

L'étude du chanoine Milet nous apporte des précisions sur les matériaux utilisés et le coût engendré : 192.728 ardoises pour un prix global de 2.300 florins, 1.783.000 briques provenant de la briqueterie d'Houcieaux à un peu plus de 5 florins pour mille, 19.989 pavés à 7 pouces et 16.338 à 6 pouces, la chaux utilisée avait engendré une dépense de 3.859 florins, 173.000 clous de 18 et 1.700 clous dits "de forge" furent nécessaires, le bois provenait surtout de coupes réalisées dans le "bois des Anciens Prêtres", on découpa ainsi 156 corps de chêne d'une valeur de 8.803 florins, du bois de récupération fut aussi acheté au Collège Saint Paul et au refuge du Château de l'Abbaye, le reste provenant de la récupération effectuée lors de la démolition de la "grange aux dîmes", on eut besoin de 276 barres de fer pesant au total 18.268 livres de poids de Tournai, les pierres brutes furent fournies par un certain De Rasse et l'abbaye de Saint-Mard, les pierres blanches par un certain J.F de Flandres. De vieilles pierres tombales furent également utilisées comme matériau de réemploi. Deux pierres d'autel furent livrées, le 10 avril 1760, par Jérome Denaut, on utilisa également 12.000 livres de vieux plomb. L'ensemble des dépenses s'élèva à 83.281 florins.

 

Voici enfin ce projet né en 1751 réalisé, il est pourtant écrit que ce bâtiment sera toujours à l'origine de polémiques ou de problèmes comme nous le verrons prochainement

 

(sources : voir article 1 du présent sujet)

 

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04/08/2010

Tournai : la Maison des Anciens Prêtres (3)

Les prêtres âgés vécurent plusieurs siècles dans cette maison située alors dans la rue du Puich l'Evêque, passant leur retraite entre prière et une stricte vie communautaire.

 

Au milieu du XVIIIe siècle, alors que nous vivions sous la domination autrichienne, le gouvernement de Marie Thérèse d'Autriche prit diverses mesures tendant à mettre un terme, dans notre pays, à l'accroissement, jugé excessif, des biens dits de "main-morte". Au travers de celles-ci, c'était plus spécialement les domaines ecclésiastiques qui étaient visés et défense était faite à leurs propriétaires d'acheter de nouvelles terres et de nouveau bois. L'évêque d'alors, François-Joseph Salm- Reifferscheid s'efforça d'utiliser d'une autre manière la partie excédentaire du revenu et décida d'entreprendre des travaux importants.

 

C'est ainsi que fut remplacé en 1754, le plafond en bois de la nef romane de la cathédrale par une voûte d'arêtes en briques enduites comme celles des bas-côtés. Il avait su tirer partie de la présence de nos régions de l'architecte milanais Gaëtan Mathieu Pisoni venu dresser, à cette époque, les plans de la cathédrale Saint-Aubin à Namur. Celui-ci reçut pour son travail (y compris les plans d'une nouvelle sacristie à construire en l'église paroissiale de Notre-Dame attenant à la cathédrale) et pour ses déplacements, la somme de 615 florins. Le projet approuvé, sa mise en oeuvre fut confiée par les chanoines à l'architecte douaisien Michel François Playez qui fut également chargé de dresser les plans, en 1754-1755, de la nouvelle chapelle Saint-Michel à la cathédrale.

 

L'attention de l'évêque se porte également sur la Maison des Prêtres émérites qui n'est plus guère fréquentée en ce milieu du XVIIIe siècle. Selon lui, les conditions de vie sont différentes de celles connues cinq siècles auparavant. Les ecclésiastiques sont désormais accoutumés à disposer de leur ménage et à en goûter les douceurs mais sont aussi habités par un profond sentiment d'indépendance. Ils envisagent le moindre assujettissement comme une gène insupportable, ne fut-ce que le fait de manger à une table commune et à la même heure. Constatant le manque de fréquentation et le délabrement de la Maison, l'évêque envisage le transfert de ses derniers occupants au séminaire des Jésuites à Choiseul. Cette proposition épiscopale déclenche une vive réaction du Chapitre qui voit d'un mauvais oeil d'associer la vénérable institution à la Compagnie de Jésus, au pouvoir important peu apprécié de ce dernier.

 

La proposition trouve néanmoins un défenseur en la personne de l'archidiacre de Coninck qui défend la légitimité des modifications à apporter à la vieille fondation instaurée par Walter de Marvis, cinq cents ans plus tôt. Il propose de mettre en location la Maison des Prêtres émérites, d'héberger les prêtres âgés qui s'y trouvent encore à Choiseul et d'employer le reste des revenus de la fondation "au soulagement des pauvres séminaristes proportionnellement à leur pauvreté, à leur application à l'étude, à leur ouverture d'esprit propre à les rendre bons et utiles au ministère du Seigneur" (sic).

 

Toujours est-il que le projet de l'évêque soumis le 14 février 1753 au Chapitre cathédral reçut un avis négatif des commissions car le document présenté ne portait ni signature, ni marque d'authenticité et on ne pouvait dans ces conditions être totalement certain qu'il émanait réellement du Prélat. Ce premier essai de transfert recalé, voici qu'apparaît un nouveau. Il est l'oeuvre de Joseph Alexandre le Vaillant de la Bassarderie qui avait été élevé à la dignité de doyen, le 21 novembre 1726, et avait exercé les fonctions de Vicaire Général et Vicaire capitulaire mais qui n'était pas "en odeur de sainteté" auprès de l'évêque. Selon son projet, la Fondation des Anciens Prêtres devait céder au Collège du Chapitre (l'ancien collège des Bons Enfants reconstruit et désormais administré par le Chapitre) toute sa maison et tout le terrain sur lequel elle était bâtie. Elle devait également céder la grande maison qu'elle avait dans le voisinage occupée par un dénommé Van Ros, marchand de vin, afin d'y faire le four du Chapitre. En échange, le Chapitre cèderait à la Fondation les fonds de terrain de la grange capitulaire dont la face devant l'évêché servirait à faire une superbe bibliothèque sous laquelle les Anciens Prêtres se bâtiraient des chambres pour y loger. Ce projet sera soumis, le 10 juin 1753, à l'examen d'une commission capitulaire présidée par le chanoine Jean Delloye (1715-1780), un hutois d'origine, nommé chanoine de Tournai par la Faculté des Arts de Louvain, le 28 décembre 1742.

 

Le projet fut accepté mais faillit ne jamais voir le jour car son promoteur avait perdu de vue (ou sciemment oublié) qu'une partie importante du terrain occupé par la dite grange avait été loué "ad vitam" par acte du 28 mars 1746, au chanoine Louis de la Rue. Ce dernier n'eut pas l'occasion d'accepter ou de refuser la proposition car il mourut le 17 juin 1754.

 

La suite de l'histoire ne sera pas un long fleuve tranquille, nous le verrons dans le prochain article.

 

(sources : voir article 1 du présent sujet)

08:10 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, anciens prêtres |

02/08/2010

Tournai : la Maison des Anciens Prêtres

Le mois de juillet vient de se terminer et pour les bloggeurs, il ne laissera pas un souvenir impérissable. La migration des blogs de Skynet vers une nouvelle plateforme, l'inaccessibilité engendrée par celle-ci, les vacances des lecteurs habituels et le nouveau système de comptage ont fait chuté le nombre de visites de près de 80%. Voilà les mauvaises nouvelles auquelles nous avons été confrontés. Le blog "Visite Virtuelle de Tournai" qui enregistrait jusqu'alors entre 300 et 360 visites quotidiennes et comptait avant ce changement près de 257.000 visiteurs doit se contenter actuellement d'une fréquentation estimée entre 95 et 145 visites par jour.

 

En ce début du mois d'août, nous avons décidé de reconquérir nos lecteurs et, après les sujet plus détendus de la fin juillet, nous reprenons le cours normal de nos publications.

 

Notre première étude portera sur un bâtiment qui a souvent eu les honneurs de la presse locale au cours de ces derniers mois : l'Hôtel des Anciens Prêtres situé sur la place de l'Evêché, immeuble inoccupé depuis la fin de l'année 2008 et pressenti par les autorités communales pour être le cadre d'un hôtel 4*** englobant également le bâtiment qui abritait, jusqu'en 2009, les "Archives de l'Etat". Ce projet a défrayé la chronique car il devait aussi voir s'élever une tour moderne de béton et de verre imaginée par l'architecte français Nicolas Michelin. Il a divisé la population tournaisienne, les uns se montrèrent favorables à celui-ci, y voyant une empreinte architecturale du XXIe siècle jouxtant la vénérable cathédrale du XIIe, les autres, plus nombreux, multiplièrent les actions et pétitions pour empêcher l'édification d'une tour moderne dans le périmètre d'un site classé par l'Unesco au risque de voir ce classement disparaître. Ce coup peut-être médiatique ne laissa personne indifférent et prépara, peut-être, la population a un autre projet qu'on espérait probablement plus facilement acceptable par elle, la construction, cette fois horizontale, d'un bâtiment sur la place Paul Emile Janson. Une nouvelle mouture du projet qui ne satisfait pas davantage les "puristes" qui réclament le maintien d'une visibilité maximale sur une cathédrale en pleine rénovation.

 

Une autre question se pose : existe-t-il un réel besoin d'un hôtel 4*** à Tournai alors que les établissements d'un niveau juste inférieur font cruellement défaut ? Les responsables restent attachés, contre vents et marées, à l'idée de la construction d'un hôtel de haut standing destiné à amener une clientèle huppée et permettant d'organiser des colloques et des séminaires. Pour cela, il faudrait que notre Wallonie Picarde possède des entreprises d'une taille telle que des cycles preque permanents de formations des cadres, du personnel ou l'accueil de clients importants soient une impérieuse nécessité. On se souvient du "couac" du Casino sensé attirer, au début des années cinquante, des joueurs fortunés et remplir les caisses de la Ville et qui ferma ses portes quelques jours après son inauguration. La Ville de Tournai se doit, à l'avenir, de miser sur un tourisme de séjour et non plus sur celui de passage. Tournai, ses témoignages du passé, ses musées, ses promenades méritent beaucoup plus que ces nombreux cars qui s'y arrêtent pour une trop brève visite de la cathédrale, au retour d'une journée passée à la côte ou dans les Ardennes.

 

Demain, nous débuterons l'histoire de ce bâtiment !

 

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne", de A.F.J Bozière p. 470, paru chez Adolphe Delmée, typographe, Tournai 1864, "la Maison des Anciens Prêtres de 1753 à nos jours" du Chanoine Albert Milet, étude parue dans les Publications Extraodinaires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai, Tome VI de 1994 et "l'Hôtel des Anciens Prêtres", étude de Béatrice Pennant, bulletin n° 90, année 2006, de l'asbl Pasquier Grenier).  

 

 

11:04 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, anciens prêtres, hôtel |