17/01/2012

Tournai : l'année 1902 sous la loupe (1)

Nous abordons la rétrospectives des évènements qui se déroulèrent durant l'année 1902.

Au niveau international, le 31 mai, la signature du "traité de Vereeniging" met fin à la "guerre des Boers" en Afrique du Sud. Pourtant, le 6 octobre, la presse relate la venue à Bruxelles des généraux boers, Dewet, Delarey et Botha, ils font une tournée en Europe pour collecter des fonds. A part cela, l'actualité est calme et c'est ainsi que les débuts, le 4 février, de Maurice Chevalier, à l'âge de treize ans, au Commerce à Paris ou le premier enregistrement du ténor Enrico Caruso, dans le Grand Hôtel de Milan font la "une" des journaux. Le 29 septembre disparaît un des plus grands écrivains français. Auteur de Germinal, du Ventre de Paris, de la Terre, de Nana... et du manifeste "J'accuse" en faveur de Dreyfus, Emile Zola s'éteint à Paris à l'âge de 62 ans. 

L'année 1902, au niveau national, sera marquée par l'agitation sociale. En février déjà, à Bruxelles, une manifestation en faveur du suffrage universel est réprimée avec violence par la police, plus graves seront les évènements qui se dérouleront par la suite. A Binche, en mars, la maison d'un dirigeant catholique est dynamitée, dans de nombreuses villes du pays, des manifestants réclament la révision de la Constitution. En avril, un attentat est commis, par des militants socialistes, contre la Banque Nationale à Bruxelles tandis qu'à Houdeng, dans le Hainaut, une manifestation dégénère, la gendarmerie doit faire usage des armes et deux manifestants sont tués. Une grève nationale est décrétée, le 14 avril, par le parti ouvrier en faveur du suffrage universel, lors d'un défilé, six personnes seront également tuées à Louvain, un massacre qui décidera les organisateurs de la grève de mettre fin à celle-ci. Le 19 septembre, la reine Marie-Henriette de Habsbourg décède à Spa, le roi Léopold II, son mari, est informé du décès, il séjourne dans le Midi de la France en compagnie d'une de ses maîtresses. Le 15 novembre, entre la cathédrale Sainte-Gudule où il avait assisté à un office et le palais royal, Léopold II échappera à un attentat perpétré par un anarchiste italien répondant au nom de Gennaro Rubino. Celui-ci est un ancien employé de l'ambassade d'Italie où sa mission consistait à surveiller... les anarchistes de son pays !

Plongeons dans l'actualité au niveau local. En cette année 1902, Tournai n'échappe pas à l'agitation sociale et la ville connaîtra d'importantes grèves. En août, un cortège, parti d'Antoing, rassemblant plusieurs centaines d'ouvriers du bassin carrier, pénètre en ville par la porte de Valenciennes. Précédés de tambours, trompettes et de dizaines de drapeaux rouges, escortés par la police, les manifestants traversent la cité des cinq clochers et tentent de faire fermer les entreprises en activité. On dénombre quelques vitres brisées, la plupart des usines ayant pris soin de fermer leur porte durant le passage du cortège. La grève va durer plusieurs jours. 

La presse publie, comme chaque année, les chiffres concernant la population tournaisienne. On apprend que le 31 décembre 1901, la ville compte 35.233 habitants répartis entre 16.875 hommes et 18.358 femmes. Une question se pose : où sont passés les 1.836 personnes comprises dans le chiffre de 37.069 habitants publié en 1901 (36.835 en 1900) ? Durant l'année 1901, on a enregistré 797 naissances, 274 mariages et 703 décès. Pour la première fois est publié le nombre d'occupants des hospices. L'hospice de la vieillesse compte 129 résidents, l'Hôtel des Anciens Prêtres, à la place de l'Evêché : 11, l'accueil des enfants abandonnés : 59 et l'hospice Montifaut : 29.

L'hospice de la vieillesse a succédé à l'Hôpital de la Plancque tombé dans le domaine de l'administration des hospices civils et supprimé en 1796 par les révolutionnaires français. Les vieillards des deux sexes, célibataires, mariés ou veufs, y étaient admis dès l'âge de 62 ans, ils y recevaient logement, nourriture et un vêtement. Le chiffre de 129 résidents enregistré en 1901 reste dans la moyenne d'occupation car déjà en 1828, on comptait 60 hommes et 64 femmes, une pointe d'occupation ayant été observée en 1862 avec 151 résidents. 

L'hospice de Montifaut a été fondé par testament du 24 avril 1653, par Messire François Le Clercq, Seigneur de Montifaut. Durant les premières années, il accueillit dix-huit pourvus. Les conditions d'admission étaient drastiques (il serait même pratiquement impossible de les faire respecter à notre époque). Pouvaient y être admis des hommes vieux, cassés, débiles ou impuissants (incapables) de gagner leur pain, aliment et vêtement par leur travail corporel, natifs de pères et de mères de cette ville, légitimes, catholiques, de bonne vie et de bonne renommée. En 1864, ils étaient vingt-huit résidents, nombre qui a donc peu évolué durant les quarante années qui suivirent. (à suivre)

(Sources : "Le Courrier de l'Escaut" - éditions de l'année 1902 et "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière)