28/01/2009

Tournai : l'année 1988 sous la loupe (1)

En cette année 1988, la mandature communale, entamée six ans plus tôt, vient à échéance. Le 9 octobre, les Tournaisiens se rendent aux urnes pour élire leurs représentants à la tête de la commune. Trente-neuf sièges sont à pourvoir, le PS (Parti Socialiste) en emporte 18, le PSC (Parti Social Chrétien) 10, le PRL (Parti Réformateur Libéral) 8, Ecolo (les Verts) 2 et le PC (Parti Communiste) un seul. Raoul Van Spitael se succède à lui-même, il entame son troisième mandat depuis 1976 et reconduit l'alliance avec le PRL au grand dam du PSC et de son chef de file, Georges Sénéca.

Ces élections se déroulent au cours d'une année durant laquelle le climat social est plus que morose. Dès les premiers jours de janvier, on apprend que de lourdes menaces pèsent sur l'avenir de la section fonderie des Ateliers Louis Carton. La quinzaine d'hommes occupés dans celle-ci débutent l'année dans l'inquiétude de perdre leur emploi. La direction de l'entreprise se veut néanmoins rassurante se déclarant soucieuse d'éviter les licenciements et souhaitant sauvegarder l'emploi des personnes concernées par la disparition d'une section de l'usine. En février, c'est au tour de l'entreprise de vente par correspondance, "Les Trois Suisses" à Orcq d'annoncer une restructuration concernant 10% du personnel, 84 personnes qui risquent de perdre leur emploi. Si le mois de mars est calme en ce qui concerne les mauvaises nouvelles asur le plan niveau social, avril apporte un nouveau coup dur, la société Dunlop qui a repris les établissements Colmant et Cuvelier, annonce le prochain licenciement de 47 personnes, les effectifs passeront ainsi de 127 à 80 membres du personnel. La société est spécialisée dans la confection de bandes transporteuses pour chantiers miniers. La direction multiplie les contacts afin de ne pas brusquer les choses et c'est finalement au mois de décembre qu'elle annoncera un investissement de 75 millions de francs belges (env. 1,86 million d'Euros) et la perte des 40 emplois. Au sein de l'entreprise, on espère que sacrifice et investissement dégageront l'horizon bien sombre.

Une nouvelle crise sociale se déroule durant le mois de septembre à la société Amil, située sur le zoning de Tournai-Ouest à Orcq. Ce sera la plus dure et la plus dramatique. Les 107 travailleurs (dont 50% de frontaliers français) que compte cette entreprise spécialisée dans la production de jantes en alu de seconde monte, mais qui produisait antérieurement des jantes d'origine (l'affaire ayant périclité suite à la perte de clientèle d'une des plus grands constructeurs français) partent en grève. Depuis la reprise en juin par le groupe italien Ruote O.Z, les conditions de travail se sont rapidement dégradées, les syndicats mettent en avant des problèmes de sécurité, d'hygiène, de de manque de respect envers les travailleurs et une impossibilité de communiquer avec un patron qui vient régulièrement d'Italie sans rencontrer les partenaires sociaux. N'obtenant aucune satisfaction à leurs revendications, les syndicats décident le blocus de l'entreprise le 26 septembre. Indifférente à ces évènements et à leur montée en puissance, la direction d'Amil reste dans sa tour d'ivoire faisant preuve d'arrogance, même vis-à-vis de la presse qui n'obtient que peu ou pas de déclarations de patrons qui semblent vouloir liquider l'affaire au plus vite pour transférer le tout en Italie, but probablement inavoué de leur rachat juste avant les congés.

Signalons encore que de nombreuses petites affaires jusqu'à là rentables (PME, entreprises familiales et même restaurant réputé) sont tombées en faillite durant cette année 1988. C'est dans ce climat social cahotique que, le 26 mai, le roi Bauduin assiste à la séance académique marquant le 75e anniversaire de la Chambre de Commerce et d'Industrie présidée par M. Michel Lemay. De nombreuses personnalités du monde politique et des affaires assistent à cet évènement parmi lesquelles Pierre Mauroy (Secrétaire du PS français et maire de Lille, ancien premier ministre), M. Rousseau, le Préfet du Nord, Arnaud De Cléty, ancien ministre et le patronat tournaisien au grand complet. De beaux discours de la part de professeurs d'université ou de dirigeants d'entreprises se veulent rassurants sur l'avenir économique de notre région. Wait and see... Dans le prochain article, nous consacrerons la rubrique aux faits divers de cette année 1988 à Tournai.