22/02/2012

Tournai : l'année 1907 sous la loupe (2)

Avant d'aborder d'autres faits qui marquèrent l'actualité de l'année 1907 dans notre bonne vieille ville de Tournai, dressons le portrait de deux élus issus des élections communales du 20 octobre.

Ambroise De Rick, élu sur la liste catholique, est né à Tournai le 13 novembre 1849, il exerce la profession d'avocat et a entamé une carrière politique en 1895. Conseiller communal, il deviendra, à la suite de ces élections, échevin de l'Instruction publique, mandat qu'il conservera jusqu'en 1920. Au décès de Mr Stiénon Dupré, il assurera la fonction de bourgmestre du 27 juillet 1918 au 26 juin 1919. A ce titre, il accueillera les troupes anglaises libérant Tournai le 9 novembre 1918 et le lendemain, le roi Albert 1er, la reine Elisabeth et le prince Léopold. Il est décédé à Esplechin le 1er novembre 1936. Jules François Boucher, élu sur la liste libérale, était né à Gand, le 8 mai 1845. Il est membre de la dynastie des Boucher également connue à Warchin évoquée par Jacques de Ceunninck dans son excellent blog à découvrir "Warchin-Varcinium". Ce filateur, familièrement appelé "Monsieur Jules", avait la sympathie de la classe ouvrière des quartiers industriels de Saint-Brice et de Saint-Jean. Il a été élu sur la liste libérale en 1878. Nommé premier échevin en 1883, il eut sous sa compétence l'Etat-Civil, les Beaux-Arts et les Finances. On lui doit la réorganisation de la Caisse d'épargne de la Ville et l'instauration d'un service de comptabilité communale. Il exercera la fonction de bourgmestre du 31 octobre 1907 au 12 mars 1908, sera Président de la Chambre de commerce de 1914 à 1916 et sera cofondateur du Foyer ouvrier tournaisien. Il est décédé le 28 mars 1919.

Ce long chapitre consacré à la politique ne doit pas nous faire oublier les autres évènements, au travers de ceux-ci nous pourrons, une fois encore, percevoir la mentalité de l'époque.

Le jeudi 27 janvier, vers 9h, un incendie se déclare dans la brasserie Charles Carbonnelle située à la rue des Fossés. Le feu a pris dans une ancienne "touraille", c'est ainsi qu'on nomme la pièce où on sèche et aromatise, par un apport d'air chaud, le malt vert provenant de la germination. A partir de celle-ci , il se communique à un magasin donnant dans la ruelle des Noirets. Ce dernier local contient un stock de paniers plein plein de paille et surplombe les écuries. Il faut donc évacuer au plus vite les chevaux, animaux destinés à tracter les longues plate-formes sur lesquelles on plaçait les tonneaux à livrer dans les cafés desservis par le brasseur. La lutte contre le sinistre n'est pas facile, les pompiers, rapidement arrivés sur les lieux, sont confrontés à des problèmes en raison du gel intense qui sévit en cette fin du mois de janvier. L'incendie se développe et menace l'église des Pères Rédemptoristes. Les hommes du feu se rendront maîtres du sinistre après une lutte d'une bonne heure, on ne déplore pas de victime mais les charpentes de la brasserie sont totalement calcinées, le grain et le mobilier d'estaminet sont partis en fumée. 

Le gel est particulièrement sévère et la neige est présente dès le 2 février. Si ce n'est pour son style un peu suranné, l'article recopié dans sa totalité concerne un problème toujours d'actualité, "la neige a fait son apparition couvrant nos rues d'une nappe glissante où les chutes ont, hélas, été nombreuses, là surtout où les roues des voitures tracent des sillons dangereux même pour les plus ingambes (on désigne ainsi une personne alerte qui a les jambes lestes, mot très peu utilisé à notre époque). Un certain nombre d'habitants, dont il faut louer le beau geste, ont épandu devant leur demeure, une couche de cendres ou de sciure pour empêcher les accidents. Il est à souhaiter que cet exemple sera suivie généralement". Si l'utilisation de chlorure de sodium n'était pas encore d'application, on constate néanmoins que beaucoup de personnes, comme c'est encore le cas un siècle plus tard, ignoraient ou feignaient ignorer l'obligation légale de sécuriser le trottoir pour éviter les accidents. 

A propos de météorologie, nous avons parlé lors de la rétrospective d'année précédente, de cet homme qui se faisait appelé le "Vieux Major" et donnait des prévisions du temps, en un seul bulletin pour toute l'année. Lors de la période du 1er au 5 juin, les Tournaisiens sont soumis à un régime de fortes averses et de bourrasques de vent agrémenté d'une température bien trop fraîche pour cette fin de printemps. Les inconditionnels de ce Monsieur Météo constatent avec une profonde déception que pour cette période, il avait prédit un temps lumineux et très chaud. Le Courrier de l'Escaut ose parler de la faillite du Vieux Major, s'en remettra-t-il ? (à suivre)