14/05/2014

Tournai : 1914-1918, les acteurs d'une tragédie (2)

Louise de Bettignies, une frêle jeune femme devenue résistante et espionne.

Louise, Marie-Jeanne, Henriette de Bettignies est née le 15 juillet 1880 dans la ville française de Saint-Amand-les-Eaux (Nord), commune située à moins de vingt kilomètres de la cité des cinq clochers.

Elle est issue d'une très vieille famille noble dont on trouve déjà la trace au XIIIe siècle dans la région de Mons. Un des ses aïeux, François-Joseph Péterinck de la Gohelle est venue de France s'installer à Tournai et a fondé, sur le quai des Salines, à proximité du Pont des Trous, la célèbre fabrique de porcelaine d'art qui fera la renommée de la cité scaldéenne et portera d'ailleurs le titre de Manufacture impériale et royale.

Au tout début du XIXe siècle, un descendant, Maximilien-Joseph de Bettignies, avocat inscrit au barreau de Tournai, grand-père de Louise de Bettignies, va ouvrir une filiale de la fabrique à Saint-Amand-les-Eaux, celle-ci sera gérée par le père de Louise.

Après des études secondaires effectuées chez les Sœurs du Sacré-Cœur à Valenciennes, Louise de Bettignies, jeune fille d'apparence fragile (un élément important à souligner) va déménager à Lille. A peine installée dans la grande ville nordiste, elle quitte sa mère devenue veuve et rejoint l'Angleterre où elle poursuit des études chez les Ursulines à Upton et ensuite à Wimbledon et Oxford. En 1903, elle revient à Lille et s'inscrit à la Faculté des Lettres de l'Université. Son séjour en Angleterre lui a permis de parfaire ses connaissances en langue anglaise qu'elle parle désormais couramment. En outre, elle possède des notions d'Allemand et d'Italien.

Quittant une nouvelle fois la France, on la retrouve en Italie, à Milan tout d'abord, et en Autriche ensuite où elle exerce la fonction de préceptrice auprès de la princesse Elvire de Bavière. C'est dans ces circonstances qu'elle parfait ses connaissances des langues italiennes et allemandes.

Au début de l'année 1914, elle revient à Lille, une cité qui sera déclarée "ville ouverte" le 1er août. A partir du mois d'octobre, Louise de Bettignies va prendre une part active au conflit, elle ravitaille les soldats qui défendent la cité mais se rend également dans les hôpitaux afin d'écrire aux familles les correspondances de soldats allemands mourants.

Elle va alors entrer en contact avec le service d'espionnage anglais de l'Intelligence Service et établir un vaste réseau d'espionnage qui va couvrir la région frontalière, elle le dirigera sous le nom d'Alice Dubois. Elle centralise les mouvements des troupes allemandes en Belgique et dans le Nord de la France et communique ces informations aux Anglais. Dans ce cadre, elle effectue de nombreux déplacement en Hollande.

Durant l'année 1915, elle va procéder au sauvetage de plus d'un millier de soldats britanniques.

Hélas, elle va commettre deux erreurs qui lui seront fatales :

Lors d'un de ses déplacements dans la région, elle va occuper une chambre à Estaimpuis qui a servi à piéger une résistante quelques temps auparavant et qui est surveillée par les Allemands. Cette erreur ne prêtera cependant pas à conséquence, les soupçons de l'occupant n'ayant pas été éveillés.

Au mois d'octobre se promenant avec une jeune fille à Froyennes, elle attira l'attention de deux allemands en civil qui la firent arrêter et transférer à Bruxelles où elle fut jugée pour espionnage. Le 16 mars 1916, le tribunal prononça à son encontre la peine de mort qui sera commuée en travaux forcés à perpétuité.

De nature frêle, affaiblie par l'emprisonnement, les privations et les mauvaises conditions de détention, elle fut victime d'une pleurésie et mourut dans un hôpital de Cologne, le 27 septembre 1916.

Elevée dans la religion catholique, rien ne laissait présager le destin héroïque de cette jeune fille assez timorée, de condition modeste suite à la faillite de l'entreprise de Saint-Amand-les-Eaux  et la mort de son père. Une jeune fille dont on dit même qu'elle envisageait, avant la guerre, d'entrer au couvent peut-être en raison d'une déception amoureuse devint une héroïne de ce premier conflit mondial.

Dans le village de Froyennes situé aux portes de la cité des cinq clochers où elle fut arrêtée, le long de l'ancienne route qui mène de Tournai à Courtrai, une plaque commémorative a été apposée en 1926 sur la façade d'un ancien café portant l'enseigne "Au Canon d'or" et la placette, à proximité, porte depuis lors son nom.

(sources : "Lille dans les serres allemandes" de René Deruyck - hommage paru dans la presse tournaisienne (Courrier de l'Escaut) - "Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècle" de Gaston Lefebvre);

S.T. Mai 2014.