12/10/2008

Tournai : histoire de la Salle des Concerts (3)

A la fin de l'année 1977, la Salle des Concerts est donc sauvée ! Quelle a été l'origine de ce revirement de la part des gestionnaires de la Ville ? Il n'y avait jamais eu, parmi la population tournaisienne, une unanimité concernant sa destruction. On constate que, chaque fois que le Courrier de l'Escaut, qui fut, par le passé, alors être un ardent défenseur de sa démolition ou un relais de la majorité en place, publiait des articles l'annonçant, la rubrique du courrier des lecteurs comptaient autant de partisans que d'opposants à cette solution. Il y eut, comme nous l'avons déjà signalé, le "Manifeste" de Lacoste en 1967, balayé d'un revers de main par la majorité en place. Au sujet de la position communale d'alors, il est intéressant d'ouvrir une parenthèse.

Entre 1960 et 1975, nous vivions une époque où le béton et les nouveaux matériaux de construction régnaient en maître, les jeunes architectes, à quelques rares exceptions près, voulaient marquer de leur empreinte, les réalisations en construisant du neuf sur les ruines des anciens bâtiment. C'est l'époque où les résidences poussent comme des champignons (résidence Europe, Roi Soleil, Orangerie, Versailles, résidences sur les boulevards Léopold, Bara, à la rue Perdue...). On a l'intention de faire de Tournai, non plus une ville historique, mais une cité ultra-moderne. Subit-on l'influence des Le Corbusier, Niemeyer ou autres ? Les membres du collège communal se laissent séduire et sont vite acquis à cette nouvelle mode. Il faut savoir également que cette majorité n'a pas bougé un petit doigt pour entreprendre une restauration nécessaire de la cathédrale ! En 1973, dans une revue artistique, le baron Serge le Bailly de Thillegem dénonce la lente dégradation de bâtiments historiques de la cité : l'église Sainte Marguerite fermée au culte depuis quelques années, les Maisons de style Louis XIV, datant du 17e siècle, situées à la rue Marvis, la salle des concerts dont il souhaite le sauvetage. Un homme extérieur à la ville va pourtant apporter de l'eau au moulin des partisans de la restauration, il est ministre, il s'appelle Alfred Califice et promulgue une loi instaurant des subsides pour la rénovation du coeur des villes. Cette loi permet à la Sidého de proposer à l'Administration Communale d'utiliser ces subsides pour, notamment, la rénovation de la Salle des Concerts.

En 1976, des défenseurs du patrimoine tournaisien remportent une nouvelle victoire par le classement, sur la Place Reine Astrid, de l'hôtel Gorin et de la façade et des toitures de la Salle des Concerts. Malgré toutes ces interventions ayant pour volonté le sauvetage du vieux bâtiment, une majorité de membres du conseil communal et son bourgmestre, Jean Hachez, ne se montrent toujours pas favorables à cette idée. "Il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre" cette phrase prend toute sa signification à cette occasion ! Un ultime argument va enfin pencher la balance du bon côté : l'impérieuse nécessité pour le Conservatoire de Musique de trouver des nouveaux locaux. Victime de son succès et de son enseignement de qualité, il va bientôt devoir refuser des inscriptions d'élèves en raison de l'étroitesse de ses locaux à la rue Saint Martin. Cette lente progression vers l'acceptation de la conservation et de la rénovation du site va enfin porter ses fruits, la fusion des communes et l'arrivée d'une nouvelle majorité en 1977 seront décisives... (à suivre).

(sources : Courrier de l'Escaut - documentation de Mr Michel Jakobiec, Directeur du Consrvatoire de Musique - recherches personnelles).