10/08/2015

Tournai : les évènements sur la ligne du temps (8)

Le XVIe siècle (de l'appartenance française à l'espagnole en passant par l'anglaise).

En l'an 1502 : Tournai est considéré comme "clef et entrée du royaume de France" suivant l'expression de Louis XII qui exhorte le magistrat de fortifier la cité.

En l'an 1505 : fondation de la chapelle de la Tombe par l'archevêque de Cambrai.

En l'an 1513 : en septembre, siège de Tournai par les troupes du roi d'Angleterre Henri VIII et de Maximilien d'Autriche, son allié. Le 25 de ce mois, entrée triomphale d'Henri VIII, il s'installe à la place des Acacias, alors appelée "Monceau", au pied de la cathédrale. Henri VIII fait célébrer des fêtes somptueuses dont un "Grand Tournoi", un évènement qui restera gravé dans la mémoire collective.

En l'an 1515 : construction du château de Saint-Nicolas du Bruille, sur la rive droite de l'Escaut, un château-fort dont la "Tour Henri VIII" est le l'unique vestige.

En l'an 1518 : la garnison s'installe au château sous les ordres d'un gouverneur qui se fait construire un hôtel à proximité de l'église Saint-Nicolas.

En l'an 1519 : fin de la période anglaise et retour de Tournai à la France, désormais sous le règne de François 1er.

En l'an 1521 : en juillet, la ville est investie par le comte de Gave, au nom de Charles-Quint. Celui-ci s'attendait à une grande résistance des Tournaisiens qui possédait l'artillerie la plus puissante mais que pouvait faire une garnison d'un peu plus de 300 soldats aidés de 75 canonniers et d'une milice bourgeoise renforcée par les habitants obligés de défendre une enceinte de plus d'une lieue. Le 16 décembre, le comte de Nassau qui logeait depuis novembre à la Chartreuse de Chercq fait son entrée en ville.

En l'an 1522 : séparée de la France, Tournai constitue les "Etats de Tournai" formés des Consaux de la ville tandis que les "Etats du Tournaisis" sont composés du clergé et de la noblesse de la région.

En l'an 1525 : fondation de l'Université de Tournai sur décision des Consaux. On y organise les trois facultés de théologie, de droit et de médecine.

En l'an 1530 : l'Université de Louvain (Leuven) gagne son procès intenté à l'Université de Tournai dont elle craignait la concurrence. Celle-ci doit fermer ses portes après cinq années d'existence.

En l'an 1531 : le 28 novembre, entrées solennelles de Charles-Quint et de Philippe II à Tournai. L'Empereur organise, en la cathédrale, le 30 novembre, le grand chapitre annuel de la "Toison d'Or". L'Empereur reviendra plusieurs fois à Tournai (en 1540 et en 1549).

En l'an 1532 : fondation du collège Saint-Paul en la rue des Choraux par le chanoine Jean Trouille.

En l'an 1544 : La ville de Tournai est représentée comme étant un "très grand nid d'hérétiques", une majorité de ses habitants a adhéré au calvinisme.

En l'an 1554 : vingt ans après le fondation de l'ordre par Ignace de Loyola, les Jésuites s'installent à Tournai mais ne peuvent endiguer le flot montant de l'hérésie.

En l'an 1559 : Bruges et Ypres se séparent du diocèse de Tournai. La cité scaldéenne était la capitale religieuse du Comté de Flandres depuis l'an 496.

En l'an 1560 : les hérétiques défient les autorités en organisant des processions dans les rues de Tournai durant lesquelles ils chantent des psaumes mis en rimes par Clément Marot.

En l'an 1564 : Philippe II qui a succédé à son père Charles-Quint publie des décrets du Concile de Trente pour combattre l'hérésie, il se heurte à un refus d'application par les Tournaisiens.

En l'an 1566 : durant le mois d'août, les "Iconoclastes" saccagent les édifices religieux, vandalisent, détruisent et brûlent des chartes de grande valeur détenues à la cathédrale.

En l'an 1568 : de nombreux habitants sont bannis de la ville, on relève 68 à Notre-Dame, 38 à Sainte-Marguerite, 78 à Saint-Jacques, 36 à Sainte-Catherine, 45 à Saint-Piat, 10 à Saint-Nicaise, 22 à Saint-Jean. En outre, d'avril à septembre, 23 personnes sont brûlées vives, 33 pendues, 18 décapitées.

En l'an 1569 : 152 Tournaisiens sont exécutés sur la Grand-Place.

En l'an 1581 : Alexandre Farnèse envoyé pour mater la rébellion dans les provinces du Nord fait le siège de Tournai au nom du très catholique roi d'Espagne, Philippe II. Christine de Lallaing, princesse d'Espinoy, galvanise la résistance des Tournaisiens. Le fait qu'elle participe à la bataille à la tête des défenseurs de Tournai et y soit blessée relève pour une grande partie de la légende. La ville capitule le 30 novembre. le 1er décembre, entrée du prince de Parme, au nom de Philippe II. Christine de Lallaing est exilée comme de nombreux protestants.

En l'an 1584 : les villes de Gand, Bruges ainsi que le "Franc de Bruges" viennent se réconcilier à Tournai en présence du prince de Parme.

En l'an 1586 : une fois encore, la peste frappe Tournai et y fait de nombreuses victimes.

En l'an 1594 : fondation d'un hospice pour 6 invalides à la rue Barre Saint-Brice par Pierre Cazier et sa femme.

En l'an 1595 : les locaux de la rue des Jésuites sont reconstruits à destination de résidence et de collège d'Humanités par les disciples de Saint-Ignace de Loyola.

En l'an 1597 : fondation d'un hôpital au Rhoduy (réduit) des Dominicains.

En l'n 1598 : fondation de deux écoles dominicales à Saint-Pierre par Mademoiselle Jacqueline D. (Desruelles).  

(à suivre)

S.T. août 2015 

 

26/08/2007

Tournai : des origines à nos jours (10).

Tournai durant la seconde partie du XVIe siècle.

Ainsi, au XVIème siècle, comme toutes les autres villes, Tournai est en proie aux conflits provoqués par la Réforme. En 1566, le nombre de Réformés s'est accru, l'évêque Gilbert d'Oignies, nommé un an auparavant, ne se sent plus en sécurité et préfère quitter sa résidence épiscopale. Le gouverneur de Tournai, le Comte de Hornes, est confronté à une demande pressante des réformés : obtenir un lieu de culte. Ils reçoivent l'usage provisoire de la Halle aux Draps.

Suite à la "pacification de Gand" du 8 novembre 1576, Pierre de Melun, prince d'Epinoy est nommé par les Etats Généraux pour rétablir l'ordre dans la cité. En 1581, celui-ci est absent de la ville, il y laisse son épouse Christine de Lalaing. Alexandre Farnèse, qui entretient des rapports de plus en plus tendus avec Philippe II, s'allie à des nobles catholiques connus sous le nom des "Malcontents", ceux-ci n'ont pas accepté la pacification de Gand par laquelle, les Dix-Sept Provinces, après la destruction d'Anvers, décident de rester unies, de vivre en paix et de chasser toutes les troupes étrangères. Alexandre Farnèse avec le renfort des Malcontents met le siège devant Tournai au milieu de l'automne 1581, le 30 novembre, il prend la ville malgrè la résistance héroïque des habitants galvanisés par la princesse d'Epinoy, Christine de Lalaing qui monte aux murailles en armure et les armes à la main. Tournai vaincue, tombe ainsi la dernière ville wallonne encore aux mains des Etats Généraux.

Les Tournaisiens n'oublieront pas cette héroïne, ils lui élèveront une statue de bronze, oeuvre du sculpteur local Aimable Dutrieux, et la placeront, en 1863, au centre de la Grand'Place. Tournée vers la cathédrale, la hache levée, elle semble lancer un geste de défi au pouvoir catholique local, les Tournaisiens disent que c'est la raison pour laquelle, jusqu'il y a quelques années, la Grande Procession historique du deuxième dimanche de septembre, évitait de passer par la Grand'Place et sortait de la cathédrale pour se diriger directement vers le rue Saint Martin en passant par le haut de la rue des Chapeliers.

Tous les historiens s'accordent à dire que cette défaite sonne le glas de la splendeur de Tournai, l'industrie est moribonde, le commerce est au plus bas. Partout dans la ville on ne rencontre que la misère, le siège a provoqué des destructions dans tous les quartiers, les animaux déambulent librement dans les rues et les ruelles, les rats pullulent transmettant un lot de maladies.

Alexandre Farnèse ne s'attarde pas à Tournai, il assiège, en juillet 1582, Audenarde, Courtrai et Lille et remporte autant de victoires. En août il se voit opposer une importante résistance des Gantois, il lève le siège et part conquérir Menin, Furnes, Nieuport et Dixmude. En 1584, il revient à Gand et s'empare finalement de la ville. Farnèse mourra en 1584 à Arras.

A Tournai, la cathédrale Notre-Dame, s'enrichit en 1572, d'un jubé aussi appelé ambon. De granit, de marbre et d'albâtre, placé à la séparation du transept et du choeur gothique, il est l'oeuvre de Corneille de Vriendt, dit Floris, architecte de l'hôtel de ville d'Anvers. Il est de style Renaissance. Ce jubé fera bien souvent parler de lui. Depuis sa création, partisans et opposants vont, soit vouloir le sauvegarder comme étant une oeuvre majeure du XVIème siècle, soit vouloir le déplacer ou le reléguer hors de la cathédrale. Pour les uns, il est somptueux, chef d'oeuvre représentatif de l'art italien en Belgique, pour les autres il est un anachronisme situé au passage du roman au gothique, pour ceux-ci, il empêche même une vue harmonieuse sur l'ensemble de la cathédrale dès qu'on entre par la porte principale. Un visiteur s'est un jour exclamé en présence de l'Optimiste :" quel est ce lourd monument qui gâche la légèreté du choeur ?". L'Art ouvrira toujours des débats et c'est peut-être, au delà de l'admiration d'un oeuvre, un intérêt supplémentaire.

Le XVIème se termine, l'Archiduc Albert est nommé gouverneur des Pays Bas, à Tournai l'évêque se nomme Michel d'Esne, originaire de Cambrai, il a été placé à la tête du diocèse par Philippe II en 1596 et approuvé par le pape Clément VIII un an plus tard.

(sources : contribution du chanoine J. Dumoulin et du professeur J. Pycke au tome consacré à Tournai par la collection Artis et recherches personnelles).

26/06/2007

Tournai : le faubourg Saint Martin (1)

Nous entamons ce jour une balade dans le plus vaste des faubourgs de la ville : le faubourg Saint Martin. Géographiquement, on le délimitera à l'ouest par la chaussée de Douai, au nord par les boulevards Lalaing et du roi Albert, à l'est par la chaussée de Valenciennes et au sud par l'entrée du village d'Ere.

Historiquement, on y retiendra certains faits. Li Muisis, ce moine historien dont nous avons déjà parlé, nous dit qu'on y trouvait jadis les fourches patibulaires dites le "happart". Il s'agissait d'une tour environnée d'une enceinte carrée, construite probablement en 1294, hors les murs de la cité, pour rendre justice. Le 30 juillet 1340, le roi Edouard d'Angleterre, venu au siège de Tournai, logea avec ses troupes dans ce faubourg. En 1487, les Tournaisiens en armes chassent du faubourg des gens de guerre qui pillaient les maisons au mépris de la neutralité. En 1566, des prédicateurs calvinistes font plusieurs prêches en face du cabaret de Sainte Barbe et en 1580, le lieutenant du prince d'Epinoy ordonna qu'on détruise les maisons du quartier, les ruines de l'une d'elles servaient à Alexandre Farnèse qui s'y rendait pour suivre de plus près les travaux du siège. Enfin, le 27 novembre 1784 fut béni le nouveau cimetière de la ville, on venait en effet de supprimer les cimetières intra-muros qui ceinturaient bien souvent les églises.

Le cimetière du Sud était né, il est à présent le plus étendu des deux cimetières tournaisiens et hérita du nom de "Mulette", patronyme de la première personne à y être enterrée. L'autre cimetière se situe au nord de la ville et est appelé familièrement par la population "Navieau" (navet). Depuis sa création, le cimetière du sud a été de nombreuses fois agrandi, la partie la plus ancienne surplombe légèrement la plus récente, des pelouses d'honneur ont été créées pour les résistants, pour les victimes des bombardements de la ville en 1940 et pour les soldats de l'empire britannique tués lors de la seconde guerre mondiale. Plus récemment deux pelouses de dispersion des cendres et un colombarium y ont été ajoutés.

Si le cimetière de Tournai n'est pas comparable à celui du Père Lachaise parisien, de nombreux monuments et stèles du souvenir y sont remarquables et des visites guidées par Mr Jacky Legge, orfèvre en la matière et auteur d'ouvrages sur les nécropoles tournaisiennes, sont régulièrement organisées. On y découvrira les tombeaux monumentaux de l'architecte Lacoste, du mécène Gaston Horlait ou des frères Rimbaut, la stèle de Jean Noté, les tombes de Louis Gallait, de Joseph Hoyois, de Jules Bara, d'Alexandre Decraene, d'Adolphe Delmée, d'Alphonse De Rasse, d'Albert Asou, de Félicité Vifquin... des noms qui vous sont devenus familiers au fil de notre promenade.

Jouxtant l'entrée de ce champs de repos, l'église Notre-Dame Auxiliatrice a été ouverte au culte en 1889, les travaux ayant débuté deux ans plus tôt, elle remplaçait une chapelle élevée dans ce faubourg en 1769, suite à la suppression de l'église Saint Nicaise. Oeuvre de l'architecte tournaisien Justin Bruyenne, l'édifice est en briques et pierre de style gothique primaire. Elle présente une façade en baies à lancettes, une tour quadrangulaire, une nef avec bas-côtés et choeur à chevet semi-hexagonal couvert d'un plafond lambrisé orné de peintures. Si cette église est dédiée à Marie, on y trouve également un culte rendu à Saint Saulve, le patrons de cultivateurs et à Sainte-Rita. Les agriculteurs avaient contribué financièrement à son édification. 

(sources : A-F-J Bozière "Tournai, ancien et moderne", "répertoire du mobilier des sanctaires de Belgique" édition de 1982 province de Hainaut Canton de Tournai II  et recherches personnelles).