19/12/2011

Tournai : les noms des rues, témoins de l'Histoire (30)

Au cours de cette balade, nous avons parcouru toutes les rues situées dans l'intra-muros, il nous reste à visiter un quartier situé entre la gare et le centre commercial des Bastions. Celui-ci est le plus récent car il est né du comblement de la "petite rivière", dans les premières années du XXe siècle.

L'avenue Van Cutsem, parallèle au boulevard des Déportés, relie la place Crombez à l'axe de pénétration en ville pour les visiteurs venant de Renaix, Frasnes ou Lessines. Henri Van Cutsem était un mécène et collectionneur bruxellois, né en 1839 et mort en 1904. Gestionnaire de l'Hôtel de Suède, hérité de ses parents et situé au boulevard Anspach, il héberge de jeunes artistes et leur consacre une partie de son immense fortune, il devient ainsi l'ami du sculpteur Guillaume Charlier et choisit l'architecte Victor Horta pour l'aménagement de ses propriétés. Un différent avec un fonctionnaire lui fera renoncer à léguer sa collection d'oeuvre d'art à la ville de Bruxelles et préfèrera, par l'intermédiaire de Charlier et d'Horta, faire don, à la ville de Tournai, d'environ deux cents tableaux de maîtres, d'une centaine de sculptures et d'un millier de dessins réalisés par des noms aussi célèbres que Van Gogh, Manet, Ensor, Monet, Fantin-Latour, Boulanger, Braecke... oeuvres qu'on retrouve au musée des Beaux-Arts de la cité des cinq clochers dont il a participé au financement.

Face à l'avenue Van Cutsem, l'avenue des Frères Haghe rappelle le souvenir de Charles (1810-1880) et de Louis (1806-1886) Haghe, lithographes tournaisiens dont la biographie est déjà parue sur ce blog. Ce nom avait été donné au quai qui longeait la petite rivière avant son comblement. 

Entre l'avenue Van Cutsem et l'avenue des Frères Haghe s'élève le Monument aux Morts des deux guerres.

Dans le prolongement de l'avenue des Frères Haghe, l'avenue Bozière tient son nom de celui d'Ame François Joseph Bozière, brasseur, peintre et historien, né à Tournai, le 28 octobre 1814 et y décédé le 2 mars 1873. C'est en 1864 qu'il publie son oeuvre maîtresse "Tournai, Ancien et Moderne", une des références du présent blog.

Parallèle à l'avenue Bozière, la rue des Soeurs de la Charité, s'appelait au moyen-âge l'Orde ruelle qui, par la suite, devint l'Orde Rue dans laquelle fut érigé, au XVIIIe siècle, le séminaire de Tournai de l'évêque de Choiseul du Plessis-Praslin qui subsista de 1687 à la Révolution. Celui-ci fut alors transformé tout d'abord en orphelinat, ce qui fit changer le nom d'Orde Rue en rue des Orphelins et ensuite en hôpital pour soigner les incurables tenu par les filles de Saint-Vincent de Paul qui donnèrent leur nom à la rue des Soeurs de la Charité.

Une petite rue relie cette dernière à la rue Saint-Brice, jusqu'en 2005, elle portait le nom de rue Neuve. Au XIXe siècle, Bozière la présente comme une petite rue possédant "le pavé le plus ingrat et le plus disjoint qui se fut voir", il indique que c'est en ce lieu que prit naissance l'épidémie de choléra en 1849, dans ces "courettes" bouges ignobles ou grouillait une population de misérables ouvriers. Elle tenait le nom de rue Neuve du fait qu'elle fut la plus récente voirie créée dans le Bourg fortifié de Saint-Brice. Dans le cadre de la modification intervenue au 1er janvier 2006, à la demande de l'administration des Postes qui voulait supprimer les noms de rues semblables dans les villages composant depuis 1976 la ville de Tournai, elle a pris le nom de rue Pierre Caille. Celui-ci, né à Tournai, le 11 janvier 1911, a été un plasticien de talent connu pour ses gouaches, céramiques, bijoux, sculptures en céramique, bronze ou bois laqué, ses cartons de tapisserie ou ses gravures. Professeur à la Cambre de 1949 à 1976, il se lia d'amitié pour Georges Grard et Paul Delvaux. Il décédé à Bruxelles le 24 octobre 1996. En 2011, pour commémorer le centenaire de sa naissance, la Maison de la Culture de Tournai lui consacra une exposition. Signalons qu'au cours du XIXe siècle de nombreux taudis y furent rasés pour faire place à de petites entreprises industrielles. 

Coupant l'avenue Bozière, à hauteur de la rue d'Amour, une petite voie entre arbres et pelouses a reçu le nom d'avenue des Groseillers. Jadis, dans ce quartier, un passage étroit situé à la droite de la porte de Marvis, longeant le rempart et les murs de quelques jardins, portait cette appellation. 

Une autre allée en pavé, de moins d'une centaine de mètres, reliant aussi l'avenue Bozière au boulevard des Combattants porte sur le plan de Tournai le nom d'avenue des Mûriers, interdite depuis longtemps à toute circulation, celle-ci n'a aucune référence historique..

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de A.F.J. Bozière, "Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècle de Gaston Lefebvre)


15/05/2011

Tournai : les noms des rues, témoins de l'Histoire (8)

Notre promenade à la découverte des rues de Tournai, nous a fait traverser le quartier Saint-Brice, entre celui-ci et la ceinture des boulevards se trouve le quartier Saint-Jean, jadis appelé le quartier des chaufours. Le rue Saint-Jean est probablement une des rues les plus courtes de ce quartier, située entre la place Gabrielle Petit et la rue des Croisiers, elle longe tout simplement les murs de l'édifice religieux dédicacé à ce saint évangéliste pour s'arrêter à l'angle de la rue des Six Filles. Au pied de l'église, dans une propriété bourgeoise, le home Saint-Jean accueille les personnes âgées.

La place Gabrielle Petit porte ce nom en hommage à la résistante belge, domiciliée au Luchet d'Antoing voisin qui fut fusillée par les Allemands, le 1er avril 1916. C'est en 1924 que ce nom a été donné, en souvenir de cette tournaisienne illustre, à la placette Saint-Jean, jadis dénommée placette Saint-Jehan des Chaufours. Dans les locaux occupés jadis par la torréfaction de café Hivre est installée désormais l'école de "Danse et Cie" de Xavier Gossuin. 

Le prolongement de la rue Saint-Jean vers le carrefour formé par rue de Marvis et l'avenue Decraene, forme la rue des Crosiers, un nom qui n'est apparu qu'au cours du XVIIe siècle. En 1294, le Jehan-Gui de Chatillon, comte de Saint-Pol, sire d'Avesnes, seigneur de Leuze et propriétaire des terres des chaufours, laissa un manoir qui se trouvait à cet endroit pour des chanoines réguliers de l'ordre de la Sainte-Croix ou Croisiers institué en 1211. Vêtus d'une robe noire, d'un scapulaire gris et d'une chape noire à capuchon, ses membres qualifiaient leur congrégation de canonicale, militaire et hospitalière. Le clos des Croisiers s'étendait entre cette rue, la rue Galterie Saint-Jean et les remparts de la ville. De cet immense domaine, on peut encore voir, la chapelle.

La rue de Marvis est le prolongement de la rue Saint-Brice. Bozière nous dit qu'elle tient son nom du rieu de Maris qui la traversait et venait se jeter dans l'Escaut. Louis XIV y installa un hôpital militaire dans l'Hôpital de Marvis. La tradition fait remonter la création de celui-ci vers l'an 600, il était tenu par des soeurs Augustines. Dans cette rue, on trouve également des "veuvés" : le veuvé de Saint-Brice créé par un donateur inconnu pour y loger neuf veuves et le Veuvé de Saint-François, instauré par une dame du Gard pour accueillir six veuves.

La rue de la Galterie Saint-Jean qui relie la rue Saint-Jean au boulevard s'appelait, jadis, la Gailleterie ou ruyelle (ruelle) derrière les Croisiers. A la fin du XVIe siècle, elle prit le nom de rue des Caurois, au XVe, de ruelle Saint-Jehan, au XVI de rue des Cabroys. C'est dans un écrit datant de 1631 qu'on la découvre pour la première fois sous le nom de Galleterie Saint-Jean. Ce nom désigne un endroit caillouteux, corroboré par la présence à proximité de carrière au Moyen-Age. Détail amusant, en patois tournaisien, jeter des cailloux se dit "galter" ! La plus grande partie de cette rue est occupée par la caserne Saint-Jean;

La partie de cette rue entre le chemin de ronde et le boulevard a été appelée rue caporal Méaux. Bruno Méaux, para-commando tournaisien, a été assassiné avec neuf de ses amis au Ruanda lors du génocide perpétré par un groupe ethnique à l'égard d'un autre. En hommage au courage de ce jeune militaire, la ville a élevé une stèle à proximité de la caserne et baptisé cette voirie de son nom.

Une nouvelle voirie a été récemment créée lors dela constrution d'un quartier d'habitations sociales par le Logis Tournaisien, elle a pris le nom de résidence des Chauffours (ortographe différente de l'appelation toujours connue à Tournai).

L'avenue Decraene, parallèle, au boulevard Walter de Marvis porte le nom d'un architecte tournaisien, né le 4 octobre 1797 et décédé le 13 février 1859. Il fut l'élève de Bruno Renard et remporta le premier prix d'architecture à la Société Royale des Beaux-Arts de Bruxelles. On lui doit notamment l'église de Péronnes-les-Antoing, le château de Warchin, l'Hôtel Boucher à la rue Saint-Brice et également de grands tombeaux au cimetière du Sud pour Mme Gallait et Henri Haeghe.

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière et "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècles" de Gaston Lefebvre)