08/07/2013

Tournai : l'année 2006 sous la loupe (1)

Depuis la création de ce blog en avril 2007, nous avons déjà eu l'occasion de feuilleter la presse locale des années 1900 à 2005. Nous continuons la rétrospective des évènements qui ont rythmé la vie tournaisienne dans le domaine politique, sportif, culturel et des faits divers en abordant cette fois l'année 2006. Sept ans nous séparent de celle-ci mais certaines informations nous semblent déjà si lointaines ou ont peut-être déjà été oubliées.

La présentation a volontairement été bouleversée, nous suivrons une progression chronologique mais, afin de ne pas raviver des blessures récentes chez des lecteurs directement concernés par ceux-ci, certains faits dramatiques comme les suicides, les morts par overdose ou les accidents de la route seront volontairement omis. Ce serait, à mon sens, du voyeurisme de bas-étage.

2006 dans le monde et en Belgique.

Comme nous en avons pris l'habitude, il est important de remettre les évènements qui marquèrent l'actualité locale dans le contexte de ce qui s'est passé dans la monde ou en Belgique. Les sportifs se rappelleront que cette année 2006 a été celle de la Coupe du Monde de football disputée en Allemagne et remportée par l'Italie face à la France. On se souviendra aussi que le maître à jouer français, Zinedi Zidane, a quitté la partie... sur un coup de tête. 

Parmi les personnalités décédées durant ces douze mois, retenons les noms de Wilson Pickett (64 ans), véritable légende américaine de la soul-music, de Benno Besson (83 ans), metteur en scène suisse bien connu des habitués de la Maison de la Culture de Tournai où furent souvent programmées ses créations, de Jean Roba (75 ans), dessinateur belge, père de Boule et Bill, de Ferenc Puskas (79 ans), légende du football hongrois et d'Augusto Pinochet (91 ans), ancien dictateur chilien.

La convention relative aux droits des personnes handicapées est adoptée le 13 décembre 2006 au siège de l'ONU. C'est le premier grand traité du XXIe siècle en matière des droits de l'homme. 

En Belgique, l'alerte à la grippe aviaire amène l'obligation de claustration des volailles de février à mai. C'est aussi l'année de l'entrée en vigueur de l'interdiction de fumer sur les lieux de travail et celle du meurtre de Jo Van Holsbeek, le 12 avril, en pleine gare centrale de Bruxelles, par deux jeunes qui voulaient s'emparer de son baladeur numérique. Deux semaines plus tard, une marche blanche en sa mémoire réunira près de 80.000 personnes dans les rues de la capitale.  

Janvier . 

En ce tout début d'année 2006, on apprend que la ville des cinq clochers compte 67.500 habitants, c'est environ 300 de plus qu'au 1er janvier 2000. Ceux-ci sont répartis sur un territoire de 214 km2, la densité de population est donc de 315 habitants/km2. Pourtant sans bouger de chez eux, en ce début d'année, près de 15.000 Tournaisiens vont devoir modifier leur adresse, conséquence d'un changement de dénomination des noms de rues afin de satisfaire les exigences des services postaux en évitant que plusieurs villages de l'entité tournaisienne ne portent le même nom, exemple : rue de l'Yser à Tournai-Ville et à Kain, rue du Château à Tournai-Ville et à Ere et les très nombreuses rues des Combattants, de la Place ou du Curé... Pour rappel, cette situation dure depuis la fusion des communes intervenue au... 1er janvier 1977, vingt-neuf années plus tôt. Mieux vaut tard que jamais !

Un duo de Tournaisiens fait parler de lui dans la capitale française, Les "Okidoks", Benoit Devos et Xavier Bouvier (voir article qui leur est consacré dans ce blog) prolongent leur spectacle débuté le 29 novembre au Ranalagh jusqu'au 20 janvier. A Paris, c'est environ 700 spectateurs qui assistent à chacune des représentations, un succès mérité. 

Deux politiciens de sensibilités différentes, Pol Olivier Delannoy (PS) et José Lericque (CDH Estaimpuis) initient une conférence de soutien à Ingrid Bétancourt, otage détenue en Colombie. 

Tournai a déjà souvent servi de décor à des téléfilms, en ce mois de janvier 2006, la RTBf va débuter le tournage d'une série intitulée "Septième ciel Belgique", un feuilleton sur fond d'astrologie dont les extérieurs auront pour décors différents quartiers de la ville, même la salle des Concerts sera utilisée. 

Toujours en ce mois de janvier, à l'initiative du service club Richelieu, une première aventure de Martine, l'héroïne de BD créée en 1954 par Marcel Marlier et Gilbert Delahaye est traduite en picard grâce au talent de Bruno Delmotte. "Martine à l'cinse" permettra peut-être aux jeunes (et moins jeunes) de sa familiariser avec le patois, une langue qui fut (trop) longtemps décriée dans les milieux de l'enseignement, considérée comme trop populaire.

Culture et humour font souvent bon ménage, le 19 janvier "Le Jeu des Dictionnaires-La Semaine Infernale", une émission radiophonique animée par Jacques Mercier, fait escale à l'école des Frères. Les bénéfices de cette soirée sont destinés à la Fondation Follereau de Tournai, organisatrice de l'évènement. 

Le 21 janvier, la salle de l'étage de la Halle-aux-Draps affiche "complet" pour la première représentation des "Filles, Celles Picardes", un cabaret patoisant au féminin alliant charme, chansons et comédie, tout le monde se dit que cette joyeuse troupe a de beaux jours devant elle. 

Rire encore le 25 janvier à la Maison de la Culture qui accueille dans la salle Jean Noté, l'humoriste d'origine algérienne Fellag et son spectacle d'auto-dérision, "Le dernier chameau". 

Un fait divers tragique se déroule la nuit du mercredi 25 au jeudi 26 janvier, l'immeuble situé au n° 21 de la rue de la Ture est la proie des flammes, son habitant y perd la vie, Alain Leroy, employé des services du Cadastre à Bruxelles est bien connu à Tournai. A la fin des années soixante, il fut le chanteur de l'orchestre les "Aigles Stars" animant de nombreuses soirées dansantes régionales.

Février .

Le mois de février s'ouvre par la présentation d'un important projet, celui de la construction d'un nouvel hôpital sur le terrain de l'Union, club de football ayant émigré à Kain suite à la fusion avec le Racing pour donner naissance au Football Club de Tournai. Les travaux devraient débuter dans le courant de cette année 2006.

La Maison de la Culture accueille quatre acrobates et deux musiciens dans un spectacle dénommé "Tangentes", une création de Mathieu Bolze.

Un fait divers sordide a pour cadre la place Saint-Pierre. Durant la nuit du 10 au 11 février, un habitant de Brunehaut, sorti d'un café pour passer un appel téléphonique, est enlevé par les occupants d'un véhicule immatriculé en France. Délesté de tout ce qu'il possédait, il a été éjecté de la voiture quelque part dans le Nord de la France et est rentré à Tournai en stop avant d'aller conter sa mésaventure à la police. 

Dans son local d'alors, le café Le Trianon à la chaussée de Frasnes à Rumillies, la troupe du "Bistrot Patoisant" souffle ses dix bougies lors des représentations qui se tiennent durant ce deuxième mois de l'année. 

Un autre café, dans le quartier Saint-Piat, est à la une de la presse locale pour d'autres raisons beaucoup moins festives. Il est tout simplement le coeur d'un vaste trafic de drogues et faisait l'objet d'une surveillance discrète depuis de nombreuses semaines par le S.E.R. (Service d'Enquêtes et de Recherches). Lors d'une descente de police des armes sont également découvertes et cinq personnes sont arrêtées.

Mars.

Au début du mois de mars, un chantier démarre en haut de la rue Perdue, à l'emplacement de l'ancien théâtre communal détruit par les bombardements allemands de mai 1940. Ce terrain abandonné pendant plus de soixante ans, jamais reconstruit et où croissaient les herbes folles, a servi, durant tout un temps, de parking pour les agents d'un bureau syndical installé en face. On va y ériger une résidence-services pour personnes âgées qui prendra le nom de "Résidence du Théâtre".

La presse annonce l'arrestation d'un escroc international. Parmi un panel de délits, il avait notamment fait croire aux responsables du club de basket de Division I, le "B.C Tournai", en difficultés financières, qu'il allait éponger les dettes. L'homme est un habitué des tribunaux, il se déclarait aussi être le grand patron d'une radio privée.

Le lundi 6 mars, le propriétaire de l'armurie située dans la rue de l'Hôpital Notre-Dame est réveillé, vers 5h45, par un énorme fracas, le volet de fer qui protège sa vitrine vient d'être arraché par un véhicule. Arrivé dans le magasin, il tombe nez à nez avec des malfrats encagoulés qui sont occupés à faire main basse sur des armes de poing, une imitation de kalachnikov tirant des billes et un fusil à lunette. Abandonnant au milieu de la rue le véhicule immatriculé en France qui leur avait servi pour pénétrer dans l'armurerie, ils fuient au volant d'une Porsche Carrera de teinte noire. Celle-ci sera retrouvée quelques heures plus tard à Esplechin, à deux pas de la frontière française. 

Quelques jours plus tard, la nuit du 15 au 16 mars, une voiture signalée volée en France est repérée à proximité du boulevard Léopold. Deux individus s'enfuient et trouvent refuge dans les locaux abandonnés de l'ancien Casino et dancing Le Paradise. Les forces de l'ordre cernent le vaste immeuble et appellent les pompiers pour venir éclairer les lieux au moyen de puissants projecteurs. La fouille du véhicule laisse apparaître qu'il s'agit probablement des auteurs du casse de la semaine précédente dans la rue de l'Hôpital. Dans le coffre rempli d'armes, on retrouve des cagoules, des gants et également une écharpe noire comme celle portée par un des malfrats aperçu par l'armurier. Il apparaît vite que ces deux individus ont également commis de nombreux méfaits en France.

Les 8 et 10 mars, la Maison de la Culture accueille la pièce "Mesure pour Mesure" de William Shakespeare dans une mise en scène de Philippe Sireuil. 

Le 15 mars, au Palais de justice, se déroule, en soirée, un (faux) procès, celui fictivement intenté à la langue française qui attire, en deux séances, la toute grande foule. "Impro Justitia" est une pièce dans laquelle on retrouve, parmi d'autres, les humoristes Bruno Coppens et Virigine Hocq, Dieudonné Kabongo... et maître Pannier dans son propre rôle d'avocat.

En cette seconde partie du mois de mars 2006, la presse locale révèle que les Ateliers Louis Carton (ALC) situés à la chaussée d'Antoing qui occupent encore trente-cinq ouvriers et vingt employés sont passés dans le giron du groupe Socom Metallurgy basé à Marcq-en-Baroeul dans le Nord de la France.

La nuit du jeudi 23 au vendredi 24 mars, à la résidence Marcel Carbonnelle, une main criminelle boute le feu à deux garages situés en sous-sol. L'incendie est à ce point important que les fumées envahissent les immeubles situés au n°114 et 119. Il faut rapidement évacuer leurs habitants vers l'école communale toute proche. Maîtres du sinistre, les pompiers autorisent les locataires à regagner leurs appartements vers 1h30. Hélas, cet incendie fera indirectement une victime. Retournant dans le noir, un homme est tombé dans une bouche d'évacuation du parking souterrain ouverte pour dissiper les fumées. Gravement blessé, il décèdera à l'hôpital dix jours plus tard. 

Dans l'optique du prochain Carnaval de Tournai, le vendredi 24 mars se tient l'élection du Roi Carnaval, ils sont pas moins de vingt candidats issus de différentes confréries à briguer ce titre éphémère. Le samedi 25, les "carnavaleux" envahissent les rues de Tournai. Un des héros de celui-ci, "l'Bourguémette" (le bourgmestre) Pierre Vandenbroeck qui déclare avec la sobriété qu'on lui connaît : "Un p'tit pas pou l'bourguémette, un grand pas pou tous les rambiles" (la confrérie dont il est issu). 

(sources : presse local de l'année 2006).

S.T. juillet 2013

 

11/04/2013

Tournai : Au temps de la métallurgie !

Après l'activité textile, un autre secteur prospère de la cité des cinq clochers fut la métallurgie  (principalement les fonderies et chaudronneries). C'est au moment de la révolution industrielle que ce secteur a pris réellement son essor. Jusqu'à cette époque, on ne parlait pas d'industrie mais bien d'artisanat et la fonderie de cloches de Tournai de Paul Drouot possédait une réputation qui dépassait largement les frontières du royaume. Elle sera rachetée en 1886 par Edouard Michiels qui lui donnera, lui aussi, ses lettres de noblesse.

Parmi beaucoup d'autres, deux hommes allaient être à la base de l'essor de ce secteur au sein de la cité des cinq clochers : Jean Baptiste Meura (1815-1895) et Louis Carton (1842-1922). 

C'est en 1845 que Jean Baptiste Meura demeurant au n° 7 de la rue Cambron, dans le quartier Saint-Brice, s'installe comme forgeron-serrurier. A ses heures perdues, il confectionne également des chaudrons pour la fabrication de la bière. A cette époque, on dénombrait de nombreuses brasseries dans le Tournaisis. 

La presse nous renseigne que d'autres fonderies existaient à cette époque, ainsi le 18 septembre 1853, dans le Courrier de l'Escaut, "le sieur Ed. Heyrick, directeur des ateliers de construction de l'Ecole d'Arts et Métiers, a l'honneur d'informer que, pour satisfaire de nombreuses demandes qui lui ont été adressées, il vient d'apporter à sa fonderie des améliorations qui lui permettent de fournir des pièces de la plus forte dimension. Il est spécialisé dans la construction de métiers à filer, bobinoirs, machines agricoles, pompes à incendie...

Le 6 janvier 1878 on apprend que la maison Deplechin-Midavaine et fils a l'honneur d'informer les entrepreneurs et industriels qu'elle vient de joindre à sa fabrication de tuyaux de plomb et en étain un laminoir lui permettant de laminer les plombs en feuille sur toute épaisseur et jusqu'à 2m50 de largeur. Cette maison fabrique également des pompes en tous genres, pour brasseries, usage domestique, pour lutter contre les incendies, pour les distilleries et sucreries et qu'elle possède une fonderie de fer et de cuivre.

Vingt ans plus tard, Jean Baptiste Meura avait reçu l'autorisation qu'il avait sollicitée auprès de l'administration communale d'installer une machine à vapeur d'une puissance de deux chevaux et de maintenir en activité sa forge dans les dépendances de son habitation. Paul, son fils, va poursuivre les activités paternelles.

En 1885, on peut lire dans le Courrier de l'Escaut au sujet de l'usine Meura :

"On a dit bien haut, ces jours-ci, que nos édiles ont tort de compter si peu sur l'intelligente activité de nos concitoyens, et de demander à une multitude de spéculateurs étrangers des travaux qu'ils peuvent trouver sous la main à Tournai. Nous en avons eu une preuve nouvelle en visitant les ateliers de fonderie de Mr. Meura, et en examinant le type de calorifère qu'ils confectionnent et dont l'inventeur est Mr. Dautel de Tournai. C'est un des meilleurs modèles qui se disputent les faveurs du public".  

Lorsque son petit fils Philippe Meura succède à son père Paul, dans un souci de développer l'activité, l'entreprise est transférée au quai de l'Arsenal et, en 1914 de nouveaux ateliers sont inaugurés à l'entrée de Warchin dans les bâtiments ayant appartenu à Mr. Larochaymond. Très modernes pour l'époque, ces ateliers possédaient un matériel de soudure autogène alimenté par le gaz acétylène et des machines pneumatiques. Si l'entreprise procurait du travail à cinq personnes à l'origine, ils sont désormais 150 ouvriers répartis sur les deux sites. Hélas, ceux-ci se retrouvent rapidement au chômage lorsqu'en août de la même année éclate le premier conflit mondial. 

Ce coup de frein dans l'activité va être fatal à Philippe Meura et l'entraîner dans la mort en 1918, alors qu'il n'est âgé que de 34 ans. En compagnie d'Emile Dereume, qui était alors directeur des usines Duray à Ecaussines, sa veuve va assurer une transition dans l'attente de la majorité de son petit-fils Paul, âgé de 14 ans à la mort de son père. 

En 1931, l'usine du quai de l'Arsenal est abandonnée, toutes les activités sont transférées sur le site de Warchin.

Entre 1950 et 1969, les usines Meura sont connues dans le monde entier, principalement dans le monde brassicole, les monteurs tournaisiens parcourent la planète entière (une célèbre scène d'une revue du Cabaret Wallon immortalisera ce fait). Les ateliers de Warchin engagent régulièrement, on travaille par poste, on preste des heures supplémentaires les samedis et parfois même le dimanche. On travaille en famille, de génération en génération. 

Dans le cadre des Jeunesses Scientifiques, lors de mes études secondaires à l'Athénée Royal de Tournai, à la fin des années soixante, j'ai eu l'occasion de visiter les ateliers Meura, nous étions guidés par le patron lui-même, il nous fit part à cette occasion de sa volonté d'agrandir l'usine afin de répondre aux multiples commandes qui parvenaient du monde entier. Nous étions sortis de là, certains de la pérennité de ce fleuron tournaisien. 

Au début des années septante, l'activité est telle que se pose la nécessité d'agrandir l'usine et ses dirigeants se heurtent, cette fois, au voisinage car l'activité de chaudronnerie est malheureusement bruyante et la défense de l'environnement, représentée par un mouvement "écolo" naissant, a fait son apparition. Le permis de bâtir lui est refusé et cette décision va engendrer la perte de l'usine qui ne pourra plus faire face aux commandes et verra ses clients potentiels se tourner vers d'autres producteurs. C'est un des premiers dégâts du tout nouveau phénomène "Nimby" apparu à cette époque et qui fera désormais des ravages dans le domaine économique, toute initiative pour développer l'emploi se heurtant à des pétitions et dépôts de plaintes afin de faire capoter les projets. Il est important de le signaler à une époque où le problème du chômage est loin d'être maitrisé et où les entreprises vont voir ailleurs si l'herbe est plus verte ! 

Lâchée par son banquier en 1977, l'entreprise est au bord de la faillite. L'Etat et la Région wallonne prennent son contrôle mais, de restructurations en restructurations le personnel va passer de 700 à une bonne centaine d'ouvriers et, lorsqu'en 1985, un important client étranger est défaillant, le coup de grâce lui est donné. On assiste alors à la reprise de l'usine de Warchin par les Ateliers Louis Carton, son concurrent, et quelques emplois sont sauvés.

Autre entreprise tournaisienne dans le domaine de la métallurgie, les Ateliers Louis Carton portent le nom de leur fondateur qui la créa en 1874 lorsqu'il acheta des terrains situés à la chaussée d'Antoing, aux abords de la chapelle de Notre-Dame de Grâce. Est-ce la proximité des cimenteries mais sa première production sera celle d'un ensacheur-peseur qui leur est principalement destiné. Suivront les concasseurs et appareils de manutention. En 1884, Louis Carton adjoint une fonderie à ses installations. En 1918, les installations s'étendent sur six hectares sur lesquels sont édifiés les halls de chaudronnerie et de fonderie. A cette époque, 400 ouvriers et employés y sont occupés. Après la seconde guerre mondiale, l'entreprise à la pointe de la modernité en ce qui concerne le matériel se spécialise dans la fabrication de concasseurs mobiles, de laveurs et trieurs de minerais, de séchoir et appareils pour le traitement du café et travaille principalement avec le continent africain, elle est parmi les premières entreprises du genre en Europe à réaliser des installations modernes de broyage en circuit fermé par séparateurs à air "Sturtevant" et dans le domaine de la manutention à élaborer le transport par aéroglissières et acquièrent la licence de construction des alimenteurs vibrants "Sherwen". La vague d'indépendance survenue dans les états d'Afrique dans les années soixante à la période de la décolonisation va lui faire perdre peu à peu d'importants marchés au point que, forte de 350 ouvriers et 150 ingénieurs et cadres, elle se verra obligée de fusionner avec la firme allemande Polysius. Cette fusion apportera un ballon d'oxygène mais n'empêchera pas sa reprise par le géant allemand de l'acier, les usines Krüpp en 1970.

Après la reprise de Meura, le 1er avril 1986, les ALC-Krüpp-Polysisus passeront sous contrôle français, le groupe Boccart devenant l'actionnaire majoritaire. 

Désormais, on ne voit plus ces convois spéciaux quitter les ateliers de Warchin ou de la chaussée d'Antoing, ses énormes cuves qui accrochaient les branches des arbres des boulevards pour rejoindre le quai Donat Casterman et être transférées, au moyen de lourds engins de levage, sur les bateaux, à hauteur du port fluvial. Les seules qu'on rencontrait encore ces dernières années venaient des ateliers de Fives-Lille Caille. 

Les bruits de martèlement ou du déplacement des véhicules, les sifflets des cornets d'usines, le joyeux brouhaha des ouvriers sortant des ateliers, les chants des métallurgistes fêtant la Sainte-Eloi en allant de cafés en cafés, toutes ces ambiances de travail se sont tues, ont disparu du quotidien de notre ville et... avec elles, l'emploi car, au sommet de la production, la métallurgie tournaisienne procurait de l'emploi direct à près de 15% de la population active de notre région.

(sources : étude du professeur Robert Sevrin parue en 1979 dans l'ouvrage "Le Hainaut Occidental dans le miroir d'un journal régional", édité à l'occasion des cent cinquante ans du journal le Courrier de l'Escaut - "Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècle", ouvrage paru en 1990 et édité par la société d'Archéologie industrielle de Tournai" -  article paru dans le mensuel n°10/11 de la "Toison d'Or" consacré à Tournai en décembre 1972 -souvenirs personnels).


25/06/2007

Tournai : le faubourg de Valenciennes (2)

Le faubourg de Valenciennes est assez vaste, à son sujet, Bozière parle du "faubourg d'en haut" (ceui que nous avons évoqué) et du "faubourg d'en bas", celui qui longe l'Escaut sur la rive gauche.

Se pencher sur le passé de cette partie de la ville n'apporte pas beaucoup d'éléments historiques, tout au plus, apprenons-nous que ce faubourg fut pillé en 1352 lors de la guerre que le roi Jean soutint contre les anglais et qu'en 1709, il échappa à l'incendie que Surville avait ordonné pour la défense de la place, le quartier a alors beaucoup souffert des projectiles lancés depuis la citadelle et les remparts de la ville.

Les bâtiments de la clinique La Dorcas sont en grande partie situés au début de la chaussée d'Antoing, quelques maisons les séparent d'une importante usine qui a plus d'un siècle d'existence : les Ateliers Louis Carton. Cette vieille entreprise tournaisienne, dont la réputation a depuis toujours dépassé nos frontières, fait désormais partie d'un groupe international, "Socom Mettalurgy" et est spécialisée dans la mécano-soudure de grande dimension. Les ALC développent la mise à dimension, la fabrication, la mise en service et l'entretien d'appareils rotatifs de grandes dimensions (broyeurs, rechargeurs...) et sont fournisseurs des secteurs des cimenteries, des produits chimiques et engrais, de l'agro-alimentaire, des aciéries et de la valorisation des minerais.

Son fondateur, Louis Carton, est né à Hornu en 1842. Il eut une formation basée sur l'expérience : élève à l'école industrielle, employé dans les ateliers et les bureaux de dessin. C'est en 1874 qu'il acquiert la propriété de deux hectares sur laquelle, il érigera un modeste atelier où sont réparés, à l'origine, les matériels souvent utilisés dans les carrières environnantes. Son premier brevet date de 1878, il concerne un ensacheur-peseur, permettant de mettre rapidement en sac le ciment et la chaux offrant un plus grand confort à l'ouvrier chargé jusqu'alors de cette besogne effectuée dans la poussière. Ensuite, il se lancera dans la fabrication de concasseurs et de machines à vapeurs pour actionner les grues, les treuils, les locomotives de chantiers. Sa propriété passera de deux à six hectares et les ateliers procureront de l'emploi à des centaines d'ouvriers tournaisiens. Louis Carton décèdera à Tournai en 1922.

Entourée par les ateliers, le long de la chaussée d'Antoing, s'élève la chapelle à Notre-Dame des Grâces. Oratoire édifié (suivant le chronogramme placé au-dessus du portail) en 1666, sa façade a été partiellement refaite, la partie orientale daterait du XIXème siècle tout comme son clocheton. Elle y abrita une confrérie placée sous le patronage de Notre-Dame, reconstituée après la Révolution, à laquelle le pape Pie VII accorda les indulgences en 1816. Bozière nous informe également que cet oratoire était encore fréquenté au XIXème siècle par les dames de la ville durant l'octave qui commence le 15 août, jour de l'Assomption. Cette chapelle, en briques et pierres de Tournai, est située sur le parcours des pélerins de Saint Jacques de Compostelle en provenance du Nord de l'Europe qui la découvrent au moment de sortir de la ville. Sur la droite de la chaussée, quelques centaines de mètres au-dessus de la chapelle, on découvre la rue d'En Bas où se côtoient petites maisons basses, images du monde des ouvriers qu'elles abritaient jadis et constructions récentes de citadins venus s'installer, après la guerre, dans un coin de verdure aux portes de la cité. Plus loin encore, alors qu'on aborde le village de Chercq s'élevait jadis, entre la chaussée et le fleuve, l'abbaye de Saint Médard dont il subsiste très peu de traces de son existence.

(sources : A-F-J Bozière, "Tournai, ancien et moderne" et recherches personnelles).

10:12 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : surville, notre-dame des graces, alc, tournai, louis carton |