27/04/2008

Tournai : Albert Joseph Goblet, un concitoyen oublié !

Les journées de 1830 qui furent à la base de la naissance de la Belgique restent dans la mémoire des tournaisiens au travers d'un homme Barthélémy Du Mortier, politicien et ardent patriote. Un an à peine après la création de son journal "Le Courrier de l'Escaut", le plus ancien quotidien de Belgique, désormais publié par le groupe Vers l'Avenir, le 28 septembre 1830, à la tête d'une troupe de volontaires Barthélémy Du Mortier s'empare des casernes tournaisiennes occupées par les soldats hollandais. Commandant de la Garde Civique, parlementaire et ministre, il laissa un tel souvenir dans sa ville qu'une statue à son effigie fut élevée au pied du Pont de Fer.

Mais qui dans la cité de Clovis a entendu parler d'Albert, Joseph Goblet, comte d'Aviella, fils de François-Magloire Goblet (1744-1819) et de sa troisième épouse Marie Michelle Josephe Delmarle (1766-1811), baptisé dans notre cité scaldéenne le 26 mai 1790 ? Une personne au moins, Mr Schilling  nous a amené à découvrir cet autre héros tournaisien de la Révolution de 1830. A part une biographie trouvée dans le l'ouvrage "Biographies Tournaisiennes" de Gaston Lefebvre parue en 1990 et quelques lignes dans une notice du Tome VI des Mémoires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai, paru en 1989, rien ne rappelle son existence. Pas de statue, pas de rue à son nom, aucune plaque commémorative, aucune référence dans le livre paru en 1979 à l'occasion du 150e annniversaire du Courrier de l'Escaut. La gloire (justifiée) pour Barthélémy Du Mortier, l'oubli (malheureux, volontaire ou involontaire) pour Albert, Joseph Goblet.

A l'âge de 23 ans, sorti de Saint Cyr et des écoles polytechniques et d'artillerie, Albert Goblet est envoyé en Espagne en 1813, à la bataille de Vittoria et à la défense de San Sebastian. Après la chute de l'Empire, on le retrouve au sein de l'armée des Pays-Bas. Commandant du Génie à Tournai, le prince d'Orange le choisit pour l'accompagner, en 1814, au couronnement de tsar Nicolas de Russie. A cette époque, des preuves attestent qu'il habite à la rue Garnier. Six ans plus tard, lors de la Révolution belge, le tout jeune gouvernement du pays naissant le nomme colonel-commissaire général de la Guerre et tout naturellement, en 1831, il devient le tout premier ministre de la Guerre. Ministre des Affaires étrangères de 1832 à 1833, nommé Général-Major, il est ensuite désigné comme ambassadeur de Belgique au Portugal de 1837 à 1838. Ardent défenseur de la cause portugaise, il se verra décerner le titre de comte d'Aviella (endroit où il résidait) par la reine Maria II da Gloria le 21 juin 1838.

Rentré en Belgique, il représente les arrondissements de Tournai et de Bruxelles à la Chambre des représentants. De 1843 à 1845, il redevient ministre des Affaires étrangères et en 1845, il est élevé au grade de lieutenant-général. En 1859, admis à la retraite, il consacre ses loisirs à la rédaction de mémoires consacrées à la période d'indépendance, "Des cinq grandes puissances de l'Europe dans leurs rapports politiques et militaires avec la Belgique" ouvrage paru en 1863 et "Dix-huit mois de politique et de négociations se rattachant à la première atteinte aux traités de 1815" paru deux ans plus tard. Albert, Joseph Goblet est décédé à Bruxelles, le 5 mai 1873. En 2006, un comité a été créé afin de rebaptiser des noms de rues suite à la modification des secteurs postaux, étrangement aucune voix ne s'est élevée pour rappeler le souvenir de cet enfant de Tournai qui, lui aussi, porta bien haut la renommée de la cité aux cinq clochers. Gaston Lefebvre, Mr Schilling et plus modestement, l'Optimiste, l'ont en quelque sorte réhablité !