08/06/2015

Tournai : l'histoire du Corps des Volontaires-Pompiers Tournaisiens (3)

La première moitié du XXe siècle.

Le vingtième siècle débute par la désignation, le 23 janvier, d'un nouveau Capitaine-Commandant en la personne d'Albert Dutoit, celui-ci succède à Oscar Dapsens qui a démissionné de ses fonctions six semaines plus tôt.

En 1904, la pompe à vapeur, inaugurée en 1876, ayant rendu de multiples services est remplacée par une autre du système Béduwé.

Un événement important pour le corps des pompiers se déroule le 21 mai 1905. Dans le cadre des festivités organisées pour marquer le 75 anniversaire de la Belgique, le Prince Albert de Belgique (qui deviendra le roi Albert Ier en 1909) vient inaugurer la distribution d'eau.

Le 10 juin de cette même année, le Corps des Volontaires-Pompiers Tournaisiens participe au concours international de manœuvre d'incendie, de sauvetage et d'ambulance d'Ivry sur Seine (F). Il regagne la cité des cinq clochers avec le 1er prix de manœuvres, deux premiers prix de théorie et deux premiers prix de pratique aux ambulanciers Lardinoy et Leroux. Le corps reçoit, en outre, les félicitations spéciales du jury pour la bonne tenue des hommes et du matériel.

Le 25 juin, le Conseil Communal vote un crédit important pour l'acquisition du matériel nécessaire pour l'utilisation des bouches incendie.

L'année suivante, les 9 et 10 juin 1907, c'est à Valenciennes que les Volontaires-Pompiers Tournaisiens obtiennent le premier prix d'honneur de manœuvre, le prix d'honneur d'ambulance ex aequo, tandis que le Commandant Dutoit se voit décerner la médaille d'argent de 2e classe de la République par le Gouvernement français.

Lorsqu'il participe pour la seconde fois au concours international d'Ivry sur Seine, les 30, 31 mai et le 1er juin, le Corps des Volontaires-Pompiers ne redoute peut-être pas encore le cataclysme qui va bientôt se déchaîner sur l'Europe. Il remporte trois premiers prix au concours d'ambulance, un premier prix au concours de manœuvre tandis que le prix d'honneur lui est offert par le Président de la République. A cette même occasion, le Sous-Lieutenant Zoude reçoit la médaille d'honneur de 2è Classe de la République.

Le premier conflit mondial éclate. L'occupant allemand interdit l'utilisation du tocsin. Pour pallier à cette situation, chaque nuit, une garde composée d'un officier, d'un sous-officier, de six hommes et d'un "fontainer" de l'usine des eaux assure une permanence. Quand se dérouleront les combats pour la libération de la Ville, les Volontaires-Pompiers seront de service, nuits et jours, pour combattre les incendies qui éclatent, secourir les personnes ensevelies sous les décombres, soigner et évacuer les blessés, transporter les morts.

A la fin de la guerre, l'instauration du service militaire obligatoire qui remplace le vieux (et disons-le injuste) système du tirage au sort annuel marque la fin de la Garde Civique à laquelle le corps était rattaché depuis 1848. Désormais, l'engagement au sein du corps des volontaires-pompiers sera l'expression d'un libre-choix, celui de se mettre au service de la population.

Le Commandant Dutoit souhaite moderniser le corps en introduisant la motorisation. Il fait acquérir un camion de récupération de l'armée pour le transport des hommes et du matériel.

En 1921, lors des festivités organisées dans le cadre du 100e anniversaire de sa fondation, le Corps des Volontaires-Pompiers de la cité des cinq clochers est passé en revue par le roi Albert Ier.

Au début de l'année 1925, le corps va être confronté à d'importantes inondations, les pluies diluviennes qui s'abattent sur le pays depuis la seconde quinzaine du mois de décembre vont être à l'origine du débordement de l'Escaut, on ne compte plus le nombre de caves inondées, les maisons cernées par les eaux, notamment à la limite des villages de Warchin et de Rumillies. Il faudra même évacuer totalement une ferme au Bas-Follet.

En 1926, on note la mise en service d'une moto-pompe de type Drouville qui remplace la pompe à vapeur.  

Le 26 février 1927, vers 3h50, le quartier du faubourg de Morel est le théâtre d'un très violent incendie qui se déclare suite à l'explosion d'une lampe à huile dans un atelier. Malgré la rapide intervention des hommes du feu tournaisiens, bâtiment et contenu (60.000 œufs prêts à être expédiés) seront détruits.

En 1928, la modernisation se poursuit, les pompiers sont désormais équipés d'un camion Chevrolet pour le transport d'hommes et de matériel. La pompe Drouville y est attachée en remorque. Partant en intervention, les hommes prenaient place sur des sièges alignés de chaque côté du camion.

Ce transporteur d'hommes sera utile lorsqu'on prend connaissance des nombreux sinistres auxquels doivent faire face les "firemen" tournaisiens. Au hasard, rappelons celui du 14 avril 1930, vers 8h15, qui éclate à l'huilerie et savonnerie Pollet située dans la rue Saint-Brice, au cœur d'un des quartiers les plus peuplés de la cité des cinq clochers. Les bâtiments en feu ne sont heureusement pas occupés mais jouxtent une "courée" de la rue Clercamps. Les pompiers vont batailler pendant plus d'une heure pour protéger ces logis occupés par de pauvres gens. Les bâtiments et réserves de la savonnerie seront gravement endommagés mais on ne déplorera aucune victime et le voisinage fut sauvegardé.

L'année 1931 sera également marquée par de nombreux sinistres comme celui qui éclate, le 18 janvier vers 23h30, à la rue des Chapeliers, à deux pas du local de la place Saint-Pierre. La chapellerie Forrez-Bouchez est la proie des flammes, ce sinistre fera deux victimes, le couple qui dort à l'étage surpris dans son sommeil, des voisins s'échapperont par les toits. Comme celui, également, qui éclate à la rue Duquesnoy, le 16 février, dans le commerce d'un colporteur ou encore celui de la nuit du 29 au 30 mai, dans une ferme de la chaussée de Willemeau où un voisin aidant à l'évacuation du matériel se retrouvera coincé sous une poutre.

Le 26 avril 1932, le commandant Dutoit quitte la direction du Corps des Pompiers. Il y laisse le souvenir d'un homme compétent, d'un homme qui avait su, en trente-deux années, le moderniser, d'un homme qui était à l'écoute de ses hommes mais qui faisait aussi preuve d'une autorité indiscutée. C'est son adjoint, la capitaine Charles Declercq qui est appelé à lui succéder. Il poursuivra l'œuvre de modernisation entreprise par son prédécesseur en dotant le corps d'un transport léger assurant les premiers départs, de deux moto-pompes centrifuges, d'un camion de transport d'hommes et de matériel et d'une moto-pompe portative de 600 litres.

Comme l'avait fait avant lui le commandant Dutoit, durant la période 1914-1918, il assurera avec le corps de pompiers la sécurité de la population tournaisienne pendant le second conflit mondial. Les hommes seront sur la brèche pratiquement tous les jours en raison des bombardements et des incendies qu'ils gênèrent. Durant cette période, le corps recevra également pour mission de fournir un renfort en hommes et matériel aux villes voisines touchées par des bombardements massifs.

Le 23 août 1945, le commandant Declercq démissionne, pour son remplacement, le choix est loin d'être pléthorique, le Lieutenant Léon Beghin est le seul officier encore en activité. Le Conseil communal lui demande d'assurer l'intérim de commandement, il sera confirmé dans ses fonctions et nommé Capitaine-Commandant, le 15 février 1947, par décision du Gouverneur du Hainaut.

(à suivre)

S.T. juin 2015