22/11/2007

Tournai : les Géants de Tournai (9)

Si depuis 1979, "Gramère Cucu" est représentative du quartier Saint Piat, en 1982, le Comité des Fêtes du Maroc (quartier ouvrier situé dans la partie sud de la ville) décide lui aussi de réaliser son géant, "L'Bourguémette du Maroc", Louis Storme.

Louis Storme est né à Tournai le 13 mars 1902, adolescent, il exerce le pénible métier de débardeur avant de devenir éboueur dans les services communaux. Garçon jovial, toujours prêt à faire la fête, celui qu'on surnomme "L'Guite" (le guide) faisait partie d'une société carnavalesque, "la Jeunesse Marocaine", qui participait chaque année, le 15 août, aux festivités de la ducasse de la cité. Dans ce groupe de gais lurons, il était le "mayeur" (le maire) et il tint ce rôle jusqu'à la disparition de la société en 1958.

Marié, il fut le prère d'une famille (très) nombreuse qui ne comptait pas moins de 21 enfants ! Il est mort le 24 mai 1968, agé de 66 ans. Le géant le représente portant haut de forme, chemise blanche, noeud papillon noir, longue redingote noire à 8 boutons qui masque en partie la jupe noire recouvrant le panier, ceint de l'écharpe mayorale. Il est accompagné de couples dont les hommes portent la même tenue vestimentaire que le géant, les femmes, en longues robes de couleurs différentes, portent une ombrelle. Géant muni de roues, à l'origine, il était accompagné par son fils Jean Marie, prêt à aider son "conducteur" aux endroits les plus difficiles.

 

Et les naissances se succèdent, ainsi en 1983, le Comité des Fêtes du quartier Sainte Marguerite s'enrichit lui aussi d'une "posture". Quoi de plus normal, dans cet ancien quartier de balotils (ouvriers tricoteurs travaillant sur métier mécanique à domicile), de rendre hommage à un de ses enfants, le baryton Jean Noté. Son histoire nous vous l'avons contée dans l'article consacré à la visite de ce quartier, au début du blog (voir archives).

Il est présenté dans le costume de scène qu'il portait dans le rôle de Guillaume Tell (l'opéra de Rossini) qu'il avait créé à l'Opéra de Paris. Nous ne pouvons évoquer ce géant et le quartier sans parler d'une de ses chevilles ouvrières, Albert Dupret. Responsable de l'économat au sein d'un organisme financier, il faisait également partie de l'harmonie communale des Volontaires Pompiers et de la fanfare de la Royale Union Sportive Tournaisienne, club dont il était un fervent supporter. Aimant le chant, il était membre du Cercle Choral Tornacum. Bon vivant, joueurs de fer au sein de la société du café de Foy (rue Saint Martin), Albert était ému jusqu'aux larmes, le jour de l'inauguration du géant, principalement lorsqu'on entendit s'élever, grâce à un système d'amplification placée dans le panier, la puissante voix du baryton. Le géant défilait au son de la musique des Porporas.

 

En 1984, la société "les Pêcheurs Napolitains" issue du quartier Saint Brice souhaite rendre hommage à celle qui avait été à la base de la résurrection de cet ancien groupe carnavalesque fondé en 1842 : Germaine Duprez, née à Tournai, le 1er septembre 1920 et décédée le 10 février 1982. Tenancière du café " A la Vilette" rue de Marvis, surnommée "Lalie", elle est présentée dans le costume de la société , chemisier blanc, jupe rouge à bretelles, foulard rouge. Le groupe qui l'accompagne est composé d'hommes, de femmes et d'enfants, une barque rappelle leur profession. Il s'agit aussi d'un géant muni de roues à l'intérieur du panier. Le groupe participe à de nombreuses cavalcades en Belgique ou à l'étranger.

 

Parlons encore du géant "le Vendéen", issu du quartier du 24 août, hommage aux territoriaux de la Vendée, qui furent tous massacrés lors de la première guerre mondiale, dans ce quartier nord de la ville (voir archives sur ce blog), il défile fièrement accompagné de soldats portant le même uniforme bleu et rouge.

 

Terminons par le dernier géant, imaginé par les Amis de Tournai, Edouard Tréhoux, le père des géants tournaisiens, défile depuis 1986 au milieu des siens et ce n'est qu'une juste récompense pour tout le travail accompli pour doter Tournai d'un cortège folklorique... Ce jour là, Lucien Jardez, membres des Amis de Tournai et auteur du livre qui nous a servi de référence, avait rendez-vous, le samedi des Quatre Cortèges, face à la maison du génail inventeur, "Au Siècle de Louis XIV", rue des Puits l'Eau. En plein discours sur Edouard Tréhoux quelle ne fut pas sa surprise de le voir apparaître, venant du quai, au son d'une fanfare, accompagné de son groupe des "bradeurs infatigables", l'effet fut...géant, l'émotion du président du Cabaret Wallon fut à son comble !

(sources : Lucien Jardez, ouvrage paru en 1986 dans le cadre du cinquantième anniversaire des Amis de Tournai et recherches personnelles).