27/02/2017

Tournai : souvenirs du Cabaret Wallon Tournaisien (4)

Les années noires !

 

Durant la décennie "quatre-vingts", le Cabaret Wallon Tournaisien va vivre des heures douloureuses avec la perte de nombreux membres.

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Albert Coens a laissé des œuvres immortelles.

La dernière fois que j'ai eu l'occasion de converser avec Albert Coens, c'était durant la saison 1983-1984, dans le cadre d'activités footballistiques, à la buvette du terrain B du Racing situé alors au Vert Bocage. C'était quelques mois avant son départ inopiné et rien ne laissait imaginer celui-ci. Il savait que mes préférences penchaient vers les "Rouge et Vert" de l'Union, lui le Racingman convaincu, mais cela n'avait jamais entaché des relations plus que cordiales que nous entretenions lors de nos (trop) rares rencontres. Albert Coens était né à Tournai, le 2 octobre 1926. En 1948, il avait été lauréat du Concours Adolphe Prayez. Il possédait aussi un prix d'excellence de la Classe d'Art dramatique du Conservatoire de Tournai, une maison qu'il connaissait bien puisqu'il en était le Secrétaire tout comme Walter Duvellier le fut. Entré au Cabaret où il restera de 1949 à 1975, il fit les belles soirées de la troupe patoisante tournaisienne grâce à ses multiples talents de poète, chansonnier, auteur de sketches, metteur en scène, régisseur.... Perfectionniste, il en est rapidement devenu une des figures de proue. Sa chanson " L'lapin du Lindi perdu" restera un classique de cette fête tournaisienne du début janvier tandis que son poème "Si..." reprend à lui seul les qualités souhaitées pour entrer dans la Royale Compagnie. On se rappelle le personnage truculent de paysan qu'il a interprété au sein d'une revue, adressant sa "Lette à Moneonque Michel", déclaration contre la fusion des communes dite avec cet humour dont il avait le secret. Ce membre-fondateur de la gazette "Les Infants d'Tournai" dans lequel il écrivait sous le pseudonyme de Titisse, quitta malheureusement le ponton en 1976. Le 30 avril 1984, la rumeur se répandit dans toute la ville, Albert Coens était décédé inopinément. Il n'avait que 57 ans !

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Le 3 juillet 1984 disparaît Richard Leclaire, autre figure marquante du Cabaret.

Richard Leclaire est né à Tournai le 7 juin 1921. En 1956 et 1957, il sera lauréat du Concours Prayez, voie obligée pour frapper à la porte du Cabaret. A l'image de Marcel Roland, il exerçait sa profession dans le monde de la finance puisqu'il était le Directeur de la Caisse d'Epargne de Tournai, une institution aujourd'hui disparue. Il est entré au Cabaret en 1958. Au-delà de ses chansons à succès comme "L'Disco", "Rayon d'Solel", "Si cha s'reot à r'faire" (primée au Concours Prayez) ou "L'planque à roulettes", Richard Leclaire était également auteur de sketches diffusés dans les émissions dialectales de Radio-Hainaut et collaborateur de la gazette "Les Infants d'Tournai" où il publiait des billets sous les pseudonymes de Chapic et Ketsu. En 1968, il créa avec Jean Leclercq, ce qui devint une institution au sein de la compagnie: "L'journal canté", un exercice en duo reprenant, sur un ton humoristique, les faits d'actualité qui se sont déroulés entre deux rendez-vous avec leur public des chansonniers tournaisiens. Avec son épouse, il composa des duos dont les spectateurs se souviennent au sein des revues. Le 3 juillet 1984, deux mois après Albert Coens, le Cabaret perdait un nouveau membre. Richard Leclaire venait de fêter ses 63 ans !

Tournai, cabaret wallon tournaisien

1984 : Lucien Feron fait son entrée au Cabaret, il a choisi pour parrains Réne Godet (à gauche) et Jean-Pierre Verbeke (à droite). 

Lucien Feron est né à l'ombre du clocher de Saint-Piat, le 16 septembre 1939. De cette enfance dans ce quartier typique de la cité des cinq clochers, il avait conservé l'esprit frondeur du "p'tit rambile", expression par laquelle on désigne le titi tournaisien. Lauréat à de nombreuses reprises au concours Prayez durant trois années consécutives, Lucien Feron entre au Cabaret comme aspirant en 1984. On ne compte pas ses succès qui vont déclencher les rires des spectateurs, ils prennent une place de choix dans la collection des œuvres léguées par les chansonniers tournaisiens. "L'cyclotourisse", est un portrait de ces cyclistes du dimanche dont certains se prennent pour des champions de la "petite reine" tandis que d'autres terminent leurs randonnées en "rois des comptoirs". Sa "Lette à Matante Bertha" est une évocation des multiples problèmes tragi-comiques rencontrés lors d'une hospitalisation (des propos toujours d'actualité !). "Chez Meura, i-a vingt ans", est une description précise et emprunte d'émotion du travail des ouvriers métallurgistes qui ont consacré leur carrière et leur vie à faire la renommée d'un fleuron de l'industrie tournaisienne qui venait juste de disparaître. "Quand les lilas fleurissent" contient une brassée de souvenirs personnels dont le personnage central est cette maman qu'il aimait tant et qu'il avait perdue. "Bonheomme" traduit aussi le côté tendre de l'auteur. Cet habitant la rue Roc Saint-Nicaise, vaincu par un mal implacable, est décédé le 20 octobre 1994. Lucien Feron venait de fêter ses 55 ans !  

  

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Lucien Feron (2ème à partir de la gauche) est devenu membre à titre définitif en septembre 1985. On le voit avec les lauréats du concours Prayez. Il était rare à l'époque de voir figurer une représente féminine au palmarès, cet honneur échoit à Josette Lambreth d'Hérinnes, une excellente plume patoisante régionale. Parmi les primés, on reconnaît également deux futurs membres du Cabaret, Rudy Sainlez (le "barbu" au centre) et Max François (le "moustachu").

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Durant cette décennie, la "grande faucheuse" ne semble vouloir pas lâcher la Royale Compagnie. En 1986 disparaît Edmond Roberte. 

Edmond Roberte est né à Maubray, le 18 mars 1920. Il travaillait à Tournai, au sein de la société Electrabel. En 1963, il est primé au Concours Prayez et il entre au Cabaret en 1965. Ses origines villageoises le désignaient sous l'expression "L'paysan du Cabaret". En plus de ses talents de chansonnier et de comédien, il est aussi un excellent musicien, organiste de l'église de son village natal. Il démontrera ses qualités musicales en accompagnant, à l'occasion, Anselme Dachy au piano à quatre mains. Auteur de sketches pour les émissions dialectales de Radio-Hainaut, collaborateur de la gazette "Les Infants d'Tournai" où il publie ses billets sous le pseudonyme d'E. Du Clair, il est également le créateur d'une opérette (aujourd'hui, on parlerait de comédie musicale) intitulée "In Piste !" sur une musique d'Anselme Dachy. On ne compte plus les succès d'Edmeond Roberte, chacune de ses apparitions étaient attendues avec impatience par les spectateurs. On retiendra en particulier : son imitation de Tino Rossi dans sa chanson "Orfroidiss'mint" (sur l'air de Tchi Tchi), "L'organiste", un auto-portrait tout en dérision, "Pianiste", un hommage à ces virtuoses du piano. "L'piston" est un autre de ses très nombreux succès. On le voit encore en sonneur de cloches avec son comparse Richard Leclaire au sein d'une revue. On se rappelle sa reprise du rôle créé par Albert Coens, coincé au volant d'une 2CV à la porte du "Bar des Cigales". On se souvient encore de ce plombier un peu naïf au sein d'une maternité dont un accouchement est marqué par un énorme quiproquo. En me rencontrant, il m'avait un jour déclaré : "Voici l'homme que je croise le vendredi mais que je ne vois jamais", l'explication de ces mots est simple : lui prenait l'autoroute entre Maubray et Tournai (pour assister aux réunions du Cabaret), tandis que qu'au même moment, je faisais la route inverse pour me rendre au cercle Montbrétia duquel j'étais membre. Amoureux de la nature, c'est alors qu'il était occupé à jardiner que, le 12 mai 1986, il est tombé, terrassé par un infarctus. Lui aussi n'avait que 66 ans !

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Eric Genty, lauréat au concours Prayez de 1987, entre au Cabaret. 

La réputation du nouveau membre du Cabaret, entré en 1987, n'était plus à faire. Eric Genty est né à Orléans (F), le 16 octobre 1926, et est arrivé en Belgique à l'âge de 22 ans. Dans ce pays d'adoption, il demandera et obtiendra sa naturalisation. Durant les années soixante et septante, les Tournaisiens le rencontraient dans son magasin de la Grand-Place, à l'enseigne de "Tournai-Disques". Nul n'ignorait alors qu'il était le chanteur de l'orchestre d'Hector Delfosse et la plupart avaient certainement déjà fredonné une de ses chansons : "Le petit chapeau tyrolien", "Ah, si j'étais resté célibataire !", "Oh lala Louise", des succès qui faisaient la joie des réunions de famille ou des banquets de société. Son plus gros succès, celui qui le fera connaître par-delà les frontières, reste "La danse des canards", succès inusable et connu dans tout le monde francophone, interprété par J.J. Lionel, une chanson dont il écrivit les paroles sous le pseudonyme de Guy de Paris. Lorsqu'il entre au Cabaret, il exerce la fonction de huissier à l'Hôtel de Ville. Il fera d'ailleurs une chanson décrivant cette activité professionnelle pleine d'inattendus. On lui doit également "J'décatis, Katy", "Ch'est m'ville", "Mi,j'ai wardé". Eric Genty quittera le Cabaret en juillet 2000.

tournai,cabaret wallon tournaisien

"La chanson des Cinq" termine traditionnellement les séances de Cabaret. On reconnaît sur la photo (de gauche à droite) : Eloi Baudimont - Marcel Roland - Jean-Pierre Verbeke - Ghislain Perron et Jean Leclercq. Cette photo date de 1988. 

1907-1987, le Cabaret est devenu un alerte octogénaire, mais il est... toujours vert. 

(sources : "Florilège du Cabaret", un ouvrage paru en 1982 à l'occasion du 75ème anniversaire de la Royale Compagnie - "Chint ans d'Cabaret" de Pol Wacheul, un ouvrage paru en 2007 - souvenirs personnels de rencontres avec les chansonniers évoqués - documents photographiques : archives de la presse locale - remerciement à Jean-Paul Foucart).

S.T. février 2017

07/01/2013

Tournai : c'est le Lundi perdu !

Aujourd'hui à Tournai, on fête le "Lundi perdu" ou "Lundi parjuré". Depuis quelques années, on a pris l'habitude d'appeler cette soirée, "le troisième réveillon des Tournaisiens". 

Cette coutume existait déjà au XIIIe siècle puisque l'historien tournaisien, le moine Li Muisis de l'abbaye de Saint-Martin, l'évoquait déjà dans ses écrits en 1281 : "selon une ancienne coutume, les citoyens les plus aisés et leurs fils se réunissent fraternellement autour d'une table ronde et élisent un roi"Cette tradition tire probablement son origine de la "Fête des Rois" encore célébrée dans de nombreuses régions.

Sa date est immuable, pourtant chaque année certains habitants s'interrogent quant au jour précis où il faut la célébrer. Depuis toujours, elle se situe le lundi qui suit la fête de l'Epiphanie, c'est-à-dire le premier lundi qui suit le 6 janvier. Elle aura donc toujours lieu entre le 7 (si cette date coïncide avec un lundi) et le 13 janvier. Profitant de l'ignorance de certaines personnes et aussi dans un but commercial, les restaurateurs tournaisiens ont, depuis quelques décennies, fait fi de la tradition et organisent les repas du lundi perdu durant les deux premiers week-ends de janvier, car, si la fête est avant tout familiale, depuis l'après-guerre, elle est également au menu des restaurants. Comme on dit à Tournai : "ch'est l'jour du grand plucache" (un repas important) !

On fait remonter son origine au Moyen-Age, au temps où les seigneurs fonciers rendaient leur justice et tenaient leurs assises, les "plaids généraux" ou "franches vérités" en présence de tous les dépendants de leurs seigneurie, rassemblés, le jour prescrit et appelés par la cloche du beffroi. Se déroulant en plein air, elles avaient pour but de découvrir les crimes et délits qui avaient échappé aux autorités judiciaires. Tous ceux qui avaient connaissance de faits délictueux étaient tenus de les déclarer, après avoir prêté serment "par devant les saints". On jurait donc sur les saints lors de ces assises qui se tenaient le lundi après l'Epiphanie. A-t-on appelé ce jour le "lundi parjuré" parce que certains malgré leur serment soutenaient des propos contraire à la vérité ? Lucien Jardez préfère y voir la notion de grand serment, le préfixe "par" marquant l'idée de perfection. Le repas est une survivance de la gombance à laquelle était conviés les seigneurs à l'issue des plaids. 

La notion de "Lundi perdu" est probablement plus récente car en ce jour usines, ateliers, bureaux étaient fermés et la journée était chômée, sans salaire, un lundi perdu au point de vue rentrée financière. Pendant que les femmes préparaient la fête, les hommes se rencontraient autour d'une (ou plusieurs) chope dans les estaminets (cafés) de la ville. 

A propos de cette fête, certaines personnes utilisent, à tort, l'expression "lapin perdu", celle-ci est dénuée de sens !

En plein de coeur de l'hiver, durant les jours les plus sombres et aussi les plus froids (on ne parlait pas encore de réchauffement climatique), c'était un repas de famille bienvenu uniquement composé d'ingrédients disponibles à cette époque de  l'année. Si le lapin cuit avec des pruneaux et des raisons était le plat principal, le menu comprenait également d'autres plats. 

On commençait par la petite saucisse ou "saucisse à bâtons" aussi appelée en tournaisien "'l'lapin à z'orelles de beos" (le lapin à oreilles de bois), bien souvent, il s'agissait des étrennes du boucher. On la mangeait avec du choux cuit au saindoux ou avec de la compote de pommes (étrennes du marchand de quatre saisons). Arrivait ensuite sur la table le lapin, le roi de la fête.

Pour les ménagères qui voudraient le réaliser à la mode tournaisienne, sachez que les différentes pièces du lapin (parfois passés dans la farine mais cela est déjà une variante de la tradition) doivent rissoler avec des oignons blondis dans le beurre. On arrose ensuite les morceaux avec de l'eau afin de la faire "guernoter" (mijoter) pendant une à deux heures en fonction de son poids. L'idéal est que la viande se détache bien des os au moment de le manger. Vers la fin de la cuisson, on ajoute des pruneaux et des raisins qui ont gonflé, au préalable, dans de l'eau bouillante. Voici "l'lapin aux preones et aux rogins", (le lapin aux prunes et aux raisins) prêt à être servi. Il le sera avec les traditionnelles pomme de terre cuites à la vapeur. Croquettes, frites ou purée sont des inventions de cuisiniers voulant habiller la tradition ou y mettre leur signature, c'est, pour les puristes, un crime de lèse-majesté. 

Le repas va se terminer par la "salade tournaisienne". On a tout écrit sur celle-ci, on lui trouve des dizaines d'ingrédients, on la met à toutes les sauces... pourtant il n'y a qu'une seule recette. Rappelons nous que, jadis au milieu de l'hiver, on mange ce qui est à disposition en ce début de mois de janvier, les magasins ne fournissent pas des produits exotiques (on ne parle pas encore d'emprunte écologique). On va donc prendre un plat profond et y mettre des échalotes, de la moutarde, du sel, du poivre, de l'huile et un filet de vinaigre. On y ajoutera de la mâche ou salade de blé, des haricots blancs, du chou rouge, de la betterave rouge, des oignons cuits au four avec la pelure qu'on enlèvera bien entendu, des chicons (endives), de la barbe de capucin, du pissenlit et des pommes. Tout cela sera coupé en morceaux et bien mélangé en début de repas pour que les différents ingrédient s'imprègnent du gôut des autres composants. 

Pour terminer on servira la galette des rois avec sa fêve.

Cette fête de famille est une réjouissance, on tire à cette occasion les billets des rois qu'on a soit acheté sous forme d'un feuillet de seize billets ou qu'on a confectionné? Sur ceux-ci sont repris les rôles de "roi", "conseiller", "confesseur", "suisse", "secrétaire", "portier", "valet de chambre", "messager", "laquais", "musicien", "médecin", "ménétrier", "verseur", "cuisinier", "l'écuyer tranchant" (tiens, tiens) et bien entendu "le fou". Tout cela donne lieu à des jeux, ainsi le verseur doit faire en sorte que personne ne manque de vin, le fou annoncera que le roi boit et les convives en feront de même, le fou passera le visage au noir d'un bouchon qu'on aura passé à la flamme celui ou celle qui aurait oublié l'invitation à boire, il sera également chargé d'animer la soirée, de raconter des blagues, de chanter parfois et faire mille facéties.

Ce folklore a donné lieu à de nombreuses chansons dont les plus connues sont celles de deux membres de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien. L'une s'intitule tout simplement "L'lapin du lindi perdu", écrite par Albert Coens (1926-1984), la prière d'un lapin qui va être sacrifié pour le repas des Tournaisiens et qui voit défiler sa courte vie. L'autre, "L'lindi parjuré", d'Achille Viart (1850-1926), la description de cette journée particulière d'une famille tournaisienne. Elles sont devenues des classiques et on peut trouver leur enregistrement sur disques, CD et DVD. 

Contrairement aux réveillons, la fête se termine relativement tôt, car le lendemain pour les enfants, c'est le chemin de l'école et pour les plus grand celui du travail. 

Comme on a l'habitude de le dire à Tournai : "A Tournai, pou bin faire ceulle fiête, l'ceu qui n'a pos d'lapin, n'a rien" (A Tournai, pour bien faire cette fête, celui qui n'a pas de lapin n'a rienet je n'ai plus qu'à souhaiter à ceux et celles qui respectent la tradition : "Bon royaume".

Seule fausse note à cette coutume ancestrale, à notre époque, beaucoup de jeunes Tournaisiens délaissent cette magnifique tradition, car pour eux, les boîtes de nuit, l'alcool et l'utilisation de produits illicites sont les seules sources de plaisir et Noël et Nouvel-An ont eu raison de leur "hymne à la joie".   

(sources : extraits de "Tournai, Tournaisis" de Lucien Jardez, ancien Président de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien ouvrage paru en 1989 dans la collection Mémoire de la Wallonie et souvenirs personnels).

04/05/2010

Tournai : l'année 1949 sous la loupe (2)

En cette année 1949, l'économie redémarre, le Tournaisien retrouve du travail mais aime aussi s'amuser. Tout au long de cette année, les occasions de se distraire ne manqueront pas. Les traditionnels bals du samedi soir animés par l'orchestre de Johnny Delcroix attirent les couples et les jeunes à la recherche de l'âme soeur. Les concours de jeu de cartes ou de jeu de fer organisés dans de nombreux cafés de la ville ont également leurs partisans qui se rencontrent les samedis, dimanches et même lors de la soirée du lundi, jour habituel de sortie de l'ouvrier tournaisien. 

Les assoiffés de culture pourront assister à de nombreuses conférences données par des maîtres en la matière. Ainsi, le lundi 31 janvier, c'est Maurice Schumann, député à l'Assemblée Nationale française mais aussi ancien speaker à la BBC durant la guerre qui est venu entretenir son auditoire, en la salle du Casino, avec un sujet d'actualité : "La peur et l'Occident". Il faut dire qu'on est au début de la guerre froide, le monde vient d'être partagé en deux blocs, l'Est et l'Ouest. ... Les soirées organisées par la Cabaret wallon connaissent un grand succès que ce soit les petits cabarets ou la seconde édition de la Revue, intitulée, "A l'Régince" présentée dans la salle du Palace.

En cette année 1949, la Cabaret voit l'inscription de son 61e membre, Albert Coens, à peine âgé de 23 ans (il était né le 2 octobre 1926). En l'acceptant au sein de la Royale Compagnie, ses pairs ne savent peut-être pas encore qu'ils se sont adjoints celui qui, avec son compère Eloi Baudimont, deviendra le moteur des futures revues jusqu'à son départ de la compagnie en 1976. Prix d'excellence de la Classe d'Art dramatique du Conservatoire de Tournai, lauréat du concours Prayez en 1948, acteur dans le cercle Iris, il sera également parmi les fondateurs de la gazette "Les Infants d'Tournai" où il signera ses articles du surnom Titisse. Il léguera de nombreux succès au répertoire du Cabaret, "Le Lapin du Lundi Perdu" faisant même désormais partie du folklore tournaisien. Albert Coens nous a quitté le 30 avril 1984, il y a déjà vingt-six ans.

Le Tournaisien a toujours apprécié les arts circassiens et en cette année 1949 il sera particulièrement gâté. Du 22 au 30 janvier, le "Buffalo-Zoo-Circus" s'installe dans le Hall des Expositions de l'avenue de Maire. Il y présente non seulement une importante ménagerie mais aussi des numéros de dressage de lions, d'ours, de chiens savants ou de chevaux calculateurs. Un drame va survenir lors de la représentation du dimanche 23 janvier. Un ours attaque sa dompteuse et la blesse assez gravement. Un médecin est appelé sur place pour suturer les blessures infligées par l'animal passablement énervé et le lendemain, le show continuait. Les 1er et 2 juin, le groupe des "Cosaques Djiguitovska" se produit au Cercle l'Etrier, à l'avenue de Maire, dans d'époustouflantes voltiges à cheval. La kermesse de septembre ramène, comme chaque année, parmi ses attractions le cirque De Jonghe, un habitué de la cité des cinq clochers. Le 12 octobre, c'est le cirque néerlandais Frans Mikkenie qui dresse à Tournai son immense chapiteau de 44 mètres de circonférence offrant plus de 4.000 places assises et présentant 25 attractions internationales. C'est à cette époque l'un des plus grands cirques itinérants d'Europe. Le 12 octobre, on reteindra également la venue, en la Halle-aux-Draps, d'un des orchestres les plus connus dans le monde francophone, celui de Jacques Hélian accompagné de son chanteur Roger Marco.

(sources : journal "Le Courrier de l'Escaut", éditions de l'année 1949, "Florilège du Cabaret" édité par la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien en 1982, "Chint ans d'Cabaret" ouvrage écrit par Paul Wacheul, membre et Secrétaire de la RCCWT paru en 2008 et "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècle " de Gaston Lefebvre, ouvrage paru en 1990, édité par la Société d'Archéologie de Tournai).

08:30 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, albert coens, cabaret wallon tournaisien |

28/11/2007

Tournai : le Cabaret Wallon Tournaisien (5)

Au Cabaret Wallon Tournaisien, chaque chansonnier a apporté sa touche personnelle, sa contribution à la constitution d'un répertoire riche de milliers de chansons, monologues et poèmes, oeuvres satyriques telle "s'belle-mère, elle est pindue" de Charles Midavaine, ou une chanson traduisant l'admiration de l'auteur pour sa ville, "L'Cancheon de nos Clotiers" d'Edmond Godart (membre de 1958 à 1973), textes écrits au départ d'un sujet de le vie quotidienne qui, sous la plume de leur auteur, deviennent des succès comme "On minche (mange) bin à Tournai" de Georges Delcourt (membre de 1925 à 1968).

En parcourant l'histoire de la société, comment ne pas songer à ce véritable artiste, trop tôt disparu, qu'était Albert Coens (1926-1984) qui, parmi de très nombreux succès, nous a laissé notamment "L'lapin du Lindi Perdu". Il fut également le co-auteur avec Eloi Baudimont des textes des revues annuelles dans lesquelles il campait bien souvent des personnages haut en couleurs.

L'actualité a souvent était source d'inspiration pour nos chansonniers ainsi lorsqu'un week-end de décembre, à quelques jours de la Noël, un véhicule tout neuf de la police communale termina sa course dans l'Escaut, Eloi Baudimont (1917-1995) fit étalage de toute sa verve en créant "A l'eau, A l'eau...(on est à l'iéeau) " ou encore, lorsque durant une grève des gardiens, 39 prisonniers s'évadèrent de la maison d'arrêt de Tournai, le même Eloi Baudimont disséqua, avec énormément d'humour, ce fait qui aurait pu valoir à la ville une présence dans le Guiness book des records.

Les évènements actuels qui se déroulent au sein de notre cité ou en Belgique sont toujours des sources inépuisables de sujets pour nos chansonniers, ainsi Pierre Vandenbroeck, actuel sociétaire, a composé "Scieince-Fictieon" après avoir vu l'émission de Philippe Dutilleul (lui aussi tournaisien) diffusée en décembre dernier sur les antennes de la RTBF traitant de l'autonomie auto-proclamée de la Flandre et Jean Marc Foucart, autre membre actuel, se penche sur nos problèmes dans sa chanson "Tout cha à causse du pétrole". On pourrait encore citer "Les Coulonneux" (colombophilistes) de Jean Pierre Verbeke, "Dusqu'i-veont aller à messe" de Pascal Winberg, "In avant, in navette" de Vincent Braeckelaere ou les tribulations du chauffeur du taxi-navette parcourant quotidiennement le centre ville et restant désespérément vide, (l'auteur en est le chauffeur dans le civil !), traitant eux aussi de sujets faisant les rubriques de la presse locale.

Il y a également la nostalgie qui étreint les paroliers et qui est traduite dans "Vielle Maseon" (vieille maison) d'André Wilbaux, "Prière " de René Godet, la fleur bleue du Cabaret , "I s'in va vir (voir) eul train" de Jean Michel Carpentier ou encore "On aimeot bin la vie " de Bernard Clément. Toutes ces oeuvres ont touché le coeur des Tournaisiens qui y retrouvent leurs racines mais ont également été appréciées de spectateurs venus des quatres coins de la Wallonie Picarde et même du Nord de la France... Les soirs de Cabaret, la salle de l'étage de la Halle-aux-Draps est pleine à craquer !

(sources : Florilège paru en 1982 lors du 75e anniversaire du Cabaret Wallon et recherches personnelles).