04/02/2013

Tournai : A Saint-Piat, la chance est là (2)

Nous avons vu que l'habitant du quartier Saint-Piat était un bon vivant qui ne détestait pas s'amuser. La vie se partage entre loisirs et travail. Qu'en est-il de ce quartier en matière d'économie ?

Une économie principalement d'artisanat

Jusqu'au XVIIIe siècle, on n'y trouve pas de grosses industries, d'importantes usines, la densité de l'habitat est telle qu'on y rencontre principalement des artisans ou ouvriers travaillant à domicile : des charrons (réparateurs de chariots et de charrettes) installés dans la rue des Carliers , des brasseurs sur les bords de l'Escaut par où arrivait les matières premières comme l'orge, le malt ou le houblon, des menuisiers, regroupés à la Hugerie devenue ensuite la rue Madame et des piniers, ouvriers qui peignaient la laine pour le compte d'ateliers.

La première véritable entreprise qui s'installa dans le quartier est une fabrique d'étoffe apparue en 1750 dans l'actuelle rue Cherequefosse. Par la suite, son propriétaire, Nicolas Delescolle s'associera à Piat Lefebvre et Jean Caters dont l'activité de fabrication de tissus se transformera vers 1783 en celle de tapis. Elle deviendra la Manufacture Impériale et Royale de Tournay et, au temps de sa splendeur, ses ateliers de la rue des Clairisses, compteront jusqu'à 1.500 ouvriers avant de disparaître en 1887. 

Dans le quartier on trouvera encore une tannerie à la rue Cherquefosse et l'Union Ferronière dans la rue Saint-Piat.

Des enfants ayant acquis une certaine notoriété.

Beaucoup de Tournaisiens ignorent que le Dr. Michel Brisseau y est né en 1676. Médecin militaire à Douai et premier professeur en médecine, il démontrera le caractère de la cataracte et publiera un "Traité de la cataracte et du glaucome". Il y précise le siège exacte de la maladie de l'oeil résultant d'un endurcissement et de l'opacité du cristallin. Il mourut en 1743.

Certaines maisons bourgeoises du quartier Saint-Piat ont été les résidences d'hommes politiques tels Albert Asou (1857-1940) avocat, bourgmestre libéral de Tournai, conseiller provincial et membre du parlement, Emile Derasse (1884-1956), lui aussi avocat de profession (n'oublions pas que le palais de Justice est à deux pas), élu sur la liste libérale, il succèdera au poste de bourgmestre à Albert Asou en 1940 et Jules Hossey (1900-1980), également avocat, premier bourgmestre socialiste de la cité des cinq clochers. 

Un quatrième bourgmestre de la ville était lui aussi un enfant de Saint-Piat, Roger Delcroix (1928-2010) a ceint l'écharpe mayorale entre 1992 et 2000. On lui doit la mise en valeur du patrimoine tournaisien afin de faire de la ville une destiantion touristique. 

Egalement originaire de Saint-Piat, Adrien Joveneau, l'animateur du "Beau Vélo de Ravel" et des "Belges du Bout du Monde" sur Vicacité, y est né à Tournai en 1960. Sa famille y tenait une chocolaterie à la rue des Jésuites.  

Ils y ont habité ou y habitent encore.

L'auteur picard, Achille Viehard (1850-1926), membre fondateur de la Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien en 1907, il était le directeur de l'hospice des vieillards de la rue Sainte-Catherine.  On lui doit la célèbre chanson "L'lindi parjuré".

Le peintre tournaisien Joseph Lacasse (Tournai 1894-Paris 1975) y a demeuré à la rue des Ingers. Dans la maison voisine du peintre, demeure, lorsqu'elle est à Tournai, Edith Dekyndt, née à Ypres en 1960, professeur à Saint-Luc tout d'abord et désormais en France, son travail repose sur la photographie, la sculpture et la création vidéo. Jean Marie Molle, né à Ans en 1947, peintre et graveur, professeur à l'Académie des Beaux-Arts demeure à l'avenue des Etats-Unis. 

Autres figures marquantes du quartier :

Alain Leroy, commentateur des combats de catch organisés lors des sacres mais surtout connu comme le chanteur et guitariste de l'orchestre les "Aigles Stars" qui, dans la région et dans le Nord de la France, anima de nombreuses soirées dansantes, les kermesses, les boums dans le courant des années soixante et septante, Alain Leroy nous a quitté il y a quelques années. par une froide nuit d'hiver, victime du tueur silencieux, le CO.

Guy Poncelet (1931-2010), ancien procureur du Roi, qui fut confronté à la partie tournaisienne du dossier Dutroux, lors de l'enlèvement de Sabine Dardenne.

Jacky Legge, (voir l'article lui consacré), conservateur des cimetières tournaisiens, animateur à la Maison de la Culture, auteur de nombreux ouvrages sur Tournai. 

Le docteur Charles Willaumez (1920-1978), chirurgien, Président du conseil médical de la clinique Saint-Georges et son épouse Claire (1920-2002), première présidente de la Fondation Pasquier Grenier,  

Pierre Vandenbroecke, membre de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien,

Damien Lafaut, peintre, élève de Dubrunfaut, il réalise également des dessins et est, tout comme son maître, auteur de carton pour les tapisseries.

Claudine Mol, professeur de tapisserie à l'Académie des Beaux-Arts, consiellère artistique au Crécit, conservatrice du musée de la Tapisserie et une des initiatrices de la "Biennale de la Tapisserie et des Arts du Tissus de Tournai".

Henri Vernes, l'auteur de Bob Morane, qui demeura durant sa jeunesse à la rue Cherquefosse.

Un quartier qui a du coeur, des gens solidaires

Ces trois ou qautre dernières années, quand l'hiver pointait le bout de son nez et que les températures se mettaient à baisser, les personnes en détresse avaient rendez-vous, le soir, vers dix-huit heures, au pied de l'église Saint-Piat. Là, un groupe de bénévoles sous la houlette de Martine Maenhout distribuait de la soupe chaude et du pain aux Sans Domicile Fixe et aux démunis. Rapidement, il est apparu que de jeunes mères avaient également un besoin urgent de couvertures ou de lainages pour leurs enfants et il a été aussi constaté que les personnes, de plus en plus nombreuses, vivant dans la rue n'étaient pas toujours chaudement vêtues pour affronter les rigueurs de l'hiver. A la distribution de cette soupe que les initiateurs ont eux-mêmes qualifiée de "populaire", on a adjoint une distribution gratuite de vêtements de seconde main. Cette soupe devenue nécessaire et (que je préfère personnellement nommée "solidaire" car le mot populaire a souvent pris une connotation péjorative pour les gens qui ne sont pas confrontés aux problèmes engendrés par la pauvreté) a attiré de plus en plus de monde, victimes de plus en plus nombreuses de la crise. Depuis cette année, les démunis et sans-abris disposent d'un petit immeuble, propriété de l'asbl Solidarité Notre-Dame, dans la rue Saint-Piat dont l'enseigne porte la mention "Al maseon du Pichou". Durant les mois les plus froids, ils sont parfois plusieurs dizaines a venir, l'après-midi, chercher un peu de chaleur humaine, à boire une soupe et manger un morceau de pain, à choisir le vêtement qui leur permettra de faire face à la froidure nocturne. Dans ce quartier où la misère n'a pas toujours pignon sur rue, quelques dévoués se sont regroupés pour soutenir ceux que la crise ou les circonstances de la vie ont précipité dans la pauvreté.

Qui est ce fameux "Pichou Saint-Piat" ? 

"Ein Pichou", c'est ainsi que dans notre patois on appelle un écoulement d'eau, une fontaine. Cette expression bien connue dans le quartier désigne le monument élevé à la Chanson Wallonne situé près de l'entrée de l'église paroissiale, à l'angle des rues Saint-Piat et des Jésuites. Il fut inauguré le 15 août 1931. C'est un lieu hautement symbolique pour la Royale Compagnie du Cabaret Wallon qui s'y réunit lors de la fête de la chanson wallonne et du Cabaret Wallon, en septembre. Il représente un garçon frondeur, un "titi" tournaisien qui tend la main vers une sortie d'eau et semble donner un coup de pied dans la vasque comme dans un geste pour arroser les passants. Il est devenu la représentation de l'enfant de Saint-Piat. Carine et Martine Maenhout lui ont rendu hommage en ces quelques mots :

"P'tit pichou, tu fais la joie des enfants, P'tit pichou, tu es connu des petits et des grands, P'tit pichou nous aimons te voir couler, mais malheureusement tu ne coules plus que pour les grandes occasions, P'tit pichou, tu es la fierté de notre quartier, P'tit pichou coule, coule doucement pour nous, petits et grands".  

Avec ces quelques mots, tout est dit quand à sa place dans le coeur des habitants du quartier.

Le Cercle Artistique.

Entre la sortie du parking souterrain du GB Market et la rue des Jésuites, on peut toujours découvrir le bâtiment du Cercle Artistique. Celui, fondé le 28 mai 1885, était destiné à la pratique et à la propagation des Beaux-Arts, à la réunion d'artistes et d'amateurs afin d'organiser une grande exposition annuelle de peintures, sculptures, dessins... L'institution culturelle a duré juste un siècle, le bâtiment avait été construit en 1888, sa façade ajoutée en 1900. En 1993, les lieux inoccupés depuis près d'une décennie, furent vendus aux Témoins de Jéhovah qui s'y établirent avant de déménager quelques années plus tard dans de nouveaux locaux construits à Warchin. L'immeuble abrite désormais la "Maison de la Laïcité".

 (sources : "Mémoires du quartier Saint-Piat", ouvrage publié par les Ecrivains Publics de Wallonie picarde et des habitants du quartier en 2009, ouvrage épuisé - "Florilège du cabaret", publié par la Royale Ciompagnie du Cabaret wallon Tournaisien en 1982 et recherches personnelles). 

(S.T. Janvier 2013)

30/06/2011

Tournai : l'année 1933 sous la loupe.

Certains se demanderont quel est l'intérêt de revenir ainsi près de septante années en arrière pour évoquer l'actualité tournaisienne de cette époque déjà si lointaine. Il ne s'agit pas de nostalgie puisque je n'ai moi-même pas connu ce temps-là mais d'un besoin de comprendre l'évolution de la vie quotidienne. Qu'on l'accepte ou non, notre présent est la résultante du passé, on pourrait presque dire que ce qui a été semé ou non dans les années écoulées déterminent plus qu'on ne le pense notre vie actuelle. On peut ainsi donc étudier l'évolution des mentalités face à des problèmes déjà existants. Ce n'est donc pas une perte de temps que de feuilleter l'actualité d'alors.

Au niveau international, l'actualité en cette année 1933, nous apprend qu'Adolf Hitler est nommé chancelier du Reich par le président Hindenburg le 30 Janvier et qu'il forme un gouvernement de coalition. Deux jours plus tard, à la demande du nouveau chancelier, le Président dissout le Reichstag, le 27 février, le Reichstag est incendié, prétexte pour le gouvernement pour procéder à des arrestations dans les milieux de gauche qui ne lui sont pas très favorables. Le lendemain, l'Allemagne abolit les droits fondamentaux et instaure un état d'exception. le 26 avril, on y crée la Gestapo (police secrète) et le 10 mai, des étudiants membres du parti national-socialiste brûlent les livres jugés décadents, corrupteurs et étrangers à l'esprit allemand. Le 14 juillet, la loi sur le parti unique est proclamée. le 19 octobre, l'Allemagne se retire de la Société des Nations.

L'actualité nationale, quant à elle, est marquée par la crise économique que le gouvernement ne peut résoudre. Face à cette situation, le Parti Ouvrier Belge (POB), ancêtre du Parti Socialiste, adopte, lors de son congrés du 25 décembre, le "Plan du Travail" proposé par Henri de Man. Pour résoudre la crise, il préconise l'instauration d'un régime d'économie mixte développant un large secteur public en nationalisant le crédit et les industries de base et pour être plus pro-actif exige que le pouvoir législatif soit dévolu à une seule Chambre assistée de différents conseils consultatifs. Désormais, la participation des socialistes à un gouvernement sera conditionnée à la prise en compte de ce plan. Loin de ses préoccupations politiques, le petit village de Beauraing situé dans la province de Namur, à quelques hectomètres de la frontière française se fait connaître par les apparitions de la Vierge à cinq jeunes enfants. Il deviendra rapidement un lieu de pélérinage. L'hiver est rigoureux, en janvier, la Meuse est gelée et une fine pélicule de glace recouvre les plages de la Mer du Nord.

En ce début de mois de janvier, Tournai, comme à son habitude, publie dans la presse les mouvements de la population intervenus durant l'année qui vient de s'achever. Au 31.12.1932, la ville compte 36.169 habitants (17.030 hommes et 19.139 femmes). Elle a enregistré l'arrrivée de 1.700 nouveaux résidents en provenance d'une autre commune belge et de 213 de l'étranger. Par contre, 1.691 personnes ont quitté l'ombre des cinq clochers pour une autre commune belge et 88 pour un pays étranger. On a enregistré 513 naissances, célébré 225 mariages (soit 36 de moins qu'en 1931), prononcé 15 divorces (4 de moins que l'année précédente) et compté 625 décès (101 de moins).

Suite aux éléctions communales d'octobre 1932, c'est le libéral Albert Asou qui est nommé à la tête du Collège. Il remplace Mr. Edmond Wibaut qui officiait depuis le mois d'octobre 1923. Jules Hossey, un avocat membre du parti socialiste, est désigné comme premier échevin dans ce cartel libéral-socialiste qui dirige à nouveau la ville.

Durant cette année, quelques chantiers vont s'ouvrir dans la cité des cinq clochers. En janvier, on creuse le passage souterrain sous les voies de la gare. Son utililité est inconstestables vu le danger permanent que représente la traversée des voies par les voyageurs. Des barrières du type "Nadar" seront installées sur les quais et ne permettront, à certains endroits, qu'un passage réservé uniquement aux chariots transportant les colis. Ces travaux sont terminés pour le printemps. En mars débute la construction de la passerelle du Pont de l'Arche à proximité du pont éponyme. En briques, elle sera du même type que celle déjà érigée à côté du pont levant Notre-Dame. Restaurée dans le courant des années septante, elle existe toujours tandis que le pont de l'Arche est disparu.

Comme nous l'avons vu, le froid est vif en ce mois de janvier 1933 et on peut donc, une nouvelle fois, patiner sur l'étang gelé du Jardin de la Reine. Moyennant le versement de 5 francs, les patineurs peuvent pratiquer leur passion tandis que les spectateurs sont invités à s'acquitter d'une somme de 2 euros pour assister à leurs évolutions et... aussi aux chutes spectaculaires. Le bénéfice est versé à l'Oeuvre Nationale des Invalides de la Guerre.


 

08:48 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, albert asou, pont de l'arche |

21/04/2011

Tournai : l'année 1929 sous la loupe (2)

Dans la cité des cinq clochers, l'année 1929 a été marquée par bien d'autres évènements dont ceux qui suivent ont été extraits.

Le 19 mai, on inaugure, enfin, le monument érigé en hommage à Jean Noté, mort en 1922, il s'agit du buste sculpté par l'artiste local Fortuné Deroubaix. Par un temps splendide, une foule imposante participe à un cortège qui démarre à 11h de la place Crombez emmené par l'harmonie des Volontaires-Pompiers et des pompiers en uniforme, il emmène vers la porte de Lille, les membres de la famille, les personnalités politiques, les membres du comité du Monument, des professeurs et élèves du conservatoire de Musique, la chorale Nadaud de Roubaix et de nombreux tournaisiens mélomanes ou simples curieux. Discours, cantate et banquet marqueront cette journée à la gloire du célèbre baryton de l'Opéra de Paris et grand philanthrope.

Les 25 et 26 mai, Tournai accueille le "State Circus" avec le Capitaine Buffalo Bill. Venant de Chicago où il est basé, ce spectacle itinérant de réputation mondiale va proposer deux représentations racontant la vie du far-west, reconstituant avec plus de 200 figurants, cavaliers indiens et cow-boys, une attaque de diligence sous un chapiteau de 10.000 places doté de quatre mâts et de trois pistes, des artistes des cinq continents offrent 50 numéros ou tableaux. 

Après le succès remporté en 1928, le cirque français Palisse revient à Tournai pour la durée de la foire de septembre.

Comme nous l'avons vu dans l'introduction consacrée à l'actualité nationale, le dimanche 26 mai se déroulent les élections législatives. A Tournai, la liste catholique remporte 5.903 suffrages, les socialistes en dénombrent 5.004, les libéraux comptent 3.639 voix et les communistes 347.

Le dimanche 7 avril, Tournai rend un vibrant hommage au maréchal Foch, décédé quelques jours plus tôt. On avait prévu un office en l'église Saint-Quentin mais on s'est vite rendu compte que celle-ci ne pourrait accueillir la foule attendue. C'est donc dans une cathédrale Notre-Dame comble que se déroule l'office en présence de nombreuses personnalités politiques et militaires française et belges.

En novembre, on fête le centenaire de la création de l'arrondissment de Tournai-Ath et le journal "Le Courrier de l'Escaut" fête aussi cent années d'existence.

En cette année 1929, les responsables de la Ville interpellent une nouvelle fois le Ministre des Sciences et des Arts afin de récupérer deux tableaux qui lui appartiennent. En 1794, après l'annexion de Tournai décrétée par la Convention, les révolutionnaires français avaient emporté à Paris, les tableaux de Rubens et de Jordaens. Ceux-ci avaient été restitués, parmi d'autres, à la Belgique par les autorités françaises en 1815. Le gouvernement hollandais de l'époque avait décidé de les rendre aux lieux où ils avaient été saisis. Comme les églises de Saint-Martin et des Capucins auquelles elles appartenaient avaient été rasées entre temps, ces oeuvres restèrent à Bruxelles. La Ville réclama à de nombreuses reprises leur restitution notamment en 1815, 1816, 1822 et 1843. En 1924, l'Echevin des Beaux Arts, de la Bienfaisance et des réquisition, Octave Leduc avait, à nouveau, établi le droit de la Ville sur ces oeuvres. En 1928, le Conseil provincial avait appuyé la demande des autorités tournaisiennes. L'excuse de la disparition des lieux où ils avaient été enlevés présentée par le Ministre Vauthier ne tenait pas puisque Malines et Anvers avaient récupéré leurs oeuvres "volées" par les troupes d'occupation françaises alors que leurs couvents n'existaient plus !

Suite à l'intervention auprès de la Commission des Sciences et des Arts de la Chambre en janvier 1929, Mr Carton, député de Tournai, reçut le renfort de Camille Huysmans et du député Cocq, originaire de la cité des cinq clochers. On ne sait pour quelles raisons si ce n'est qu'elles était probablement téléguidées par Vauthier, on vit le journal "L'Etoile belge" plaider à la fin du mois de janvier pour la non-restitution des tableaux à Tournai arguant que "c'est à Anvers et à Bruxelles qu'on pouvait étudier et comparer les grands maîtres de la peinture que sont Rubens et Jordaens et que la ville de Tournai pouvait déjà s'estimer heureuse de posséder un musée des Beaux-Arts (inauguré en 1928) abritant des Manet ou de beaux Fantin Latour". Un autre organe de presse, "La Nation Belge" surenchérit en déclarant "qu'une propriété se prescrit après trente années et que les Tournaisiens avaient attendu quatre fois trente ans pour faire valoir leurs droits". Ce qui est faux comme nous l'avons déjà vu !

Au mois de mai de cette année 1929, la Chambre, presque à l'unanimité, donne raison à la Ville de Tournai mais Mr Vauthier reste fermement opposé à la restitution ("il ne faut pas que la Province dévalise l'Olympe" dira-t-il sur un ton méprisant) soutenu par le Comte Carton de Wiart, Président de la Commission de l'Art Ancien des Musées Royaux qui souhaitait, lui aussi, conserver "ses" oeuvres. Par son attitude intransigeante, le Ministre Vauthier, libéral, va devenir la "bête noire" de la presse régionale catholique. Ses prises de position parfois maladroites seront systématiquement rapportées et il sera qualifié d'homme sectaire, on le déclare même anti-clérical notoire. Après Octave Leduc et Albert Asou, c'est Paul Emile Janson qui va s'occuper du dossier à partir du mois de septembre 1929. Mr Vauthier semble en avoir fait une "affaire personnelle", contre l'avis de tous, il veut conserver ses tableaux. Il va jusqu'à déclarer que les nombreuses prises de position qui lui ont été rapportées demandent une enquête approfondie qui prendra du temps ! L'année se termine et Tournai attend toujours de revoir les deux tableaux accrochés aux cimaises du Musée des Beaux-Arts ou, dit-on également, dans la cathédrale Notre-Dame. L'année 1930 nous apportera-t-elle la solution  ? Au cours de celle-ci, on fêtera le centenaire de la Belgique.

10/04/2011

Tournai : les noms des rues, témoins de l'Histoire (4)

Dans cette série, nous entamons une longue description de rues dont le nom commémore des hommes politiques tournaisiens.

Contrairement à ce qui est affirmé dans l'ouvrage de Gaston Lefebvre, "Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècles" (page 11), la rue Albert Allard n'est pas située entre le boulevard Léopold et le chemin des Peupliers, mais bien entre le boulevard et l'avenue des Erables. Le chemin des Peupliers relie la rue Saint-Eleuthère au chemin Willems. Né à Tournai, en 1868, Albert Allard était avocat, conseiller libéral et juge suppléant. Lors de la première guerre mondiale, il refusa de transmettre à l'occupant allemand la liste des chômeurs tournaisiens. Ce refus amena son arrestation, le 26 octobre 1916, en compagnie d'Edouard Landrieu et d'Edouard Valckeet leur déportation en Allemagne jusqu'à la fin du conflit en 1918. En mémoire de ce patriote, le Conseil communal du 8 septembre 1933 lui dédia un nom de rue.

La rue Edouard Valcke, nom donné à l'ancienne rue de la Plainerelie la rue Saint-Eleuthère à l'avenue de Maire où habitait ce travailleur d'origine flamande né en 1868. Membre du Parti Ouvrier belge, il fur élu conseiller communal en 1912. Il fu déporté comme nous l'avons vu en Allemagne, au camp des déporté de Holzminden. Son état de santé se dégrada, il fut transféré en Suisse où il décéda, le 3 avril 1918, à Leysin. Sa dépouille fut ramenée à Tournai en 1919 et il fut inhumé au cimetière du Sud.

La rue Albert Asou se situe dans le quartier Saint-Piat, elle relie l'avenue des Etats-Unis à la rue Vauban et longe le Palais de Justice. Albert Asou est né à Tournai, le 24 juin 1857 dans une famille originaire du Nord de la France. A 21 ans, il est avocat, à 30 ans, conseiller communal, à 38 ans, en 1895, il deviendra échevin, une première fois jusqu'en 1911 et ensuite de 1921 à 1931. Il décèdera à la veille de la seconde guerre mondiale, Tournai lui célébrera des funérailles grandioses, le 9 mars 1940, deux mois avant l'envahissement de la Belgique par les troupes allemandes. En août 1940, la ville décida de transformer une partie de la rue Rogier, en rue Albert Asou.

La rue Rogier se situe donc dans la continuïté de la rue Albert Asou, parallèle au boulevard du Roi Albert, elle est comprise entre la rue Vauban et la rue de Barges (appelée officiellement rue du Hameau de Barges). Charles Rogier est né à Saint-Quentin (France) en 1800. Il habite Liège en 1830 lorsqu'éclatent les "journées de septembre" qui vont amener les Hollandais à quitter nos régions, boutés dehors par les révolutionnaires dont faisait partie Rogier. Le 26 septembre 1830, Charles Rogier sera membre du premier gouvernement provisoire de la Belgique. En 1863, il sera élu député de Tournai. Il décèdera en 1885.

La profession d'avocat ouvre souvent la porte à une participation politique, en voici un autre exemple avec la rue Octave Leduc. Né dans le petit village de Velaines, en 1863, cet étudiant du collège d'Enghien et de l'Université libre de Bruxelles s'inscrit au barreau de Tournai. Jusqu'en 1904, il sera le rédacteur en chef du journal tournaisien "Le Courrier de l'Escaut". Membre du parti catholique, il est élu conseiller communal en 1911 et Président des hospices civils de la ville de 1911 à 1928. En 1918, il deviendra échevin des Beaux-Arts, de la Bienfaisance publique et des réquisitions, en 1921, conseiller provincial, en 1927, échevin de l'Instruction publique. En 1931, il est sénateur du Hainaut. la rue Octave Leduc, située, elle aussi dans le quartier Saint-Piat, est comprise entre la rue des Filles-Dieu et le rue des Ingers, elle longe le square Marie Louise, où a été érigé, à deux pas du Palais de Justice, le "Mémorial aux Enfants disparus" suite aux évènements de 1996, gravés dans la mémoire de ceux et celles qui participèrent à la "Marche blanche". Octave Leduc est décédé en avril 1934.

(sources : "Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècle, ouvrage de Gaston Lefebvre paru en 1990)

02/12/2009

Tournai : l'année 1935 sous la loupe (1)

1935 ! Depuis quelques temps déjà on assiste aux premières tensions d'un monde qui ne s'est pas encore vraiment stabilisé depuis la fin de la première guerre mondiale. Si la presse locale évoque ces évènements, rien ne laisse supposer une quelconque inquiétude de la part de la population tournaisienne. Le Courrier de l'Escaut a bien ouvert une rubrique quotidienne intitulée "Nouvelles de l'Allemagne hitlérienne" dans laquelle on peut, par exemple, lire cet entrefilet dans l'édition du dimanche 6 janvier parlant d'une "étrange et soudaine manifestation qui a eu lieu à l'Opéra de Berlin sur les ordres du chancelier Hitler. Celle-ci avait duré une heure sous la protection d'une importante force armée et avait pour but de manifester publiquement l'unité du Parti". On peut aussi y découvrir, en avril, cette annonce de la formation, à travers l'Allemagne, de 900 tailleurs pour habiller les soldats, suite au rétablissement du service militaire obligatoire ou encore (bien plus inquiétant) le coût estimé du réarmement de l'armée allemande. D'autres nouvelles quotidiennes traitent de la guerre entre l'Italie de Benito Mussolini et l'Ethiopie du Négus et des différentes visites que se font les gouvernants des grandes nations. On ne sent cependant pas de dramatisation de ces informations et le Tournaisien considère que tout cela se passe finalement bien loin de chez lui.

En politique, le conseil communal a bien d'autres préoccupations. La majorité ayant basculé, les sociaux-chrétiens font remarquer que si la ville connaît des difficultés de trésorierie, une situation financière saine prévalait avant les dernières élections. Le Bourgmestre Albert Asou doit souvent intervenir quand ses conseillers ou échevins en arrivent à s'insulter en se traitant mutuellement de voleurs et d'escrocs. On a pourtant bien du pain sur la planche comme le démontre cet arrêté communal pris pour "punir ceux qui, à l'avenir, imiteront le sifflet des agents de police ou autres sonneries d'alarme" ou encore quand le débat se porte sur le bruit excessif, un conseiller communal s'inquiétant à propos des échappements de motocyclettes qui sont désagréables durant la nuit. "Ne pourrait-on pas les munir d'un échappement silencieux" propose un de ses collègues !  Bien sûr d'autres décisions concernant la gestion de la ville seront prises par le Collège même celle d'ériger un monument en hommage à Rogier de le Pasture représentant l'artiste peignant une Vierge à l'Enfant. Le choix du site fait débat, on propose de le placer entre l'Evêché et la Cathédrale, lieu où on peut toujours l'admirer.

Des lecteurs se plaignent déjà auprès des rédacteurs des quotidiens et ceux-ci répercutent leur avis. 

L'administration des Postes ayant décidé de construire un nouvel Hôtel des Postes à la rue des Chapeliers, les voisins déplorent l'état lamentable des abords du chantier qu'on devrait nettoyer plus régulièrement afin d'éviter, par temps de pluie, d'emmener de la boue dans les commerces et maisons environnantes. De même, les habitants proches de la cimenterie des Bastions protestent contre les réguliers dépôts de poussières qu'on retrouve jusque dans les jardins et maisons de la chaussée de Bruxelles. Etait-ce déjà une première manifestation écologique ? Plus sérieusement, la presse publie deux rapports communaux concernant l'année 1932, le premier concerne les activités des services de Police. On peut y découvrir qu'au cours de cette année 247 faits ont été répertoriés : cinq incendies, trente-quatre feux de cheminée, onze commencements d'incendie, cinq morts subites, deux morts par accident, quinze malades sur la voie publique, trente-sept chutes accidentelles, un meurtre, une explosion et une centaine d'accidents divers. 2.657 procès-verbaux ont été rédigés parmi lesquels vingt-neuf pour vols qualifiés, cent vingt-neuf pour vols simples, dix pour vols à l'étalage, seize actes de mauvais gré, trois pour attentats à la pudeur, six pour outrages aux bonnes moeurs, cinquante-quatre pour coups et blessures, quatorze pour tapage nocturne (souvent des disputes ou le fait d'ivrognes, la TSF étant loin d'être aussi puissante qu'une sono), vingt-six pour mendicité ou vagabondage mais aussi trente-huit pour ivresse, quelques PV ont été rédigés pour injures. Nulle part, il n'est fait mention de vente et utilisation de stupéfiants, d'excès de vitesse, de viols ou de ... tags sur les façades !  Le second rapport concerne les causes de mortalité à Tournai en 1932. Les plus souvent citées sont les maladies du coeur, à l'origine de 92 décès, les maladies cardio-vasculaires : 63 décès, les cancers : 61 décès, la tuberculose qui exerce encore ses ravages auprès de la population des quartiers pauvres : 33 décès, les maladies de l'appareil digestif : 20 décès et... la grippe saisonnière responsable de la mort de vingt-neuf personnes. Les meurtres (1), les suicides et les accidents sont les autres causes de décès en 1932. ... Dans le prochain article, nous évoquerons la relation de quelques faits divers telle qu'elle apparaissait dans la presse en 1935.

(sources : Le Courrier de l'escaut de l'année 1935)

09:00 Écrit par l'Optimiste dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, albert asou, faits divers, rogier de le pasture |

08/09/2007

Tournai : des origines à nos jours (21)

L'entre deux guerres.

Le 11 novembre 1918, l'armistice est signé à Rethondes. La "Grande Guerre" prend fin. Tournai a déjà été libérée le 5 novembre. Une nouvelle fois, comme à la fin de chaque conflit, il va falloir reconstruire ce que les bombes anglaises ou les mines allemandes avaient détruit. Dans les villages voisins de Tournai, nombreuses sont les églises dont les clochers ont été abattus, ils servaient de poste d'observation pour les occupants. C'était ainsi le cas à Chercq, Ere, Marquain ou Saint Maur. Autres observatoires, les moulins ont été mitraillés ou détruits.

L'architecte tournaisien Henri Lacoste, né en 1885, a contrôlé durant guerre les travaux de protection des édifices et oeuvres bombardés. Le conflit terminé, il va contribuer à la reconstruction des nombreux bâtiments parmi lesquels l'église de Bléharies, lui donnant ce style si particulier qu'on peut encore admirer de nos jours. Dans la foulée, il transformera le cabaret attenant en une superbe maison communale du même style.

Le 19 février 1921, les femmes tournaisiennes obtiennent, comme toutes les habitantes du pays, le droit de vote aux élections communales. Est-ce là le début de la reconnaissance de la femme égale de l'homme ? Le combat féministe sera encore long et n'est d'ailleurs toujours pas terminé. A cette époque Edmond Wibaut, dont la bravoure face à l'occupant a été reconnue par la population, occupe le siège mayoral pour la mandature 1919-1925. Il cèdera l'écharpe de mayeur en 1925 à Albert Asou, mais reviendra en 1927 pour un nouveau mandat de cinq ans.

En 1928, Tournai a enfin son musée de Beaux Arts, il a été érigé à l'enclos Saint Martin. Jusqu'alors les collections étaient logées à l'hôtel de ville et à la Halle aux Draps. En 1903, Henri Van Cutsem, mécène bruxellois ami du peintre Louis Pion, avait offert sa prestigieuse collection d'oeuvres d'art à la ville ainsi que les fonds nécessaires à la construction d'un musée pour les exposer au public. Le bâtiment est l'oeuvre de l'architecte Victor Horta. Parmi les toiles présentées "la Nature Morte aux Canards" de James Ensor, "Argenteuil" et "Chez le Père Lathuile" de Manet sont probablement les plus connues au-delà de nos frontières mais les visiteurs peuvent aussi y admirer les toiles monumentales de Louis Gallait, "Les têtes Coupées" et "La Peste à Tournai en 1092". ainsi que des oeuvres de Philippe Hennequin, André Hennebicq, Léonce Legendre, Roméo Dumoulin, Hyppolite Boulanger et bien d'autres artistes. Les sculpteurs y sont également présents grâce à Aimable Dutrieux ("La Bacchante") ou Georges Grard dont "l'Ode au soleil" orne le parvis d'entrée du musée.

Deux ans plus tard, la ville s'enrichit d'un autre musée, "La Maison Tournaisienne", musée de folklore. Il est inauguré dans de vieilles maisons du XVIIème siècle situées au Réduit des Sions, à deux pas de la Grand'Place. Celui qui l'a pensé et porté sur les fonds baptismaux n'est autre que Walter Ravez, procureur du Roi et membre de la Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien". Il en sera le premier conservateur.

L'année suivante, en 1931, on inaugure au pied de l'église Saint Piat, le monument à la Chanson et à la Littérature Wallonne. Il s'agit d'une fontaine dans le bassin de laquelle un gamin espiègle, représentant le "titi" tournaisien, semble vouloir arroser les passants. Son nom a été vite trouvé par la population, on appellera désormais ce monument : "L' Pichou Saint Piat".

Entre 1931 et 1939, on poursuit les travaux du dégagement de la cathédrale, ceux-ci avaient débuté au début du siècle. Les nombreuse maisons basses qui étaient, par le passé, accolées au prestigieux édifice sont rasées. La rue des Chapeliers épouse désormais le contour du choeur gothique, le mettant en valeur. Habitant depuis longtemps Tournai, l'architecte Norbert Piepers, originaire d'Eeklo, dessine les plans des maisons qui y seront construites. L'entre-deux guerres voit dons la reconstruction et la revitalisation de la ville, mais tout n'est pourtant pas rose en Belgique, le roi Albert se tue à Marche-les-Dames le 18 février 1934, la reine Astrid, fort appréciée du peuple, disparaît dans un accident de la route à Küssnacht, en Suisse, le 29 août 1935, la crise économique est présente, le franc belge dévalue de 28 % en 1935, les extrémistes flamands et le parti rexiste de Léon Degrelle sont les grands gagnants des élections de 1936 au détriment des partis traditionnels.

Tout cela n'augure rien de bon. En Allemagne, un petit caporal revanchard, n'ayant jamais admis la défaite de 1918, gesticule tant et plus, il va bientôt faire basculer le monde entier dans l'horreur et Tournai sera à nouveau replongée dans la tourmente. 

(sources : contribution du chanoine J. Dumoulin et du professeur J. Pycke au tome consacré à Tournai par la collection Artis et recherches personnelles).

27/05/2007

Tournai : le quartier du Parc (2)

Les rues voisines du parc communal portent le nom de personnages ou de faits historiques : la rue Rogier rappelle Charles Rogier, ancien député libéral de Tournai qui, pendant ses études à Liège, rejoignit les volontaires liégeois et alla aider les révolutionnaires des journées de septembre 1830. Il sera membre du gouvernement provisoire, d'abord député représentant Liège et ensuite député de Tournai en 1863 jusqu'à sa mort qui survint en 1885.

La rue du Chambge, rappelle le souvenir de deux chanoines de Tournai du 17ème siècle, dont l'un Nicolas, mort en 1638, fut le fondateur de l'office de Saint Eleuthère. Ils laissèrent des donations en faveurs de la jeunesse de Tournai.

La rue Albert Asou commémore le nom d'un politicien né à Tournai le 24 juin 1857 et ayant fait ses études à l'Athénée Royal. Devenu avocat, il réforma la Conférence du Jeune Barreau et en devint le premier Président. Conseiller communal en 1887, échevin de 1895 à 1911 et de 1921 à 1931, il sera conseiller provincial de 1904 à 1905 avant d'être élu bourgmestre de 1925 à 1927 et de 1932 à 1940. Il est décédé quelques semaines avant le début de la seconde guerre mondiale, ses funérailles furent célébrées le samedi 9 mars 1940.

La rue Vauban rappelle que cet architecte militaire de Louis XIV fortifia la ville, elle indique la direction de l'ancienne citadelle, dont quelques vestiges sont encore visibles entre le boulevard du Roi Albert et la rue... de la Citadelle, les nombreux souterrains peuvent encore être régulièrement visités et, chaque années, de nouvelles sections sont dégagées et sécurisés par les Amis de la Citadelle.

Parlons encore de la rue de Fontenoy, du nom de ce village proche d'Antoing où se déroula la célèbre bataille du 11 mai 1745 opposant les troupes de Louis XV aux troupes anglaises et irlandaises et où fut, selon l'histoire, prononcée cette phrase célèbre : "Tirez donc les premiers, Messieurs les Anglais", c'était peut-être la guerre en dentelles, mais les soldats qui s'y trouèrent la peau ne firent pas, eux, dans la... dentelle !

Le boulevard Lalaing a été ainsi nommé en hommage à Christine de Lalaing, princesse d'Espinoy, protestante qui, héroïquement, défendit la ville contre les troupes espagnoles en 1581. Sa statue se dresse au centre de la Grand'Place, hache à la main, elle est malheureusement tournée vers la cathédrale. Cette attitude fut parfois mal interprétée par les catholiques du début du 20ème siècle qui y virent un geste de défi. On raconte même que, pendant de nombreuses années, la grande procession de Tournai du deuxième dimanche de septembre évita le forum pour ne pas passer au pied de cette "protestante effrontée". Les temps ont changé, grâce un esprit d'oecuménisme et au fait que, peut-être, la tolérance a pris peu à peu le pas sur l'intolérance, ce détour a été supprimé au début des années 2000.

C'est dans ce quartier également que se trouve le palais de justice, oeuvre de l'architecte Vincent, inauguré en 1879. Bâtiment imposant, on y accède par un escalier monumental,. Quand une personne menace une autre de recourir à la justice pour régler un litige, elle lui dit parfois : "Je vous ferai monter les marches ! ", cette expression trouve ici tout son sens !

(sources : Gaston Lefebvre "Biographie Tournaisienne" et recherches personnelles).