10/04/2011

Tournai : les noms des rues, témoins de l'Histoire (4)

Dans cette série, nous entamons une longue description de rues dont le nom commémore des hommes politiques tournaisiens.

Contrairement à ce qui est affirmé dans l'ouvrage de Gaston Lefebvre, "Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècles" (page 11), la rue Albert Allard n'est pas située entre le boulevard Léopold et le chemin des Peupliers, mais bien entre le boulevard et l'avenue des Erables. Le chemin des Peupliers relie la rue Saint-Eleuthère au chemin Willems. Né à Tournai, en 1868, Albert Allard était avocat, conseiller libéral et juge suppléant. Lors de la première guerre mondiale, il refusa de transmettre à l'occupant allemand la liste des chômeurs tournaisiens. Ce refus amena son arrestation, le 26 octobre 1916, en compagnie d'Edouard Landrieu et d'Edouard Valckeet leur déportation en Allemagne jusqu'à la fin du conflit en 1918. En mémoire de ce patriote, le Conseil communal du 8 septembre 1933 lui dédia un nom de rue.

La rue Edouard Valcke, nom donné à l'ancienne rue de la Plainerelie la rue Saint-Eleuthère à l'avenue de Maire où habitait ce travailleur d'origine flamande né en 1868. Membre du Parti Ouvrier belge, il fur élu conseiller communal en 1912. Il fu déporté comme nous l'avons vu en Allemagne, au camp des déporté de Holzminden. Son état de santé se dégrada, il fut transféré en Suisse où il décéda, le 3 avril 1918, à Leysin. Sa dépouille fut ramenée à Tournai en 1919 et il fut inhumé au cimetière du Sud.

La rue Albert Asou se situe dans le quartier Saint-Piat, elle relie l'avenue des Etats-Unis à la rue Vauban et longe le Palais de Justice. Albert Asou est né à Tournai, le 24 juin 1857 dans une famille originaire du Nord de la France. A 21 ans, il est avocat, à 30 ans, conseiller communal, à 38 ans, en 1895, il deviendra échevin, une première fois jusqu'en 1911 et ensuite de 1921 à 1931. Il décèdera à la veille de la seconde guerre mondiale, Tournai lui célébrera des funérailles grandioses, le 9 mars 1940, deux mois avant l'envahissement de la Belgique par les troupes allemandes. En août 1940, la ville décida de transformer une partie de la rue Rogier, en rue Albert Asou.

La rue Rogier se situe donc dans la continuïté de la rue Albert Asou, parallèle au boulevard du Roi Albert, elle est comprise entre la rue Vauban et la rue de Barges (appelée officiellement rue du Hameau de Barges). Charles Rogier est né à Saint-Quentin (France) en 1800. Il habite Liège en 1830 lorsqu'éclatent les "journées de septembre" qui vont amener les Hollandais à quitter nos régions, boutés dehors par les révolutionnaires dont faisait partie Rogier. Le 26 septembre 1830, Charles Rogier sera membre du premier gouvernement provisoire de la Belgique. En 1863, il sera élu député de Tournai. Il décèdera en 1885.

La profession d'avocat ouvre souvent la porte à une participation politique, en voici un autre exemple avec la rue Octave Leduc. Né dans le petit village de Velaines, en 1863, cet étudiant du collège d'Enghien et de l'Université libre de Bruxelles s'inscrit au barreau de Tournai. Jusqu'en 1904, il sera le rédacteur en chef du journal tournaisien "Le Courrier de l'Escaut". Membre du parti catholique, il est élu conseiller communal en 1911 et Président des hospices civils de la ville de 1911 à 1928. En 1918, il deviendra échevin des Beaux-Arts, de la Bienfaisance publique et des réquisitions, en 1921, conseiller provincial, en 1927, échevin de l'Instruction publique. En 1931, il est sénateur du Hainaut. la rue Octave Leduc, située, elle aussi dans le quartier Saint-Piat, est comprise entre la rue des Filles-Dieu et le rue des Ingers, elle longe le square Marie Louise, où a été érigé, à deux pas du Palais de Justice, le "Mémorial aux Enfants disparus" suite aux évènements de 1996, gravés dans la mémoire de ceux et celles qui participèrent à la "Marche blanche". Octave Leduc est décédé en avril 1934.

(sources : "Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècle, ouvrage de Gaston Lefebvre paru en 1990)