16/12/2010

Tournai : l'année 1920 sous la loupe (2)

Résumer les faits qui se sont produits durant l'année 1920 dans la cité des cinq clochers ne se différencie pas tellement de la relation des faits des autres années que nous avons évoquées jusqu'à présent.

La météo est, comme bien souvent, capricieuse. Les 10 et 11 janvier, un vent de tempête souffle et provoque de nombreux dégâts à un point tel que maçons et vitriers ne songent guère à fêter le lundi perdu, le 12 janvier. Le vent a abattu des arbres, jeté bas des murs fragilisés lors de la guerre et provoqué des retards considérables dans la circulation des trains. Les jours suivants, ce sont des pluies abondantes qui tombent sur le Tournaisis, l'Escaut atteint sa cote d'alerte et se répand même, au-delà du Pont des Roulages, dans le bois appartenant au Bureau de Bienfaisance.

Les souvenirs de la guerre sont encore bien vivaces, ainsi le dimancher 1er février 1920, à 9h00, les agriculteurs du Tournaisis qui avaient fait l'objet de réquisitions de juments et pouliches de la part de l'autorités allemande sont priés de se rendre au café de la Fontaine d'Or, place Verte, pour fournir tous les renseignements à ce sujet. Le samedi 13 mai, une terrible explosion secoue le village de Vaulx, deux ouvriers occupés à charger un wagon de grenades, vestiges de la guerre, sont tués, deux autres sont gravement blessés, l'un des engins chargés était probablement défectueux. En avril, la presse titre : "A quand nos ponts". On apprend que Tournai dispose de deux ponts et de trois passerelles érigés après la fin de la guerre, ce qui s'avère nettement insuffisant pour la ville. Aux heures de pointe, il y a encombrement de véhicules et de piétons. Il semble que quelques années seront encore nécessaires pour la construction de nouveaux ouvrages.

D'autres faits divers relevés en cette année pourraient tout aussi bien trouver place dans les journaux d'autres époques. Dans la rue des Maux, durant la nuit du 23 au 24 avril, vers 1h30, dans un café concert, trois noctambules entrent et demandent à être servis. Une dispute éclate et deux consommateurs présents sortent bientôt rejoints par les trois individus. Un coup de couteau est porté au visage d'un des deux clients, l'homme transporté à l'hôpital civil succombe à ses blessures deux heures plus tard. La victime est un ancien sous-officier de l'armée, récemment démobilisé, vivant chez sa mère. Dans la matinée, la police communale arrête, dans le quarteir Saint-Jean, un journalier, âgé de 29 ans, demeurant au Becquerelle, de réputation douteuse. Il portait encore sur lui le couteau qui avait servi au crime. 

Le mercredi 13 octobre, une terrible explosion se fait entendre au sein des Usines Meura situées à la limite de Tournai et de Warchin. Lors d'une mise sous pression d'une cuve destinée à une brasserie, un manomètre probablement défectueux laisse monter la pression beaucoup trop haut. La cuve sera propulsée à travers l'atelier tuant sur son passage deux jeunes ouvriers tournaisiens, à peine âgés de 16 ans, et blessant griévement le responsable chargé de la surveillance des opérations.

Le vendredi 6 février, la ville de Tournai accueille le roi Albert 1er. Vers 9h15, son arrivée est saluée par les volées de la Bancloque et de Marie Pontoise tandis que le carillon du beffroi joue des airs patriotiques. Une foule immense est rassemblée tout au long du parcours qui mène le souverain jusqu'à l'hôtel de ville, la plupart des entreprises ayant donné quelques heures de congé à leur personnel pour assister à cette première visite royale depuis la fin de la guerre. Le jeudi 29 juillet, c'est le prince Léopold, le futur Léopold III, qui vient visiter incognito la cité de Clovis, il déjeune à l'Hôtel de la Cathédrale, visite Notre-Dame et de son trésor, Saint-Quentin et la Halle-aux-Draps avant de regagner la capitale. Aller à Bruxelles par le rail ressemblait à un expédition, ainsi un train quittant Tournai à 12h36 arrivait à Bruxelles Midi à 15h04 (lorsqu'il était à l'heure, c'est-à-dire tout aussi rarement que maintenant), il faut dire qu'il y avait des arrêts à Havinnes Village, Havinnes Gare, Barry-Maulde, Pipaix, Leuze, Chapelle à Wattine, Ligne, Villers Notre-Dame, Ath, Enghien, Hal avant d'arrivée au sud de Bruxelles. La jonction Nord-Midi étant toujours à l'état de projet (elle ne sera opérationnelle que dans les années cinquante), pour aller à Anvers, il fallait alors se rendre à la gare du Nord par le tram, le taxi ou... à pied !

Evènement au mois de juillet, Tournai pavoise à partir du 17 à l'occasion de la glorification  de Jeanne d'Arc. On peut découvrir dans la presse le fac-similé d'une lettre adressée par la "Pucelle d'Orléans" aux habitants de Tournai.

Quand je vous aurai dit que l'Oeuvre de la Goutte de Lait distribue du lait aux enfants jusqu'à trois ans, les mères devant présenter une fois par mois, au médecin-directeur désigné par l'oeuvre, une feuille de pesée dressé par les parents ou par le médecin de famille, que le cirque De Jonghe s'installe sur la Grand'Place pour la foire de septembre et connaît un tel succès que son spectacle est prolongé jusqu'au 2 octobre, qu'il succède au cirque Carré qui avait dressé son chapiteau sur la plaine des Manoeuvres en juin et que les tribunaux jugent des affaires relatives au comportement de certains habitants de la région durant la guerre : fraude, sympathie pour l'occupant, enrichissement personnel par collaboration, dénonciation de patriotes... vous aurez fait le tour des principales informations qu'on trouvait dans la presse locale en 1920.

(source : le Courrier de l'Escaut - S.T. décembre 2010)