08/07/2013

Tournai : l'année 2006 sous la loupe (1)

Depuis la création de ce blog en avril 2007, nous avons déjà eu l'occasion de feuilleter la presse locale des années 1900 à 2005. Nous continuons la rétrospective des évènements qui ont rythmé la vie tournaisienne dans le domaine politique, sportif, culturel et des faits divers en abordant cette fois l'année 2006. Sept ans nous séparent de celle-ci mais certaines informations nous semblent déjà si lointaines ou ont peut-être déjà été oubliées.

La présentation a volontairement été bouleversée, nous suivrons une progression chronologique mais, afin de ne pas raviver des blessures récentes chez des lecteurs directement concernés par ceux-ci, certains faits dramatiques comme les suicides, les morts par overdose ou les accidents de la route seront volontairement omis. Ce serait, à mon sens, du voyeurisme de bas-étage.

2006 dans le monde et en Belgique.

Comme nous en avons pris l'habitude, il est important de remettre les évènements qui marquèrent l'actualité locale dans le contexte de ce qui s'est passé dans la monde ou en Belgique. Les sportifs se rappelleront que cette année 2006 a été celle de la Coupe du Monde de football disputée en Allemagne et remportée par l'Italie face à la France. On se souviendra aussi que le maître à jouer français, Zinedi Zidane, a quitté la partie... sur un coup de tête. 

Parmi les personnalités décédées durant ces douze mois, retenons les noms de Wilson Pickett (64 ans), véritable légende américaine de la soul-music, de Benno Besson (83 ans), metteur en scène suisse bien connu des habitués de la Maison de la Culture de Tournai où furent souvent programmées ses créations, de Jean Roba (75 ans), dessinateur belge, père de Boule et Bill, de Ferenc Puskas (79 ans), légende du football hongrois et d'Augusto Pinochet (91 ans), ancien dictateur chilien.

La convention relative aux droits des personnes handicapées est adoptée le 13 décembre 2006 au siège de l'ONU. C'est le premier grand traité du XXIe siècle en matière des droits de l'homme. 

En Belgique, l'alerte à la grippe aviaire amène l'obligation de claustration des volailles de février à mai. C'est aussi l'année de l'entrée en vigueur de l'interdiction de fumer sur les lieux de travail et celle du meurtre de Jo Van Holsbeek, le 12 avril, en pleine gare centrale de Bruxelles, par deux jeunes qui voulaient s'emparer de son baladeur numérique. Deux semaines plus tard, une marche blanche en sa mémoire réunira près de 80.000 personnes dans les rues de la capitale.  

Janvier . 

En ce tout début d'année 2006, on apprend que la ville des cinq clochers compte 67.500 habitants, c'est environ 300 de plus qu'au 1er janvier 2000. Ceux-ci sont répartis sur un territoire de 214 km2, la densité de population est donc de 315 habitants/km2. Pourtant sans bouger de chez eux, en ce début d'année, près de 15.000 Tournaisiens vont devoir modifier leur adresse, conséquence d'un changement de dénomination des noms de rues afin de satisfaire les exigences des services postaux en évitant que plusieurs villages de l'entité tournaisienne ne portent le même nom, exemple : rue de l'Yser à Tournai-Ville et à Kain, rue du Château à Tournai-Ville et à Ere et les très nombreuses rues des Combattants, de la Place ou du Curé... Pour rappel, cette situation dure depuis la fusion des communes intervenue au... 1er janvier 1977, vingt-neuf années plus tôt. Mieux vaut tard que jamais !

Un duo de Tournaisiens fait parler de lui dans la capitale française, Les "Okidoks", Benoit Devos et Xavier Bouvier (voir article qui leur est consacré dans ce blog) prolongent leur spectacle débuté le 29 novembre au Ranalagh jusqu'au 20 janvier. A Paris, c'est environ 700 spectateurs qui assistent à chacune des représentations, un succès mérité. 

Deux politiciens de sensibilités différentes, Pol Olivier Delannoy (PS) et José Lericque (CDH Estaimpuis) initient une conférence de soutien à Ingrid Bétancourt, otage détenue en Colombie. 

Tournai a déjà souvent servi de décor à des téléfilms, en ce mois de janvier 2006, la RTBf va débuter le tournage d'une série intitulée "Septième ciel Belgique", un feuilleton sur fond d'astrologie dont les extérieurs auront pour décors différents quartiers de la ville, même la salle des Concerts sera utilisée. 

Toujours en ce mois de janvier, à l'initiative du service club Richelieu, une première aventure de Martine, l'héroïne de BD créée en 1954 par Marcel Marlier et Gilbert Delahaye est traduite en picard grâce au talent de Bruno Delmotte. "Martine à l'cinse" permettra peut-être aux jeunes (et moins jeunes) de sa familiariser avec le patois, une langue qui fut (trop) longtemps décriée dans les milieux de l'enseignement, considérée comme trop populaire.

Culture et humour font souvent bon ménage, le 19 janvier "Le Jeu des Dictionnaires-La Semaine Infernale", une émission radiophonique animée par Jacques Mercier, fait escale à l'école des Frères. Les bénéfices de cette soirée sont destinés à la Fondation Follereau de Tournai, organisatrice de l'évènement. 

Le 21 janvier, la salle de l'étage de la Halle-aux-Draps affiche "complet" pour la première représentation des "Filles, Celles Picardes", un cabaret patoisant au féminin alliant charme, chansons et comédie, tout le monde se dit que cette joyeuse troupe a de beaux jours devant elle. 

Rire encore le 25 janvier à la Maison de la Culture qui accueille dans la salle Jean Noté, l'humoriste d'origine algérienne Fellag et son spectacle d'auto-dérision, "Le dernier chameau". 

Un fait divers tragique se déroule la nuit du mercredi 25 au jeudi 26 janvier, l'immeuble situé au n° 21 de la rue de la Ture est la proie des flammes, son habitant y perd la vie, Alain Leroy, employé des services du Cadastre à Bruxelles est bien connu à Tournai. A la fin des années soixante, il fut le chanteur de l'orchestre les "Aigles Stars" animant de nombreuses soirées dansantes régionales.

Février .

Le mois de février s'ouvre par la présentation d'un important projet, celui de la construction d'un nouvel hôpital sur le terrain de l'Union, club de football ayant émigré à Kain suite à la fusion avec le Racing pour donner naissance au Football Club de Tournai. Les travaux devraient débuter dans le courant de cette année 2006.

La Maison de la Culture accueille quatre acrobates et deux musiciens dans un spectacle dénommé "Tangentes", une création de Mathieu Bolze.

Un fait divers sordide a pour cadre la place Saint-Pierre. Durant la nuit du 10 au 11 février, un habitant de Brunehaut, sorti d'un café pour passer un appel téléphonique, est enlevé par les occupants d'un véhicule immatriculé en France. Délesté de tout ce qu'il possédait, il a été éjecté de la voiture quelque part dans le Nord de la France et est rentré à Tournai en stop avant d'aller conter sa mésaventure à la police. 

Dans son local d'alors, le café Le Trianon à la chaussée de Frasnes à Rumillies, la troupe du "Bistrot Patoisant" souffle ses dix bougies lors des représentations qui se tiennent durant ce deuxième mois de l'année. 

Un autre café, dans le quartier Saint-Piat, est à la une de la presse locale pour d'autres raisons beaucoup moins festives. Il est tout simplement le coeur d'un vaste trafic de drogues et faisait l'objet d'une surveillance discrète depuis de nombreuses semaines par le S.E.R. (Service d'Enquêtes et de Recherches). Lors d'une descente de police des armes sont également découvertes et cinq personnes sont arrêtées.

Mars.

Au début du mois de mars, un chantier démarre en haut de la rue Perdue, à l'emplacement de l'ancien théâtre communal détruit par les bombardements allemands de mai 1940. Ce terrain abandonné pendant plus de soixante ans, jamais reconstruit et où croissaient les herbes folles, a servi, durant tout un temps, de parking pour les agents d'un bureau syndical installé en face. On va y ériger une résidence-services pour personnes âgées qui prendra le nom de "Résidence du Théâtre".

La presse annonce l'arrestation d'un escroc international. Parmi un panel de délits, il avait notamment fait croire aux responsables du club de basket de Division I, le "B.C Tournai", en difficultés financières, qu'il allait éponger les dettes. L'homme est un habitué des tribunaux, il se déclarait aussi être le grand patron d'une radio privée.

Le lundi 6 mars, le propriétaire de l'armurie située dans la rue de l'Hôpital Notre-Dame est réveillé, vers 5h45, par un énorme fracas, le volet de fer qui protège sa vitrine vient d'être arraché par un véhicule. Arrivé dans le magasin, il tombe nez à nez avec des malfrats encagoulés qui sont occupés à faire main basse sur des armes de poing, une imitation de kalachnikov tirant des billes et un fusil à lunette. Abandonnant au milieu de la rue le véhicule immatriculé en France qui leur avait servi pour pénétrer dans l'armurerie, ils fuient au volant d'une Porsche Carrera de teinte noire. Celle-ci sera retrouvée quelques heures plus tard à Esplechin, à deux pas de la frontière française. 

Quelques jours plus tard, la nuit du 15 au 16 mars, une voiture signalée volée en France est repérée à proximité du boulevard Léopold. Deux individus s'enfuient et trouvent refuge dans les locaux abandonnés de l'ancien Casino et dancing Le Paradise. Les forces de l'ordre cernent le vaste immeuble et appellent les pompiers pour venir éclairer les lieux au moyen de puissants projecteurs. La fouille du véhicule laisse apparaître qu'il s'agit probablement des auteurs du casse de la semaine précédente dans la rue de l'Hôpital. Dans le coffre rempli d'armes, on retrouve des cagoules, des gants et également une écharpe noire comme celle portée par un des malfrats aperçu par l'armurier. Il apparaît vite que ces deux individus ont également commis de nombreux méfaits en France.

Les 8 et 10 mars, la Maison de la Culture accueille la pièce "Mesure pour Mesure" de William Shakespeare dans une mise en scène de Philippe Sireuil. 

Le 15 mars, au Palais de justice, se déroule, en soirée, un (faux) procès, celui fictivement intenté à la langue française qui attire, en deux séances, la toute grande foule. "Impro Justitia" est une pièce dans laquelle on retrouve, parmi d'autres, les humoristes Bruno Coppens et Virigine Hocq, Dieudonné Kabongo... et maître Pannier dans son propre rôle d'avocat.

En cette seconde partie du mois de mars 2006, la presse locale révèle que les Ateliers Louis Carton (ALC) situés à la chaussée d'Antoing qui occupent encore trente-cinq ouvriers et vingt employés sont passés dans le giron du groupe Socom Metallurgy basé à Marcq-en-Baroeul dans le Nord de la France.

La nuit du jeudi 23 au vendredi 24 mars, à la résidence Marcel Carbonnelle, une main criminelle boute le feu à deux garages situés en sous-sol. L'incendie est à ce point important que les fumées envahissent les immeubles situés au n°114 et 119. Il faut rapidement évacuer leurs habitants vers l'école communale toute proche. Maîtres du sinistre, les pompiers autorisent les locataires à regagner leurs appartements vers 1h30. Hélas, cet incendie fera indirectement une victime. Retournant dans le noir, un homme est tombé dans une bouche d'évacuation du parking souterrain ouverte pour dissiper les fumées. Gravement blessé, il décèdera à l'hôpital dix jours plus tard. 

Dans l'optique du prochain Carnaval de Tournai, le vendredi 24 mars se tient l'élection du Roi Carnaval, ils sont pas moins de vingt candidats issus de différentes confréries à briguer ce titre éphémère. Le samedi 25, les "carnavaleux" envahissent les rues de Tournai. Un des héros de celui-ci, "l'Bourguémette" (le bourgmestre) Pierre Vandenbroeck qui déclare avec la sobriété qu'on lui connaît : "Un p'tit pas pou l'bourguémette, un grand pas pou tous les rambiles" (la confrérie dont il est issu). 

(sources : presse local de l'année 2006).

S.T. juillet 2013

 

04/02/2013

Tournai : A Saint-Piat, la chance est là (2)

Nous avons vu que l'habitant du quartier Saint-Piat était un bon vivant qui ne détestait pas s'amuser. La vie se partage entre loisirs et travail. Qu'en est-il de ce quartier en matière d'économie ?

Une économie principalement d'artisanat

Jusqu'au XVIIIe siècle, on n'y trouve pas de grosses industries, d'importantes usines, la densité de l'habitat est telle qu'on y rencontre principalement des artisans ou ouvriers travaillant à domicile : des charrons (réparateurs de chariots et de charrettes) installés dans la rue des Carliers , des brasseurs sur les bords de l'Escaut par où arrivait les matières premières comme l'orge, le malt ou le houblon, des menuisiers, regroupés à la Hugerie devenue ensuite la rue Madame et des piniers, ouvriers qui peignaient la laine pour le compte d'ateliers.

La première véritable entreprise qui s'installa dans le quartier est une fabrique d'étoffe apparue en 1750 dans l'actuelle rue Cherequefosse. Par la suite, son propriétaire, Nicolas Delescolle s'associera à Piat Lefebvre et Jean Caters dont l'activité de fabrication de tissus se transformera vers 1783 en celle de tapis. Elle deviendra la Manufacture Impériale et Royale de Tournay et, au temps de sa splendeur, ses ateliers de la rue des Clairisses, compteront jusqu'à 1.500 ouvriers avant de disparaître en 1887. 

Dans le quartier on trouvera encore une tannerie à la rue Cherquefosse et l'Union Ferronière dans la rue Saint-Piat.

Des enfants ayant acquis une certaine notoriété.

Beaucoup de Tournaisiens ignorent que le Dr. Michel Brisseau y est né en 1676. Médecin militaire à Douai et premier professeur en médecine, il démontrera le caractère de la cataracte et publiera un "Traité de la cataracte et du glaucome". Il y précise le siège exacte de la maladie de l'oeil résultant d'un endurcissement et de l'opacité du cristallin. Il mourut en 1743.

Certaines maisons bourgeoises du quartier Saint-Piat ont été les résidences d'hommes politiques tels Albert Asou (1857-1940) avocat, bourgmestre libéral de Tournai, conseiller provincial et membre du parlement, Emile Derasse (1884-1956), lui aussi avocat de profession (n'oublions pas que le palais de Justice est à deux pas), élu sur la liste libérale, il succèdera au poste de bourgmestre à Albert Asou en 1940 et Jules Hossey (1900-1980), également avocat, premier bourgmestre socialiste de la cité des cinq clochers. 

Un quatrième bourgmestre de la ville était lui aussi un enfant de Saint-Piat, Roger Delcroix (1928-2010) a ceint l'écharpe mayorale entre 1992 et 2000. On lui doit la mise en valeur du patrimoine tournaisien afin de faire de la ville une destiantion touristique. 

Egalement originaire de Saint-Piat, Adrien Joveneau, l'animateur du "Beau Vélo de Ravel" et des "Belges du Bout du Monde" sur Vicacité, y est né à Tournai en 1960. Sa famille y tenait une chocolaterie à la rue des Jésuites.  

Ils y ont habité ou y habitent encore.

L'auteur picard, Achille Viehard (1850-1926), membre fondateur de la Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien en 1907, il était le directeur de l'hospice des vieillards de la rue Sainte-Catherine.  On lui doit la célèbre chanson "L'lindi parjuré".

Le peintre tournaisien Joseph Lacasse (Tournai 1894-Paris 1975) y a demeuré à la rue des Ingers. Dans la maison voisine du peintre, demeure, lorsqu'elle est à Tournai, Edith Dekyndt, née à Ypres en 1960, professeur à Saint-Luc tout d'abord et désormais en France, son travail repose sur la photographie, la sculpture et la création vidéo. Jean Marie Molle, né à Ans en 1947, peintre et graveur, professeur à l'Académie des Beaux-Arts demeure à l'avenue des Etats-Unis. 

Autres figures marquantes du quartier :

Alain Leroy, commentateur des combats de catch organisés lors des sacres mais surtout connu comme le chanteur et guitariste de l'orchestre les "Aigles Stars" qui, dans la région et dans le Nord de la France, anima de nombreuses soirées dansantes, les kermesses, les boums dans le courant des années soixante et septante, Alain Leroy nous a quitté il y a quelques années. par une froide nuit d'hiver, victime du tueur silencieux, le CO.

Guy Poncelet (1931-2010), ancien procureur du Roi, qui fut confronté à la partie tournaisienne du dossier Dutroux, lors de l'enlèvement de Sabine Dardenne.

Jacky Legge, (voir l'article lui consacré), conservateur des cimetières tournaisiens, animateur à la Maison de la Culture, auteur de nombreux ouvrages sur Tournai. 

Le docteur Charles Willaumez (1920-1978), chirurgien, Président du conseil médical de la clinique Saint-Georges et son épouse Claire (1920-2002), première présidente de la Fondation Pasquier Grenier,  

Pierre Vandenbroecke, membre de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien,

Damien Lafaut, peintre, élève de Dubrunfaut, il réalise également des dessins et est, tout comme son maître, auteur de carton pour les tapisseries.

Claudine Mol, professeur de tapisserie à l'Académie des Beaux-Arts, consiellère artistique au Crécit, conservatrice du musée de la Tapisserie et une des initiatrices de la "Biennale de la Tapisserie et des Arts du Tissus de Tournai".

Henri Vernes, l'auteur de Bob Morane, qui demeura durant sa jeunesse à la rue Cherquefosse.

Un quartier qui a du coeur, des gens solidaires

Ces trois ou qautre dernières années, quand l'hiver pointait le bout de son nez et que les températures se mettaient à baisser, les personnes en détresse avaient rendez-vous, le soir, vers dix-huit heures, au pied de l'église Saint-Piat. Là, un groupe de bénévoles sous la houlette de Martine Maenhout distribuait de la soupe chaude et du pain aux Sans Domicile Fixe et aux démunis. Rapidement, il est apparu que de jeunes mères avaient également un besoin urgent de couvertures ou de lainages pour leurs enfants et il a été aussi constaté que les personnes, de plus en plus nombreuses, vivant dans la rue n'étaient pas toujours chaudement vêtues pour affronter les rigueurs de l'hiver. A la distribution de cette soupe que les initiateurs ont eux-mêmes qualifiée de "populaire", on a adjoint une distribution gratuite de vêtements de seconde main. Cette soupe devenue nécessaire et (que je préfère personnellement nommée "solidaire" car le mot populaire a souvent pris une connotation péjorative pour les gens qui ne sont pas confrontés aux problèmes engendrés par la pauvreté) a attiré de plus en plus de monde, victimes de plus en plus nombreuses de la crise. Depuis cette année, les démunis et sans-abris disposent d'un petit immeuble, propriété de l'asbl Solidarité Notre-Dame, dans la rue Saint-Piat dont l'enseigne porte la mention "Al maseon du Pichou". Durant les mois les plus froids, ils sont parfois plusieurs dizaines a venir, l'après-midi, chercher un peu de chaleur humaine, à boire une soupe et manger un morceau de pain, à choisir le vêtement qui leur permettra de faire face à la froidure nocturne. Dans ce quartier où la misère n'a pas toujours pignon sur rue, quelques dévoués se sont regroupés pour soutenir ceux que la crise ou les circonstances de la vie ont précipité dans la pauvreté.

Qui est ce fameux "Pichou Saint-Piat" ? 

"Ein Pichou", c'est ainsi que dans notre patois on appelle un écoulement d'eau, une fontaine. Cette expression bien connue dans le quartier désigne le monument élevé à la Chanson Wallonne situé près de l'entrée de l'église paroissiale, à l'angle des rues Saint-Piat et des Jésuites. Il fut inauguré le 15 août 1931. C'est un lieu hautement symbolique pour la Royale Compagnie du Cabaret Wallon qui s'y réunit lors de la fête de la chanson wallonne et du Cabaret Wallon, en septembre. Il représente un garçon frondeur, un "titi" tournaisien qui tend la main vers une sortie d'eau et semble donner un coup de pied dans la vasque comme dans un geste pour arroser les passants. Il est devenu la représentation de l'enfant de Saint-Piat. Carine et Martine Maenhout lui ont rendu hommage en ces quelques mots :

"P'tit pichou, tu fais la joie des enfants, P'tit pichou, tu es connu des petits et des grands, P'tit pichou nous aimons te voir couler, mais malheureusement tu ne coules plus que pour les grandes occasions, P'tit pichou, tu es la fierté de notre quartier, P'tit pichou coule, coule doucement pour nous, petits et grands".  

Avec ces quelques mots, tout est dit quand à sa place dans le coeur des habitants du quartier.

Le Cercle Artistique.

Entre la sortie du parking souterrain du GB Market et la rue des Jésuites, on peut toujours découvrir le bâtiment du Cercle Artistique. Celui, fondé le 28 mai 1885, était destiné à la pratique et à la propagation des Beaux-Arts, à la réunion d'artistes et d'amateurs afin d'organiser une grande exposition annuelle de peintures, sculptures, dessins... L'institution culturelle a duré juste un siècle, le bâtiment avait été construit en 1888, sa façade ajoutée en 1900. En 1993, les lieux inoccupés depuis près d'une décennie, furent vendus aux Témoins de Jéhovah qui s'y établirent avant de déménager quelques années plus tard dans de nouveaux locaux construits à Warchin. L'immeuble abrite désormais la "Maison de la Laïcité".

 (sources : "Mémoires du quartier Saint-Piat", ouvrage publié par les Ecrivains Publics de Wallonie picarde et des habitants du quartier en 2009, ouvrage épuisé - "Florilège du cabaret", publié par la Royale Ciompagnie du Cabaret wallon Tournaisien en 1982 et recherches personnelles). 

(S.T. Janvier 2013)