18/01/2011

Tournai : histoire juridico-religieuse au XIXe siècle

Que les habitués de notre rubrique "Tournai, au temps des années folles" se rassurent, celle-ci reprendra prochainement avec l'actualité de l'année 1922. En attendant, l'Optimiste voudrait rendre hommage à un passionné d'histoire tournaisienne.

Le 15 juillet 2010 s'éteignait, à l'âge de 99 ans, Mr Edouard Janssens, Procureur du roi émérite près le tribunal de première instance de Tournai, membre de la confrérie des Chevaliers de la Tour. Il était né à Velaines, le 10 juin 1911. Avocat au début de sa carrière professionnelle, il devint par la suite magistrat et, en 1969, fut nommé Procureur du Roi. On décrivait l'homme comme étant doté d'une forte personnalité et ayant le sens des responsabilités, bien qu'il fut un responsable de parquet réservé et très courtois, il attendait de ses collaborateurs l'ordre, la rigueur et une grande conscience professionnelle. Les affaires judiciaires qu'il avait à traiter l'étaient avec minutie et opiniatreté. Passionné d'histoire et d'art, il collabora, dès après la seconde guerre mondiale, à une revue consacrée à la reconstruction de Tournai. Il publia également des études dans les "Mémoires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai" dont il était membre.

En 1986, il conta dans le tome V des mémoires de la société, l'affaire juridico-religieuse du chanoine Bernard, un évènement très médiatisé qui se déroula, à la fin du XIXe siècle, à l'ombre des cinq clochers mais qui amènera aussi le lecteur bien loin d'eux. 

L'histoire que nous allons vous conter se déroule entre 1879 et 1886, elle pourrait servir de scénario à un film tant elle est riche en action, rebondissements et met en scène des personnages tout puissants non seulement de la cité de Clovis mais aussi d'autres pays. Dans les rôles principaux, on y retrouve deux évêques qui furent en charge du diocèse de Tournai, Mgr Dumont et Mgr Du Rousseaux, un ministre de la Justice originaire de Tournai, Jules Bara, des dignitaires américains, des avocats célèbres dont Paul Janson et même, par personne interposée, le pape Léon XIII.

Le procès qui découla de l'affaire attira sur les bords de l'Escaut les chroniqueurs des plus grands quotidiens de l'époque : l'Etoile Belge, l'Indépendance, l'Echo du Parlement, La Vérité, le Courrier de l'Escaut, le Courrier de Bruxelles et même un responsable de la presse parisienne qui traita l'affaire. Le "Times" relatera le procès de façon erronée puisque ce journal n'avait pas envoyé de correspondant sur place.

L'acteur principal de cette "affaire" est le chanoine Léon Bernard, originaire de Gerpinnes près de Charleroi. Il est dépeint comme un personnage plantureux et dodu, un homme instruit, fils d'un maréchal ferrant et dont un des frères exerce le métier de forgeron. Un religieux qui va vivre une aventure extraordinaire qui vous sera résumée à partir de demain.

(à suivre).