26/04/2008

Tournai : l'année 1956 sous la loupe.

Jetons un dernier coup d'oeil sur les évènements de l'année 1956 à Tournai. Le dimanche 10 juin, la ville est en fête, c'est la journée des "Quatre Cortèges". Le soir, un cinquième défilé va parcourir les rues de la gare à la Grand'Place. Celui-ci est composé des joueurs, dirigeants et supporters du Royal Racing Club de Tournai qui vient de remporter la Coupe de Belgique sur le score de 2-1 aux dépens du CS Verviers devant 12.000 spectateurs. Cette victoire restera pour longtemps dans la mémoire de ces nombreux tournaisiens qui avaient fait le déplacement au stade du Heyzel. A ce sujet, Jacques Leroy, chroniqueur sportif au journal "Les Sports" titre " Sonnez, belles cloches des choncq clothiers, les Tournaisiens sont là". Les noms de ces héros ont pris une place définitive dans l'histoire du club de l'Avenue de Maire : Michel Liénard, Jules Devos, René Timmermans, Pol Deneubourg, Jean Leroy, Roger Lambreth, Jean Dedonder, André Mangain, Théo Gaillet, René Chantry, Roger Van Thiegem et leur entraîneur Louis Verstraete. Les buts furent inscrits par Deneubourg à la 5e minute, par Lormans pour Verviers dès la reprise et par Mangain à la 76e min.

On sait le Tournaisien grand amateur de cirque, le 27 juin, Médrano visite Tournai et s'installe pour trois jours sur la Plaine des Manoeuvres. Son spectacle de plus de 3 heures attire la toute grande foule. Mais le premier semestre terminé avec lui s'en vont les moments d'euphorie. Le coeur n'est plus à la fête en ce mois d'août 1956. Comme partout dans le pays, les habitants de la cité aux cinq clochers suivent avec attention et inquiétude les tentatives de sauvetage des mineurs bloqués par un incendie dans les galeries du Bois du Cazier à Marcinellle. Après deux semaines d'attente le bilan sera effrayant, 13 rescapés et 263 morts. De nombreuses associations parmi lesquelles le Cabaret Wallon se mobilisent afin d'aider les familles des victimes.

A la fin du mois d'août, le Courrier de l'Escaut se fait l'écho d'un fait tragi-comique qui s'est déroulé dans le quartier Saint Piat. Deux petites Soeurs Servantes des Pauvres dont le couvent est installé à la rue Saint Martin effectuent leur collecte annuelle. Ces montants collectés sont leurs seules ressources pour elles qui soignent les malades et ensevelissent les morts gratuitement. Arrivées dans la rue Albert Asou, leur chemin croise celui d'un policier. Celui-ci les interpelle et leur demande si elles sont en possession d'une autorisation communale pour "le porte-à-porte". Les petites soeurs, probablement intimidées par l'uniforme et la prestance du pandore, lui remettent le certificat qu'elles ont reçues de l'Evêché. Alors, devant de nombreux passants ahuris, le sergeant de ville les enjoint de le suivre au commissariat. Là, elles seront rapidement relâchées. L'histoire s'ébruite, contre la volonté du couvent, et la presse s'en empare fustigeant le zèle de l'agent. Comme on dit à Tournai "Pindant c'timps-là, les voleus i-courrent toudis !".

 Le vendredi 9 novembre, les étudiants tournaisiens se mobilisent et manifestent de la place Verte à la gare aux cris de "Liberté en Hongrie". La veille, les troupes du Pacte de Varsovie ont envahi ce pays afin de réprimer, dans le sang, les aspirations d'autonomie du peuple magyar. Quelques incidents éclatent quand les manifestants déboulonnent la plaque du quai Staline et la remplace par une autre baptisée quai des Martyrs, quand une jeune femme excédée lance un pot de fleurs au passage du cortège ou lors de la mise à sac de la "librairie communiste " à la rue des Soeurs Noires. Certains à Tournai comme ailleurs commencent à comprendre que la conférence de Yalta, dix ans plus tôt, fut pour Staline, Roosevelt et Churchill une partition du monde en deux grandes zones d'influence et qu'il ne sera pas facile de s'y opposer. En ce même mois de novembre, une autre crise provoque ses effets jusqu'à Tournai, "l'affaire du canal de Suez" réduit les approvisonnements en pétrole et la ville connaît ses premiers dimanches sans voitures. La police traque impitoyablement ceux qui circulent sans l'autorisation nécessaires. Les médecins, les infirmiers, les membres des services de secours sont pratiquemnt les seuls à pouvoir utiliser un véhicule. Comme on le voit si le premier semestre fut marqué par de nombreux moments de réjouissance, l'année 1956 se termine dans l'inquiétude, de vieux démons se réveillent... dix ans à peine après la fin de la seconde guerre mondiale !.

(sources : "le Courrier de l'Escaut")