19/08/2013

Tournai : l'année 2007 sous la loupe (2)

Voici la suite de la rétrospective des événements qui marquèrent l'actualité tournaisienne en cette année 2007 avec ceux survenus durant le printemps.

Avril. 

Le mois d'avril débute par deux tragiques accidents de la circulation. Le même jour, un samedi, tôt le matin, un jeune Lillois trouve la mort au cours de la perte de contrôle d'un véhicule dans le tristement célèbre virage Tentalu à Ramegnies-Chin. Vers la fin de la matinée, un père et son fils revenant en moto de Tournai et se dirigeant vers Leuze-en-Hainaut sont fauchés par un véhicule sur la chaussée de Bruxelles à Barry-Maulde. Celui-ci avait dévié de sa trajectoire suite à une hésitation d'un conducteur qui le précédait.  

Le dimanche 8 avril, près de 7.000 marcheurs escaladent les pentes du Mont Saint-Aubert à l'occasion de la traditionnelle "marche à bâton" du Lundi de Pâques.

Le samedi 15 avril 2007 débute l'aventure du présent blog "Visite Virtuelle de Tournai".

Lors d'un chantier qui a pour cadre le bâtiment de l'ancien hôtel "Aux Armes de Tournai", sur la place de Lille, on découvre un linteau sculpté sous la porte cochère, représentant " La fuite en Egypte". Ce dernier avait été recouvert depuis bien longtemps, on pensait même que cette scène biblique était disparue pour toujours. Un autre linteau, découvert par la même occasion, est sculpté d'un visage d'ange et porte une date gravée dans le bois : 1640.

Du 20 au 24 avril, le cirque français Amar fait halte dans la cité des cinq clochers, bizarrement, il dresse son chapiteau non pas sur l'Esplanade du Conseil de l'Europe mais bien sur le parking de Tournai Expo.

Le dimanche 22 avril, au soir de la vingt-huitième journée de championnat de football de Division 3 nationale, Le Football Club Tournai partage toujours la tête du classement avec Diegem.

Le vendredi 27 avril, la salle Jean Noté de la Maison de la Culture, accueille Michel Jonasz venu, dans son tour de chant, rendre hommage à la chanson française. Les répertoires de Brel, Brassens, Piaf, Ferré, Mouloudji, Gainsbourg seront notamment visités par l'artiste français.

Mai.

Avec plus de 7.000 participants, la ville de Tournai bat un nouveau record au "Beau Vélo de Ravel", organisé de main de maître par le Tournaisien d'origine Adrien Joveneau et Vivacité. 

La violence est de plus en plus présente au cœur de la ville, mais peu de personnes pensaient que celle-ci se déchaînerait au sein même de l'évêché de Tournai, au pied de la cathédrale Notre-Dame. Durant le nuit du jeudi 3 au vendredi 4 mai, deux individus s'introduisent dans l'enceinte de l'évêché en escaladant un mur situé face à la porte du Capitole. Pénétrant dans les bâtiments, ils agressent violemment Mgr Guy Harpigny au moyen d'armes blanches et d'une masse. Le prélat sera torturé afin de lui faire ouvrir un coffre dont il ne possédait pas la clé, son calvaire va durer des heures. Finalement, les deux malfrats quittent les lieux en ayant emporté une somme dérisoire de 300 euros, l'anneau épiscopal et quelques bijoux. Enfermé dans la chambre de ses appartements, ce n'est qu'au petit matin que l'évêque parviendra, par une fenêtre, à alerter la femme de ménage qui venait de prendre son service. Alors que les enquêteurs se rendent sur les lieux, Guy Harpigny sera conduit en clinique pour examens, la face tuméfiée et présentant de nombreux hématomes. La presse publiera un portrait robot des deux agresseurs qui, selon la victime s'exprimaient entre eux probablement en Portugais.

Le dimanche 6 mai, la joie déferle dans les rues de la ville, suite à sa victoire à Meerhout sur le score sans appel de 0-3 et au partage du co-leader Diegem à Wetteren (3-3), le Football Club de Tournai est champion de division 3 Nationale et a ainsi acquis le droit d'évoluer dans l'antichambre de l'élite. Le F.C Tournai termine avec un actif de 61 points pour 59 à Geel et Diegem. Lorsque les cars ramenant les joueurs et supporters arrivent, bien tard, au stade Luc Varenne, ils sont accueillis par des centaines de supporters et le cortège gagne le centre-ville. Une liesse populaire, une joie bon enfant qui n'a vraiment rien à voir avec les débordements et dérapages souvent vus à la télévision lors de victoire de grands clubs étrangers.

Nouvel acte de violence, le jeudi 10 mai vers 18h, dans un magasin de chaussures de la zone commerciale de Froyennes. Deux hommes casqués y font irruption et ordonnent aux membres du personnel et aux derniers clients présents de se coucher à terre, parmi eux, se trouvent des enfants. Ils se font ouvrir le coffre par une vendeuse et négligent le contenu des caisses. Après leur départ, un jeune enfant sera transféré en clinique dans un profond état de choc.

Le 20 mai, la Maison de la Culture présente un événement exceptionnel "Mali, Mali", un projet né de la rencontre du musicien et chef de fanfare tournaisien, Eloi Baudimont avec un musicien traditionnel malien Baba Sissoko. Suivront la naissance d'un CD et un déplacement au Mali pour présenter ce concert haut en couleurs. 

Du 22 au 28 mai, le Petit Théâtre d'Aquitaine pose ses valises pour présenter son nouveau spectacle de Guignol sur le Quai Dumon. Le propriétaire de ce théâtre ambulant, Alain Kerwich, est un habitué de la cité des cinq clochers, il a déjà occupé la place Crombez et la place Reine Astrid.

En cette fin de mois de mai, Templeuve possède son géant, à l'image d'Ath et de Tournai. "Omer" prend les traits d'Omer Droulez, personnage authentique du village rattaché à Tournai. Au même moment et au même endroit, Enrico Macias est en tournage pour un télé-film produit et diffusé par France 3, "Monsieur Molina". Le restaurant " La Grande Maison" est envahi par les caméras pour la réalisation de quelques scènes. Le propriétaire des lieux n'est autre qu'Alain Padou, un motard qui participa au début des années quatre-vingts au Paris-Dakar.

Le mardi 29 mai, des enquêteurs perquisitionnent les locaux du stade Luc Varenne et des bureaux de l'Hôtel de Ville. C'est la gestion de la régie communale autonome du stade Luc Varenne qui semble être mise en cause. 

Juin.

Sont-ce les mêmes auteurs qu'à Froyennes ? C'est possible ! Le lundi 11 juin, deux motards braquent le magasin Colruyt de la chaussée de Renaix, en présence d'une quarantaine de clients. Les malfrats qui réclament l'ouverture du coffre doivent se contenter du contenu des caisses, le transporteur venant juste d'emporter les fonds contenus dans la zone sécurisée. Après leur départ, une caissière a été transportée à l'hôpital en état de choc.

Le 12 juin, une centaine de spécialistes du logement social sont invités par le Logis Tournaisiens dans le cadre d'un colloque du "Réseau habitat et francophone" qui regroupe des professionnels de 25 pays de langue française. Durant cette journée, Tournai devient la capitale mondiale francophone du logement social. 

Le 16 juin, la presse se fait l'écho d'un projet d'installation de huit éoliennes sur les territoires de Saint-Maur, Bruyelles et Jollain-Merlin. ce projet est loin de ravir les riverains.

En ce mois de juin, le groupe Carrefour annonce un vaste plan de restructuration engendrant la fermeture ou le passage sous franchise d'un certain nombre de magasins. Cette nouvelle apporte l'inquiétude auprès des 66 membres du personnel de la surface tournaisienne située à la rue de la Tête d'Or mais aussi auprès de clients et de commerçants voisins. Marianne Leclercq, une cliente, sollicite une entrevue avec l'échevin du commerce et lance une pétition pour le maintien de la surface commerciale en ville. Une manifestation rassemblant plus d'un millier de participants va parcourir la ville le 31 mai. (à suivre)  

(sources : le Courrier de l'Escaut de l'année 2007 et souvenirs personnels).

S.T. août 2013

04/02/2013

Tournai : A Saint-Piat, la chance est là (2)

Nous avons vu que l'habitant du quartier Saint-Piat était un bon vivant qui ne détestait pas s'amuser. La vie se partage entre loisirs et travail. Qu'en est-il de ce quartier en matière d'économie ?

Une économie principalement d'artisanat

Jusqu'au XVIIIe siècle, on n'y trouve pas de grosses industries, d'importantes usines, la densité de l'habitat est telle qu'on y rencontre principalement des artisans ou ouvriers travaillant à domicile : des charrons (réparateurs de chariots et de charrettes) installés dans la rue des Carliers , des brasseurs sur les bords de l'Escaut par où arrivait les matières premières comme l'orge, le malt ou le houblon, des menuisiers, regroupés à la Hugerie devenue ensuite la rue Madame et des piniers, ouvriers qui peignaient la laine pour le compte d'ateliers.

La première véritable entreprise qui s'installa dans le quartier est une fabrique d'étoffe apparue en 1750 dans l'actuelle rue Cherequefosse. Par la suite, son propriétaire, Nicolas Delescolle s'associera à Piat Lefebvre et Jean Caters dont l'activité de fabrication de tissus se transformera vers 1783 en celle de tapis. Elle deviendra la Manufacture Impériale et Royale de Tournay et, au temps de sa splendeur, ses ateliers de la rue des Clairisses, compteront jusqu'à 1.500 ouvriers avant de disparaître en 1887. 

Dans le quartier on trouvera encore une tannerie à la rue Cherquefosse et l'Union Ferronière dans la rue Saint-Piat.

Des enfants ayant acquis une certaine notoriété.

Beaucoup de Tournaisiens ignorent que le Dr. Michel Brisseau y est né en 1676. Médecin militaire à Douai et premier professeur en médecine, il démontrera le caractère de la cataracte et publiera un "Traité de la cataracte et du glaucome". Il y précise le siège exacte de la maladie de l'oeil résultant d'un endurcissement et de l'opacité du cristallin. Il mourut en 1743.

Certaines maisons bourgeoises du quartier Saint-Piat ont été les résidences d'hommes politiques tels Albert Asou (1857-1940) avocat, bourgmestre libéral de Tournai, conseiller provincial et membre du parlement, Emile Derasse (1884-1956), lui aussi avocat de profession (n'oublions pas que le palais de Justice est à deux pas), élu sur la liste libérale, il succèdera au poste de bourgmestre à Albert Asou en 1940 et Jules Hossey (1900-1980), également avocat, premier bourgmestre socialiste de la cité des cinq clochers. 

Un quatrième bourgmestre de la ville était lui aussi un enfant de Saint-Piat, Roger Delcroix (1928-2010) a ceint l'écharpe mayorale entre 1992 et 2000. On lui doit la mise en valeur du patrimoine tournaisien afin de faire de la ville une destiantion touristique. 

Egalement originaire de Saint-Piat, Adrien Joveneau, l'animateur du "Beau Vélo de Ravel" et des "Belges du Bout du Monde" sur Vicacité, y est né à Tournai en 1960. Sa famille y tenait une chocolaterie à la rue des Jésuites.  

Ils y ont habité ou y habitent encore.

L'auteur picard, Achille Viehard (1850-1926), membre fondateur de la Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien en 1907, il était le directeur de l'hospice des vieillards de la rue Sainte-Catherine.  On lui doit la célèbre chanson "L'lindi parjuré".

Le peintre tournaisien Joseph Lacasse (Tournai 1894-Paris 1975) y a demeuré à la rue des Ingers. Dans la maison voisine du peintre, demeure, lorsqu'elle est à Tournai, Edith Dekyndt, née à Ypres en 1960, professeur à Saint-Luc tout d'abord et désormais en France, son travail repose sur la photographie, la sculpture et la création vidéo. Jean Marie Molle, né à Ans en 1947, peintre et graveur, professeur à l'Académie des Beaux-Arts demeure à l'avenue des Etats-Unis. 

Autres figures marquantes du quartier :

Alain Leroy, commentateur des combats de catch organisés lors des sacres mais surtout connu comme le chanteur et guitariste de l'orchestre les "Aigles Stars" qui, dans la région et dans le Nord de la France, anima de nombreuses soirées dansantes, les kermesses, les boums dans le courant des années soixante et septante, Alain Leroy nous a quitté il y a quelques années. par une froide nuit d'hiver, victime du tueur silencieux, le CO.

Guy Poncelet (1931-2010), ancien procureur du Roi, qui fut confronté à la partie tournaisienne du dossier Dutroux, lors de l'enlèvement de Sabine Dardenne.

Jacky Legge, (voir l'article lui consacré), conservateur des cimetières tournaisiens, animateur à la Maison de la Culture, auteur de nombreux ouvrages sur Tournai. 

Le docteur Charles Willaumez (1920-1978), chirurgien, Président du conseil médical de la clinique Saint-Georges et son épouse Claire (1920-2002), première présidente de la Fondation Pasquier Grenier,  

Pierre Vandenbroecke, membre de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien,

Damien Lafaut, peintre, élève de Dubrunfaut, il réalise également des dessins et est, tout comme son maître, auteur de carton pour les tapisseries.

Claudine Mol, professeur de tapisserie à l'Académie des Beaux-Arts, consiellère artistique au Crécit, conservatrice du musée de la Tapisserie et une des initiatrices de la "Biennale de la Tapisserie et des Arts du Tissus de Tournai".

Henri Vernes, l'auteur de Bob Morane, qui demeura durant sa jeunesse à la rue Cherquefosse.

Un quartier qui a du coeur, des gens solidaires

Ces trois ou qautre dernières années, quand l'hiver pointait le bout de son nez et que les températures se mettaient à baisser, les personnes en détresse avaient rendez-vous, le soir, vers dix-huit heures, au pied de l'église Saint-Piat. Là, un groupe de bénévoles sous la houlette de Martine Maenhout distribuait de la soupe chaude et du pain aux Sans Domicile Fixe et aux démunis. Rapidement, il est apparu que de jeunes mères avaient également un besoin urgent de couvertures ou de lainages pour leurs enfants et il a été aussi constaté que les personnes, de plus en plus nombreuses, vivant dans la rue n'étaient pas toujours chaudement vêtues pour affronter les rigueurs de l'hiver. A la distribution de cette soupe que les initiateurs ont eux-mêmes qualifiée de "populaire", on a adjoint une distribution gratuite de vêtements de seconde main. Cette soupe devenue nécessaire et (que je préfère personnellement nommée "solidaire" car le mot populaire a souvent pris une connotation péjorative pour les gens qui ne sont pas confrontés aux problèmes engendrés par la pauvreté) a attiré de plus en plus de monde, victimes de plus en plus nombreuses de la crise. Depuis cette année, les démunis et sans-abris disposent d'un petit immeuble, propriété de l'asbl Solidarité Notre-Dame, dans la rue Saint-Piat dont l'enseigne porte la mention "Al maseon du Pichou". Durant les mois les plus froids, ils sont parfois plusieurs dizaines a venir, l'après-midi, chercher un peu de chaleur humaine, à boire une soupe et manger un morceau de pain, à choisir le vêtement qui leur permettra de faire face à la froidure nocturne. Dans ce quartier où la misère n'a pas toujours pignon sur rue, quelques dévoués se sont regroupés pour soutenir ceux que la crise ou les circonstances de la vie ont précipité dans la pauvreté.

Qui est ce fameux "Pichou Saint-Piat" ? 

"Ein Pichou", c'est ainsi que dans notre patois on appelle un écoulement d'eau, une fontaine. Cette expression bien connue dans le quartier désigne le monument élevé à la Chanson Wallonne situé près de l'entrée de l'église paroissiale, à l'angle des rues Saint-Piat et des Jésuites. Il fut inauguré le 15 août 1931. C'est un lieu hautement symbolique pour la Royale Compagnie du Cabaret Wallon qui s'y réunit lors de la fête de la chanson wallonne et du Cabaret Wallon, en septembre. Il représente un garçon frondeur, un "titi" tournaisien qui tend la main vers une sortie d'eau et semble donner un coup de pied dans la vasque comme dans un geste pour arroser les passants. Il est devenu la représentation de l'enfant de Saint-Piat. Carine et Martine Maenhout lui ont rendu hommage en ces quelques mots :

"P'tit pichou, tu fais la joie des enfants, P'tit pichou, tu es connu des petits et des grands, P'tit pichou nous aimons te voir couler, mais malheureusement tu ne coules plus que pour les grandes occasions, P'tit pichou, tu es la fierté de notre quartier, P'tit pichou coule, coule doucement pour nous, petits et grands".  

Avec ces quelques mots, tout est dit quand à sa place dans le coeur des habitants du quartier.

Le Cercle Artistique.

Entre la sortie du parking souterrain du GB Market et la rue des Jésuites, on peut toujours découvrir le bâtiment du Cercle Artistique. Celui, fondé le 28 mai 1885, était destiné à la pratique et à la propagation des Beaux-Arts, à la réunion d'artistes et d'amateurs afin d'organiser une grande exposition annuelle de peintures, sculptures, dessins... L'institution culturelle a duré juste un siècle, le bâtiment avait été construit en 1888, sa façade ajoutée en 1900. En 1993, les lieux inoccupés depuis près d'une décennie, furent vendus aux Témoins de Jéhovah qui s'y établirent avant de déménager quelques années plus tard dans de nouveaux locaux construits à Warchin. L'immeuble abrite désormais la "Maison de la Laïcité".

 (sources : "Mémoires du quartier Saint-Piat", ouvrage publié par les Ecrivains Publics de Wallonie picarde et des habitants du quartier en 2009, ouvrage épuisé - "Florilège du cabaret", publié par la Royale Ciompagnie du Cabaret wallon Tournaisien en 1982 et recherches personnelles). 

(S.T. Janvier 2013)

03/07/2012

Tournai : un week-end du roi vélo !

Quand Axelle Red quitta le podium installé sur la Grand'Place vers 21h, ce lundi 2 juillet, on éteignit définitivement les flonfons de la "fête du vélo" commencée deux jours plus tôt. Ces évènements qui ont marqué la vie de la cité des Cinq Clochers et animé les conversations depuis le mois d'octobre dernier seraient désormais rangés dans le tiroir des (excellents) souvenirs. 

Tout avait débuté, pratiquement aux aurores, le samedi 30 juin. Vers la Grand'Place convergeaient des centaines de cyclistes venus des quatre coins du pays, de la France toute proche mais aussi d'Angleterre, de Guadeloupe et du lac Saint-jean à Québecq. Sur le coup de 13h15, Hélène Ségara, en compagnie d'Adrien Joveneau, donna le signal du départ pour la première balade du Beau Vélo de Ravel, version 2012, trente kilomètres à parcourir, tout d'abord, le long de l'Escaut pour gagner, ensuite,Templeuve et la brasserie du Cazeau. Elle libéra les cyclistes impatients qui avaient totalement envahi la Grand'Place, le bas de la rue Saint-Martin et les abords de la rue de la Wallonie. Combien étaient-ils à composer ce peloton bigarré ? On parle de 7.000 paires de mollets, du cadet au vétéran, de la frêle jeune fille au plus routiné des cyclos, du cyclo moulé dans son beau maillot à un "Superman" tout de jaune vêtu. Pour donner une idée de la longueur de ce peloton, il suffit de savoir qu'il défila dans la rue des Chapeliers durant exactement 33 minutes et que des participants furent obligés de mettre pied à terre sur le quai Notre-Dame, confrontés à un bouchon aussi mémorable que ceux enregistrés aux plus beaux jours de l'été sur l'autoroute de la mer.

C'est un groupe beaucoup plus morcelé qui revint sur le forum tournaisien dans le milieu de l'après-midi. Après avoir jeté un oeil à l'écran géant diffusant les images du prologue du Tour de France à Liège, après avoir, pour l'un ou l'autre téméraire, descendu sur un câble depuis le haut du beffroi, ils se tournèrent vers l'immense podium dressé devant l'église Saint-Quentin où BJ Scott les entraîna dans un spectacle de qualité, ponctué par Suarez et clôturé par le tour de chant d'Hélène Ségara. Ils étaient plus de 5.000 qui durent soudain faire face à une "drache" nationale, une pluie violente mais brève qui éroda un peu le public mais qui n'eut pas raison de deux ou trois mille fans qui continuèrent à écouter leur idole sous une forêt de parapluies. "Jamais, autant de gens ne se sont mouillés pour moi" déclara la vedette à la fin de son spectacle. 

A 19h00, le rideau tomba sur le premier jour du triptyque consacré à la petite reine, mise en bouche de qualité car elle transforma les candidats spectateur du Tour de France en acteurs qui réalisèrent "leur" étape sur les routes du Tournaisis.   

Le soleil était à nouveau présent lors de la journée du dimanche 1 juillet, entremets concocté pour satisfaire les amoureux du vélo et les touristes déjà présents pour l'arrivée de l'étape du lendemain. Sur le podium, à proximité de l'écran géant qui emmena les spectateurs sur la route de Seraing, terme de la première étape du Tour, Sylva, Thierry Dell et Jean Pierre Mader se produisirent devant un public, il est vrai, un peu plus restreint que la veille, sans être pour cela confidentiel. 

Le lundi 2 juillet, dès 5h du matin, l'effervescence a battu son plein, sur le boulevard Bara, site magnifique choisi par les organisateurs d'ASO pour l'arrivée de l'étape Visé-Tournai. Des centaines d'ouvriers installèrent, en un temps record, l'énorme infrastructure qui allait accueillir public et invités. Le soleil avait probablement lui aussi reçu une accréditation car il brillait de mille feux dans un ciel tout bleu. Dès 10h00, les premiers spectateurs prirent place le long des boulevards, peu à peu les différents parkings situés aux entrées de la ville se remplirent. A la gare, on dénombra près de 5.000 voyageurs arrivés par trains. A partir 13h00, du rond-point de l'Europe à la plaine des Manoeuvres, il fut difficile d'encore trouver la meilleure place, de se poster en première loge. A cette heure, beaucoup avaient déjà terminé leur picotin. On assista, tout d'abord, à l'arrivée du peloton des anciens de l'US Army, des vétérans de la guerre du Golfe qui, chaque année, parcourent une étape entière du Tour, moment tout aussi émouvant pour des spectateurs qui ne ménagèrent pas leurs applaudissements lorsqu'apparut l'imposant peloton de personnes handicapées, accompagnées de leurs éducateurs, qui avaient réalisé les derniers kilomètres, toutes vêtues du maillot jaune frappé du sigle de l'Awiph. Avant le passage de la caravane publicitaire. On assista encore à l'arrivée des cadets et juniors du Tour, de jeunes coureurs issus des clubs d'Armentières, de Tournai, de Péruwelz-Bury, de Marchovelette ou encore de Charleroi. 

Les enfants l'attendaient avec impatience et la fièvre monta, une première fois, lorsqu'on entendit, au loin, les bruits de la caravane. Pour les spectateurs massés au boulevard Léopold, à quelques hectomètres de la ligne, la déception fut grande, jamais caravaniers du Tour de France ne se montrèrent aussi parcimonieux dans la distribution de gadgets, les pleines poignées de jadis jetées parmi la foule étaient remplacées par des jets individuels effectués tous les vingt ou trente mètres. Avaient-ils tout distribué en cours de route ou réservaient-ils le fond du panier pour l'arrivée ? Soudain le calme retomba jusqu'au moment où il fut rompu par le ronronnement des hélicoptères, une clameur s'éleva de la foule quand, au bas du boulevard Léopold, contournant la fontaine du Rond-Point de l'Europe, salué par le géant tournaisien Childéric et le cochon d'Orchies, la vague ondulante prit d'assaut la légère montée. Quelques instants plus tard Mark Cavendish émergeait d'un sprint royal devant André Greipel, Matthew Goss, Tom Veelers et Alessandro Petacchi. Parmi les dix premiers, on ne trouvait aucun coureur belge, ni français, il faut dire que leurs meilleurs sprinters sont restés à la maison visant une hypothétique victoire aux Jeux Olympiques. 

Ouvrons ici une parenthèse humoristique, Jean René Godard, l'excellent reporter de France 2 qui nous emmène, chaque année, durant le Tour de France à la découverte du résumé de l'étape du jour, salua la présence dans la tribune du Roi des Belges... Hassan II ! il y a bien un quartier au sud de Tournai qui s'appelle "la cité du Maroc" mais...

Du boulevard Bara à la Grand'Place, il n'y a que quelques hectomètres à parcourir, les plus rapides prirent possession des terrasses des cafés tandis que les autres se massèrent face au podium sur lequel "Lou and the Hollywood Bananas" et "Grand Jojo et les Fritkots" mirent le feu à une foule compacte formant des farandoles se frayant un difficile passage parmi un public estimé à au moins six mille, voire sept mille personnes. Vers 19h30, Axelle Red fit son apparition, dans une tenue "country". Même si on apprécie énormément la chanteuse belge, ambassadrice de l'Unicef, il faut bien dire que l'ambiance retomba lentement. Quand elle salua une dernière fois son public, on pouvait écrire le mot fin à un des plus beaux week-ends connus dans la cité des cinq clochers et ce n'est certainement pas demain la veille qu'on pourra faire aussi bien. 

(S.T. juillet 2012)


24/11/2009

Tournai : Adrien Joveneau, globe-trotter tournaisien

Joveneau est un patronyme bien connu à Tournai puisqu'il représente une véritable dynastie de chocolatiers. C'est, en effet, en 1849 que Pierre Joveneau (né en 1811), mieux connu sous le prénom d'Alexandre, fonda une chocolaterie au n° 11 de la rue de Cologne (actuelle rue de l'Yser) et s'installera ensuite, en 1875, au n° 17 de la rue des Jésuite (immeuble qui existe toujours mais qu'un promoteur voulait transformer en lofts dernièrement). A l'origine, la raison sociale de la chocolaterie était "A. Joveneau", c'est sans doute pour ne jamais modifier celle-ci que tous les prénoms des membres de la famille débuteront par la première lettre de l'alphabet. Il y eut Alexandre, Arthur, Adrien et ensuite Alexis, Armand, Albert, André, Alain et Adrien. Seul le septième fils d'Adrien échappera à la règle, car la coutume veut que le roi soit le parrain du septième enfant naissant au sein d'une famille, il s'appelera donc Léopold Joveneau.

Le 3e Adrien qu'on trouve dans la famille Joveneau est né, le jour de l'Epiphanie, en 1960. Son père, militaire de carrière, accèdera au grade de colonel et emmènera sa petite famille au hasard de ses mutations, passant de la base de Chièvres, aux garnisons d'Allemagne pour terminer à la base de l'Otan de La Canée en Crête. C'est sans doute les multiples déménagements effectués au cours de sa jeunesse qui donnera au jeune Adrien le goût du voyage. Sa maman, née Doutrelugne, fait partie d'une familles d'entrepreneurs bien connus dans la cité de Clovis et sa tante du côté maternel, Claudine Doutrelugne, est l'accessoiriste et la costumière des actuelles revues du Cabaret Wallon Tournaisien. On la connaît également comme bénévole au sein de l'Opération Cap48 de la RTBF en faveur des personnes handicapées. 

En 1977, Adrien Joveneau revient habiter sa ville natale lorsqu'il s'inscrit à l'IHECS (Institut des Hautes Etudes en Communication Sociale) à Ramegnies-Chin. Durant cette période d'études, il logera, grâce à sa grand'mère, dans la tour située au bout de l'Impasse de la rue du Cygne. Comme les nombreux étudiants de l'époque, il sera un habitué du Café-Théâtre "La Mauvaise Herbe" situé dans le quartier Saint-Brice juste à côté du cinéma Astra (ces deux lieux de rendez-vous de la vie noctune tournaisienne d'alors sont aujourd'hui disparus). A la fin des années septante, un phénomène nouveau est apparu, celui des Radios Locales. On connu ainsi, entre autres, Radio Martin et surtout Radio Intérim dont les studios se trouvaient au-dessus du cinéma Scala, à la rue des Maux. Cette dernière avait été créée par Alexandre Walnier (bien connu par la suite dans les milieux de la boxe française) et par Jean Marc Colienne qui partira par la suite à RTL et qui est désormais présentateur d'Antenne Réunion. Ses études terminées, Adrien Joveneau émigre dans la région d'Ath et on le retrouve à Radio Pays Vert dont les studios se trouvent à la Tour Burbant, c'est là qu'il croise pour la première fois deux autres natives du Hainaut occidental, Marie Pierre Mouligneaux et sa soeur Véronique, toutes deux parties ensuite à la RTBF. A cette époque, un athois, Willy Pettiaux, tient une rubrique quotidienne sur les antennes de Radio-Hainaut, l'homme a pour mission de rendre populaire le sport en général, chacun se rappelle probablement ces interventions de "Mr Adeps" qui terminait ses billets par "D'ici là sportez-vous bien !". Adrien Joveneau sera appelé à le remplacer. 

Au début des années 80, il collabore avec Jean Paul Procureur (aujourd'hui tourné vers la politique) à la création de Canal Picardie, hélas, le projet d'installation d'un studio de la RTBF au pied du beffroi fera long feu et sera sacrifié sur l'autel des restrictions budgétaires. Adrien Joveneau est appelé à la radio par Jacques Bourlet qui lui confie des animations matinales depuis le studio de Mons et nocturnes depuis celui de Liège (où étrangement il présente des programmes de musique classique !). Enfin, à la Noël 1985, il reçoit en cadeau une tranche horaire dominicale, de 6h à 9h, diffusée depuis le studio de Namur. Il va alors se faire connaître du grand public grâce à son émission "les Belges du Bout du Monde", par la suite, il mettra sur pied le "Beau Vélo de Ravel" et le "Ravel du Bout du Monde". Il va accompagner des milliers de cyclistes sur les routes de Wallonie, de Flandre (La Panne) et des Ardennes françaises mais aussi en Afrique, en Amérique du Sud, visitant avec les vainqueurs d'un concours les cinq continents. Notre reporter globe-trotter serait-il devenu le Tintin des temps modernes, bien des gens le pensent. Grâce à lui des milliers de familles ont retrouvé les joies de la balade du samedi après-midi, en vélo. Le record de participants est toujours détenu par la ville de... Tournai où plus de 5.000 pédaleurs ont ainsi rendu hommage à cette voie tournaisienne de la RTBF mais aussi à l'auteur du livre "Les Belges du Bout du Monde" écrit en collaboration avec Frédérique Thiébaut de No Télé et paru en 2008.

(sources : "Biographies Tournaisiennes" de Gaston Lefebvre, le Courrier de l'Escaut, article du 24.12.2008 signé par Marc Fion et recherches personnelles)

07:15 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, adrien joveneau, chocolaterie joveneau |