27/09/2011

Tournai : les Consaux

Dans les articles consacrés à l'origine des noms des rues tournaisiennes, il est souvent fait référence aux Consaux. On vient ainsi de voir que l'ordre des augustines de Sion ou celui des Dominicains durent obtenir autorisation de ceux-ci pour ériger leur couvent. Les Consaux dirigeaient la Ville, comment étaient-ils organisés, quelles décisions prenaient-ils ? C'est ce que nous vous invitons à découvrir. 

Du début du XVè siècle (1424) à l'intégration aux Pays-Bas, la ville fut administrée par une assemblée de quatre consistoires appelée les Consaux. En voici sa composition :

le premier consistoire était celui composé de deux prévôts (agent d'administration domaniale) et de dix-huit jurés (magistrats municipaux souvent administrateurs d'une corporation). Ces vingt membres constituaient le pouvoir éxecutif local.

Le deuxième consistoire était formé de quatorze membres : les maïeurs et échevins. Leur fonction correspondait à celle qu'exercent actuellement les notaires et juges de paix. 

Le troisième consistoire était lui constitué de trente éwardeurs (sorte de grands électeurs) qui élisaient, le 20 février de chaque année, les jurés et les échevins. 

Le quatrième consistoire réunissait les doyens et sous-doyens des métiers qui étaient au nombre de 72. Ils étaient chargés de délibérer de la gestion générale de la ville

Au sein de ces différents groupes ont trouvé à la tête un chef.

Les Consaux se réunissaient pour les affaires politiques tous les mardis et quand ils étaient convoqués par les Prévôts et Jurés. 

Dans les trois premiers consistoires ou collèges, la majorité absolue suffisait pour entériner une décision alors qu'une majorité des deux-tiers des voix était obligatoire dans celles des doyens et sous-doyens (48 voix sur 72).

Il arrivait parfois que les quatre consistoires ne puissent parvenir à dégager une position commune sur une question grave après trois votes consécutifs. L'affaire était alors portée devant le peuple assemblé par bannières (les étendards des corporations). La décision prise alors était sans appel et applicable si elle avait obtenu l'accord de 2/3 des représentants du peuple.

Les actes et décisions prises, les autorisations accordées par les Consaux figuraient aux procès-verbaux inscrits dans les registres. Ces registres, s'étendant sur une période de 1424 à 1795, ont été conservés dans les archives communales jusqu'en mai 1940, date à laquelle, ces dernières furent détruites lors des bombardements allemands. En deux journées, les 16 et 17 mai, l'oeuvre de barbares a fait perdre à notre cité, la plus grande partie de sa mémoire ! En moins de vingt-quatre heures, 70.000 volumes dont 150 incunables et une grande partie des 247 manuscrits furent la proie des flammes, la perte d'un héritage incommensurable !

Heureusement, il nous reste les écrits de ceux qui avaient pu les consulter avant cette date. On retiendra les noms d'Henri Vandenbroeck (1827-1879, archiviste, paléographe qui publia en deux volumes : "extraits analytiques des anciens registres des consaux de la Ville de Tournai"), d'Amaury de la Grange (1842-1900, baron et historien à qui on doit notamment : "les troubles de 1422 à 1430 à Tournai"), de Louis Prosper Gachard, de Frédéric Hennebert (1837-1873, philologue et historien, il fut professeur d'histoire et, à ce titre, consulta régulièrement les registres) et d'Adolphe Hocquet (1868-1943), conservateur du musée d'Antiquité et des Arts décoratifs à partir de 1895, archiviste-bibliothécaire de la Ville de Tournai à partir de 1899 jusqu'à sa mort, on lui doit de nombreuses oeuvres de haute valeur sur l'histoire de la cité des cinq clochers. Dans on ouvrage intitulé "Tournai, Ancien et Moderne", écrit en 1864, Amé, François, Joseph Bozière (1814-1873, brasseur, peintre et historien tournaisien) fait également de nombreuses références aux régistres des consaux. 

Grâce à ses témoignages, nous pouvons reconstituer de larges pans de l'histoire de la ville, ce que nous ferons dans un prochain article. 

(sources : "Mémoires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai - tome 1" paru en 1980 étude de Gaston Preud'homme - "Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècle" de Gaston Lefebvre, ouvrage paru en 1990