29/05/2011

Tournai : les noms des rues, témoins de l'Histoire (10)

Il nous reste à découvrir les dernières rues du quartier du Château.

Reliant le quai Sakharov au carrefour du Viaduc, l'avenue Edmond Wibaut longe le site "Notre-Dame" du Chwapi (Centre hospitalier de Wallonie picarde) et l'Athénée Robert Campin (ancien Lycée Royal). C'est là également que se trouvaient jusqu'à la fin des années septante, les abattoirs communaux avant leur transfert au faubourg de Maire. Edmond Wibaut est né à Tournai le 23 février 1867 dans un immeuble du quai Vifquin. Après des études de droit à l'Université catholique de Louvain (Leuven), il s'incrivit comme avocat au barreau de sa ville natale. En 1919, il abandonne cette profession pour devenir administrateur-délégué de la Banque Centrale Tournaisienne. Cet établissement de la rue Royale devint en 1934, la banque de la Société Générale de Belgique. Membre du parti catholique, entré en politique, il devint en 1908, Echevin des Travaux Publics. Lors de la première guerre mondiale, il sera déporté par les Allemands pour avoir refusé de livrer la liste des ouvriers chômeurs. Après son retour à Tournai, il sera désigné comme bourgmestre lors des élections de 1919. En raison de son patriotisme, il restera premier magistrat de la ville après les élections de 1922 remportées par une alliance libérale-socialiste. Il le restera jusqu'en 1933. Il décède à Tournai, le 24 mars 1956. Sa fille Gisèle qui exerça tout d'abord la profession d'assistante sociale marchera sur les traces de son père, elle sera élue sénateur en 1958 et le restera jusqu'en 1969. En 1970, elle sera désignée Echevin de l'Etat-Civil, poste qu'elle occupera jusqu'en 1976. Elle était connue pour son engagement dans la défense du patrimoine urbain et le sauvetage des façades anciennes. Elle est décédée en 1978.

Peu avant le carrefour dit du Viaduc, l'avenue Wibaut est traversée par l'avenue Delmée. Adolphe Delmée, né en 1820, était journaliste mais était avant connu dans la cité des cinq clochers comme chansonnier. Collaborateur de la revue "Les Etrennes Tournaisiennes", il y publia de nombreuses chansons telles "Les Potiaux d'Cabaret" (les piliers de comptoir), "M'prumière communion" mais l'oeuvre qui restera dans toutes les mémoires est, bien entendu, l'hymne local "Les Tournaisiens sont là". La ville lui a élevé en 1899 une statue qu'on peut voir dans le parc communal. La rue a été baptisée de son nom lors du conseil communal du 28 janvier 1887. Elle longe l'emplacement de l'ancienne "petite rivière" qui y coulait jadis avant d'être comblée en 1909.

Partant du rond-point du Viaduc vers la place Crombez, l'avenue Leray longe l'école communale du Château et le parc au milieu duquel s'élève la Tour Henri VIII. Adolphe Leray, ortographié aussi Le Ray, était un teinturier, poète et chansonnier, né en 1810 à Hollain, petit village au Sud de Tournai, sur la route de Valenciennes. En 1826, il est venu s'installer avec sa famille dans la cité de Clovis. Son père était d'origine française. En 1830, il compose de nombreux texte tels "nos amants du premier ban" et "Jesus passant par Tournai". L'oeuvre qu'il composa en 1838 est encore interprétée de nos jours et fait partie de ses chansons "éternelles" à la gloire de la cité : "Nos cheonq clotiers" (nos cinq clochers) content l'attachement du Tournaisien à Notre-Dame et à ses cinq clochers. De lui, on retiendra également des chansons du folklore tournaisien : "Sainte-Cath'rine" et "Mad'moiselle Brindamante" qu'Eloi Baudimont jr. vient de remettre au goût du jour.Il est décédé à Tournai, le 13 décembre 1885.

Parlons maintenant des boulevards qui forment l'arc de cercle sur la rive droite. En partant de l'amont du fleuve, on rencontre tout d'abord le boulevard Walter de Marvis reliant l'Escaut au carrefour de la chaussée de Bruxelles. Walter de Marvis est cet évêque de Tournai qui fonda de nombreuses institutions de bienfaisance parmi lesquelles le Béguinage de la Madeleine et la Maison des Anciens Prêtres. Il vécut au XIIIe siècle et mourut en 1254.

Le boulevard des Combattants et le suivant celui des Déportés nous amènent à la gare, leurs noms commémorent tous ceux qui luttèrent au moment les plus sombres de notre histoire et ceux qui furent emmenés en captivité et dont un grand nombre d'entre-eux ne revint jamais.

Le boulevard des Nerviens rappelle qu'au temps de la Gaule, notre région était habitée par ce peuple.

Le nom de boulevard Delwart (du Viaduc à l'Escaut en aval de Tournai) a été donné le 11 septembre 1892 par le Conseil communal de Tournai à l'occasion del'achèvement des boulevards de ceinture qui épousent le tracé de la dernière enceinte communale. Les remparts venaient d'être démantelés. Cet énorme travail avait été entamé en 1863 par l'echevin libéral des Travaux Publics, Louis Delwart (1812-1902). Il participa aussi à la restauration de la Halle-aux-Draps et proposa la création du Jardin de la Reine en 1872.

(sources : "biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècle" de Gaston Lefebvre)) 

 

17/06/2007

Tournai : la petite rivière.

Aujourd'hui disparue, le point de départ de la "petite rivière"se situait près du pont Soyer (actuel pont A. Devallé) qui enjambe l'Escaut en amont de Tournai. Longeant les "Tours Marvis", elle se dirigeait vers la place Crombez et s'acheminait ensuite vers le pont des Roulages où elle se jetait dans le fleuve à hauteur de Kain. C'était un égout à ciel ouvert, un ruisseau envasé, un petite voie d'eau inutile à la navigation.

Edmond Wibaut, échevin des travaux publics, souhaita trouver une solution définitive au problème d'insalubrité qu'elle posait et étudia la possibilité de la combler. Les travaux furent entrepris en 1909. Suite à ce remblayage, ses anciens quais prirent l'aspect d'avenues verdoyantes et fleuries qui contribuèrent à améliorer cette partie de la ville jusqu'alors peu attirante. La suppression de la petite rivière permit même d'aménager en 1937, le premier camping de la ville. Depuis lors, celui-ci a déménagé et, depuis une trentaine d'années, est localisé sur le site de la carrière de l'Orient entre le hameau d'Allain et le village de Vaulx.

Les larges avenues ainsi créées ont été baptisées des noms de personnalités bien connues dans la cité aux cinq clochers. L'avenue De Craene, située entre le boulevard Walter de Marvis et la rue Marvis. Alexandre de Craene, né à Tournai le 04.10.1797 était un architecte de talent qui rapporta de son voyage en Italie, une magnifique collection de dessins. On lui doit le plan de la chapelle des Soeurs Noires, il mourut à Tournai le 23.02.1859.

L'avenue Bozière relie la rue Marvis à la rue Morel : Aimé, François, Joseph Bozière est né à Tournai, le 28.10.1814, brasseur et artiste-peintre, on lui doit une remarquable étude sur l'histoire de la ville parue en 1864. Il est décédé en son domicile du quai Saint Brice le 02.03.1873.

L'avenue des Frères Haghe part de la rue Morel vers la place Crombez. Louis Haghe est né à Tournai en 1806 et mort à Londres le 13.03.1885, son frère Charles est né à Tournai en 1810 et y est décédé le 24.01.1888. Les frères Haghe étaient des lithographes et aquarellistes renommés.

Face à cette précédente avenue, on retreouve l'avenue Van Cutsem. Henri-Emile Van Cutsem, né à Bruxelles, le 25.12.1839, mécène et ami de Guillaume Charlier, légua ses collections de peintures à la ville de Tournai, celles-ci sont visibles au Musée des Beaux Arts. Il est mort à Luxembourg le 13.09.1904.

L'avenue Leray (ou Le Ray) relie la place Crombez à la place Victor Carbonnelle. Adolphe Leray, né à Hollain le 10.04.1810 était teinturier, poète et auteur wallon. Il s'éteignit à Tournai le 13.12.1885.

De l'autre côté du square, l'avenue Henri Paris, rappelle ce bourgmestre de Pecq, né à Tournai le 01.04.1793 et qui, à sa mort, le 27.09.1885, fit don à la ville une importante somme d'argent pour le développement d'établissements d'instruction publique.

L'avenue Delmée enfin qui mène au boulevard Delwart est de construction récente. Adolphe Delmée, né à Tournai le 17.07.1820 fut le fondateur du journal "L'Economie", il est surtout connu en tant qu'auteur de l'hymne local : "Les Tournaisiens sont là", il est mort le 18.04.1891.

En empruntant les espaces verts qui sont pratiquement continus dans cette partie de la ville, on suit le parcours de l'ancienne petite rivière, passant ainsi à proximité des Tours Marvis, longeant la caserne Saint Jean, la plaine des jeux communale, le monument des Vendéens, le monument aux Morts, ceux érigés en mémoire de la reine Elisabeth et du roi Albert 1er, aboutissant à la Tour Henri VIII, dont nous avons déjà parlée.

(Texte établi sur base de l'étude réalisée en 1989 par Monsieur Lucien Pontus. Cet employé de banque tournaisien consacra sa retraite au cercle d'histoire local. Il dressa de nombreux portraits de concitoyens qu'il avait connus. Il est mort en mai 2007 à l'âge de 98 ans et avait remis le fruit de ses recherches à son ami l'Optimiste. Une façon bien modeste de lui rendre un hommage amplement mérité).