16/04/2010

Tournai : deux héros parmi d'autres.

Durant ce long chapitre qui a débuté en 1940, nous vous avons déjà parlé des résistants tournaisiens et notamment de Marcel Demeulemeester. Ils sont nombreux et souvent peu connus les très nombreux habitants de la région qui, durant les cinq années de guerre, se sont comportés en patriotes et ont lutté, à leur manière, pour la victoire contre le nazisme. Abordant prochainement l'année 1948, nous souhaitons rappeler, une dernière fois, cette sombre époque de notre histoire et rendre hommage à ceux et celles qui ont donné leur vie pour la liberté, nous évoquerons aujourd'hui l'histoire de deux autres combattants de l'ombre.

En avril 1945, la presse évoque l'histoire de Paul Deschamps, un Tournaisien, grièvement blessé le 10 mai 1940, qui, à peine rétabli, a gagné l'Angleterre via l'Espagne et le Portugal. Il sera intégré dans la section anglaise de l'Air-Sea-Rescue. Disposant de vedettes rapides, d'avions et d'hydravions, le rôle de cette unité consistait à porter rapidement secours aux blessés et naufragés menacés de se perdre en mer. Le Flight Lieutenant Paul Deschamps compte à son actif le sauvetage de nombreuses vies humaines. Lors d'une périlleuse mission menée en mai 1944, à quelques jours du débarquement de Normandie, il dirige une vedette qui receuille en vie les dix membres d'une forteresse américaine abimée en mer. A une autre occasion, il parvient avec ses hommes à sauver 7 hommes réfugiés dans un canot. Il ne tira aucune gloire de ces exploits réalisés au péril de sa vie, il déclarait faire tout simplement son "job" et c'est, peut-être, là la marque de fabrique des plus grands héros de la guerre.

Dans l'article consacré à l'actualité de Tournai en 1947, nous vous avons dit que le 3 août, le village de Kain avait rendu hommage à Georges Dropsy. Georges Dropsy, prêtre séculier, est né au hameau de Boutonville à Baileux, pas loin de Chimay, le 20 février 1898. PIerre Bachy, dans son livre "Vie et Mort dans le Val de Verne" (page 121), nous dit qu'il avait gardé de son père, ébeniste, une âme d'artiste et un côté un peu bohème. Il fut diplômé en humanités greco-latines au Collège de Chimay en 1916. Ses études supérieures le mèneront, tout d'abord, au Petit séminaire de Bonne-Espérance pour apprendre la philosophie et, ensuite, au Grand séminaire de Tournai pour la théologie. Il sera ordonné prêtre en 1922 et partira à l'Université catholique de Louvain d'où il ressortira, en 1924, nanti du grade de licencié en sciences naturelles. Il deviendra professeur de sciences au collège d'Ath et ensuite au Collège Notre-Dame de la Tombe à Kain. En 1934, il obtiendra son doctorat en sciences naturelles. Rien ne prédisposait Georges Dropsy à entrer dans la résistance mais lorsqu'éclate la guerre, il parvient tout d'abord à maintenir ouvert le collège de Kain et développe, en 1941, un réseau de résistance, la "Légion belge" pour la région de Tournai-Ath. Il passera ensuite à l'Armée secrète en 1943. Il en deviendra le commandant du Refuge A 30 dont il était le fondateur. Ayant pris le maquis, il sera "Mon Oncle" et épaulé par Simone Ghisdal ("Tante Gaby") dont nous avons déjà évoqué la biographie, il collaborera à la presse clandestine, au "Vigilant", comptera de nombreuses actions de sabotages et de guerilla. Au sein du service PAT, il récupèrera avec ses hommes de nombreux aviateurs en détresse et via des réseaux leur permettra de regagner l'Angleterre. Au moment de la libération de Tournai, en septembre 1944, son poste de commandement était installé au café "Au Carillon" sur la Grand'Place. Georges Dropsy se verra attribuer officiellement par l'état-major allié, le commandement de la Ville de Tournai et du Tournaisis et il sera même nommé colonel honoraire de l'armée britannique. La guerre terminée, cet homme d'une grande simplicité refermera probablement une parenthèse et reprendra tout naturellement sa fonction de professeur à l'Université catholique de Louvain et deviendra chef de travaux à la Faculté des sciences. Lors de la cérémonie du 3 août 1947, le Conseil communal de Kain inaugurera, en sa présence, la rue Georges Dropsy. Il décèdera le 21 avril 1956 à Louvain, il n'avait que 58 ans.

(sources : "Le Courrier de l'Escaut", du 17 avril 1945 et d'août 1947, "Vie et Mort dans le Val de Verne" de Pierre Bachy, professeur à l'Athénée Royal de Tournai, ouvrage paru en 1979 et "Biographies Tournaisiennes des XIX et XXe siècles" de Gaston Lefebvre, édité par l'Archéologie Industrielle de Tournai, paru en 1990).

08:45 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, paul deschamps, abbe george dropsy |