21/08/2007

Tournai : des origines à nos jours (6)

Abbayes, églises et arts

Le XIIIème siècle qui vient de débuter marquera le développement de la ville de Tournai. Elle va s'étendre au-delà de son enceinte d'alors mais elle connaîtra également un essor économique notamment par l'apparition de l'industrie drapière et une poussée religieuse impressionnante.

L'abbaye de Saint-Martin n'est plus le petit couvent en bois érigé à la fin du XIème siècle par Odon, son fondateur, mais est désormais constituée de vastes bâtiments comptant un ou deux étages, bâtis autour de cours intérieures, ceinturés par un parc, des vergers et une enceinte. Vers la fin du XIIIème siècle, lors de l'édification des remparts du sud de la cité, elle sera intégrée à celle-ci.

Les travaux de la cathédrale, entrepris à partir de 1141, se sont terminés 31 ans plus tard , l'édifice est du plus pure style roman scaldéen. A ses côtés, le palais épiscopal probablement érigé après la séparation des évêchés de Tournai et de Noyon en 1146 est relié à la cathédrale par la chapelle Saint Vincent, surplombant la voirie, créant un passage encore appelé de nos jours, la "fausse porte", permettant à l'évêque de se rendre de ses appartements à son église sans devoir emprunter la voirie communale. Souhait de ne pas se salir (les rues étant alors de véritables cloaques) ou témoignage de tensions existant entre le pouvoir religieux et l'autorité communale qui lui grignotait peu à peu ses privilèges, il existe différentes versions quant à l'origine de cette magnifique chapelle désormais privée.

Dans le Tournai du XIIIème siècle, un tour d'horizon permet de voir de très nombreux clochers : ceux des églises Saint-Jacques (1167), Saint-Piat (1150), Saint-Pierrre, Saint-Quentin (1200), Saint-Jean et bien plus loin, rejetée hors les murs de la cité, ceux de la chapelle Saint-Lazare de la maladrerie du Val d'Orcq (1153). Durant ce siècle, au fur et à mesure de l'extension de la ville, on construira encore Sainte Marie-Madeleine (1252) et Sainte-Marguerite (1288).

La renommée de Tournai va attirer de nombreux artistes, elle accueille ainsi Nicolas de Verdun, spécialiste de la tradition de l'orfévrerie mosane, qui réalise, en 1205, une véritable merveille "la châsse de Notre-Dame de Tournai". Il y représente des scènes de la vie du Christ et de la Vierge sous des arcades trilobées ceinturant le coffret. Plus tard, en 1247, il réalisera une seconde oeuvre tout aussi précieuse, "la châsse de Saint Eleuthère" dans laquelle, l'évêque Gautier de Marvis déposera les reliques du saint évêque de Tournai.

Parlons-en de ce Gautier de Marvis, sa cathédrale romane à peine terminée, il souhaite tout simplement la raser pour reconstruire une cathédrale en style gothique, probablement influencé par la découverte de ces bâtiments lors de voyages en France. On commence donc par démolir le petit choeur roman et on construit un immense choeur ogival fait de pierres et de grandes baies vitrées, véritables puits de lumière qui éclairent cette partie de l'édifice. Faute de moyens, le chantier s'arrêtera. Peut-être n'en eut-il pas conscience, mais les travaux ainsi réalisés par Gautier de Marvis allaient se transformer en héritage important pour Tournai. Les générations futures pourront désormais contempler un bâtiment, véritable symbiose des deux grands styles architecturaux : le roman pour la nef et le transept, le gothique pour le choeur. De plus, avec ses 133 mètres de longueur et ses 66m50 de largeur au niveau du transept, la cathédrale est devenue un des plus grands sinon le plus grand édifice religieux du royaume. Enfin, ses cinq clochers lui donneront une particularité à l'origine du surnom de Tournai, "la ville aux cinq clochers" (et quatre sans cloches comme ajouteront les tournaisiens !).

Nous arrivons tout doucement à la fin du siècle, la ville continue à croître. En 1289, la Magistrature communale décide d'acquérir l'ilôt du Bruille ainsi que le quartier des Chaufours, tous les deux situés sur la rive droite de l'Escaut. On construira de nouveaux remparts pour protéger une cité qui, désormais, s'étend largement de deux côtés du fleuve. Notre beffroi, avec ses trente mètres de haut, ne peut plus remplir son rôle de tour de guet, l'horizon a largement reculé, le choeur gothique de la cathédrale, sa voisine, barre toute vision sur les quartiers situés au nord. On décide donc de le réhausser en 1294. Il aura désormais deux étages, une septantaine de mètres de haut, conservera sa fonction de tour de guet, mais on y construira des nouveaux cachots pour la prison communale. Aux angles de la galerie du premier étage, on placera des statues et il sera surplombé d'un dragon, animal mythique censé protéger la ville. ... Finalement le XIIIème siècle a été bénéfique pour la ville, au diable les superstitieux !

(sources : contribution du chanoine J. Dumoulin et du professeur J. Pycke au tome consacré à Tournai par la collection Artis, étude de Mme M. Dujacquier et Mr. A. Mauchard "au plus ancien beffroi de Belgique" édition 2002, et recherches personnelles).

20/08/2007

Tournai : des origines à nos jours (5).

Tournai, au temps des cathédrales. 

Nous l'avons vu à la fin de l'article précédent, certains tournaisiens ont accompagné Godefroid de Bouillon dans sa croisade en "terre sainte". Pendant ce temps, à Tournai, Odon, membre du chapitre, demande à l'évêque Radbod, l'autorisation de construire un petit oratoire sur les lieux où Saint Martin de Tours était venu prêcher à la fin du IVème siècle. Entouré d'une poignée de disciples, il fonde ainsi ce qui allait devenir la puissante abbaye de Saint Martin de Tournai dont les terrains sont situés sur l'emplacement de l'actuel hôtel de ville, le parc communal et l'Enclos Saint Martin. En 1093, dix-huit religieux y vivent dans le plus grand dénuement, se satisfaisant de l'aumône qui leur était accordée. Douze ans plus tard (1105), l'abbaye compte plus de quatre-vingt moines suivant la règle de Saint Benoit. A cette époque, cette abbaye naissante était située hors les murs de la cité.

En 1141 débutent les travaux de la cathédrale Notre-Dame de Tournai, elle est érigée sur les fondations de l'église dans laquelle a été inhumé Baudouin, au siècle précédent, mais aussi sur l'emplacement de l'édifice religieux carolingien et de l'oratoire gallo-romain. La première phase des travaux concerne la construction de la nef romane inspirée des modèles anglo-saxons et rhénans. On superpose quatre étages de baies en plein-cintre, séparées par des cordons ininterrompus. On y construit également un plafond en bois, aujourd'hui disparu, richement décoré de motifs polychrome. Les travaux se terminent en 1171 et la nef, selon la tradition, est consacrée le 9 mai 1171, sous le règne de Gauthier 1er qui décèdera un an plus tard. On poursuit les travaux de construction du transept et du choeur roman. Ceux-ci prendront encore quelques années, car dans cette phase se situe notamment l'édification de la tour Lanterne.

En décembre 1187, le roi de France Philippe-Auguste visite Tournai et accorde aux habitants de la ville une charte de franchise. Si jusqu'alors le pouvoir était détenu par les chanoines, un seigneur et un avoué, celui-ci est, à cette occasion, officiellement rendu au roi de France (cet évènement est daté de 1188 par certains historiens). Tournai dépendra désormais directement du souverain, le ville pourra s'administrer elle-même au mieux de ses intérêts, sans devoir en réferer à un gouverneur ou à une représentant du roi. Ce statut particulier amènera un développement important, nulle autre ville dans nos régions ne bénéficiait d'un tel statut. Les Tournaisiens ayant par ailleurs obtenu le droit de cloche, on décide d'abriter celle-ci dans un bâtiment particulier. Les travaux de construction d'un beffroi, symbole des libertés communales, débutent donc. On n'en connaît pas la date avec précision. Ce sera néanmoins le premier beffroi de Belgique. Il s'agit une tour carrée, d'une trentaine de mètres de haut, surmontée d'une échauguette, permettant au veilleur, l'homme de guet, de scruter la ville et ses environs afin d'alerter la population en cas de mouvements de troupes signifiant une invasion ou la naissance d'un incendie. Le feu était redouté, car les maisons souvent composées de bois et de torchis, situées dans des ruelles étroites, étaient d'excellents combustibles et il n'était pas rare qu'un incendie se déclarant dans une habitation détruise tout un quartier. La cloche appelait aussi les habitants à se réunir lors d'occasions particulières.

La richesse de Tournai attire les convoitises, ainsi en 1197, le comte de Flandre, Baudouin IX, allié au roi d'Angleterre met le siège devant la ville, celle-ci échappera au pillage et à la destruction moyennant le versement d'une lourde contribution. Le XIIème siècle s'achève, le XIIIème qui s'annonce portera-t-il bonheur aux Tournaisiens ?

(sources : contribution du chanoine J. Dumoulin et du professeur J. Pycke au tome consacré à Tournai par la collection Artis, étude de Mme Mireille Dujacquier et Mr. A. Mauchard sur "le plus ancien beffroi de Belgique" et recherches personnelles).

10/07/2007

Tournai et ses villages : Saint Maur

Voisin du village d'Ere, Saint-Maur est niché sur une colline à partir de laquelle on peut apercevoir d'un côté Tournai et le Mont Saint Aubert, de l'autre les bois situés le long de la frontière française et par, beau temps, la tour de l'église de Saint Amand les Eaux ainsi que quelques anciens terrils verdoyants, témoins du passé minier du Nord de la France (n'oublions pas que c'est dans la région de St Amand-Valenciennes que fut tourné le film Germinal). S'étendant sur une superficie de 332 hectares, le village compte environ 450 habitants.

L'histoire nous raconte qu'en 1326, Wissempierre, comme s'appelait alors ce bourg, jusqu'alors rattaché à la paroisse de Saint-Piat à Tournai fut erigé en paroisse par le chapitre cathédrale et prit le nom de Saint-Maur, saint patron de l'église. A cette paroisse fut rattaché le lieu-dit Warnave (orthographié aujourd'hui Warnaffe) qui appartenait auparavant au village voisin de Chercq. En 1671, lors de la suppression de la paroisse Sainte-Catherine à Tournai, certains de ses paroissiens furent rattachés à St Maur. A cette époque, une grande partie du village actuel appartient à l'abbaye de Saint Martin qui y possède une ferme à Warnave, exploitation agricole qui sera incendiée par les troupes flamandes en 1302 et ensuite par les Anglais en 1340. La ferme sera vendue comme bien national sous le régime de la révolution française. En 1669, tout comme il l'avait fait pour Ere, Louis XIV rattache le village à Tournai. Saint-Maur sera pillé en 1693 et 1696 par les troupes alliées durant la guerre de la Ligue d'Augsbourg, conflit qui opposa la France à la Ligue (formée par l'empereur, des princes allemands, la Suède et l'Espagne) alliée aux Provinces Unies, à l'Angleterre et à la Savoie qui dura de 1688 à 1697 et se termina par le Traité de Ryswick.

Sur le territoire, on exploita jadis une carrière et une fabrique de chaux. Le village est désormais uniquement tourné vers l'agriculture. Au milieu de sa place triangulaire, un pré herbeux se situe devant l'église. Le premier édifice religieux, en style néo-gothique, du XIXème siècle a été détruit par dynamitage durant le premier conflit mondial. De celui-ci ne subsistent que quelques témoignages, dalles funéraires et objets du culte sauvés et conservés dans le nouvel édifice. Le bâtiment que nous pouvons voir désormais a été bâti en 1924-1925 et restauré après le second conflit mondial. Il présente une tour latérale en façade, une nef unique avec six pseudo-chapelles à pignons, un transept peu saillant et un choeur à chevet plat. L'église est entourée de son cimetière. En venant de Tournai, on accède à Saint-Maur par une longue côte qu'empruntent, tous les dimanches, de nombreux cyclo-touristes et qui fut, par le passé, la difficulté principale d'un championnat de Belgique pour amateurs qui sacra le coureur régional Jean Luc Vandenbroucke et d'un championnat pour professionnels, remporté en 1988, par Etienne Dewilde. Au centre du village, un restaurant bien connu dans le Tournaisis, "La Table d'Eric" affiche complet tous les week-end.

(sources : "Tournai, vers le Futur" édité par l'ASBL Tourisme et Culture et recherches personnelles).