19/06/2007

Tournai : le quartier Saint Brice (8)

Rues et ruelles. 

Comme nous l'avons vu, la rue Marvis se situe dans le prolongement de la rue Saint Brice. De cet important axe de circulation menant à la chaussée de Bruxelles descendent de petites rues et ruelles vers l'Escaut. La rue Cambron tout d'abord aboutit à la terrasse Saint Brice, pratiquement en face de l'ancien cinéma Astra, cinéma de quartier, spécialisé dans les films d'aventure, d'horreur et les westerns. Après la seconde guerre mondiale, la ville possédait ainsi de très nombreuses salles de projection. A côté des deux grands cinémas d'exclusivités, le Palace (rue de l'Hôpital Notre-Dame) et les Variétés (rue du Cygne), on pouvait aussi se rendre à la Scala (rue des Maux), au Kursaal (quai des Salines), à l'Eden (rue Frinoise), au Forum (rue des Augustins) ou au Cinéclair (au faubourg Saint Martin). Toutes ces salles ont progressivement fermé leurs portes dans la seconde moitié du vingtième siècle, victimes peut-être de l'apparition dans les foyers de la télévision ou de la modification des préférences des jeunes qui aimaient mieux emmener leurs petites amies dans les discothèques qui commençaient à s'ouvrir que dans les salles obscures, jusqu'alors lieux incontournables des rendez-vous galants. On ne fréquentait plus durant la séance, on préféré "flirter" en boîte, pour autant qu'on retrouve sa copine au terme d'une danse bien souvent exécutée individuellement sur un espace réduit et bondé ! Désormais, Tournai compte un seul complexe cinématographique, Imagix, situé au boulevard Delwart, le confort moderne y ayant remplacé le charme désuet des petites salles de quartiers.

Mais tout cela nous éloigne de notre visite. La rue Cambron tenait son nom de la présence d'un refuge de l'abbaye de ce village du Pays Vert qui, réduite à l'état de ruines, a été transformée, voici une dizaine d'années, en un magnifique parc animalier : le parc Paradisio. La rue Clercamps doit son nom à une famille qui y habitait au XIIIème siècle. La rue Haigne a vu sa dénomination évoluer au cours de siècles : Rihaigne, Rihagne. Son nom primitif peut se décomposer en "ri" soit la rue et "haigne" mot roman qui remplaça le latin aqua, c'est à dire eau. Il s'agissait simplement de la rue qui menait à l'eau (de l'Escaut). La rue Fleurie, avant orthographiée Fleury, est un boyau étroit, peu engageant, menant à la rue du Glategnies, à une certaine époque, elle embaumait autre chose que les fleurs ! La rue du Glatigny ou du Glategnies (dans son appellation moderne) présente la particularité de décrire un quadrilatère, en partant du haut de la rue Haigne et y revenant plus bas. Elle était en effet adossée aux anciennes fortifications du Bourg, une porte de ville, détruite vers 1854, la mettait en communication avec Saint Jean par l'Impasse des Carmélites. Le nom de Glatigny rappelle une famille qui y vivait au XIIIème siècle.

Toutes ces rues débouchent sur la quai Vifquin. Bozière nous dit que ce quai est récent, à sa place, jadis, on trouvait la rue des Tanneurs, les gens de cette profession s'y étant regroupés. Près du Pont à Pont (Pont aux Pommes) on trouvait une tuerie et un abreuvoir. C'était jusqu'à la fin du 18ème siècle, l'endroit le plus sale et le plus infect de la ville, infesté de rats. Les maisons de la dite rue des Tanneurs adossées à l'Escaut furent rasées et en 1812, le véritable quai ainsi créé prit le nom de quai Impérial, le bourgmestre étant alors bonapartiste. Mais en 1819, après la chute de Napoléon, on le débaptisa pour lui donner le quai des Quatre Bras. Il s'agissait du nom du lieu où le Maréchal Ney fut incapable d'endiguer l'avance des anglais qui s'emparèrent de Mont Saint Jean, prémice à la bataille de Waterloo, fatale à l'Empereur. N'oublions pas qu'à l'époque où on rebaptisa le quai, Tournai vivait sous la domination hollandaise et il était toujours bon pour des édiles de rappeler les faits historiques qui plaisaient aux dirigeants du moment.

Sur ce quai des Quatre bras habitait, avec son père, une demoiselle Félicité Vifquin, qui menait une vie fort modeste, malgré son immense fortune. Elle décéda le 4 mars 1857 après avoir légué tous ces biens immeubles au bureau de Bienfaisance de la ville. Quoi de plus naturel, suite à un tel geste, devenu rare à notre époque, de donner son nom au quai actuel ! A l'extrémité du quai Vifquin, voici la place Gabrielle Petit, héroïne dont nous vous avons déjà retracé l'histoire, elle permet d'accéder au quartier Saint Jean.

(sources : A-F-J Bozière "Tournai, ancien et moderne" et recherches personnelles).