19/01/2011

Tournai : histoire juridico-religieuse au XIXe siècle (2).

Résumer l'étude du Procureur du Roi, Edouard Janssens n'est pas aisé, celle-ci comprend une cinquantaine de pages du tome V des "Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Tournai" édité en 1986. De par sa fonction judiciaire, elle est montée telle une enquête où le moindre détail paraissant peut-être anodin au lecteur a pourtant son importance. Il n'est pas dans notre intention de la recopier mais de vous donner envie d'en savoir un peu plus.

L'histoire débute sous l'épiscopat de Mgr Dumont, un homme qui va se révéler tenace, dur parfois. Cet évêque a mis sur pied, dans le cadre de son engagement dans la guerre scolaire, un programme ambitieux de constructions de collèges et d'écoles. Cette politique amène des dépenses croissantes qui ne sont pas appréciées par une partie du Chapitre qui entre progressivement en conflit avec le chef du diocèse. De tendus qu'ils sont en 1875, les rapports entre Mgr Dumont et les responsables des finances, le chanoine Bouvry, vicaire général et les abbés Bouttiau et Bernard vont rapidement se dégrader.

En juillet 1879, le conflit larvé éclate soudainement, l'abbé Bernard refuse de donner les clés du bureau du séminaire à l'évêque, convoqué par celui-ci à l'évêché, il préfère fuir à pied vers Valenciennes, prendre le train pour Paris et continuer son périple jusqu'à Rome. Pendant une quinzaine de jours, on n'aura plus de ses nouvelles. Pendant ce temps, Mgr Dumont fait transférer tous les avoirs de la Fabrique d'église cathédrale et du Séminaire dans la caisse du diocèse. L'abbé Bernard, revenu à Tournai, élève une protestation pour violation du décret de 1813 et le vicaire général Bouvry s'adresse par écrit au cardinal Nina, Secrétaire d'état du pape Léon XIII. Le 14 novembre, Mgr Dumont démet de leurs fonctions les abbés Bouttiau, envoyé comme curé à Pipaix, et Bernard qui rejoint la paroisse de Bailière. Le 22 novembre, un décret signé par le pape Léon XIII retire sa charge d'évêque à Mgr Dumont. C'est le président du petit séminaire de Malines qui est désigné pour assumer la direction du diocèse de Tournai, le dénommé Isidore-Joseph Du Rousseaux qui arrive à Tournai le 29 novembre. Le mois de novembre a donc été fertile en rebondissements dans cette affaire qui vient de naître.

Depuis sa retraite de Villers-Perwin, Mgr Dumont demande aux abbés Spock et De Boe de récupérer à Tournai, ses avoirs personnels et de dresser l'inventaire complet du contenu du coffre, objet de toutes les convoitises. Son successeur lui oppose un refus catégorique.

Mgr Dumont ne s'avoue pas vaincu, loin de là, le 22 juillet 1880, par l'entremise d'un avocat montois du nom de L. Masquelier, Mgr Dumont fait remettre une procuration lui donnant pleins pouvoirs pour réhabiliter l'évêque déchu et confondre les auteurs de la machination qui avait pour but de l'évincer.

A la Chambre des représentants, le Ministre de la Justice et des Cultes, le Tournaisien Jules Bara, libéral et anti-clérical notoire, s'insurge contre les pratiques du commissaire spécial du pape, Isidore Du Rousseaux, qui, selon lui, occupe illégalement, au mépris de toutes les convenances diplomatiques, le palais épiscopal tournaisien et s'est emparé de l'argent qui s'y trouvait. .

De 1880 à 1886, les actions judiciaires intentées par Mgr Dumont vont occuper les juridictions du pays, de la justice de paix à la Cour de Cassation.

Le 17 juillet 1880, l'évêché de Tournai a vent, par une indiscrétion, qu'une opération judiciaire sera organisée par le juge de paix. On prend donc la précaution de transférer la caisse diocésaine dans une maison de la rue des Jésuites attenante au Séminaire, cet immeuble est prise en location par le dénommé Léon Bernard a qui sont attribués les titres de Secrétaire de l'évêché et de chanoine honoraire de la cathédrale. Tout le monde ignore à ce moment précis que lors de son voyage vers Rome en 1879, l'abbé dévoué aux finances diocésaines avait déposé au Crédit Lyonnais, lors de son passage à Paris, une somme 50.000 francs de l'époque (soit environ 150.000 euros) dont la provenance reste une énigme.

Léon Bernard parvient à convaincre Isodore Du Rousseaux que l'argent de la caisse diocésaine n'était pas en sécurité dans cette maison de la rue des Jésuites et l'assure de l'avoir placé en lieu sûr.

Cinq années séparent donc les premières tensions entre Mgr Dumont, alors évêque et une partie du Chapitre et la situation actuelle qui va bientôt donner lieu à un retentissant procès, ce que nous verrons dans le prochain article.

(à suivre)

18:51 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, évêché, mgr dumont, abbé léon bernard, jules bara |