04/06/2007

Tournai : le quartier du Château (2)

Nous nous étions séparés dans la rue de l'Arsenal. Perpendiculaire à celle-ci, la rue de la Planche était à l'origine un passage bordé de haies qui séparait deux blanchisseries. Ce passage était fermé la nuit car, menant au rempart, il était un chemin emprunté par les fraudeurs. Une planche garnie d'un garde-fou rustique enjambant un fossé est probablement à l'origine de son nom. On trouve trace de cette rue pour la première fois au XVIIIème sous la désignation de rue de la Planque et même sous celui de rue du Grand Curoir (un ancien fossé du château).

C'est à l'une des extrémités de celle-ci qu'en 1833 débutèrent les travaux de construction des abattoirs de Tournai qui furent inaugurés le 1 juillet 1835. Oeuvre de l'architecte tournaisien Bruno Renard, ils mirent fin à l'abattage à domicile exécuté jusqu'alors en dépit des plus élémentaires règles d'hygiène. Ces abattoirs subsistèrent jusqu'à la fin du vingtième siècle. C'est en effet dans le courant des années quatre-vingt, qu'ils furent démolis. Toutefois, un des bâtiments, témoignages de ce passé, a été sauvegardé, entièrement rénové et intégré à la clinique Notre-Dame où il sert de réfectoire pour le personnel. De nouveaux locaux pour l'abattage des boeufs, porcs et moutons prirent place sur un terrain situé à l'extérieur de la ville entre la Drève de Maire et l'Escaut. Abattoir communal, il a été ensuite repris par un privé. Victime de la législation de plus en plus drastique, on n'y abat plus que des porcs.

Coupant la rue de la Planche, entre la rue de l'Arsenal et celle du Château, la rue du Désert tient probablement son appellation du fait qu'elle n'était que peu ou point habitée. On la désignait également dans des actes officiels sous le nom de rue des Eponsarts, nom d'une famille tournaisienne dont on trouve trace dans des écrits du XIIIème siècle. Dans le prolongement de la rue de la Planche, la rue du Limousin doit probablement son nom à une enseigne, mais dans certains écrits du XVIIème siècle, elle ne porte aucun nom. On l'appelait "rue menant au Parlement de Tournai". C'est Louis XIV qui le fonda, le 6 avril 1668, sous le titre de Conseil souverain de Tournai. Il avait pour pouvoir de juger, en dernier ressort, conformément aux lois, ordonnances et coutumes sur un territoire d'abord limité aux conquêtes de 1667 soit Tournai, le Tournaisis, bailliages et châtellenies de Lille, Douai et Orchies, villes et châtellenies de Berghes, Furnes, Audenaerde et quelques autres cédées par le Traité des Pyrénées telles Ath, Binche ou Charleroi. Il s'agrandit en 1676 des villes de Condé et Bouchain, en 1677 de celle de Valenciennes. Enfin en 1678, il eut pouvoir sur Avesnes, Quesnoi, Philippeville, Mariembourg et Landrecies appartenant auparavant au parlement de Metz. En 1709, Tournai perdit son Parlement, il s'établit d'abord à Cambrai et ensuite à Douai. Le lieu de son édification est marqué par une plaque commémorative, malheureusement peu lisible, sur un immeuble situé au coin de la rue Saint Bruno.

La rue Saint Bruno portait jadis le nom de ruelle de la Fontaine, son nom actuel apparaît dans les actes du début du XVIIIème siècle lorsque que s'y établit un refuge de moines chartreux de Chercq. La rue Saint Bruno est une rue très calme, pavée, bordée de grands immeubles et d'un hôtel particulier ayant abrité, après la guerre, l'office des contributions avant d'être transformé en en un restaurant gastronomique à l'enseigne du "Château de Cartes" Quant à y dépenser de l'argent mieux vaut avoir une satisfaction en retour que de le verser, comme avant, dans le tonneau des Danaïdes ! ...

(sources : A-F-J Bozière "Tournai, ancien et moderne", et recherches personnelles).