19/04/2012

Tournai : le cortège historique de 1874.

Le cortège historique de septembre 1874 est bien moins connu des Tournaisiens que la "Semaine de l'Aviation" d'octobre 1909 ou que "la reconstitution du Tournoi" en juillet 1913, pourtant dans son ouvrage "Le folklore de Tournai et du Tournaisis" paru en 1949, Walter Ravez souligne son caractère mémorable. Venues de Belgique et de France, plus de 100.000 personnes assistèrent à ce grand cortège rappelant les hauts faits de l'Histoire de la cité des cinq clochers. 

Cent dix-huit années plus tard, du 6 avril au 8 mai 1992, un rappel de cet évènement a cependant eu lieu dans le cadre d'une l'exposition organisée dans l'auditorium d'un organisme financier situé sur le quai Dumon. Aux cimaises de la BBL étaient présentées "Les Esquisses de Léonce Legendre et le Cortège Historique du 20 septembre 1874 à Tournai", en collaboration avec le Dr. Serge le Bailly de Tilleghem, alors conservateur du Musée des Beaux-Arts de la ville. 

C'est au cours de la réunion du 6 juin 1874, en l'Hôtel de Ville, qu'un groupe de Tournaisiens, passionnés par l'Histoire de la cité, a accepté de participer à la mise sur pied d'un grand cortège historique qui se déroulerait lors de la kermesse de septembre. Deux comités furent ainsi créés, l'un s'occupant spécifiquement de l'organisation de l'évènement, l'autre chargé de récolter les souscriptions devant couvrir les frais. Au cours de cette réunion fut présenté le travail d'une section qui avait planché sur le projet. Il fallait, dans un premier temps, se borner à rappeler les faits les plus marquants de l'histoire locale et augmenter, par la suite, les groupes en fonction des sommes souscrites par les particuliers. Chaque habitant serait sollicité par le porte à porte. Au cours de la même séance, on exhiba les premières planches coloriées de Léonce Legendre, directeur de l'académie de Tournai. Celui-ci s'était penché sur les archives de la Ville pour reconstituer avec la plus grande authenticité les costumes des différentes époques survolées. 

Léonce Legendre est né à Bruges en 1831, son premier professeur sera son beau-frère, directeur de l'académie brugeoise. Après un prix d'excellence, il fréquente celle d'Anvers. En 1857, il part pour Paris et fréquente l'atelier du peintre d'histoire François Picot. En 1860, il se représente au Prix de Rome dont il avait été écarté trois ans plus tôt en raison de son non-conformisme aux règles de l'époque. Il est primé pour le tableau "la résurrection du fils de la veuve de Naïm". Grâce à l'argent que lui procure ce succès, il va parcourir l'Italie durant quatre années. Revenu en Belgique, il se marie et, en 1866, postule l'emploi vacant de premier professeur de dessin à l'académie de Tournai. Il en deviendra le directeur par nomination le 28 décembre 1867. Il mourra en 1893 dans sa petite maison de l'Enclos Saint-Martin.

Quelques jours à peine lui avaient été suffisants pour lui improviser une vision de la composition du cortège, du groupe des Nerviens à la fin du XIXe siècle. 

Le dimanche 14 juin 1874, une nouvelle réunion se tient au salon des Conférences de l'Hôtel de Ville. Les esquisses apparaissent sur un papier sans fin d'une quinzaine de mètres de longueur occupant la presque totalité d'un mur de la salle. Les représentants de la société la Royale Nervienne propose de prendre en charge l'épisode représentant l'entrée triomphale de Philippe Auguste, les Chasseurs Eclaireurs représenteront celui des patriotes qui, sous la direction de Vandermeersch, luttèrent en 1787 contre l'empereur Joseph II, la garde civique à cheval hésite entre le groupe des croisés entourant Letalde et Engelbert lors de la prise de Jérusalem ou celui des officiers d'état-major de Louis XV à la bataille de Fontenoy. On examine l'état de la souscription, celle-ci fait apparaître que le bourgmestre Crombez s'est inscrit pour 1.500 francs et les Sénateurs et membres de la Chambre des Représentants tournaisiens pour 500 francs chacun. 

Pour motiver ses concitoyens, le bourgmestre publie un avis annonçant que " les croquis faits par Mr. Legendre pour le cortège historique de la kermesse, seront exposés au salon des Conférences, à l'Hôtel de Ville, les dimanche 21 et lundi 22 juin, de 11 heures du matin à trois heures de relevée. Messieurs les membres du comité de la souscription publique ouverte pour l'organisation du cortège, se présenteront à domicile à partir de lundi et les habitants sont instamment priés de les accueillir avec bienveillance et de leur faciliter l'accomplissement de leur mission". Cet appel est paru dans la Feuille de Tournay n°74 du Dimanche 21 juin 1874.

Si le projet semble être sur de bons rails, rien n'est cependant gagné d'avance. Certains esprits partisans n'ont pas oublié la polémique née en 1863, lors de l'installation de la statue de Christine de Lallaing sur la Grand'Place, une princesse d'Espinoy acquise aux idées du protestantisme, qui a défendu Tournai, certes, mais dont la statue est représentée avec un hache brandie en direction de la cathédrale. Pour certains, il s'agissait là d'un symbole de l'intolérance et de l'anti-cléricalisme. 

La Feuille de Tournay, dans son n°77, du dimanche 28 juin, souhaite balayer ces allégations et annonce que le comité organisateur n'a nullement l'intention de faire de la politique et de mettre en relief telle grande figure historique plutôt que telle autre. Elle ajoute même que la "Cantate" d'Amédée Dubois, exécutée lors de l'inauguration de la statue, ne sera pas chantée pendant le cortège (...) La société de chant qui figurera au cortège ne pourra exécuter qu'un hymne à la bienfaisance, et cela sans accompagnement.

Cette mise au point semble apaiser le climat et les préparatifs du cortège peuvent se poursuivre activement. (à suivre)