16/06/2010

Tournai : la fin du XVIIIe siècle sous la loupe (5)

Durant l'année 1796, l'occupant français va procéder à de nombreuses arrestations, traquer les émigrés, mettre de nombreux biens sous séquestre, dresser des inventaires des biens de nombreux citoyens et, à partir de la fin d'année, fermer les couvents et exercer une surveillance militaire des maisons religieuses. L'occupant français devient de plus en plus intolérant, ainsi on rapporte que le 3 janvier 1796 (13 nivôse), les officiers municipaux donnent ordre à des gardes d'arrêter les enfant criant dans les rues : "des billets pour les rois" coutume à l'approche de la fête des Rois Mages, nonobstant cette attitude le mardi 5 janvier (15 nivôse), suivant l'usage, les aveugles parcourent les rues principales de la cité avec leur Roi et le gâteau ordinaire, aux acclamations réitérées de "Vive le Roi" ! 

 

Le jeudi 14 janvier, (24 nivôse), le Chapitre de Tournai ayant fait abattre 30 chênes en plus de ce qui lui était accordé, les biens du dit Chapitre sont mis sous séquestre. Dès le 7 janvier (17 nivôse), on assiste à une traque des personnes émigrées résidant à Tournai ainsi le citoyen Romain Desfossez, prêtre, suspect d'émigration est arrêté et envoyé au cachot du beffroi. Le mardi 19 janvier (29 nivôse), faisant suite à un arrêté du Département de Jemmappes, la municipalité de Tournay reçoit l'ordre de refuser tout passeport fut-ce même pour les faubourgs aux émigrés belge. Le mercredi 20 janvier (30 nivôse), par ordre des municipaux, des garde-ville procèdent à des visites domiciliaires pour arrêter tous les émigrés. Certains de ceux-ci sont envoyés au cachot du beffroi. Le lundi 21 janvier (1er pluviose), on arrête deux jeunes gens qui, lors de la plantation d'un nouvel arbre de la liberté, ont crié "Vive François II" au lieu de "Vive la république".... Le samedi 23 janvier (3 pluviose), ce sont des religieuses émigrées qui sont arrêtées à la Tombe (hameau de Kain) et conduite à la maison d'arrêt de cette commune, elles seront relâchées le 23 janvier moyennant caution et retourneront dans la maison de la personne qui les hegergeait.

 

Le jeudi 24 mars (4 germinal), le citoyen Deneufcourt, commissaire du Pouvoir Exécutif près le Tribunal criminel du Département de Jemmappes, écrit au Ministère de la Police générale à Paris : "A Tournay, ville fanatique où on a quelque fois apposé nuitamment des affiches tendant au massacre des français, on vient de détruire tous les signes extérieurs de la religion avec tout l'ordre possible et sans murmurer".

 

A partir du 1er juin (13 prairial), la municipalité commence à faire vendre les meubles et autres objets chez les personnes qui n'ont pas payé l'emprunt forcé. Les inventaires des biens sont réalisés presque quotidiennement à partir du 26 juillet (8 thermidor) chez les émigrés. Le jeudi 22 septembre est le jour choisi par la République pour signifier à l'abbaye de Saint-Martin et aux communautés religieuses leur suppression, on procéda à l'inventaire des biens, on posa le cachet sur les portes des églises et clochers de toutes les communautés de façon à les empêcher de sonner la cloche et de célebrer les offices portes closes. Les religieux et religieuses sont sommés de quitter les couvents dans les vingt jours. Les scellés seront apposés le vendredi 21 octobre (30 vendémiaire) par des commissaires nommés par le Département de Jemmappes, accompagnés d'officiers municipaux, sur tous les clochers et les portails extérieurs des abbayes, couvents et communautés. Dans l'après-midi du mercredi 2 novembre (12 brumaire), on apporta deux guérittes pour des sentinelles aux portes de l'abbaye de Saint Martin, les militaires ont d'abord reçu l'ordre de ne laisser entrer personne, pas même les serveurs de messe, ensuite, des gardes surveillèrent les personnes qui entraient et sortaient de l'abbaye.

 

Jusqu'alors Tournai était une ville où durant toute la journée, on entendait les choches sonner, à partir du 8 novembre (18 brumaire), les prêtres recoivent l'interdiction de sonner en dehors des dimanches pour la grand'messe et les vêpres ! A partir du 17 novembre (27 brumaire), on assiste à l'évacuation des couvents : les Récollets (le 17), Saint Martin, les Dominicains, les Carmes (le 18), l'abbaye des Près et le couvent de Saint André (le 20), les Campeaux (le 23). Pour la première fois, le 25 décembre (5 nivôse), il n'y aura pas de messe de minuit.

 

L'année 1796 se termine, comme on le voit l'occupant est déterminé à bannir la religion, les transferts d'argent et de biens vers Paris s'intensifient, on vide les caisses, on transfère la richesse de la cité dans la capitale française. Pour les Tournaisiens, les Républicains ne sont qu'une bande de voleurs et de gredins donnant libre cours à leur cruauté et à leur perversité et qui affament le peuple dont ils s'étaient auto-proclamés, au départ, les défenseurs !

08:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : republique, tournai, 1796 |