15/06/2010

Tournai : la fin du XVIIIe siècle sous la loupe (4)

Durant l'année 1795, les Républicains français vont se montrer de plus en plus exigeants à l'encontre des Tournaisiens. Voici quelques faits relevés parmi beaucoup d'autres qui sont révélateurs du climat de l'époque. 

 

Le samedi 17 janvier 1795 (28 nivôse), un rapport manuscrit signé d'un certain J.B.P. Le Brun détaille le 6e envoi vers la France de 29 tableaux (des Rubens, Van Dyck, Pourbus, Jordaens, Teniers...), ceux-ci proviennent d'Alost, Anvers, Bruges, Gand, Lierre et Tournai. Parmi les oeuvres tournaisiennes, on dénombre les tableaux suivants : "Saint-Martin guérissant un possédé" de Jordaens, "Les âmes du Purgatoire" de Rubens, "Le Martyre des Machabées" et des oeuvres détenues à l'abbaye de Saint-Martin : "La porte du peuple " de Lingelback, "L'intérieur de la cathédrale d'Anvers" de Peter Neefs ou encore "La tentation de Saint Antoine" de Teniers.

 

La révolte gronde et les habitants en ont assez des exactions des Français, la nuit du samedi 21 au dimanche 22 février (3-4 ventôse), sur le portail de l'église Saint Jacques et à Saint Brice est affichée une chanson contre le comité de surveillance, le lundi 16 mars (26 ventôse), un texte manuscrit affiché sur un mur de la ville attaque les républicains en les traitant de "monstres qui ont été vomis par l'enfer pour faire le malheur de notre bonne ville de Tournay où ils ont commis toutes sortes d'éxactions, sujet pour lequel nous les avons condamnés à être bannis à perpétuité de la dite ville de Tournay et de sa banlieue sous peine de mort s'ils réapparaissent..."?. Le vendredi 3 avril (14 germinal), on apprend qu'une troupe de huit cents "brigands", habitants des communes de Gaurain et de Ramecroix s'est opposée au passage des subsistances destinées aux magasins de la République et que cinq voitures de grains qu'escortaient un "hussaud" avaient été pillées par ces scélérats. La nuit du mardi 2 au mercredi 3 juin (14-15 prairial), une barque chargée d'environ 40 sacs d'escourgeon est pillée par les habitants de Chercq, parmi les personnes arrêtées, on remarque la présence du mayeur (maire, bourgmestre) du village. Le dimanche 4 juin (19 prairial), la tranquilité publique fut troublée au faubourg Saint-Martin, différentes personnes, sous le prétexte d'être jacobins, furent insultées et maltraitées par les bourgeois qui se disaient du parti de l'empereur et de la religion, quatre jours plus tard, 19 personnes concernées par cette affaire sont conduites à la prison des Carmes, sept seront relâchées rapidement. Le samedi 4 juillet (16 messidor), la farine manqua et les pauvres se portèrent en foule à la municipalité et de là se répandirent dans la ville pour y mendier dans les maisons, pain ou argent ! La nuit du vendredi 31 juillet au samedi 1er août (13-14 thermidor), la tête de la Déesse de la Liberté, dressée sur la Grand'Place, a été coupée et un bras mutilé. 

 

Le mardi 7 octobre 1795 (15 vendémiaire), le matin, à 6h, la cloche et le carillon du beffroi annoncèrent la "proclamation de la réunion à la France". Lors de la lecture sur la Grand'Place de l'acte de rattachement, les cris de "Vive la République" proclamés par les autorités (municipaux) furent "faiblement et froidement" répétés par les assistants en petit nombre. Le jeudi 19 novembre (28 brumaire), la cloche du beffroi de Tournai et le carillon annoncent la "proclamation des lois contenant la Constitution française". La lecture publique de celles-ci donnée au balcon de la Chambre du Concert (au-dessus de la Grand'Garde) est suivie par à peine une vingtaine d'individus. 

 

On remarque donc que depuis leur arrivée le 3 juillet 1794 (18 mois auparavant), les troupes républicaines françaises se comportent toujours comme une armée d'occupation, souhaitant le rattachement par la force, faisant preuve d'arrogance et même de cruauté. On se demande si la ville de Tournai sera un jour débarassée de ce fléau !...

07:45 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, 1795, republique |