14/06/2010

Tournai : la fin du XVIIIe siècle sous la loupe (3)

Les quatre derniers mois de l'année 1794 vont être marqués par une pression accrue des troupes de la République sur la population tournaisienne et celle-ci va déclencher des mouvements de rébellion et de résistance. Comme lors de toutes les occupations, on découvrira des patriotes et... des collaborateurs.

 

Une première indication nous est donnée par un lettre datée du mardi 3 septembre (17 fructidor de l'an 2) émanant du citoyen Ortaille, datée d'Orchies et adressée au Représentant du Peuple Merlin de Douai, on peut notamment y lire que "les Tournaisiens ne sont pas au pas. L'aristocratie de toute couleur et de tout rang domine, elle remplit toutes les places et cherche à rendre le régime français odieux...". Ces propos trouvent une confirmation dans une autre lettre du jeudi 16 octobre (25 vendémiaire de l'an 2) écrite par le général de division Despeaux, commandant la place de Tournai au Représentant du Peuple Briez : "les habitants de Tournay et de son arrondissement ont bien de la peine à se mettre au pas, il est très difficile d'obtenir dans la commune les ouvriers requis pour les travaux de la citadelle". Il semble donc qu'une résistance passive s'organise.

 

A la fin du mois d'octobre, de nombreuses arrestations d'habitants de la ville sont opérées par les Français. Ce sont, soit des personnes qui refusent en paiement les assignats émis par les "occupants", soit qui tiennent des propos qualifiés d'inciviques par les Représentants du peuple.  La violence de la part des "révolutionnaires" monte d'un cran lorsqu'on fusille à Bruxelles, le dimanche 9 novembre (19 brumaire de l'an 2), deux pères augustins du couvent de Tournay, le père Athanase Mercier, Sous-prieur du couvent des Augustins et le père Gaspart Gobiert, prêtre religieux du même couvent, âgés respectivement de 60 et 59 ans. Il leur a été reproché d'avoir tenus des propos contre-révolutionnaires, de tenter de fomenter une révolte et de vouloir soulever les habitants du pays contre les armées de la République. Ils avaient été dénoncés à Auverlot, l'accusateur public à Tournai par un... autre prêtre ! Il est à noter selon Hoverlant (qui les avait défendus devant le Tribunal de Bruxelles) que TOUS les juges belges votèrent pour la mort, un seul juge français, un dénommé Auger, avait préféré la réclusion jusqu'à la paix générale. 

 

Bien d'autres faits relatifs au paiement tardif de l'impôt seront retenus contre certains tournaisiens, les "républicains" estimant que certains habitants de la cité des cinq clochers mettaient de la mauvaise volonté à apporter leur participations financières aux demandes de la République. Le jeudi 25 décembre (5 nivôse de l'an 2), le général de division Despeaux écrit à nouveau au Représentant du peuple Briez : "je viens de faire conduire à Bruxelles, le nommé Deligne, Chapelain de la Cathédrale de Tournai avec ses registres de comptabilité, j'ai dû le faire arrêter d'après la réquisition du citoyen Auverlot, accusateur publique, en vertu d'un mandat d'arrêt que le tribunal criminel établi à Bruxelles a lancé contre lui. Je trouve que la conduite d'Auverlot est un peu leste, agissant un peu par vindication. Sa réputation n'est pas très brillante parmi le public. Il serait nécessaire que vous établissiez à Tournai, un comité de surveillance. Epurez un peu la municipalité et je serais d'avis que l'accusateur public fut changé". Le jour de Noël a-t-il apporté un peu de sagesse et de clairvoyance à ce représentant français, cela a le mérite d'être clair : même dans les rangs des troupes françaises, certaines voix s'élèvent contre les excès commis par certains des représentants de la République. L'année 1794 touche à sa fin, depuis le début du mois de juillet, la population tournaisienne vit dans la "terreur" ! Comme nous le verrons prochainement, l'année 1795 sera dans la continuité du second semestre de la précédente.

08:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1794, tournai, vie quotidienne |

11/06/2010

Tournai : la fin du XVIIIe siècle sous la loupe (2)

Les troupes républicaines françaises sont donc installées à Tournai depuis le 3 juillet 1794. Si le roi Louis XIV, aimé des Tournaisiens, avait apporté, à la fin du siècle précédent, de grandes améliorations à la cité des cinq clochers, cette fois, c'est sous une véritable dictature que vont vivre les habitants de la cité de Clovis! Qu'on en juge au travers des évènements relevés en ces mois de juillet et d'août 1794. 

 

Le mardi 8 juillet (20 messidor de l'an 2) paraît une ordonnance enjoignant à tous les libraires et imprimeurs de remettre au greffe des prévots-jurés une déclaration des cartes géographiques qu'ils pourraient avoir. Le jeudi 10 juillet (22 messidor de l'an 2) est publiée une proclamation défendant d'arracher les affiches, les marques etc.... sous peine de mort (ni plus, ni moins) afin que les citoyens bien pensants ne souffrent pas de l'ignorance d'icelles. Le dimanche 13 juillet (25 messidor de l'an 2), plusieurs ecclésiastiques et autres sont arrêtés à défaut de billet de déportation. Le couvent des Carmes est indiqué pour la prison. Mardi 15 juillet (27 messidor de l'an 2), tous les citoyens sont avertis qu'ils ne peuvent point paraître sans distinction républicaine tricolore en cocarde ou ruban et qu'au jour de chaque décade, ils doivent mettre à la fenêtre un drapeau tricolore. Vendredi 18 juillet (30 messidor de l'an 2), il est ordonné à tous les habitants de remettre, endéans les 24 heures, à la police dans la cour des halles, une déclaration exacte et signée de tous les étrangers logés dans leurs habitations avec indication des motifs qui les ont amenés ou les retiennent en ville. Samedi 19 juillet (1er thermidor de l'an 2), transfert à Lille de plusieurs ecclésiastiques et religieuses détenues dans la prison du couvent des Carmes. Jeudi 24 juillet (6 thermidor de l'an 2), les scellés sont apposés chez les personnes de toutes castes émigrées avant l'arrivée des français par les membres de l'agence établie pour l'armée du Nord, à l'intervention des citoyens Longueville et Delwart, membres du magistrat. 

 

Ordonnances, interdictions, obligations continuent dans le courant du mois d'août, un mois au cours duquel on voit aussi apparaître la taxation (le terme rançon serait mieux choisi) ! Le samedi 2 août (15 thermidor de l'an 2), les magistrats de Tournai requis par le citoyen Dommange, commissaire des guerres de la république française, demandent au Chapitre de la Cathédrale de fournir, endéans les 24h, mille matelas, mille paires de draps, mille couvertures, mille paillasses et mille traversins sous peine d'être traités comme ennemis de la nation française. Le vendredi 8 août (21 thermidor de l'an 2), l'église de l'abbaye de Saint Médard est réquisitionnée pour servir de magasin. Jeudi 14 août (27 thermidor de l'an 2), tout habitant qui se trouve possesseur de poudre en barrique ou cartouche doit la déposer, dans les 48h, au Séminaire de la ville sous peine d'être traité d'ennemi de la nation française. Les 16 et 22 août, on voit passer un Tournai escorté par des dragons des trésors considérables en provenance d'Anvers et du Brabant, ville et région conquises par les troupes françaises (toutes les richesses partent vers la France) ! Le lundi 25 août (8 fructidor de l'an 2), vingt-cinq voitures chargées de sucre en provenance d'Anvers se rendent à Lille. Le matin, trois cavaliers d'escorte de ce convoi entrent en l'église Saint Quentin, portent un coup de sabre à un tableau et menacent de forcer le tabernacle. Ils sont arrêtés et conduits à la prison des Carmes. Le mardi 26 août (9 fructidor de l'an 2), le citoyen Laurent, représentant du peuple, impose par arrêté à la ville de Tournai et au Tournaisis, une contribution de quatre millions en numéraire à acquitter par les nobles, les prêtres, les privilégiés et les gros propriétaires dans les huit jours. Le jeudi 28 août (11 fructidor de l'an 2), le citoyen Prayé, rue Saint Martin, récolte les versements. On note que la taxation se répartit entre 3.500.000 pour le Grand Clergé, 86.770 pour les Chanoines de Tournai, 6.423 pour les Grands Vicaires, 5.814 pour les Chapelains et autres prêtres, 11.996 pour les couvents, 5.316 pour les Chanoines d'Antoing, 243.167 pour les citoyens et citoyennes de Tournai et 140.694 pour les forains. Le vendredi 29 août (12 fructido de l'an 2) , les religieux de l'abbaye de Saint Médard sont sommés de verser, par anticipation, le somme de 50.000 livres dans les caisses du citoyen Prayé. 

 

Voilà un été qui fut particulièrement chaud pour les Tournaisiens, comme on peut le constater, il est bien loin le temps du roi Louis XIV qui avait été un protecteur de la cité, les troupes républicaines se comportant en envahisseurs taxent, interdisent, s'en prennent au bien de l'Eglise qu'elles détestent, rançonnent, pillent, menacent de mort les opposants. Au travers d'un comportement de brigands de grands chemins, on est en droit de se demander si, avant la "Révolution" de 1789, le pouvoir était détenu par les seuls nobles au détriment du petit peuple, on n'est pas mieux loti après celle-ci avec la rue qui semble faire désormais la loi (peut-on appeler cela tomber de Charybde en Scylla) !

08:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, 1794, vie quotidienne, revolution francaise |

10/06/2010

Tournai : la fin du XVIIIe siècle sous la loupe

Si vous lisez ce blog depuis sa création, vous avez pris connaissance des petits faits qui ont marqué la vie quotidienne de Tournai entre 1935 et 2005. Ces informations était glanées et sélectionnées dans la presse locale. Grâce aux recherches du Chanoine Albert Milet, parues dans les "Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie" de Tournai, nous pouvons remonter bien plus loin dans le temps et obtenir une description de la vie locale à la fin du XVIIIe siècle. Cette étude débute quelques semaines avant la date du 3 juillet 1794 qui verra les troupes républicaines françaises entrer, à nouveau, dans la ville de Tournai après y avoir été chassées seize mois auparavant. 

 

Le jeudi 29 mai 1794 (10 prairial de l'an 2 de la Révolution), un rapport de cinq pages manuscrites est adressé par le Citoyen Pierre-André Lestienne, Lieutenant colonel (ancien avocat à Tournai) au Comité de Salut Public à Paris. Il a été rédigé à Arras en l'Hôpital de l'Egalité et informe les français sur les endroits les plus favorables pour attaquer la place de Tournai. Le dimanche 1er juin (13 prairial de l'an 2), on annonce que le duc d'Yorck est sorti de "Tournay" (orthographe de l'époque) avec une petite escorte et a pris la direction d 'Ath. Il arrive journellement des voitures chargées de vivres et de munitions de tout genre dans la ville de Tournay. Il est dit dans le rapport d'un émissaire qu'une rixe s'est élevée entre les troupes et les Bourgeois, ces derniers souhaiteraient même évacuer la ville si cela était possible. La tension monte peu à peu puisque on apprend que, le vendredi 6 juin (18 prairial de l'an 2), des bourgeois montent la garde et qu'il existe un retranchement du côté de la porte de Lille avec deux pièce de 4 sur la route. Le camp des impériaux est sur la droite de la voie de Lille à Tournay, celui des Anglais et des Hollandais sur la gauche. Cobourg et le prince d'Orange logent à l'abbaye de Saint Martin. Le dimanche 8 juin (20 prairial de l'an 2), les bourgeois les plus riches évacuent leurs meubles et effets par la porte de Bruxelles et le samedi 21 juin (3 messidor de l'an 2), les Hollandais quittent Tournai par la porte de Morel pour gagner Oudenarde (Audenarde). Le dimanche 22 juin (4 messidor de l'an 2), on tremble à Tournay à l'approche des troupes françaises et le mardi 24 juin (6 messidor de l'an 2), les émigrés qui se trouvaient à Tournay chargent leurs bagages et évacuent la ville pour se replier sur Bruxelles. les marchands les plus aisés évacuent leurs magasins et boutiques pour les transporter en sécurité. Le mercredi 25 juin (7 messidor de l'an 2), il ne reste à Tournay que deux bataillons de Grenadiers hessois chargés de faire évacuer le restant de la grosse artillerie, les Anglais ont quitté la ville la veille pour Gand, les Autrichiens auraient même reçu l'ordre de brûler les magasins à l'approche des troupes françaises et d'évacuer totalement la ville. Le samedi 28 juin (10 messidor de l'an 2), la puissante abbaye de Saint Martin est entièrement évacuée, les moines ont pris le chemin de Bruxelles. 

 

Le jeudi 3 juillet (15 messidor de l'an 2), vers 10h du matin, les Français entrent dans Tournay, les cloches du beffroi et de la cathédrale se mettent à sonner mais le général français fait cesser ces tintements. Nous voici donc arrivés au vendredi 4 juillet 1794 (16 messidor de l'an 2), le Préposé de l'Etat-Major de l'Armée du Nord rend compte au Général en chef Pichegru des mesures prises pour l'armement de la place. Les premières mesures sont prises : toutes les armes doivent être remises endéans les 24 h sous peine de mort, la cathédrale et plusieurs église sont fermées, il est interdit de sortir de la ville non muni d'un attestât du magistrat visé par le commandant Blemont et les assignats ont cours en ce qui concerne le militaire. Le lendemain, samedi 5 juillet, le bataillon de Popincourt arrive à Tournai, la garnison plante l'arbre de la liberté, tout citoyen doit absolument s'y trouver pour célébrer cette fête, même les bourgeois y sont contraints. La ville de Tournai est désormais occupée par les troupes françaises. Dans le prochain article, nous détaillerons les principaux évènements qui marqueront cet été 1794 dans la cité des cinq clochers...

08:15 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, vie quotidienne, 1794 |