15/06/2012

Tournai : ce jour-là, le 14 août 1999 (2)

Le dimanche 15 août, les Tournaisiens se réveillent profondément choqués par les évènements de la soirée précédente. Presque tous ont un ami, un collègue, une connaissance qui a été victime du déchaînement météorologique. Le mot est sur toutes les lèvres et les médias le confirment, la ville des cinq clochers a été touchée par une tornade. Ce phénomène n'est pas aussi rare qu'on le croit, chaque année, l'Institut Royal Météorologique en enregistre, dans notre pays, quelques dizaines mais la plupart touchent des endroits inhabités, des champs, des prairies ou des bois causant des dégâts très limités. 

La violence d'une tornade est déterminée par l'échelle, dite de Fujita, qui compte six échelons de 0 à 5. Le porte-parole de l'IRM, vu l'ampleur des dégâts et la distance parcourue, classe celle-ci au niveau 1 (par comparaison, celle qui a détruit le village de Léglise en 1982 oscillait entre 1 et 2). On peut sans trop se tromper estimer la vitesse du vent entre 120 et 180 km/h lors du passage du tourbillon. La tourbillon est né dans le Nord de la France, à proximité du village de Camphin-en-Pévèle, à quelques hectomètres de la frontière belge. Montant progressivement en puissance, il est arrivée à Tournai par la plaine des Manoeuvres et a traversé la ville selon un axe allant du S.O vers le N.E en se heurtant à deux obstacles importants, la cathédrale Notre-Dame et la gare. Il a ensuite poursuivi son chemin passant entre Lessines et Enghien pour mourir au Sud-Ouest de Hal, à proximité du village de Herne dans le Brabant Flamand. Au fur et à mesure de sa traversée de la cité des cinq clochers, son intensité a augmenté, atteignant un paroxysme dans le quartier Nord de la ville et dans le village de Rumillies. 

Durant la nuit, les rumeurs les plus folles se sont mises à circuler : on annonce ainsi que trois personnes ont perdu la vie dans la rue du Bas-Follet, on parle de fuites de gaz du côté de la chaussée de Renaix. Dramatisations inévitables provoquées par le traumatisme subi par les victimes de ce cataclysme. Si ces informations s'avèrent heureusement erronées, on dénombre cependant cinq blessés légers : deux dans le centre de la ville, à la rue Childéric et à la rue Saint-Brice, un à la rue Basse-Couture et deux dans le village de Rumillies. Personnes pour qui l'hospitalisation fut des plus brèves. L'ampleur des dégâts et l'étendue du territoire sur lequel ils sont relevés pouvait faire craindre un bilan très lourd en pertes humaines. 

Un pan entier de toit a été soufflé et est tombé sur un véhicule dans la rue Roc Saint-Nicaise, bloquant totalement la circulation dans cette rue étroite située entre la plaine des Manoeuvres et la Grand'Place, des ardoises, des pierres et des élements de vitraux sont tombés au pied de la cathédrale dont les abords avaient été, heureusement, désertés par les promeneurs, le parc de la place Crombez, planté d'espèces rares, a été totalement dévasté. Des arbres centenaires, un tulipier de Virginie, un ginkgo et des arbustes ont été littéralement laminés par la violence de vent tandis que le hêtre pourpre a échappé au massacre. 

Tout cela n'était qu'un avant-goût de ce qu'on allait découvrir derrière la gare. Les rues du Nord, des Champs, des Brasseurs, de la Basse-Couture, du Bas-Follet, la chaussée de Renaix... ne sont plus qu'un vaste champs de ruines, on aurait dit que le quartier avait subi un bombardement. Le long des voies de la gare, un pylône de 30 mètres a été abattu et gît sur le boulevard Eisenhower, la vaste toiture de l'Union Industrielle est complètement détruite, il n'y a plus d'électricité dans le quartier, les câbles électriques arrachés par la tornade pendent le long des façades, les rues sont jonchées de tuiles, de briques, de pierres, de branches d'arbres, des abris de jardin ont atterri dans les champs, la plupart des voiture n'ont plus de pare-brise, certaines ont subi des avalanches de matériaux divers. Des maisons sont coupées à la hauteur de l'étage, le toit a totalement disparu ou se retrouve sur la rue ou dans le jardin. L'école libre fondamentale du Sacré-Coeur n'a pas été épargnée, son toit est détruit et ses préaux envolés. Symbôle du quartier des Vendéens, l'immense statue du Christ surmontant l'église du Sacré-Coeur a fait face aux éléments et semble continuer à veiller sur le quartier !

Toute la nuit et durant la journée de dimanche, les pompiers doivent sécuriser les immeubles, ils ont fait appel au renfort de leurs collègues d'Antoing et de Mouscron, la Protection Civile étançonnent des façades, fait tomber les murs chancelants, l'armée déblaie les routes, les volontaires de la Croix-Rouge tentent de réconforter une population démoralisée. De Belgique et de France, les équipes de radio et de télévision arrivent sur les lieux précédant les inévitables adeptes du "tourisme-catastrophe", venus en voiture, parfois de très loin, avec leur frigo-box, avides de sensationnel, tout heureux d'avoir leur distraction favorite en ce dimanche de l'Assomption, contemplant, sans complexe, le malheur des autres.

Le vieux cimetière du Nord offre un spectacle affligeant, tous les arbres ont été abattus, le toit du porche d'entrée n'existe plus, presque tous les monuments sont couchés, des croix emportées par le tourbillon sont parfois retrouvées quelques centaines de mètres plus loin, couronnes et pots de fleurs ont été aspirés par Eole déchaîné et sont, sans doute, retombés bien loin. 

Il faudra une semaine pour sécuriser et bâcher les 462 immeubles touchés par la tornade, la Protection Civile a installé un PC de crise sur le parking du garage Volvo, au boulevard Eisenhower. Le Ministre-Président de la Région wallonne, Elio Di Rupo, accompagné par le Ministre de l'Intérieur rendront visite aux sinistrés, le mardi. Le quartier nettoyé, ce sera au tour des agents d'assurance de le parcourir de long en large pour l'estimation des dégâts, ils se chiffreront en millions de francs. 

Peu à peu, la vie reprend, des entreprises viennent reconstruire, effacer les cicatrices d'une nuit infernale mais, si le quartier a repris son aspect normal, depuis ce 14 août 1999, dès qu'un temps orageux se profile à l'horizon et que le vent se met à monter, à Tournai, plus qu'ailleurs, on guette avec inquiétude le ciel en espérant qu'il ne nous tombera plus sur la tête.

(S.T.)

09:38 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, tornade, 14 août 1999, dégâts |