09/03/2015

Tournai : le siège de 1340 (2)

Un siège de huit semaines.

A la fin du mois de juillet 1340, les Alliés resserrent peu à peu leur étau. 

Les Anglais et les hommes du comte Robert d'Artois sont établis à la porte "Saint-Martin". On dénombre 200 chevaliers, 4.000 hommes d'armes et 9.000 archers.

Les Flamands de Jacques Van Aertevelde, au nombre de 60.000 communiers, se trouvent face à la porte de la "Sainte-Fontaine" appelée par la suite des "Sept-Fontaines" (actuel boulevard Léopold) et de la porte d'eau (le Pont des Trous). Ils occupent les deux rives de l'Escaut.

Le comte de Hainaut avec 2.000 hommes et les Hollandais forts de 20.000 hommes sont proches des Anglais à la porte "Saint-Martin".

Au Pont-à-Rieu campent le duc de Brabant, 400 chevaliers et 20.000 communiers de Bruxelles, Louvain, Malines et Anvers.

Sur la rive droite de l'Escaut, on retrouve quelques troupes commandées par le duc de Gueldre, le marquis de Brandebourg et le comte de Bergues.

Les premiers assauts auront pour cadre la "porte de Lille", la porte de la Sainte-Fontaine et le Pont des Trous. Les assaillants sont soutenus dans leur action par sept gros engins lançant de lourdes pierres décrites comme "des grés trois fois gros comme la tête" depuis la porte Coquerelle et par une batterie flamande située aux Prés Porcins (actuelle avenue de Maire) où campe Jacques Van Aertevelde. La cité n'est pas en reste, elle place des engins du même type au Bruille (actuel quartier du Château), à la porte Blandinoise, face à l'église Sainte-Marguerite (derrière la porte de Lille) et à la rue des Ingers.

A propos de ce siège, les historiens racontent maintes anecdotes mêlant petits faits et parfois même le merveilleux et dont la véracité n'a pu être vérifiée :

Un aventurier, prétendant être ingénieur, proposa au comte du Hainaut de mettre le feu à la ville en envoyant par-dessus les murailles des chats à la queue desquels une étoupe poissée enflammée aurait mis le feu aux toits de chaume communiquant ainsi l'incendie de maison en maison. On rassembla tous les chats qu'on avait pu trouver et on les enferma dans l'église de Kain. Quant à l'ingénieur chargé de la mise en œuvre du plan, ayant reçu ses cent écus d'or, il disparut avant de le mettre à exécution.  

Les Gantois, membres du diocèse de Tournai à l'époque, avaient le privilège de porter la statue de Notre-Dame lors de la grande procession de septembre, les laïcs flamands ayant refusé d'effectuer cette démarche, ils envoyèrent donc quatre dominicains se présenter à la porte de la Sainte-Fontaine pour offrir leur présent,: une riche couverture pour la châsse de Notre-Dame. Les Tournaisiens refusèrent ce cadeau en rappelant que l'évêque du diocèse avait excommunié les Flamands. Face à ce refus, les dominicains se mirent à pleurer à chaudes larmes, pour les consoler, on prit la couverture mais on leur interdit l'entrée dans la cité.

Un gentilhomme de l'armée d'Edouard III avait promis à sa dame qu'à la première ville française qui serait assiégée, il lancerait un trait contre chaque tour ou qu'il mourrait. Monté sur son cheval, il entreprit le tour de l'enceinte communale. Il décocha son premier trait sur la porte de la Sainte-Fontaine, traversa l'Escaut et tira ainsi sur chaque tour. Ayant presque accompli le tour de la ville assiégée, à hauteur de la dernière porte, la porte Blandinoise, il reçut un coup d'arbalète qui le blessa à mort. Passant devant la porte de la Sainte-Fontaine où il avait débuté cette promesse faite à sa dame, il rejoignit le camp et alla expirer dans la tente du roi. Le "carreau" qu'il avait lui-même retiré fut envoyé à la dame sur sa demande.  

Lors d'un violent assaut qui dura toute une journée face au Pont des Trous, plusieurs assaillants flamands virent soudain la Vierge, qui volait, d'une démarche légère sans toucher la muraille, traversait le pont une épée flamboyante à la main suivie d'une légion de jeunes soldats ailés. La nouvelle se répandit rapidement parmi l'armée flamande terrorisée et, au grand dam de Jacques Van Aertevelde, celle-ci retira sa flottille qui tentait de pénétrer dans la cité par le fleuve.

Alors que la famine commençait à menacer Tournai, les troupes alliées manifestèrent des signes de lassitude. Ce sont surtout les Brabançons qui, les premiers, commencèrent à montrer des signes d'infidélité à la cause des Alliés. On rapporte que Jacques Van Aertevelde condamna de nombreux hommes pour désertion ou trahison. Un ménestrel brabançon qui avait chanté au pied des murailles et à qui un Tournaisien avait répondu fut condamné. Un clerc brabançon fut condamné à mort et enfermé dans un tonneau hérissé de clous à l'intérieur qu'on fit rouler du haut du mont de la trinité (Mont Saint-Aubert)...

Voyant le siège s'éterniser, le roi de France recourut aux bons offices de sa sœur Jeanne, mère du comte du Hainaut. C'est elle qui provoqua la conférence d'Esplechin, petite bourgade située au sud de la ville à deux pas de l'actuelle frontière française. Celle-ci se tint dans l'église et décréta, le 21 septembre 1340, une trêve d'un an qui fut par la suite reconduite.

Dès que la nouvelle fut connue en ville, toutes les cloches églises sonnèrent. Jusqu'alors lorsque la "Bancloque" ou le "Vigneron" sonnaient, c'était pour appeler les habitants aux murailles, cette fois, les Tournaisiens laissaient éclater leur joie. L'évêque, Mgr. André de Ghini Malpiglia célébra un office pontifical suivi d'une procession solennelle. La ville fut illuminée, le vin servi à profusion sur la Grand-Place et des chants de victoire montèrent des différents quartiers de la ville. On organisa, durant des jours, des joutes et des tournois.

On allait assister à une renaissance de la cité des cinq clochers. En reconnaissance de cette résistance, le roi de France annula le décret de 1332 et rendit à la Ville tous les droits qui lui avaient été enlevés à l'occasion de celui-ci. 

(Sources : "Histoire de Tournai et du Tournésis" de Chotin - "Histoire de Tournai" de Paul Rolland.

S.T. mars 2015.