14/06/2012

Tournai : ce jour-là, le 14 août 1999 !

Nous avons, jusqu'à présent, analysé l'actualité des années 1900 à 2005, un siècle d'évènements politiques, économiques ou sportifs rapidement survolé. Nous ouvrons une nouvelle rubrique, celle des évènements qui marquèrent la mémoire collective des Tournaisiens, instants de vie qui restent, à tout jamais, gravés dans le coeur des témoins des faits.

Nous sommes en 1999, à quelques mois du passage à l'an 2000 pour lequel, certains prophétisent déjà un "bug" informatique mondial. En cette veille de 15 août, fête de l'Assomption, tout se déroule normalement à l'ombre des cinq clochers, selon une habitude bien établie, les ménagères sont allées faire leurs emplettes au marché du samedi, l'après-midi, profitant du beau temps, certains ont profité pour sacrifier aux joies du jardinage ou de la balade. 

Vers 19h00, le ciel s'est progressivement assombri. Annonciatrice d'un probable orage, une barre noire est apparue peu à peu au sud de la ville, sur la France toute proche. Vers 20h45, avec mon épouse, nous revenions de Templeuve, les cinq clochers se détachaient, au loin, sur un ciel d'un noir d'encre. A peine étions-nous rentrés que de ces lourds nuages s'échappèrent de véritables cataractes. En peu de temps, l'avenue des Peupliers se transforma en une rivière féroce qui dévalait des champs emportant une boue jaunâtre, sautant par-dessus les avaloirs totalement incapables d'ingurgiter une telle quantité d'eau et s'étalant en un étang de boue dans la rue Saint-Eleuthère. A la pluie diluvienne vint, soudain, s'ajouter de très violentes rafales de vent, force invisible qui faisait plier la tête des peupliers qui nous entourent, jardinier imaginaire qui agitait les arbres et massifs de fleurs comme pour les arracher. Vers 21h30, les éléments se calmèrent aussi soudainement qu'ils n'étaient apparus, au loin, par-delà la frontière française, on pouvait même déjà apercevoir quelques trouées dans les nuages, distillant timidement l'une ou l'autre frange de ciel d'azur. 

La maison maternelle étant située au boulevard Bara, face à la plaine des Manoeuvres, nous nous y sommes rendus en voiture afin de nous assurer qu'elle n'avait pas trop souffert de ce brusque déchaînement météorologique. Jusqu'à la Porte de Lille, le voyage s'effectua sans encombre, si ce n'est que l'eau dégringolait le boulevard Léopold pour inonder le rond-point de l'Europe, situation ordinaire qui se présente régulièrement lors de fortes averses. Le spectacle qui s'offrit à nous, lors du passage de la Porte de Lille, fut apocalyptique, dantesque, digne de ces films dont Hollywood raffole. Quelques tilleuls n'avaient pas résisté à la force du vent et étaient couchés sur le boulevard Bara, nous obligeant à emprunter l'avenue des Frères Rimbaut, le chapiteau des festivités de la Ville n'était plus qu'un vague squelette, quelques tubes de sa structure métallique se dressaient encore, tordus par la colère d'un Titan qui aurait voulu le voir disparaître, ses toiles déchirées en de multiples lanières pendaient lamentablement dans le feuillage des arbres, voiles désormais inutiles d'un bateau à la dérive, le reste de la structure jonchait les différentes voies de circulation, certains élements étant même allés se ficher dans les portes des trois garages situés entre les immeubles portant les n° 32 et 33, mortelles flèches d'argent décochées par un archer devenu fou.

Miracle car aucun véhicule ne circulait à ce moment-là sur un boulevard emprunté chaque jours par plusieurs milliers de véhicules, miracle encore car aucune voiture stationnée devant le domicile du propriétaire n'avait été touchée, miracle surtout pour ce couple de touristes étrangers qui avait fait halte dans la cité des cinq clochers et avait stationné le mobilhome sur la plaine à proximité du chapiteau, ils expliquèrent que pendant une ou deux minutes, ils avaient tangué au point qu'ils pensèrent que le véhicule allait se retourner ou pire encore être emporté par les éléments en furie. Surpris, les habitants commençaient à sortir de chez eux et à constater l'ampleur des dégâts. 

Depuis la plaine, un premier regard sur la maison de ma mère ne me permit pas de découvrir d'éventuels dégâts, elle semblait même avoir bien resisté au choc et être intacte, erreur d'appréciation probablement provoquée par le soir qui tombait et gommait les détails. En pénétrant dans l'immeuble, j'allais de surprise en surprise, à l'arrière, la véranda était trouée, quelques tuiles avaient transpercé la verrière. Les fenêtres de la façade arrière étaient brisées ou étoilées par les nombreux impact "d'objets volant non identifiés", dans le grenier, une rangée complète de tuiles, de la corniche jusqu'au faîte du toit, s'étaient faite la malle laissant apercevoir un ciel nocturne magnifiquement étoilé. Comme chacun le ferait dans ces cas-là, j'ai donc fait appel aux pompiers pour bâcher les parties découvertes. Il me fallut réïtérer l'appel plusieurs fois, et lorque j'eus enfin l'opérateur au bout du fil, il me promit de passer le plus rapidement possible. Dans l'attente de leur venue, je me mis donc à ramasser le verre brisé, à replacer, tant bien que mal, les tuiles intactes que je pouvais récupérer, à étendre sur le sol du grenier de grandes feuilles de plastique afin d'éviter qu'une nouvelle averse ne vienne provoquer des dégâts supplémentaires et ensuite, j'attendis (vainement) les services de secours. Régulièrement, je voyais passer des véhicules aux clignotants bleus, finalement l'un d'eux s'arrêta à ma hauteur et le chauffeur me conseilla de me rendre à la caserne de la rue Perdue afin d'obtenir une bâche plastifiée car ils ne pourraient venir avant plusieurs heures vue l'étendue des dégâts. Celle-ci fut mise en place par mon épouse et moi-même et vers 1h30 du matin, nous sommes repartis vers la maison, non sans faire un détour par la ville et découvrir avec effarement une situation beaucoup plus catastrophique qui relativisait les quelques dégâts que je venais de subir.

(à suivre) 

11:31 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, tornade, catastrophe, 13 août |