18/01/2017

Tournai : l'élargissement de l'Escaut, acte I - scène 1

Le prélude au grand bouleversement !

Enfin diront certains, hélas penseront d'autres : nous y voilà ! Dans quelques jours, le 23 janvier précisément, le pont Notre-Dame sera mis en position haute et sera ainsi interdit à toute circulation pour une dizaine de semaines. Même si sa rénovation est prévue de longue date et est indépendante du projet qui a fait couler beaucoup d'encre, ces deux dernières années, à Tournai, pour certains, ce chantier représente le prélude aux grandes manœuvres découlant du projet Seine-Nord que la France ne semble pourtant pas décidée à rapidement mettre en oeuvre puisque le "Journal Officiel", l'équivalent de notre Moniteur Belge, reste muet à ce sujet.

Attendus par ceux qui y voient un intérêt économique certain, redoutés par les habitants du quai Saint-Brice qui vont connaître un rabotage maximum de leur voirie, espérés par les adeptes de la modernisation et regrettés par les amoureux de l'image "éternelle" de Tournai, ces travaux annoncent ceux qui, de la halte nautique au Pont des Trous, vont défigurer Tournai pendant trois ou quatre années. Avec la cathédrale dont l'énorme chantier a débuté, il a près de quinze ans, avec le quartier cathédral qui n'est pas entièrement terminé (des finitions sont encore nécessaires) et avec tous les projets prévus pour cette année et dont nous avons parlé précédemment, le Tournaisien ne doit pas s'attendre à promener tranquillement dans les rues de sa cité au cours des années à venir.  

Les opposants au projet d'élargissement de l'Escaut semblent croire que jamais des travaux aussi importants n'ont été réalisés par le passé sur le fleuve. Sans remonter jusqu'à Louis XIV qui a profondément modifié le visage de l'Escaut dans sa traversée de la ville, nous avons retrouvé des documents photographiques extraits de la presse locale durant le XXème siècle qui prouvent le contraire.

Sur le premier document datant de 1910, découvert dans le "Courrier de l'Escaut" par ce dénicheur d'archives qu'est mon ami Jean-Paul Foucart, on peut voir un remorqueur passant sous le Pont-à-Pont, encore appelé Pont-aux-Pommes, un bateau obligé de coucher sa cheminée. Le pont ne ressemble en rien à celui qu'on connaît aujourd'hui et qui est appelé à disparaître prochainement (photo 2 de 1954)

1910 Tournai le pont aux pommes.JPG

1954 Tournai Pont à Pont.jpg

Entre 1910 et 1920, le pont levant Notre-Dame présente une structure bien différente de celle qui est la sienne aujourd'hui.

Tournai Pont Notre-Dame début du XXe siècle.jpg

1963 Tournai Pont Notre-Dame.jpg

Un document de 1936 montre un Pont des Trous nettement différent de l'actuel.

1936 Tournai le Pont des Trous.jpg

Tournai Pont des Trous années 50.jpg

Même le Pont de Fer a subi de profondes modifications, il se trouvait jadis dans l'axe de la rue du Château et lors de sa reconstruction, après la guerre, il a été érigé à l'endroit actuel en prolongement de la rue du Cygne.

Tournai Pont de Fer au début du XXe siècle.JPG

Tournai Pont de Fer avant 1940.jpg

le pont de fer avant la seconde guerre mondiale

1953 Tournai chantier du Pont de Fer.jpg

Une ancienne lithographie présente le Pont de l'Arche, à Saint-Jean, qui a totalement disparu pour permettre la navigation moderne. 

1954 Tournai Pont de l'Arche.jpg

Les quais aussi ont été profondément modifiés, il suffit de se rappeler les importants travaux réalisés dans les années soixante au Luchet d'Antoing.

1956 Tournai Luchet d'Antoing.jpg 

Le Luchet d'Antoing en 1956

1961 Tournai Luchet d'Antoing.jpg

la dernière péniche déchargée sur l'ancien quai du Luchet d'Antoing en 1961.

1964 Tournai Luchet d'Antoing.jpg

le Luchet d'Antoing en 1964

Conclusions.

Comme on le voit, une ville vit, évolue, se transforme. Son visage est sans cesse remodelé au fil des siècles. L'important n'est pas de figer sa structure pour des millénaires mais de conserver, avant tout, intacts les témoignages de son riche passé. Il y a vandalisme lorsqu'on touche au patrimoine de la cité. En cela, nous rejoignons les arguments émis par les opposants au projet de transformation du Pont des Trous. La nouvelle mouture proposée pour ce dernier alliant le côté massif des tours moyenâgeuses à la dentelle ultra moderne des fines arches (même si la structure reste en pierre comme cela a été souhaité par les Tournaisiens) choque les amoureux de Tournai et l'Optimiste, défenseur de sa ville natale et de son patrimoine, est forcément de leur avis. Il faut être Tournaisien pour comprendre cela !

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L'économie primant sur le tourisme, l'Escaut, à Tournai, ne sera jamais un long fleuve tranquille

(photos : "Le Courrier de l'Escaut" - presse locale - collection de l'auteur)

S.T. janvier 2017

13/04/2016

Tournai : l'Escaut, on a touché le fond !

Intéressant débat sur No Télé mais aussi sérieuse étude de caractères !

Afin d'éviter tout malentendu, précisons qu'en titre, nous parlons bien du fond du problème et non de celui du fleuve qui sera toujours de 2m60 pour les bateaux qui y naviguent.

Combien de Tournaisiens (et de Tournaisiennes) ont suivi sans s'énerver, l'âme sereine, l'intéressant débat que la chaîne communautaire "No Télé", à propos de l'élargissement de l'Escaut, avait, ce mardi 12 avril, programmé ?

Au cœur d'une cité dans laquelle la société Casterman a donné à la bande dessinée ses lettres de noblesse, c'est légèrement amusé, que j'ai regardé cette Xème empoignade tout aussi stérile que les précédentes.

Là où ils sont désormais, Réné Goscinny et Albert Uderzo ne m'en voudront pas de transformer cette royale soirée (ou pantalonnade de démocratie) en une aventure de leurs héros légendaires : "Astérix et Obélix au royaume des Francs saliens".

Les acteurs.

Il y avait en présence, pour ce nouveau scénario, l'armée romaine, tout au moins, César Imperator (Loyaers) et quatre centurions formant sa garde rapprochée et opinant sans cesse du bonnet lorsque leur chef prenait la parole. Je me suis dit : "Que voici une armée disciplinée qui affiche même le léger sourire de ceux qui pensent "cause toujours, nous ne changerons pas d'avis. Que cela soit écrit et accompli"

Face à eux, une troupe d'irréductibles Gaulois emmenée par Astérix (Benjamin Brotcorne), Obélix (Eric Van Overstraeten) et Assurancetourix (Daniel Barbez), le barde chantre de notre belle Wallonie Picarde. Ils parlaient au nom des nombreux Tournaisiens qui ont rejoint le collectif et dont une petite partie les accompagnaient mais aussi au nom d'une majorité, jusqu'ici silencieuse, qui commence sérieusement à se poser des questions face à une attitude qu'on pourrait qualifier de dictatoriale dans le chef des représentants de la Région Wallonne. L'Escaut n'appartient peut-être pas aux Tournaisiens, comme l'a déclaré dernièrement César, mais le sol doit lui être cédé s'il veut modifier le cours du fleuve.

Au centre, discrets, presque gênés d'être là, se demandant ce qu'ils étaient venus faire dans cette galère, un quintet de Druides censés représenter la sagesse de ceux qui savent et détiennent le pouvoir (à moins que celui-ci soit désormais exercé à Namur, la toute puissante Rome) ! Depuis le début, ils semblent même se plier aux injonctions de Rome et n'ont jamais défendu, avec réelle vigueur, la pierre à la halte nautique au lieu de ce bois dont on voit dans quel était il se trouve au quai des Salines et la nouvelle passerelle reliant le quartier Saint-Piat à celui de Saint-Jean. On avait vu dans le reportage un Stefaan Declerck, alors bourgmestre de Courtrai, s'opposer à la région flamande avec pugnacité, chez nous, on préfère la jouer tête basse, c'est "dramatix" et vraiment pas "comix" !

Drame ou roman comique ?

Deux reportages furent projetés afin de mettre en concurrence les arguments des uns et des autres. On comprit très vite que quelques points allaient être synonymes de friction car rien n'avait évolué depuis la séance qui s'était déroulée en l'Hôtel de Ville, un mois auparavant. Rien, le mot n'est pas très juste puisqu'il y a eu la parution sur Internet (ce papyrus des temps modernes) d'une vidéo de Panoramix, le druide faisant fonction défendant, à titre personnel, les propositions venues d'une région lointaine.

Les Gaulois opposèrent à César des arguments voulant éviter le massacre annoncé des quais de Tournai par l'élargissement de fleuve à 27 mètres, souhait des experts de la Région Wallonne, au lieu des 23 mètres préconisés par le collectif local. Quelques expressions malheureuses mais volontaires eurent le don d'énerver d'emblée le fier empereur romain, déjà fort agacé d'être ainsi contesté, lui qui semble plus être un homme habitué (dans ce dossier, tout au moins) à prononcer des ukases qu'à trouver ce bon vieux compromis à la belge, pourtant bien connu même au-delà de nos frontières. Son attitude impériale, autoritaire, voire dédaigneuse des Tournaisiens a probablement énervé plus d'un téléspectateur (dont j'étais) même si on doit lui reconnaître, en toute honnêteté, un travail considérable pour rendre accessible cette voie d'eau nécessaire au développement économique non seulement de notre région mais aussi de la Wallonie à des bateaux de la classe Va (110 mètres de long et 11 mètres de large).

Chacun campa sur ses positions, il a manqué la potion magique à Astérix et Obélix pour ne faire qu'une seule bouchée... des arguments de leurs pourfendeurs !

Quand ce fut au tour des Druides de parler, eux qui représentaient les cinq tribus habituées à récolter les voix de la population, on sentit une gêne aux entournures, un mal-être, il fallait ménager la chèvre romaine et le chou (gras) tournaisien. Il est toujours bon d'assurer ces arrières. Par Toutatis, qu'il est difficile de bien se faire voir des uns et des autres quand tout les opposent ! 

Beaucoup de ceux-ci ont probablement penser : "Comment résoudre cette quadrature du cercle ?".

Parmi ce comité des Sages, la gente féminine était majoritaire. Marie-Christine, manipulant ses papiers afin de trouver des réponses aux demandes, a semblé bien souvent louvoyer entre le point de vue du SPW et celui de la population. Comme Annie Cordix, la chanteuse qui, un jour, partit pour Lutèce, elle devait se dire : "J'voudrais bien mais j'peux point". Face à cette attitude, la caméra s'attarda sur un César regardant dédaigneusement le plafond du studio et buvant du petit lait. L'autre Marie-Christine, la sainte protectrice de la Nature, semblait tiraillée entre l'acceptation de l'autoroute à bateaux qui permettrait de diminuer le nombre de camions sur nos routes (vœux des Ecolos que je partage également) et la défense d'un patrimoine tournaisien qui ne semble pourtant plus en danger puisque le problème du Pont des Trous est, jusqu'à preuve du contraire, résolu. Benoit s'afficha nettement pour l'élargissement maximal afin de promouvoir le développement économique (c'est l'unique crédo de sa tribu). Hélène, quant à elle, botta en touche en disant que ses coreligionnaires était pour l'élargissement (ce que personne ne conteste) mais que pour le reste cela faisait toujours l'objet d'une réflexion. Enfin vint le tour de Panoramix représentant Abraracourcix parti à la conquête économix du pays de Scipion l'Africain. Lui, qu'on a déjà connu mieux inspiré, se retrancha derrière l'avis des experts (de la Région wallonne, il le précise !) mieux qualifiés que lui pour trouver une solution au problème. Pour beaucoup de Tournaisiens Panoramix, représentant officiel des Gaulois qui l'ont élu, a tout simplement endossé le rôle de Ponce Pilate ! Il n'était pas normal qu'il fustige le groupe des Tournaisiens en semblant se réfugier dans le manteau de César.

Le problème de l'élargissement, s'il est réel, ne doit pas non plus être amplifié au point d'en arriver à un tel clash. Il ne concerne finalement qu'une petite centaine de mètres du quai Saint-Brice ? Cent mètres qui risquent cependant un jour de poser un problème de sécurité : quid en cas de venue des services de secours (pompiers, ambulance, SMUR) ? Quid en cas de livraison (remplir une cuve de fuel ne prend pas cinq minutes), des travaux nécessitant un échafaudage ? Quid en cas d'accrochage entre voitures et vélos, les uns et les autres devant éviter les piétons ? On peut juste espérer un peu de tôle froissée et surtout pas de blessés.

En tant qu'ancien Conseiller en Prévention, je préconise toujours le principe de précaution, "mieux vaut prévenir que guérir" et une étude impartiale du risque doit toujours être entreprise. A cet endroit, il faut être malhonnête ou naïf pour ne pas constater que toutes les conditions sont réunies pour créer une zone accidentogène alors que le plan communal de mobilité cherche justement à éviter ce genre de danger dans la cité.

Un vrai Belge dirait : "Faisons un compromis, élargissons à 25m50, voir 26 m et nous assurerons ainsi  la sécurité sur la voie d'eau et pour les piétons sur le quai". Malheureusement, pour sceller un tel compromis, il faut être deux, la légion romaine qui était présente semblait avoir reçu pour instructions : "Soldats vous serez récompensés si vous ne cédez pas face à l'ennemi gaulois". Quant à l'arbitre, il avait pris, depuis bien longtemps, fait et cause pour le club visiteur !

Avant de terminer ce récit, louons le "maître de cérémonix", Manu Guévart, qui sut empêcher que ce débat devienne houleux car, lorsque la caméra s'attardait sur le public, on voyait des gens bouillir sur leur chaise comme au sein d'un chaudron de potion magique ! Heureusement tout le monde est resté digne, c'est à la gloire des représentants tournaisiens.

Je tiens à préciser pour ceux qui me lisent que je ne roule, ni ne navigue (!) pour personne. je ne fais partie d'aucun groupe constitué, je ne défends aucune position politicienne. Je suis un citoyen lambda, amoureux de sa ville natale, qui a horreur des conflits mesquins qui s'éternisent de par la faute de certains, tellement imbus de leur personne, qu'ils ne veulent même pas faire un pas vers l'autre et refusent de signer la "paix des Braves". Il me semble, hélas, que, depuis quelques temps, au sein de notre Wallonie certains ont acquis la fâcheuse attitude de vouloir être "calife à la place du calife" et... it's not good !-

S.T. avril 2016.

17/06/2011

Tournai : le Pont des Trous, saga tournaisienne.

Après les deux articles précédents intitulés "le procès du Pont des Trous" parus en ce début du mois de juin, l'Optimiste entame une série qui reviendra au gré de l'actualité : "la saga du Pont des Trous".

L'enquête publique a été clôturée ce mercredi 15 juin. Les défenseurs du Pont des Trous comme les partisans de sa transformation ont pu s'exprimer et ils n'ont pas manqué de le faire. On pourrait croire que le débat se résume à ces deux positions bien tranchées, toutefois, la presse locale se fait l'écho d'une troisième vision de l'avenir de l'Escaut dans la traversée de la ville des cinq clochers.

"Les Amis de la Citadelle" qui se proclament, à juste titre, défenseurs du patrimoine historique de Tournai, ont lancé une pétition qui a récolté 504 signatures. Leur vision a le mérite d'être claire : pas question de toucher à une seule pierre du Pont des Trous, ils préconisent la solution d'un détournement sur la rive droite. La tour du Bourdielle se dresserait alors sur une île conservant quelques plantations, Tournai aurait comme Paris, sa (toute) petite île de la Cité.

D'autres associations ne s'émeuvent pas à l'idée d'élargir l'arche centrale, c'est le cas de l'asbl Pasquier Grenier, défenseur du patrimoine immobilier de la ville. Pour son Président, si le Pont des Trous, véritable icône aux yeux des amoureux de la ville, doit absolument conserver ses deux tours, la partie centrale n'a qu'une valeur sentimentale importante mais non archéologique.

Pour un autre Tournaisien, Mr. B. Dochy, les trois arches centrales ont déjà fait l'objet d'une reconstruction après la seconde guerre mondiale, à cette occasion, l'arche centrale a déjà été élargie et l'ensemble du pont a été réhaussé de 2m40. Pour lui, créer un contournement par le creusement d'un canal sur la rive droite serait une aberration urbanistique en apportant une destruction du cadre urbain.

Le Courrier de l'Escaut propose dans son édition de ce 16 juin, une projection photographique des deux options. Si on peut avoir une idée précise de ce que représenterait le contournement, par contre, dans le cadre de l'élargissement, il ne conserve pas les deux arches latérales et réduit le projet à une seule arche reliant les deux tours du pont, de quoi faire un peu plus bondir les défenseurs de ce témoignage historique.

Une troisième opinion a été émise, elle émane d'un habitant de Tournai, ancien batelier, qui lui souhaite qu'on ne modifie rien et les arguments qu'il avance sont bien proches de ceux de l'Optimiste. "Le secteur de la batellerie est en crise, le chômage y est important (les jeunes hésitent à reprendre le bateau familial), le gabarit actuel de l'Escaut est largement suffisant pour le transport des marchandises qui s'y effectue". Il est absurde, pour lui, de vouloir accueillir des bateaux du type rhénan dans la traversée de Tournai.

Quelle que soit la solution choisie, le Pont des Trous et son contournement ne représentent qu'un maillon du problème qui va se poser, le bouchon entre le Pont-à-Pont et le Pont de Fer devra aussi faire l'objet d'une étude et de modifications, l'augmentation du trafic fluvial obligera les automobilistes tournaisiens à s'adapter car, et cela est mis en exergue par Mr. Dochy, le pont levant Notre-Dame sera levé plus souvent. L'axe de circulation de la gare à la Grand'Place sera mis en péril. Le contournement amènera également la modification de la structure du Pont Delwart créant des problèmes de circulation sur la ceinture des boulevards. Les écluses en amont (Antoing) et en aval (Kain) devront être reconstruites. Pour deux trois chefs d'entreprise qui rêvent de faire transporter les pierres sur ces immenses péniches et pour quelques économistes qui font miroiter un eldorado pour la ville faut-il lâcher la proie pour l'ombre ? La question est là mais... personne ne semble vouloir se la poser. Quel bénéfice Tournai va-t-il retirer de l'élargissement de l'Escaut ? Quel argent tombera dans l'escarcelle communale ? L'élargissement du fleuve amènera-t-il des milliers de touristes supplémentaires pour venir admirer nos trésors ? Certains me qualifieront peut-être de rétrograde, à ceux-là je réponds que je suis réaliste !

Car qu'on ne vienne surtout pas mettre sur le tapis, l'argument d'une augmentation très sensible de l'économie tournaisienne quand on voit que pour le projet de carrière sur la rive gauche, ces mêmes multinationales basées à l'étranger préfèrent conserver l'usine de transformation à Obourg (Mons) et y transférer, quotidiennement, la matière extraite par train et accessoirement par bateaux. On pouvait créer des emplois à Tournai, cela ne sera pas mais en attendant on aura fait main basse sur un gisement assurant la pérennité du groupe pour une septantaine d'années.

Il y a deux ou trois décennies, Tournai a fait le choix du développement du tourisme, pour cela les habitants de la cité, principalement les commerçants, endurent depuis deux ans et aux moins pour deux ans encore d'importants chantiers et certains quittent le centre-ville pour la périphérie ou mettent tout simplement la clé sous le paillasson.

Comment va évoluer le dossier ? L'administration communale doit transmettre après cinq jours maximum les remarques émises lors de l'enquête publique à la Région Wallonne. Le collège va-t-il émettre un avis par rapport à l'une ou l'autre des options. Il semble que, là aussi, tout le monde ne soit pas sur la même longueur d'onde mais peut-être que la sacro-sainte discipline de parti va faire pencher la balance vers l'une ou l'autre solution. A moins que les responsables tournaisiens, soucieux de bien défendre les intérêts des citoyens, se demandent réellement dans quelle galère la ville de Tournai va se fourrer en acceptant la mise à grand gabarit de l'Escaut sachant que la Lys qui rejoint l'Escaut est, elle, déjà presque navigable pour ces grandes péniches.

Les autoroutes A8 et E42 ont apporté une liaison directe avec la ville des cinq clochers et ses zones industrielles et sont favorables au tourisme, mais l'Escaut à 2.500 tonnes (voire 3.000 tonnes) n'apportera rien de plus que la liaison TGV qui a été construite voici quelques années. Comme les vaches, les Tournaisiens regardent filer les trains, comme les crabes, ils verront passer les bateaux !

L'Optimiste pense que beaucoup d'eau coulera encore sous le Pont des Trous avant qu'un projet soit adopté, à moins qu'il ne soit imposé par une volonté extérieure !

(sources des informations : le Courrier de l'Escaut)

01/06/2011

Tournai : le procès du Pont des Trous (2)

Pour élargir le passage et faire sauter le bouchon de... Tournai, trois projets ont donc été présentés : un large contournement de la ville, un plus petit dans la traversée de la cité ou l'élargissement de l'arche centrale du Pont des Trous.

Un peu comme dans un procès, nous avons, face à face, les parties civiles composées d'industriels et d'hommes politiques communaux ou régionaux qui sont convaincus, à tort ou à raison, que ce projet va amener la prospérité économique pour le Tournaisis et des créations d'emplois dans une région où le chômage reste élevé, voeu pieux que nous devons respecter ! Ils soutiennent l'élargissement de l'Escaut. De l'autre côté, les défenseurs du patrimoine tournaisien, les Amis de la Citadelle et des particuliers soucieux de la protection de témoignage du passé qui oeuvrent pour la sauvegarde de la dernière porte d'eau encore visible en Europe. Au milieu, un juge, la Région Wallonne qui va écouter les remarques des uns et des autres et ensuite trancher car c'est à cela que sert une enquête publique. Remarquons que les dés sont néanmoins pipés car ce juge est également le pourvoyeur des fonds nécessaires à la réalisation de cet énorme chantier. Il serait donc étonnant que l'argument financier ne l'emporte pas sur toutes les autres considérations.

Des trois projets, le grand contournement a déjà été exclu. Partant d'Allain en amont de Tournai, il passerait par le Nord de la ville et rejoindrait le lit du fleuve un peu avant l'écluse de Kain. Des travaux gigantesques à un endroit qui a déjà connu le détournement autoroutier, d'une durée de sept à huit ans sans aléas, des expropriations par centaines et des populations déplacées, un coût exhorbitant et... un bras mort de l'Escaut au milieu de la ville, voie d'eau qui ne serait plus empruntée que par de petits bateaux de croisière fluviale durant la période estivale. 

Le petit contournement éviterait tout simplement le Pont des Trous, débutant au quai Saint-Brice, il empiéterait sur le quai Dumon, réduirait la largeur du quai Andréï Sakharov, nécessiterait la démolition et la reconstruction du pont Delwart et reviendrait dans le cours normal du fleuve avant le pont des Roulages. Il faut, en effet, tenir compte que les virages doivent êtres adoucis pour des convois de 180 mètres de long et 11m40 de large. Avantage de cette solution pour ses défenseurs, le Pont des Trous est sauvegardé, la tour de la Thieulerie se trouve sur une île, on peu même imaginer la création d'un port de plaisance à hauteur du jardin de la Reine, le tourisme y trouve son compte. Inconvénients relevés par les experts de la Région Wallonne : en premier lieu le coût estimé à plus de 40 millions d'Euros et un chantier de longue durée probablement peu apprécié par les riverains habitant les quais concernés. 

Il reste donc la troisième solution, celle qui préconise la modification de l'arche centrale du Pont des Trous. Certains se disent que l'ouvrage ne serait pas profondément dénaturé puisqu'au travers des siècles, le toit qui le surplombait jadis a disparu et que l'arche centrale a déjà subi une modification lors de travaux précédents à la fin des années quarante. Mais l'argument de poids est le coût réduit, selon les estimations des experts financiers, à 12,5 millions d'Euros. 

Ce blog ne traduit pas une opinion personnelle, en toute neutralité, il informe et pose simplement le problème mais force est de constater l'existence du paradoxe suivant, les demandeurs de l'élargissement de l'Escaut, au nom de la crise économique, souhaitent voir réaliser ce projet en faisant miroiter un "Eldorado" pour la ville et ses haitants, les décideurs utilisent souvent la phrase : "Tournai ne peut pas manquer ce rendez-vous important pour sa survie économique", mais les effets de cette même crise économique restreignent le budget à la plus petite capacité. Les opposants rappellent que les bateaux ne font que passer, que l'équipage restreint qui les compose ne s'arrêtera pas pour faire vivre le commerce local, que les patrons carriers qui commercent avec la France exportent leurs produits par le fleuve en le remontant et non en le descendant donc sans devoir passer par Tournai. Ceux qui veulent garder intact le Pont des Trous constatent également que parmi ceux qui appellent à l'élargissement, l'un d'eux demande également, dans le cadre du projet de nouvelle carrière sur la rive gauche du fleuve, la création d'une ligne de chemin de fer pour transporter le matériau extrait vers Obourg principalement par train (transport plus rapide) et accessoirement, quotidiennement, par l'une ou l'autre péniche à partir de Vaulx en amont de la ville.

Tout cela n'est qu'un début car pour rendre le fleuve navigable aux bateau de 2.000 tonnes et plus encore aux 3.000 tonnes qu'on entrevoit déjà, il est aussi mis en exergue qu'il faudra également examiner le problème posé par le Pont à Pont dont il sera peut-être nécessaire de modifier la partie située à l'orée de la rue de Pont, étudier la problématique du pont levant Notre-Dame et sa hauteur d'élévation, on devra nécessairement modifier les écluses d'Antoing et de Kain et les écluses en Flandre. Or, la Lys, élément de cette liaison est déjà pratiquement mise au gabarit souhaité, ne deviendrait-elle pas la voie principale et l'Escaut avec tous les problèmes rencontrés par sa mise en conformité une voie secondaire apportant un développement économique tout relatif aux régions "massacrées" par le chantier.

Voilà, ce que nous savons aujourd'hui de ce projet qui risque de faire couler beaucoup d'encre dans les mois à venir.

Puisque nous avons présenté cela sous la forme d'un procès, celui de cette victime innocente qu'est le sept fois centenaire Pont des Trous, on peut imaginer que certains plaideront donc et diront que Tournai n'a pas grand chose à gagner dans cette hasardeuse aventure, que les touristes ne viendront pas au moyen de grands navires de croisières qui remonteront l'Escaut à partir d'Anvers ou de Gand et que les créations massives d'emplois, à part celles générées par le chantier, sont, pour eux, un leurre. Il avanceront l'argument qu'il vaut mieux que le ville continue à dépenser son argent pour devenir un haut lieu touristique, avec une sérieuse offre de logement pour les visiteurs, avec des monuments rénovés, un service Horeca développé et un accueil parfait (si possible bilingue) afin que ceux qui viennent la visiter puissent faire de la cité des cinq clochers un point de départ pour des excursions à la découverte de la Wallonie picarde, une région qui de Comines à Bernissart et de la région des Collines à Brunehaut possède de réels atouts.

Voilà l'enjeu, toutes les réactions pour autant que les propos ne soient pas outranciers ou insultants et cadrent avec le sujet peuvent être adressés via le commentaire. Ils seront publiés !

 

11:48 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, pont des trous, élargissement |