27 févr.
2017

13:44

Tournai : souvenirs du Cabaret Wallon Tournaisien (4)

Les années noires !

 

Durant la décennie "quatre-vingts", le Cabaret Wallon Tournaisien va vivre des heures douloureuses avec la perte de nombreux membres.

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Albert Coens a laissé des œuvres immortelles.

La dernière fois que j'ai eu l'occasion de converser avec Albert Coens, c'était durant la saison 1983-1984, dans le cadre d'activités footballistiques, à la buvette du terrain B du Racing situé alors au Vert Bocage. C'était quelques mois avant son départ inopiné et rien ne laissait imaginer celui-ci. Il savait que mes préférences penchaient vers les "Rouge et Vert" de l'Union, lui le Racingman convaincu, mais cela n'avait jamais entaché des relations plus que cordiales que nous entretenions lors de nos (trop) rares rencontres. Albert Coens était né à Tournai, le 2 octobre 1926. En 1948, il avait été lauréat du Concours Adolphe Prayez. Il possédait aussi un prix d'excellence de la Classe d'Art dramatique du Conservatoire de Tournai, une maison qu'il connaissait bien puisqu'il en était le Secrétaire tout comme Walter Duvellier le fut. Entré au Cabaret où il restera de 1949 à 1975, il fit les belles soirées de la troupe patoisante tournaisienne grâce à ses multiples talents de poète, chansonnier, auteur de sketches, metteur en scène, régisseur.... Perfectionniste, il en est rapidement devenu une des figures de proue. Sa chanson " L'lapin du Lindi perdu" restera un classique de cette fête tournaisienne du début janvier tandis que son poème "Si..." reprend à lui seul les qualités souhaitées pour entrer dans la Royale Compagnie. On se rappelle le personnage truculent de paysan qu'il a interprété au sein d'une revue, adressant sa "Lette à Moneonque Michel", déclaration contre la fusion des communes dite avec cet humour dont il avait le secret. Ce membre-fondateur de la gazette "Les Infants d'Tournai" dans lequel il écrivait sous le pseudonyme de Titisse, quitta malheureusement le ponton en 1976. Le 30 avril 1984, la rumeur se répandit dans toute la ville, Albert Coens était décédé inopinément. Il n'avait que 57 ans !

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Le 3 juillet 1984 disparaît Richard Leclaire, autre figure marquante du Cabaret.

Richard Leclaire est né à Tournai le 7 juin 1921. En 1956 et 1957, il sera lauréat du Concours Prayez, voie obligée pour frapper à la porte du Cabaret. A l'image de Marcel Roland, il exerçait sa profession dans le monde de la finance puisqu'il était le Directeur de la Caisse d'Epargne de Tournai, une institution aujourd'hui disparue. Il est entré au Cabaret en 1958. Au-delà de ses chansons à succès comme "L'Disco", "Rayon d'Solel", "Si cha s'reot à r'faire" (primée au Concours Prayez) ou "L'planque à roulettes", Richard Leclaire était également auteur de sketches diffusés dans les émissions dialectales de Radio-Hainaut et collaborateur de la gazette "Les Infants d'Tournai" où il publiait des billets sous les pseudonymes de Chapic et Ketsu. En 1968, il créa avec Jean Leclercq, ce qui devint une institution au sein de la compagnie: "L'journal canté", un exercice en duo reprenant, sur un ton humoristique, les faits d'actualité qui se sont déroulés entre deux rendez-vous avec leur public des chansonniers tournaisiens. Avec son épouse, il composa des duos dont les spectateurs se souviennent au sein des revues. Le 3 juillet 1984, deux mois après Albert Coens, le Cabaret perdait un nouveau membre. Richard Leclaire venait de fêter ses 63 ans !

Tournai, cabaret wallon tournaisien

1984 : Lucien Feron fait son entrée au Cabaret, il a choisi pour parrains Réne Godet (à gauche) et Jean-Pierre Verbeke (à droite). 

Lucien Feron est né à l'ombre du clocher de Saint-Piat, le 16 septembre 1939. De cette enfance dans ce quartier typique de la cité des cinq clochers, il avait conservé l'esprit frondeur du "p'tit rambile", expression par laquelle on désigne le titi tournaisien. Lauréat à de nombreuses reprises au concours Prayez durant trois années consécutives, Lucien Feron entre au Cabaret comme aspirant en 1984. On ne compte pas ses succès qui vont déclencher les rires des spectateurs, ils prennent une place de choix dans la collection des œuvres léguées par les chansonniers tournaisiens. "L'cyclotourisse", est un portrait de ces cyclistes du dimanche dont certains se prennent pour des champions de la "petite reine" tandis que d'autres terminent leurs randonnées en "rois des comptoirs". Sa "Lette à Matante Bertha" est une évocation des multiples problèmes tragi-comiques rencontrés lors d'une hospitalisation (des propos toujours d'actualité !). "Chez Meura, i-a vingt ans", est une description précise et emprunte d'émotion du travail des ouvriers métallurgistes qui ont consacré leur carrière et leur vie à faire la renommée d'un fleuron de l'industrie tournaisienne qui venait juste de disparaître. "Quand les lilas fleurissent" contient une brassée de souvenirs personnels dont le personnage central est cette maman qu'il aimait tant et qu'il avait perdue. "Bonheomme" traduit aussi le côté tendre de l'auteur. Cet habitant la rue Roc Saint-Nicaise, vaincu par un mal implacable, est décédé le 20 octobre 1994. Lucien Feron venait de fêter ses 55 ans !  

  

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Lucien Feron (2ème à partir de la gauche) est devenu membre à titre définitif en septembre 1985. On le voit avec les lauréats du concours Prayez. Il était rare à l'époque de voir figurer une représente féminine au palmarès, cet honneur échoit à Josette Lambreth d'Hérinnes, une excellente plume patoisante régionale. Parmi les primés, on reconnaît également deux futurs membres du Cabaret, Rudy Sainlez (le "barbu" au centre) et Max François (le "moustachu").

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Durant cette décennie, la "grande faucheuse" ne semble vouloir pas lâcher la Royale Compagnie. En 1986 disparaît Edmond Roberte. 

Edmond Roberte est né à Maubray, le 18 mars 1920. Il travaillait à Tournai, au sein de la société Electrabel. En 1963, il est primé au Concours Prayez et il entre au Cabaret en 1965. Ses origines villageoises le désignaient sous l'expression "L'paysan du Cabaret". En plus de ses talents de chansonnier et de comédien, il est aussi un excellent musicien, organiste de l'église de son village natal. Il démontrera ses qualités musicales en accompagnant, à l'occasion, Anselme Dachy au piano à quatre mains. Auteur de sketches pour les émissions dialectales de Radio-Hainaut, collaborateur de la gazette "Les Infants d'Tournai" où il publie ses billets sous le pseudonyme d'E. Du Clair, il est également le créateur d'une opérette (aujourd'hui, on parlerait de comédie musicale) intitulée "In Piste !" sur une musique d'Anselme Dachy. On ne compte plus les succès d'Edmeond Roberte, chacune de ses apparitions étaient attendues avec impatience par les spectateurs. On retiendra en particulier : son imitation de Tino Rossi dans sa chanson "Orfroidiss'mint" (sur l'air de Tchi Tchi), "L'organiste", un auto-portrait tout en dérision, "Pianiste", un hommage à ces virtuoses du piano. "L'piston" est un autre de ses très nombreux succès. On le voit encore en sonneur de cloches avec son comparse Richard Leclaire au sein d'une revue. On se rappelle sa reprise du rôle créé par Albert Coens, coincé au volant d'une 2CV à la porte du "Bar des Cigales". On se souvient encore de ce plombier un peu naïf au sein d'une maternité dont un accouchement est marqué par un énorme quiproquo. En me rencontrant, il m'avait un jour déclaré : "Voici l'homme que je croise le vendredi mais que je ne vois jamais", l'explication de ces mots est simple : lui prenait l'autoroute entre Maubray et Tournai (pour assister aux réunions du Cabaret), tandis que qu'au même moment, je faisais la route inverse pour me rendre au cercle Montbrétia duquel j'étais membre. Amoureux de la nature, c'est alors qu'il était occupé à jardiner que, le 12 mai 1986, il est tombé, terrassé par un infarctus. Lui aussi n'avait que 66 ans !

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Eric Genty, lauréat au concours Prayez de 1987, entre au Cabaret. 

La réputation du nouveau membre du Cabaret, entré en 1987, n'était plus à faire. Eric Genty est né à Orléans (F), le 16 octobre 1926, et est arrivé en Belgique à l'âge de 22 ans. Dans ce pays d'adoption, il demandera et obtiendra sa naturalisation. Durant les années soixante et septante, les Tournaisiens le rencontraient dans son magasin de la Grand-Place, à l'enseigne de "Tournai-Disques". Nul n'ignorait alors qu'il était le chanteur de l'orchestre d'Hector Delfosse et la plupart avaient certainement déjà fredonné une de ses chansons : "Le petit chapeau tyrolien", "Ah, si j'étais resté célibataire !", "Oh lala Louise", des succès qui faisaient la joie des réunions de famille ou des banquets de société. Son plus gros succès, celui qui le fera connaître par-delà les frontières, reste "La danse des canards", succès inusable et connu dans tout le monde francophone, interprété par J.J. Lionel, une chanson dont il écrivit les paroles sous le pseudonyme de Guy de Paris. Lorsqu'il entre au Cabaret, il exerce la fonction de huissier à l'Hôtel de Ville. Il fera d'ailleurs une chanson décrivant cette activité professionnelle pleine d'inattendus. On lui doit également "J'décatis, Katy", "Ch'est m'ville", "Mi,j'ai wardé". Eric Genty quittera le Cabaret en juillet 2000.

tournai,cabaret wallon tournaisien

"La chanson des Cinq" termine traditionnellement les séances de Cabaret. On reconnaît sur la photo (de gauche à droite) : Eloi Baudimont - Marcel Roland - Jean-Pierre Verbeke - Ghislain Perron et Jean Leclercq. Cette photo date de 1988. 

1907-1987, le Cabaret est devenu un alerte octogénaire, mais il est... toujours vert. 

(sources : "Florilège du Cabaret", un ouvrage paru en 1982 à l'occasion du 75ème anniversaire de la Royale Compagnie - "Chint ans d'Cabaret" de Pol Wacheul, un ouvrage paru en 2007 - souvenirs personnels de rencontres avec les chansonniers évoqués - documents photographiques : archives de la presse locale - remerciement à Jean-Paul Foucart).

S.T. février 2017

24 févr.
2017

16:08

Tournai : expressions tournaisiennes (397)

Ov'là orvenu l'temps des carnevals !

Ceulle sémaine, pou les carnevals, Edmeond i-a été acater ein feaux-visache et l'tiête d'l'heomme politique qu'i-aveot queusi a fait naîte eine broule dins l'ménache. Queomptez su mi pou vous espliquer quoisqu'i-s'a acore là passé. 

I-aveot décidé qu'pou participer, saim'di, au cortèche à Kain, i-alleot ête afulé tout simplemint in directeur d'Publifin. 

"Fifinne, surtout te n'deos pos t'in faire, cha n'va pos coûter treop tcher, je n'vas pos dépinser des liards pou les vêt'mints et te n'as pos d'raiseon d'ête triste, j'vas seul'mint mette m'costume d'mariache qui m'fait orsanner à ein ministre". 

"A m'mote qu'in l'mettant, te vas ichi avoir l'air fin, te sais bin qu't'as perdu vingt kileos et qu'te flottes d'dins".

"Ch'est de t'féaute, si j'flotte ainsin dins mes mareonnes, ch'est à causse de tous les soucis que te m'deonnes". 

Et ch'est eine nouvelle batale qui v'neot d'commincher, ein conflit, sans ultimatum qui, tout à n'ein queop, i-aveot éclaté.

"T'aveos pourtint toudis dit qu'ceulle ainnée, ch'est l'gille que t'areos fait !"

"Bé justemint, j'n'ai pos foutu d'cacoule, c'jour-là, i-est infin arrivé !".

Fifinne qui a l'cerveau lent et qui a toudis besoin d'eine précisieon, elle n'aveot, acore eine feos, pos du tout compris l'allusieon.

Jusqu'à là, vous l'avez ormarqué, cha orsanneot puteôt à eine guerre de trinchées mais, à c'momint-là, Edmeond ch'est eine véritape beombe qu'i-alleot lachée. 

"J'vas mette des eureos plein les poches de m'jupeon pou mi bin avoir l'air d'ein qui n'vit que pou l'pogneon".

Fifinne elle n'aime pos qu'on touche à les écolomies, elle warde jalous'mint ein p'tit pécule pou asseurer leu fin d'vie. 

L'réactieon elle n'a pos tardé, on l'a intindue berler :

"Holà, comarate, te vas toudis printe des billets d'monopoly comme cha dins les cabarets te n'saras pos finir l'nuit". 

Ch'est à momint-là dusque chez elle, l'franc i-a qu'minché à caire :

"J'comprinds quoisque te vas faire, asteur, te vas osoir, t'es bin seûr, mo bé... queulle affaire !".

"Mi j'pinseos que t'alleos faire l'gille ave les ceusses de Saint-Piat, j'éteos bin leon d'imaginer eine histoire comme cha. A propeos, à vouloir bin jeuer l'rôle du patreon d'Publifin, te n'risques pos aussi d'caire malate saim'di au matin ! Comme d'puis l'début te n'in as jamais minquer eine, on pourreot lir dins l'gazette l'sémaine pochaine : Edmeond, pou l'prumière feos, i-n'éteot pos là, eine heure avant l'départ i-a inveyé ein certificat !".

"T'as tout à fait raiseon, Fifinne, ch'n'est pos fort "éthique" d'orprésinter ein heomme qui s'chucre avé d'l'argint public". 

"Tins, au magasin, l'vindeu i-m'a dit que j'pourreos faire Serge Gainsbourg, que d'ailleurs i-trouveot que j'aveos s'n'allure quançqu'i-m'raviseot à... contre-jour !".

"I-n'a pos tout à fait tort, t'as d'jà comme li les orelles décollées et in puque, ce qu'i-n'sait pos, ch'est qu'ti aussi t'es toudis quervé".

"Mo Dieu, te peux bin rire d'mi, Fifinne, ti, t'es leon d'orsanner à Jane Birkin. Si te viens à Kain avé mi, te pourras tout jusse t'déguiser in Mimi Mathy. Ou bin alors, comme tous les jours te brousses, te n'as qu'à t'attifer in Marie-galousse". 

Les hostilités éteot'ent déclinchées et ch'éteot pos prêt d's'terminer. 

"Attinds, j'vas t'deonner ichi des démisses, te prindras aussi eine boutelle à t'main, ainsin arnicuré d'eine vielle quémisse, ch'est t'rôle pus vrai qu'nature que te moutreras à Kain, te n'devras même pos mette ein feaux visache su t'tiète, i-suffira tout simplemint d'printe t'n'habituel air biête".

On peut dire que cha voleot vraimint bas et mi j'n'aveos jamais intindu cha. 

I-est vrai qu'Fifinne, quançqu'on l'fait bisquer, bin vite s'lanque de vipère elle apparaît mais, pou eine feos, Edmeond i-n's'in est pos ortourné, i-li a dit tout douch'mint, sans s'démeonter :

"L'ceu qui déchire s'nez i-déchire s'visache, ceulle ormarque elle est gratuite !"

"Sache aussi qu'i-veaut mieux printe eine purche qu'eine feimme, l'méd'cine elle passe pus vite !".

I-paraît que ch'est presque tous les jours ainsin mais quançque j'sus à leu maseon, j'active l'frein, pou faire caire l'tinsieon et dévié l'conversatieon. 

"Hureus'mint que pou respecter les traditieons tournisiennes i-a 'cor des des bintes de dévoués, j'ai l'raminvrance des cris et des rires qui retintisseot'ent aux carnevals dins les rues d'no cité. On éteot même obligés d'printe ein parapuie pou s'protéger de l'pluèfe des caneons à confetti. Les infants i-z'aveot'ent l'esquite quançqu'i-veyeot'ent les sinches et les noirs sauvaches du groupe des Déchaînés. On voudreot faire eine confrérie ainsin asteur, on devreot toudis faire bin attintieon, pasque pou ein rien on mécontinte bramint d'associatieons. Aujord'hui, cha n'existe pus l'autodérisieon, on dépose plainte in justice pou ein oui ou pou ein neon. Ch'est vraimint au sièque des p'tits esprits qu'on vit, i-d'a toudis ein pou pinser qu'on s'fout d'li !".

"Dusqu'i-est l'temps des Pierreots et des Colombines, des Cartelettes et des Arlequins, des belles dames in ropes d'crinoline, des Gilles de Saint-Piat et des Pêcheurs Napolitains. J'warde toudis au feond d'm'coeur ce qu'mi j'appelle nos ainnées-bonheur. Te pouveos t'amuser et rire, i-n'aveot jamais quéquein pou t'agonir ".

Mais tout cha n'a pos d'importance pasque cha n'va pos nous impêcher, mes gins, d'faire l'fiête, saim'di après-deîner, dins les rues et su l'plache de Kain".  

(lexique : orvenu : revenu / les carnavals : le carnaval (ce mot est toujours au pluriel en patois) / ceulle : cette / acater : acheter / queusir : choisir / l'broule : la brouille, la mésentente / queompter : compter / quoisque : qu'est-ce que / acore : encore / l'cortèche : le cortège, la cavalcade / afuler : affubler, habiller de manière ridicule, bizarre / tcher : cher, onéreux / les liards : l'argent / orsanner : ressembler / à m'mote : à mon idée, selon moi / ichi : ici / les mareonnes : les pantalons / eine batale : une bataille / commincher (ou qu'mincher) : commencer / tout à n'ein queop : tout à coup / toudis : toujours / foute des cacoules : raconter des mensonges / l'jupeon : ce mot à Tournai désigne le veston / les écolomies : les économies / warder : garder / asseurer : assurer / berler : crier, hurler / comarate : camarade / printe : prendre / dusque : où / caire : tomber / asteur : maintenant / osoir : oser / queulle : quelle / les ceusses : ceux / ête bin leon : être bien loin / jeuer : jouer / minquer : manquer / inveyer : envoyer / orprésinter : représenter / s'chucrer : se sucrer / raviser : regarder / in puque : de plus / quervé : ivre, saoul / avé : avec / jusse : juste / brousser : bouder, avoir l'air renfrogné / attifer : se vêtir mais avec mauvais goût / eine Marie-galousse : une sorcière / des démisses : des vêtements usagés, des habits qu'on ne porte plus / arnicuré : vêtu, attifé / eine quémisse : une chemise / moutrer : montrer / faire bisquer : faire enrager / l'lanque : la langue / ortourné (ou ertourné) : retourné / L'ceu qui déchire s'nez i-déchire s'visache : expression qui signifie : celui qui médit des membres de sa famille fait tort à lui-même / eine purche : une purge, un laxatif / ainsin : ainsi / quançque : lorsque / des bintes : des bandes / avoir l'raminvrance : se rappeler, avoir le souvenir / ein parapuie : un parapluie / l'pluèfe (ou l'plouèfe) : la pluie / avoir l'esquite (ou avoir l'pépète) : avoir peur / les sinches : les singes / bramint : beaucoup / l'sièque : le siècle / de foute de : se moquer / les ropes : les robes / quéquein : quelqu'un / agonir : insulter / après-deîner : après-midi / l'plache : la place).

S.T. février 2017.

16:08 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

22 févr.
2017

09:15

Tournai : souvenirs du Cabaret Wallon Tournaisien (3)

Les golden sixties !

Durant les années soixante, la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien va atteindre le sommet de son art et aussi de sa popularité grâce à "l'Orvue de l'Karmesse", un événement incontournable dont l'immense succès va l'obliger à multiplier les représentations entre le mois de septembre et la Toussaint (et même jusqu'au début du mois de décembre pour les dernières éditions). Vingt-huit revues à grand spectacle ont ainsi été mises sur pied par la troupe des chansonniers tournaisiens entre 1948 et 1975.  En 1982, à la Maison de la Culture, un public estimé à 19.000 spectateurs eut droit à une première revue-souvenir intitulée "Quand ch'éteot l'Orvue". Une ultime édition sera montée, en 2008, dans le cadre de l'année du centenaire, celle-ci résumait les précédentes en reprenant les meilleures scènes.

Jadis, Albert Coens et Eloi Baudimont écrivaient la presque totalité des sketches, sacrifiant, chaque année, leurs vacances à la recherche de gags, de quiproquos, de situations comiques qui déclenchaient les rires des spectateurs. Un travail méticuleux car il faut savoir que chaque scène avait son décor et aussi ses costumes. 

Les titres étaient toujours en rapport avec l'actualité de l'année : "Cha ch'est bazar" (l'année de l'ouverture de la grande surface de la rue de la Tête d'Or en 1962),  "Féaut caire d'ssus" (l'année du premier alunissage en 1969), "Ein point, ch'est tout" (l'année des élections en 1970), "Tout feu, tout femme" (à l'occasion de l'année de la femme en 1975)... Avec la participation des ballets de Mme Vercauteren, de l'orchestre du Cabaret dirigé par Anselme Dachy mais aussi avec les renforts d'Angélina Delcourt, Arlette Décarpentrie, Jacqueline Jardez, Jacqueline Perron, Anna Rivière, Anna Roberte, Raymonde Voiturier, de l'épouse de Richard Leclaire, de Robert Léonard, Léonard Rivière, Gaston Voiturier, Christian Bridoux (déjà !) et bien d'autres, c'étaient plusieurs dizaines de rôles qui occupaient la scène durant près de quatre heures. La revue "Tout feu, tout femme" fut jouée à vingt-huit reprises et vue par plus de 14.000 spectateurs. Un spectacle d'amateurs qui laissait rêveur certains professionnels ! 

 

1966 RCCWT Jojo et Nénesse.jpg

1966 : Jojo (Lucien Jardez) et Nénesse (Marcel Roland), deux compères qui apparaissaient entre les différentes scènes des revues. 

Jojo et Nénesse, les deux amis ont vraiment été mis à toutes les sauces. On les a vus agents de police (notre photo), écoliers en culottes courtes (l'année de l'apparition de l'enseignement rénové), colleurs d'affiches (l'année des élections), astronautes (l'année où le premier homme a posé le pied sur la lune), aéronautes, adeptes du sauna et même transformés en femmes (lors de l'année de la femme)...

Comme je l'ai dit, j'ai eu la chance de connaître dans ma jeunesse Edmond Godart et Georges Delcourt, en tant que voisins, j'ai aussi eu le plaisir de travailler en compagnie de Marcel Roland. Directeur d'agence à la Banque de Bruxelles, sa popularité et sa gentillesse lui ont amené de nombreux clients, tout heureux d'être conseillés par "Monsieur Nénesse" du Cabaret. Ce sympathique chansonnier était né le 20 juin 1921 à Tournai. Lauréat du Concours Prayez en 1953 avec sa chanson "L'Parc communal", il devint membre du Cabaret en 1959. En tant que directeur d'agence bancaire, c'est logiquement qu'il fut nommé au poste de Trésorier en 1980. Auteur de chansons, il était surtout un remarquable interprète qui vivait ses textes sachant transmettre son émotion au public ou déchaîner les éclats de rire dans la salle. On le voit encore sur le ponton interpréter : "La vie tournaisienne" ou "M'pétite école", compositions personnelles ou bien "L'Maclotte" de Fernand Colin, "L'Crasse pinte" de Léopold Kain, "On Minche bin à Tournai" de Georges Delcourt ou "Ein scandale au roduit "d'Adolphe Prayez. Marcel Roland qui demeurait à la rue Royale nous a quittés en 2000. 

 

1966 RCCWT Lundi Perdu.jpg

1966 : Lundi perdu, la tradition a été respectée, Anselme Dachy, l'accompagnateur des chansonniers (à côté de Lucien Jardez), est le nouveau roi de la société tandis que Walter Duvellier en est "l'seot" (à côté de Robert Pollet). 

Je risque de me répéter en disant que je rencontrais souvent Walter Duvellier puisque celui-ci a également habité dans une résidence du boulevard Bara, à deux pas de chez Georges Delcourt. Il était né le 3 avril 1903 à Chalon-sur-Saône (France). C'est en qualité de violoniste, musicien d'orchestre, qu'il est entré au Cabaret en 1924. A cette époque, les chansonniers n'étaient pas seulement accompagnés d'un pianiste, comme ce fut le cas par la suite, mais par un orchestre complet. Il a exercé la fonction de Trésorier de 1954 à 1959 et a été Vice-président de 1965 à son décès survenu le 14 mai 1974. Walter Duvellier exerçait la profession de Secrétaire au conservatoire de Musique. Au sein de la Compagnie, il était un interprète des chansons humoristiques puisées dans le répertoire des anciens. "L'fier à r'passer" semble être le seul monologue écrit par lui.

 

1966 RCCWT grand cabaret.jpg

1966 : Lors d'un "Petit Cabaret", Louis Urbain s'avance vers le micro, au piano, on retrouve Anselme Dachy, au premier rang (de gauche à droite) Edmond Godart - Lucien Jardez - Walter Duvellier. Au second rang : Eloi Baudimont - Albert Coens - Jean Leclercq - Robert Delvigne (?).

 

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1966 : Sous le titre "Le Cabaret part en vacances", les joyeux chansonniers tournaisiens annoncent leur spectacle du 12 mars en la Halle-aux-Draps. On reconnaît au centre du second rang Georges Delcourt et son épouse Angélina. Au premier rang, à droite, un des derniers entrés : Edmond Roberte. 

1967 RCCWT soeurs de charité.jpg

Depuis toujours, la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien prête son concours à des œuvres philanthropiques. Les chansonniers se produisent à titre gratuit pour des associations caritatives ou a finalité sociale. On voit ici quelques membres lors d'un après-midi de 1967 à la Maison de Retraite des Sœurs de la Charité. Ce document nous permet de reconnaître Angélina Delcourt (la dame en noir à gauche), à côté de Marie-Louise Urbain et Fernande Durieux, l'épouse de Marcel Roland (à droite).

Je crois qu'il est utile de mettre à l'honneur ces gens de l'ombre que sont les épouses et compagnes des membres du Cabaret. Personne ne peut imaginer l'abnégation dont elles font preuve, le nombre d'heures qu'elles ont partagées avec cette "maîtresse envahissante" qu'est la Royale Compagnie. Petits et grands Cabarets, séances philanthropiques, prestations à Bruxelles ou ailleurs, écriture des chansons ou monologues, réunions hebdomadaires au local (durant lesquelles est bien souvent organisée une... troisième mi-temps !), préparation des spectacles et écriture des revues, répétitions pour ces dernières et soirées théâtrales en la Halle-aux-Draps, voilà autant d'absences justifiées d'un mari accaparé par le Cabaret. De plus, cette passion pour notre patois prend le plus souvent place après une journée de travail.

 

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Au sein de la Compagnie, l'Amitié n'est pas un vain mot. On voit les membres du Cabaret se recueillir sur la tombe d'André Pouril disparu en février 1967.

 

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Si désormais le Cabaret fête la Wallonie dans le salon de la Reine de l'Hôtel de Ville, il fut un temps où la cérémonie se déroulait au "Pichou Saint-Piat", le monument à la Chanson et à la Littérature wallonne. Le présent document représente la cérémonie qui s'y est déroulée en 1968. On reconnaît le président Lucien Jardez entouré d'André Glineur (à sa droite), autre excellent auteur patoisant, membre du Théâtre Wallon Tournaisien, et du bourgmestre Jean Hachez (à sa gauche).

 

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On sait que les traditions sont respectées par le Cabaret. Voici donc, en 1975, la bande de joyeux compères réunis sur le "bourloire" du café "Colombophile" à Kain pour l'annuel jeu de boule carréaulé. On reconnaît en bas (de gauche à droite) : Edmond Roberte - Albert Coens - Ghislain Perron. Debout : Max François - Louis Urbain - Marcel Roland - Lucien Jardez - Jean Leclercq - Anselme Dachy - André Dupriez et Charles Ghio. Ce jour-là, Charles Ghio allait être sacré roi de la Société. Peut-être ne doutait-on pas encore qu'Albert Coens allait cesser toute activité au sein de la Compagnie l'année suivante ! Le jeu de boule se terminait toujours par un souper aux "petits légumes".

 

 

1977 Cabaret Wallon Tournaisien.jpg

Pour clôturer les années septante, voici le Cabaret au grand complet en 1977. A cette occasion, le public découvre les deux nouveaux membres (en haut, à gauche) : Jean Pierre Verbeke et André Wilbaux.

 

(sources : documents extraits de la presse locale grâce à la collaboration de Jean-Paul Foucart et souvenirs personnels de membre-sympathisant du Cabaret). 

S.T. février 2017.