16 févr.
2017

12:13

Tournai : Souvenirs du Cabaret Wallon

Première partie :  Les Présidents !

En la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, la ville de Tournai possède une alerte centenaire. Fondée en 1907, la société a parcouru plus d'un siècle et son succès ne s'est jamais démenti. De son premier Président, Adolphe Wattiez jusqu'à l'actuel, Christian Bridoux, elle a drainé des dizaines et des dizaines de milliers de spectateurs ou auditeurs, amoureux d’œuvres poétiques ou humoristiques, surtout lorsque celles-ci sont exprimées dans le patois local. A l'origine, les buts avoués de ses membres fondateurs étaient de : "prouver que la Wallonie a une histoire, exalter l'art wallon et plus particulièrement tournaisien, rappeler la tradition francophile de Tournai". Les chansonniers seront les ardents défenseurs d'un patois picard, malheureusement, de plus en plus honni par les milieux bien-pensants et intellectuels qui, dans chaque région de notre pays, considéraient le parler local comme une tare, comme un langage vulgaire. Espérant s'élever dans la Société et ainsi se mettre au niveau des dirigeants et des bourgeois, certaines couches de la population trahissaient tout simplement le parler de leurs aïeux et reniaient leurs origines. 

Grâce à la presse régionale, il est possible de retrouver des visages connus, parfois aujourd'hui disparus, qui ont tous apporté leur pierre à l'édifice de la Compagnie. Remontant aux années cinquante, nous vous invitons donc à feuilleter l'album de famille de ce qu'on appelle, à Tournai : "L'Cabaret". Abordons le chapitre de ceux qui présidèrent à sa destinée. 

 

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En 1956, lorsque disparaît Alphonse Tassier qui connut la difficile tâche de diriger le Cabaret durant les heures sombres de la guerre après la disparition en 1942 d'Ernest Ponceau, son premier Président, c'est Charles Maillet que ses pairs portent à la tête de la société. Le choix est judicieux, l'homme est un auteur patoisant qui a déjà remporté de très nombreux prix. Il dirige le groupe de chansonniers avec sagesse et pédagogie. Il faut dire qu'au moment de fêter son demi-siècle d'existence, la Royale Compagnie compte alors pas moins de vingt membres actifs.

En 1964, celui qui préside aux destinées du Cabaret depuis huit ans demande à être déchargé de sa fonction en raison de son âge, il est alors âgé de 81 ans et compte 34 années de présence au sein de l'institution patoisante tournaisienne. Il en deviendra Président d'Honneur jusqu'à son décès en 1966.

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Un seul candidat se présente à la succession de Charles Maillet, Lucien Jardez est élu quatrième Président de la Compagnie. Il est entré au Cabaret en 1943 et est rédacteur en chef de la gazette "Les Infants d'Tournai" depuis 1958. Poète, auteur de monologues, Lucien Jardez compte également un prix d'excellence au cours dramatique du Conservatoire de Tournai. Homme d'une grande rigueur, exigeant avec lui-même, il l'est également avec les autres et sous sa présidence, il privilégie constamment la qualité à la quantité. Il va connaître la plus grande époque du Cabaret, notamment celle des revues annuelles qui attirent des milliers de personnes dans la Halle-aux-Draps et se jouent de la kermesse de septembre à la Toussaint. L'entreprise est titanesque et d'une rare qualité scénographique au point que la RTB et son réalisateur d'émissions dialectales, André Gevrey, viendront réaliser des captations des spectacles. "Un travail de pros réalisés par des amateurs (dans le sens noble du terme)" dira à cette occasion l'homme de télévision. Grâce à ses diffusions sur les antennes nationales, le Cabaret Wallon Tournaisien venait de conquérir ses lettres de noblesse mais aussi une réputation qui dépassa largement les frontières du Hainaut Occidental (comme on nommait jadis la Wallonie Picarde).

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Lucien Jardez (au centre de la photo) entre Charles Maillet (à gauche) et Hector Kensière (à droite).

Au cours de l'existence d'une société, les bons moments sont souvent ternis par des épisodes plus dramatiques comme on le verra par ailleurs. Le 27 novembre 1996, Lucien Jardez pris dans le tourbillon d'une querelle des "Anciens et des Modernes" jette le gant et rédige sa lettre de démission. 

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C'est l'accompagnateur des chansonniers, Philippe De Smet, qui est porté à la présidence, le 4 décembre 1996 (voir l'article que nous lui avons consacré dans le blog). A la veille des nonante années d'existence, c'est la toute première fois qu'un non-chansonnier prend la tête du Cabaret. Il aura la lourde tâche d'assurer le renouveau de la compagnie dont l'existence même a été sérieusement menacée quelques mois auparavant. Le cinquième Président va s'atteler à rajeunir les cadres, à faire entrer du sang neuf et à ressouder un groupe qui a été marqué par des dissensions internes mais aussi par les départs suite à des décès ou des démissions. Durant sa présidence, tous les petits et grands cabarets furent intégralement retransmis par la chaîne régionale No Télé permettant ainsi de porter l'image de la compagnie dans les foyers de Wallonie picarde, une heureuse initiative qui a pris fin récemment pour des raisons qui n'ont jamais réellement été expliquées aux téléspectateurs.  

Accaparé par ses nombreuses activités (voir également l'article que nous lui avons consacré sur le blog), Philippe cède le relais à Michel Derache, en 2008. Ce lauréat de nombreux prix au concours Prayez entre 2000 et 2005 est membre de la compagnie depuis un an seulement ! Il poursuivra le renouveau du Cabaret entamé par son prédécesseur et maintiendra la tradition des revues si appréciées du public. Celui-ci va assumer la tâche durant six années avant de passer le flambeau, au 1er janvier 2014, à Christian Bridoux qui devient le septième Président de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien (voir l'article que nous lui avons consacré). 

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Même si Christian Bridoux a un air interrogateur sur la photo, il mène le Cabaret avec sagesse et avec une vision de l'avenir comme le firent ses prédécesseurs. 

Une centaine de chansonniers a participé à cette odyssée, du sang neuf a fait son apparition ces dernières années, rejoint par "les Filles, Celles picardes", la gente uniquement masculine du Cabaret Wallon Tournaisien continue, d'année en année, à enrichir le folklore de notre cité et on espère, dans la cité des cinq clochers, qu'elle restera encore longtemps gardienne de la tradition patoisante de notre cité. 

(sources : "Chint ans d'Cabaret" de Pol Wacheul - photos : presse régionale et R. Rauwers).

S.T. février 2017.

13 févr.
2017

14:09

Tournai : balade en ville - la Grand-Place

Dans presque chaque ville, la Grand-Place (nommée parfois place du Marché) représente le cœur de la cité. Celle de Tournai, située sur la rive gauche, n'échappe pas à la règle bien qu'elle n'en soit pas le centre géographique. L'Escaut passe au milieu de la ville et la partage en deux. De forme triangulaire, elle est dominée à l'Est par le beffroi et à l'Ouest par l'église Saint-Quentin. 

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Le beffroi vu de la Grand-Place dans les années soixante (photo x)

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Le forum tournaisien est le lieu de toutes les festivités. En 2005, il abrita une partie des "floralies du Hainaut". (collection de l'auteur) 

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Spectacle de rue en 2015 (photo R. Rauwers).

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passage d'une étape du Tour de France en 1967 (presse locale)

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Longtemps, le site dit des "Douze Césars" resta un chancre au cœur de la cité (photo presse locale)

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Durant les mois d'été, auprès des terrasses des cafés et restaurants, les jets d'eau font la joie des enfants (photo R. Rauwers) 

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La statue de Christine de Lalaing (photo R. Rauwers). 

La statue de Christine de Lalaing, princesse d'Espinoy, trône au milieu du forum tournaisien. La noble dame galvanisa la population tournaisienne lors du siège de Tournai par les troupes espagnoles d'Alexandre Farnèse. Sa statue a longtemps été à l'origine d'un conflit avec les autorités religieuses. Protestante, les armes à la main, elle semble lever le bras pour désigner la cathédrale Notre-Dame. Cette attitude fut longtemps considérée comme un geste de défi en l'encontre de l'autorité religieuse. Pour cette raison, la procession historique de septembre évita durant des décennies de passer sur la Grand-Place. Tout cela est désormais de l'histoire ancienne et fait sourire le Tournaisien d'aujourd'hui.

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Vue de la Grand-Place durant les années trente. (photo : Courrier de l'Escaut)

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La Grand-Place aux maisons en ruine durant la seconde guerre (photo : X)

Lors des bombardements de la ville en mai 1940, tous les immeubles qui la ceinturaient furent détruits, seules, quelques façades restèrent debout, squelettes qui allaient donner une nouvelle vie à cet endroit prestigieux lors d'une reconstruction qui respecta les gabarits et lui redonna un aspect homogène. 

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Contre-jour qui met malheureusement en lumière les véhicules qui y stationnent (photo : F. Bauduin)

A Tournai, comme partout ailleurs, le stationnement automobile est un problème. Il faut le reconnaître, notre génération est devenue paresseuse et plus personne ne souhaite parcourir quelques mètres à pied. Le rêve des clients  de notre époque est de pouvoir stationner au plus près de la porte d'entrée du magasin à visiter. Lors de sa rénovation, il y a une vingtaine d'années, le forum devait devenir entièrement piéton. Devant la levée de boucliers des commerçants qui craignaient de perdre leur clientèle, l'autorité communale à fait machine arrière et a autorisé une centaine de places de stationnement face à l'église Saint-Quentin. Ensuite, face à la Halle-aux-Draps, fut créée une zone de stationnement limité. Pour certains cela n'est pas encore suffisant et le stationnement en double file est, chaque jour, une plaie pour la circulation. 

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La Halle-aux-Draps (voir l'article que nous lui avons consacré sur le blog).

 

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vision nocturne (photo : F. Bauduin).

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Des soirées animées (photo R. Rauwers).

Le secteur Horéca est très bien représenté sur le forum. Pratiquement un établissement sur deux est un café ou un restaurant, la vie nocturne y est donc animée et, en été, les vastes terrasses font le plein jusqu'aux petites heures.

A deux pas de la Grand-Place, au n°10 de la rue des Maux, un imposant immeuble attire l'attention, il s'agit de l'ancienne "grange aux dîmes" de l'abbaye de Saint-Martin. Les plus anciens Tournaisiens appellent encore ce bâtiment, "Le café des Brasseurs". Au début du siècle, il s'agissait d'un cabaret-brasserie réputé dans lequel étaient organisées des concerts, des réunions de sociétés, des pièces de théâtre et même des séances cinématographique. Par la suite, dans les années vingt, la salle de cinéma prit le nom de "Cinéma Vieux Tournai". Le 22 octobre 1948, il fut remplacé par le cinéma "Scala" qui ferma ses portes le 15 juin 1976 (voir l'article consacré aux cinémas tournaisiens dans le présent blog). Après une fermeture de trois ans, succéda alors le "Marché-Scala" composé d'une boucherie, d'un discount alimentaire, d'une boulangerie et d'un marchand de légumes tandis qu'en façade s'ouvrait un café. A la fermeture de cet ensemble, en 1983, la salle du rez-de-chaussée fut transformée en "Scala-Bowling" tandis que la partie avant et la cave étaient aménagées en un bar-discothèque. Voici trois ou quatre ans, le bâtiment a subi une profonde rénovation, et depuis quelques semaines, on y trouve un magasin spécialisée dans l'électronique.

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1976, fermeture du cinéma Scala (photo Nord-Eclair).

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Le bâtiment en 2005, le bar discothèque était déjà fermé (collection de l'auteur).

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2015, le bâtiment rénové. Dans la niche : la statue de Saint-Martin rappelant l'origine du bâtiment (photo R. Rauwers).

A proximité du beffroi et de la cathédrale Notre-Dame, la Grand-Place est probablement l'endroit le plus visité de Tournai par les touristes mais il y a de nombreux autres coins qui méritent aussi d'être vus. Nous poursuivrons donc notre balade !

S.T. février 2017.

14:09 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, grand-place, christine de lalaing |

11 févr.
2017

10:40

Tournai : expressions tournaisiennes (395)

De l'arpe (ou bin du corps) déquintent les branques !

S'mopère et s'mamère li aveot'ent deonné l'préneom d'Eulalie mais pou les gins du ruache ch'éteot toudis l'pétite Lalie. D'puis s'pus jeone âche, Lalie éteot eine safriquette, on diseot même que ch'éteot eine pétite serpette. Combin d'feos elle est orvenue à s'maseon avé des boches, pasqu'avé les garcheons, elle écangeot toudis des taloches. 

I-n'falleot pos cacher bin léon, elle teneot cha de s'mopère, li, à s'n'ouvrache, avé tertous, i-éteot toudis in guerre. L'paufe mamère elle ne queompteot pus les meots, les punitieons, des ormarques orchues on areot pus faire eine collectieon. Dins ein vieux classeur qu'avant-hier au guernier j'ai démuché, j'ai ortrouvé les notes qu'aux parints l'maitresse aveot inveyées :

"Pasqu'i-n'vouleot pos la laicher copier, su l'tiête de s'visin elle a rinversé l'incrier !",

"N'voulant pos v'nir au tabléeau, Lalie a deonné ein queop d'pied dins l'séeau !",

"Lalie a rué des maclottes pa d'rière m'deos pindant que l'leçeon du jour au tabléeau j'écriveos !", 

"Vo file a ortourné l'séeau plein d'ieau su l'tiête du p'tit garcheon Porio !",

"Aujord'hui, Lalie n'a pos pu aller in récréatieon, de l'rache, à tous les garcheons, elle a foutu des cachireons". 

Des meots comme les ceusses que j'viens d'lire, bé, i-d'aveot des chintaines, s'mamère elle in orcheveot au moinse chinq pindant l'sémaine.  

Lalie n'vouleot vraimint rien faire, elle n'a pos eu l'certificat primaire et, toute défoutue, l'mamère s'demindeot ce que pus tard elle alleot faire.

L'médecin d'famile lui diseot de n'pos s'amarvoyer qu'avé l'temps tout cha alleot bin finir pa s'arringer.

"In attindant, comme de l'énergie elle d'a ein p'tit queop d'treop, i-feaut li faire faire du sport, pas eximpe, l'inscrire dins ein club d'judo". 

Là-vas, i-a pos à dire, elle a été dins s'n'élémint, Lalie, elle est vite dev'nue pou tertous "l'reine du tatami". Non seul'mint elle démolisseot ses adversaires mais même l'arbitre alfeos i-voleot in l'air. Quançqu'avé s'club, elle disputeot ein tournoi à l'étringer, tertous l'surnommeot'ent : Lalie, l'tigresse d'Tournai. A s'carrière sportive naissante on a mis ein point final, l'jour qu'elle a inveyé l'intraîneu à l'hôpital. Oeillarte, clavicule, gampe mais aussi bras cassés, pindant treos meos tout plein l'heomme i-est resté alleongé. 

Quançqu'elle l'a vu, avé ses béquiles, avancher dins l'salle de sport, elle a dit : 

"Bé, milliards, quoisque ch'areot été alors si j'aveos buqué fort !". 

Comme Eulalie elle ne vouleot surtout pos rester au chômache, pindant des meos, elle a caché après d'l'ouvrache. Perseonne dins les buréeaux de l'Onem n'oseot li ouvère ein dossier pasque tous les placheus aveot'ent l'esquite d'ête dégringués. Quançque, pa l'ferniête, dins l'rue, on la veyeot approcher, les imployés queureot'ent tout à n'ein queop querre leu café !

Ein bieau jour, elle a fait l'connissance du p'tit Marcel, in carrure, i-éteot... à peu près l'mitan d'elle. Ch'a été l'queop d'foudre pou Lalie, deux meos après i-est dev'nu s'mari. 

In apprenant ce qui v'neot de s'passer, les gins dins l'ruache qu'mincheot'ent à babiéler

"Mo... Bé, l'pétit rotleot i-va ête total'mint décarcassé, l'prumière feos qui veont batt'lier, li, ch'est pos aux urginces qu'on va l'trinsporter, ch'est chez Ladavid qu'on va l'ortrouver".

Bé neon, l'lune de miel et les meos i-se seont passés, dins l'maseon on areot intindu les mouques voler. Ch'n'est pourtant pos à Lourdes qu'i-z'aveot'ent été in voyache de noce mais tout à n'ein queop Lalie s'éteot assagie, elle n'aveot pus l'air si féroce. 

Alberte et Gilbert, les visins, i-ont découvert quoisqu'i-aveot là comme mystère. L'pétit Marcel, l'heomme à l'air maladieu, sans eine couche d'graisse i-aveot rapid'mint fini pa dompter Lalie l'tigresse. 

Et dire que l'brafe Marcel i-app'leot s'n'Hercule de ce p'tit neom charmant : "M'pétite libellule".  

On a tertous l'raminvrance qu'Eulalie dins jeone temps elle n'aveot rien appris. In clair, Eulalie d'ses dix deogts elle ne sait rien faire tandis que l'pétit Marcel, li, ch'est tout l'contraire. Ménache, orpassache, rassarcissache et fristoule, ch'est c'qu'on appelle, chez nous eautes, ein véritape mécoule. Pindant que s'mari i-éteot occupé à buer, à nettier et à erloqu'ter, Lalie, assise dins s'fauteul, raviseot l'catch, l'boxe ou l'judo à l'télé. 

Ave eine parelle activité, l'soir, Lalie elle éteot léon d'ête fatiguée. Adeon, ch'est pos étonnant qu'elle s'a vite ortrouvée impanch'lée. Comme elle n'aveot jamais fait les cosses à mitan, l'lutteusse de foire a mis au meonte deux infants. On les a app'lés Donald et Vladimir, (j'comprinds, cha vous prête pétête à sourire), l'pire dins toute ceulle affaire, ch'est que mes deux gins i-seont d'véritapes "va-t-in guerre". I-feaut les vir, i-seont toudis à l'tiête de l'ein l'eaute, eine feos ch'est l'ein qui qu'minche, eine eaute feos ch'est l'eaute. Bramint d'feos, elle a bin essayé d's'interposer, no Lalie, mais les deux albrans seont cait pa d'zeur à bras raccourcis. Elle a volé d'l'eaute côté de l'pièche important au passache, l'malhureux Marcel qui éteot occupé à faire l'nettiache

Tout cha s'a passé i-a pus d'quarante ans, d'puis lors i-ont bin grandi les deux infants. Donald i-est rintré, l'an passé, in politique, i-n'feaut pos queompter d'zeur pou les problèmes d'éthique, Vladimir, i-s'est ingagé comme mercenaire et peu partout su l'tierre i-va dusqu'i-a eine guerre. L'pétit Marcel i-est asteur à Mulette et Eulalie dins eine maseon d'ertraite. D'puis que l'soir, elle fait l'tournée des médicamints avé l'infirmière et i-n'd'a pus ein seul résident qui ose orfuser et faire des misères !

Dins l'cité des cheonq clotiers souvint on dit que les infants d'cat minch'tent volontiers soris !

(lexique : l'arpe : l'arbre / déquinte : descendre / les branques : les branches / s'mopère : son père / s'mamère : sa mère / l'ruache : populairement le quartier, la rue où on habite / toudis : toujours / jeone : jeune / l'âche : l'âge / eine safriquette : une petite fille délurée, vive, en avance pour son âge / eine serpette : une petite fille hargneuse, batailleuse / des boches : des bosses / les garcheons : les garçons / écanger : échanger / bin léon : bien loin / tertous : tous / queompter : compter / les meots : les mots / des ormarques : des remarques / orchues : reçues / démucher : découvrir, dénicher / inveyer : envoyer / laicher : laisser / l'visin : le voisin / ein queop : un coup / l'séeau : le seau / des maclottes : des boulettes de papier mâché / pa d'rière : derrière / l'deos : le dos / vo file : votre fille / l'rache : la rage, la colère / ein cachireon : une gifle / les ceusses : ceux / des chintaines : des centaines / chinq : cinq / défoutue : démoralisée, découragée / s'amarvoyer : se tourmenter, s'inquiéter / eximpe : exemple / là-vas : là-bas / pou : pour / alfeos : parfois / quançque : lorsque / eine oeillarte : un oeil au beurre noir / l'gampe : la jambe / treos meos : trois mois / avancher : avancer / quoisque : qu'est-ce que / buqué : frappé / cacher après : chercher / ouvère : ouvrir / les placheus : les placeurs / avoir l'esquite : avoir peur / ête dégringué : être démantibulé, être disloqué / l'ferniête : la fenêtre / queurir : courir / tout à n'ein queop : tout à coup / querre : chercher / l'mitan : la moitié / babiéler : bavarder / ein rotleot : un roitelet (oiseau), ce mot qualifie un individu de petit stature, une personne frêle / décarcasser : briser la carcasse / batt'lier : se battre / la Maison Ladavid : pompes funèbres à Tournai / les mouques : les mouches / tout à n'ein queop : tout à coup / maladieu : maladif, malingre / avoir l'raminvrance : se souvenir / les deogts : les doigts / ménache : ménage / l'oprassache : le repassage / l'rassarcissache (ou l'rassarcissure) : la reprise d'une étoffe, le raccommodage / l'fristoule : l'art de cuisiner, de préparer les repas / ein mécoule : un homme d'intérieur, un homme qui tient le ménage (l'homme rêvé !) / buer : faire la lessive / nettier : nettoyer / erloqu'ter : nettoyer les sols avec une serpillière humide / raviser (ou orwettier) : regarder / parelle : pareille / adeon : donc / ête impanch'lée : être enceinte (expression populaire et même un peu vulgaire) / les cosses : les choses / pétête : peut-être / ceulle : cette / vir : voir / qu'mincher (ou commincher) : commencer / bramint : beaucoup / les albrans : les garnements / caire : tomber / pa d'zeur : dessus / l'pièche : la pièce / importer : emporter / l'nettiache : le nettoyage / bin : bien / d'zeur : dessus / asteur : maintenant / ertraite : retraite / orfuser : refuser / les cheonq clotiers : les cinq clochers (la cathédrale N-D).

Les infants d'cat minch'tent volontiers soris : les jeunes de chat mangent volontiers les souris. Cette expression signifie que  "les enfants héritent des qualités et des défauts des parents", elle est employée le plus souvent dans le sens péjoratif.

S.T. février 2017.

10:40 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |