01 mars
2017

11:17

Tournai : souvenirs du Cabaret Wallon (5)

Les années nonante : quand l'avenir est incertain !

Les années "quatre-vingts" avaient été marquées par la disparition de nombreux membres de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, les années "nonante" ne seront pas meilleures, peu à peu, l'avenir de la société semble devenir incertain !

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Les quatre lauréats du Concours Prayez de l'année 1990, deux feront leur entrée dans la Compagnie : René Franqué (l'homme au noeud papillon) et Freddy Dequesne (le barbu).

Au début de la décennie, tout le monde est conscient qu'une relève est nécessaire. Aussi, c'est avec plaisir que les amis du Cabaret voient arriver sur le ponton : René Franqué, en 1991 et Philippe De Smet, l'année suivante (voir l'article que nous lui avons consacré au sein de ce blog)

René Franqué est né à Tournai, le 16 juin 1937. En 1990, il est lauréat du concours Prayez avec "I féaut marier eine Tournaisienne", "Bains Douches" et "Que j't'aime bin". De son passage sur le ponton, on se rappellera ses chansons "Nicodème" et "Infant d'Tournai". On ne sait pour quelle(s) raison(s), il décida de quitter le Cabaret en 1994. Il est décédé le 25 février 2006.

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     Nouvelle disparition en 1991 : Cyrille Delbecq, vaincue par un mal implacable.  

Cyrille Delbecq était né à Anvaing le 15 janvier 1931. Lauréat au Concours Prayez en 1981, 1982 et 1983, il produisit de nombreuses œuvres qui furent toutes primées :"L'tartine d'grand-père", "Ch'est alfeos beon d'faire la guerre", "El pinsionnite ", "I n'a pus d'infants" "N'orvenez pus gramère", "Faire chinture". C'est une chanson résumant à merveille son ressenti, "L'pépette" (la peur), qu'il interpréta lors de sa première apparition sur le ponton comme membre aspirant en 1983. Ce garçon timide qui ne pouvait cacher l'immense trac qui le tenaillait au moment de se diriger vers le micro fut bissé par un public enthousiaste. Lui qui avait probablement espéré se rasseoir bien sagement parmi ses compagnons fut obligé de la chanter une seconde fois. De lui, on se rappelle également "Tant qu'cha dure, ch'est ducasse". Cyrille Delbecq qui exerçait la fonction de greffier près le Tribunal de Travail de Tournai habitait Kain et était reconnu par ceux qui le côtoyaient pour être un garçon d'une grande discrétion, d'une extrême simplicité et d'une bonté innée. Ces diverses qualités transpiraient d'ailleurs dans chacune de ses compositions. Hélas, la maladie se déclara en 1987, un mal implacable, sournois contre lequel il lutta jusqu'au 20 mars 1991, date à laquelle il nous quitta. Il venait d'avoir 60 ans !

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En 1992, le Cabaret fête son 85ème anniversaire et les joyeux compagnons sont reçus à l'Hôtel de Ville. Ils entourent le bourgmestre Roger Delcroix. 

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La chanson des Cinq interprétée lors du petit Cabaret de janvier 1992 était dédiée à Georges Sénéca, l'nouvieau député. 

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En 1993, Jean-Pierre Verbeke reçoit sa "charge" pour ses quinze années de présence au Cabaret.

Sur les murs du local du Cabaret Wallon sont accrochées les charges des membres de la Compagnie depuis Hector Kensière en 1924. Encadrée, la charge est une photo du visage de l'intéressé posée sur un corps caricaturé. Dans un décor en rapport avec son activité, son origine ou ses habitudes, le personnage est entouré de nombreux éléments qui le caractérisent  : vie professionnelle, passions, chansons, hobbys, petites manies parfois... Ces charges sont remises au titulaire après quelques années de présence (5 ans, 10 ans, voire 20 ans) et restent la propriété de la Société qui les expose dans le lieu de réunion. Afin que le public puisse les admirer, Jean-Luc Dubart (pour les textes) et Freddy Gaspardo (pour les photos) les ont publiées en 1997-1998, chaque semaine, dans le supplément du dimanche du journal Nord-Eclair.  

Puisqu'elle n'est pas très visible sur la photo, décrivons la charge de Jean-Pierre Verbeke. Grand par le talent et certainement le plus grand par la taille du Cabaret, Jean-Pierre est représenté attablé à son bureau d'agent de la Poste, les jambes démesurées allongées. De nombreux papiers jonchent le sol, ce sont probablement les compositions de chansons qui ne l'ont pas satisfait, entre les doigts, il tient un cigarillo. Au mur, un cadre le représente en marin rappelant qu'il a fait son service dans la marine. Une bulle en forme de nuage, symbolisant un rêve, le montre lors de ses vacances à Roquebrune, son lieu de villégiature préféré... Le texte (écrit en patois) dit : "A ses inspirations, il ne saurait mettre un frein ! Planant sur les sommets, la tête dans les nuages, il couvre, en rêvant, pages après pages, laissant sa muse tournaisienne lui dicter ses refrains" !

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Ils sont nombreux les lauréats du concours Prayez de 1993. Certains de ceux-ci viendront renforcer le Cabaret.

 

L'année 1994 se profile à l'horizon, elle sera terrible pour le Cabaret. La Royale Compagnie va-t-elle survivre ou bien mourir après 87 années d'existence ?

(sources : "Florilège du Cabaret " ouvrage paru en 1987 à l'occasion des 75 ans de la compagnie - "Chint ans d'Cabaret" ouvrage de Pol Wacheul publié en 2007 à l'occasion du centenaire - "les Charges de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien", ouvrage de Jean-Luc Dubart et Freddy Gaspardo paru en 1998 - documents photographiques : le Courrier de l'Escaut et Nord-Eclair)

S.T. mars 2017. 

27 févr.
2017

13:44

Tournai : souvenirs du Cabaret Wallon Tournaisien (4)

Les années noires !

 

Durant la décennie "quatre-vingts", le Cabaret Wallon Tournaisien va vivre des heures douloureuses avec la perte de nombreux membres.

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Albert Coens a laissé des œuvres immortelles.

La dernière fois que j'ai eu l'occasion de converser avec Albert Coens, c'était durant la saison 1983-1984, dans le cadre d'activités footballistiques, à la buvette du terrain B du Racing situé alors au Vert Bocage. C'était quelques mois avant son départ inopiné et rien ne laissait imaginer celui-ci. Il savait que mes préférences penchaient vers les "Rouge et Vert" de l'Union, lui le Racingman convaincu, mais cela n'avait jamais entaché des relations plus que cordiales que nous entretenions lors de nos (trop) rares rencontres. Albert Coens était né à Tournai, le 2 octobre 1926. En 1948, il avait été lauréat du Concours Adolphe Prayez. Il possédait aussi un prix d'excellence de la Classe d'Art dramatique du Conservatoire de Tournai, une maison qu'il connaissait bien puisqu'il en était le Secrétaire tout comme Walter Duvellier le fut. Entré au Cabaret où il restera de 1949 à 1975, il fit les belles soirées de la troupe patoisante tournaisienne grâce à ses multiples talents de poète, chansonnier, auteur de sketches, metteur en scène, régisseur.... Perfectionniste, il en est rapidement devenu une des figures de proue. Sa chanson " L'lapin du Lindi perdu" restera un classique de cette fête tournaisienne du début janvier tandis que son poème "Si..." reprend à lui seul les qualités souhaitées pour entrer dans la Royale Compagnie. On se rappelle le personnage truculent de paysan qu'il a interprété au sein d'une revue, adressant sa "Lette à Moneonque Michel", déclaration contre la fusion des communes dite avec cet humour dont il avait le secret. Ce membre-fondateur de la gazette "Les Infants d'Tournai" dans lequel il écrivait sous le pseudonyme de Titisse, quitta malheureusement le ponton en 1976. Le 30 avril 1984, la rumeur se répandit dans toute la ville, Albert Coens était décédé inopinément. Il n'avait que 57 ans !

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Le 3 juillet 1984 disparaît Richard Leclaire, autre figure marquante du Cabaret.

Richard Leclaire est né à Tournai le 7 juin 1921. En 1956 et 1957, il sera lauréat du Concours Prayez, voie obligée pour frapper à la porte du Cabaret. A l'image de Marcel Roland, il exerçait sa profession dans le monde de la finance puisqu'il était le Directeur de la Caisse d'Epargne de Tournai, une institution aujourd'hui disparue. Il est entré au Cabaret en 1958. Au-delà de ses chansons à succès comme "L'Disco", "Rayon d'Solel", "Si cha s'reot à r'faire" (primée au Concours Prayez) ou "L'planque à roulettes", Richard Leclaire était également auteur de sketches diffusés dans les émissions dialectales de Radio-Hainaut et collaborateur de la gazette "Les Infants d'Tournai" où il publiait des billets sous les pseudonymes de Chapic et Ketsu. En 1968, il créa avec Jean Leclercq, ce qui devint une institution au sein de la compagnie: "L'journal canté", un exercice en duo reprenant, sur un ton humoristique, les faits d'actualité qui se sont déroulés entre deux rendez-vous avec leur public des chansonniers tournaisiens. Avec son épouse, il composa des duos dont les spectateurs se souviennent au sein des revues. Le 3 juillet 1984, deux mois après Albert Coens, le Cabaret perdait un nouveau membre. Richard Leclaire venait de fêter ses 63 ans !

Tournai, cabaret wallon tournaisien

1984 : Lucien Feron fait son entrée au Cabaret, il a choisi pour parrains Réne Godet (à gauche) et Jean-Pierre Verbeke (à droite). 

Lucien Feron est né à l'ombre du clocher de Saint-Piat, le 16 septembre 1939. De cette enfance dans ce quartier typique de la cité des cinq clochers, il avait conservé l'esprit frondeur du "p'tit rambile", expression par laquelle on désigne le titi tournaisien. Lauréat à de nombreuses reprises au concours Prayez durant trois années consécutives, Lucien Feron entre au Cabaret comme aspirant en 1984. On ne compte pas ses succès qui vont déclencher les rires des spectateurs, ils prennent une place de choix dans la collection des œuvres léguées par les chansonniers tournaisiens. "L'cyclotourisse", est un portrait de ces cyclistes du dimanche dont certains se prennent pour des champions de la "petite reine" tandis que d'autres terminent leurs randonnées en "rois des comptoirs". Sa "Lette à Matante Bertha" est une évocation des multiples problèmes tragi-comiques rencontrés lors d'une hospitalisation (des propos toujours d'actualité !). "Chez Meura, i-a vingt ans", est une description précise et emprunte d'émotion du travail des ouvriers métallurgistes qui ont consacré leur carrière et leur vie à faire la renommée d'un fleuron de l'industrie tournaisienne qui venait juste de disparaître. "Quand les lilas fleurissent" contient une brassée de souvenirs personnels dont le personnage central est cette maman qu'il aimait tant et qu'il avait perdue. "Bonheomme" traduit aussi le côté tendre de l'auteur. Cet habitant la rue Roc Saint-Nicaise, vaincu par un mal implacable, est décédé le 20 octobre 1994. Lucien Feron venait de fêter ses 55 ans !  

  

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Lucien Feron (2ème à partir de la gauche) est devenu membre à titre définitif en septembre 1985. On le voit avec les lauréats du concours Prayez. Il était rare à l'époque de voir figurer une représente féminine au palmarès, cet honneur échoit à Josette Lambreth d'Hérinnes, une excellente plume patoisante régionale. Parmi les primés, on reconnaît également deux futurs membres du Cabaret, Rudy Sainlez (le "barbu" au centre) et Max François (le "moustachu").

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Durant cette décennie, la "grande faucheuse" ne semble vouloir pas lâcher la Royale Compagnie. En 1986 disparaît Edmond Roberte. 

Edmond Roberte est né à Maubray, le 18 mars 1920. Il travaillait à Tournai, au sein de la société Electrabel. En 1963, il est primé au Concours Prayez et il entre au Cabaret en 1965. Ses origines villageoises le désignaient sous l'expression "L'paysan du Cabaret". En plus de ses talents de chansonnier et de comédien, il est aussi un excellent musicien, organiste de l'église de son village natal. Il démontrera ses qualités musicales en accompagnant, à l'occasion, Anselme Dachy au piano à quatre mains. Auteur de sketches pour les émissions dialectales de Radio-Hainaut, collaborateur de la gazette "Les Infants d'Tournai" où il publie ses billets sous le pseudonyme d'E. Du Clair, il est également le créateur d'une opérette (aujourd'hui, on parlerait de comédie musicale) intitulée "In Piste !" sur une musique d'Anselme Dachy. On ne compte plus les succès d'Edmeond Roberte, chacune de ses apparitions étaient attendues avec impatience par les spectateurs. On retiendra en particulier : son imitation de Tino Rossi dans sa chanson "Orfroidiss'mint" (sur l'air de Tchi Tchi), "L'organiste", un auto-portrait tout en dérision, "Pianiste", un hommage à ces virtuoses du piano. "L'piston" est un autre de ses très nombreux succès. On le voit encore en sonneur de cloches avec son comparse Richard Leclaire au sein d'une revue. On se rappelle sa reprise du rôle créé par Albert Coens, coincé au volant d'une 2CV à la porte du "Bar des Cigales". On se souvient encore de ce plombier un peu naïf au sein d'une maternité dont un accouchement est marqué par un énorme quiproquo. En me rencontrant, il m'avait un jour déclaré : "Voici l'homme que je croise le vendredi mais que je ne vois jamais", l'explication de ces mots est simple : lui prenait l'autoroute entre Maubray et Tournai (pour assister aux réunions du Cabaret), tandis que qu'au même moment, je faisais la route inverse pour me rendre au cercle Montbrétia duquel j'étais membre. Amoureux de la nature, c'est alors qu'il était occupé à jardiner que, le 12 mai 1986, il est tombé, terrassé par un infarctus. Lui aussi n'avait que 66 ans !

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Eric Genty, lauréat au concours Prayez de 1987, entre au Cabaret. 

La réputation du nouveau membre du Cabaret, entré en 1987, n'était plus à faire. Eric Genty est né à Orléans (F), le 16 octobre 1926, et est arrivé en Belgique à l'âge de 22 ans. Dans ce pays d'adoption, il demandera et obtiendra sa naturalisation. Durant les années soixante et septante, les Tournaisiens le rencontraient dans son magasin de la Grand-Place, à l'enseigne de "Tournai-Disques". Nul n'ignorait alors qu'il était le chanteur de l'orchestre d'Hector Delfosse et la plupart avaient certainement déjà fredonné une de ses chansons : "Le petit chapeau tyrolien", "Ah, si j'étais resté célibataire !", "Oh lala Louise", des succès qui faisaient la joie des réunions de famille ou des banquets de société. Son plus gros succès, celui qui le fera connaître par-delà les frontières, reste "La danse des canards", succès inusable et connu dans tout le monde francophone, interprété par J.J. Lionel, une chanson dont il écrivit les paroles sous le pseudonyme de Guy de Paris. Lorsqu'il entre au Cabaret, il exerce la fonction de huissier à l'Hôtel de Ville. Il fera d'ailleurs une chanson décrivant cette activité professionnelle pleine d'inattendus. On lui doit également "J'décatis, Katy", "Ch'est m'ville", "Mi,j'ai wardé". Eric Genty quittera le Cabaret en juillet 2000.

tournai,cabaret wallon tournaisien

"La chanson des Cinq" termine traditionnellement les séances de Cabaret. On reconnaît sur la photo (de gauche à droite) : Eloi Baudimont - Marcel Roland - Jean-Pierre Verbeke - Ghislain Perron et Jean Leclercq. Cette photo date de 1988. 

1907-1987, le Cabaret est devenu un alerte octogénaire, mais il est... toujours vert. 

(sources : "Florilège du Cabaret", un ouvrage paru en 1982 à l'occasion du 75ème anniversaire de la Royale Compagnie - "Chint ans d'Cabaret" de Pol Wacheul, un ouvrage paru en 2007 - souvenirs personnels de rencontres avec les chansonniers évoqués - documents photographiques : archives de la presse locale - remerciement à Jean-Paul Foucart).

S.T. février 2017

24 févr.
2017

16:08

Tournai : expressions tournaisiennes (397)

Ov'là orvenu l'temps des carnevals !

Ceulle sémaine, pou les carnevals, Edmeond i-a été acater ein feaux-visache et l'tiête d'l'heomme politique qu'i-aveot queusi a fait naîte eine broule dins l'ménache. Queomptez su mi pou vous espliquer quoisqu'i-s'a acore là passé. 

I-aveot décidé qu'pou participer, saim'di, au cortèche à Kain, i-alleot ête afulé tout simplemint in directeur d'Publifin. 

"Fifinne, surtout te n'deos pos t'in faire, cha n'va pos coûter treop tcher, je n'vas pos dépinser des liards pou les vêt'mints et te n'as pos d'raiseon d'ête triste, j'vas seul'mint mette m'costume d'mariache qui m'fait orsanner à ein ministre". 

"A m'mote qu'in l'mettant, te vas ichi avoir l'air fin, te sais bin qu't'as perdu vingt kileos et qu'te flottes d'dins".

"Ch'est de t'féaute, si j'flotte ainsin dins mes mareonnes, ch'est à causse de tous les soucis que te m'deonnes". 

Et ch'est eine nouvelle batale qui v'neot d'commincher, ein conflit, sans ultimatum qui, tout à n'ein queop, i-aveot éclaté.

"T'aveos pourtint toudis dit qu'ceulle ainnée, ch'est l'gille que t'areos fait !"

"Bé justemint, j'n'ai pos foutu d'cacoule, c'jour-là, i-est infin arrivé !".

Fifinne qui a l'cerveau lent et qui a toudis besoin d'eine précisieon, elle n'aveot, acore eine feos, pos du tout compris l'allusieon.

Jusqu'à là, vous l'avez ormarqué, cha orsanneot puteôt à eine guerre de trinchées mais, à c'momint-là, Edmeond ch'est eine véritape beombe qu'i-alleot lachée. 

"J'vas mette des eureos plein les poches de m'jupeon pou mi bin avoir l'air d'ein qui n'vit que pou l'pogneon".

Fifinne elle n'aime pos qu'on touche à les écolomies, elle warde jalous'mint ein p'tit pécule pou asseurer leu fin d'vie. 

L'réactieon elle n'a pos tardé, on l'a intindue berler :

"Holà, comarate, te vas toudis printe des billets d'monopoly comme cha dins les cabarets te n'saras pos finir l'nuit". 

Ch'est à momint-là dusque chez elle, l'franc i-a qu'minché à caire :

"J'comprinds quoisque te vas faire, asteur, te vas osoir, t'es bin seûr, mo bé... queulle affaire !".

"Mi j'pinseos que t'alleos faire l'gille ave les ceusses de Saint-Piat, j'éteos bin leon d'imaginer eine histoire comme cha. A propeos, à vouloir bin jeuer l'rôle du patreon d'Publifin, te n'risques pos aussi d'caire malate saim'di au matin ! Comme d'puis l'début te n'in as jamais minquer eine, on pourreot lir dins l'gazette l'sémaine pochaine : Edmeond, pou l'prumière feos, i-n'éteot pos là, eine heure avant l'départ i-a inveyé ein certificat !".

"T'as tout à fait raiseon, Fifinne, ch'n'est pos fort "éthique" d'orprésinter ein heomme qui s'chucre avé d'l'argint public". 

"Tins, au magasin, l'vindeu i-m'a dit que j'pourreos faire Serge Gainsbourg, que d'ailleurs i-trouveot que j'aveos s'n'allure quançqu'i-m'raviseot à... contre-jour !".

"I-n'a pos tout à fait tort, t'as d'jà comme li les orelles décollées et in puque, ce qu'i-n'sait pos, ch'est qu'ti aussi t'es toudis quervé".

"Mo Dieu, te peux bin rire d'mi, Fifinne, ti, t'es leon d'orsanner à Jane Birkin. Si te viens à Kain avé mi, te pourras tout jusse t'déguiser in Mimi Mathy. Ou bin alors, comme tous les jours te brousses, te n'as qu'à t'attifer in Marie-galousse". 

Les hostilités éteot'ent déclinchées et ch'éteot pos prêt d's'terminer. 

"Attinds, j'vas t'deonner ichi des démisses, te prindras aussi eine boutelle à t'main, ainsin arnicuré d'eine vielle quémisse, ch'est t'rôle pus vrai qu'nature que te moutreras à Kain, te n'devras même pos mette ein feaux visache su t'tiète, i-suffira tout simplemint d'printe t'n'habituel air biête".

On peut dire que cha voleot vraimint bas et mi j'n'aveos jamais intindu cha. 

I-est vrai qu'Fifinne, quançqu'on l'fait bisquer, bin vite s'lanque de vipère elle apparaît mais, pou eine feos, Edmeond i-n's'in est pos ortourné, i-li a dit tout douch'mint, sans s'démeonter :

"L'ceu qui déchire s'nez i-déchire s'visache, ceulle ormarque elle est gratuite !"

"Sache aussi qu'i-veaut mieux printe eine purche qu'eine feimme, l'méd'cine elle passe pus vite !".

I-paraît que ch'est presque tous les jours ainsin mais quançque j'sus à leu maseon, j'active l'frein, pou faire caire l'tinsieon et dévié l'conversatieon. 

"Hureus'mint que pou respecter les traditieons tournisiennes i-a 'cor des des bintes de dévoués, j'ai l'raminvrance des cris et des rires qui retintisseot'ent aux carnevals dins les rues d'no cité. On éteot même obligés d'printe ein parapuie pou s'protéger de l'pluèfe des caneons à confetti. Les infants i-z'aveot'ent l'esquite quançqu'i-veyeot'ent les sinches et les noirs sauvaches du groupe des Déchaînés. On voudreot faire eine confrérie ainsin asteur, on devreot toudis faire bin attintieon, pasque pou ein rien on mécontinte bramint d'associatieons. Aujord'hui, cha n'existe pus l'autodérisieon, on dépose plainte in justice pou ein oui ou pou ein neon. Ch'est vraimint au sièque des p'tits esprits qu'on vit, i-d'a toudis ein pou pinser qu'on s'fout d'li !".

"Dusqu'i-est l'temps des Pierreots et des Colombines, des Cartelettes et des Arlequins, des belles dames in ropes d'crinoline, des Gilles de Saint-Piat et des Pêcheurs Napolitains. J'warde toudis au feond d'm'coeur ce qu'mi j'appelle nos ainnées-bonheur. Te pouveos t'amuser et rire, i-n'aveot jamais quéquein pou t'agonir ".

Mais tout cha n'a pos d'importance pasque cha n'va pos nous impêcher, mes gins, d'faire l'fiête, saim'di après-deîner, dins les rues et su l'plache de Kain".  

(lexique : orvenu : revenu / les carnavals : le carnaval (ce mot est toujours au pluriel en patois) / ceulle : cette / acater : acheter / queusir : choisir / l'broule : la brouille, la mésentente / queompter : compter / quoisque : qu'est-ce que / acore : encore / l'cortèche : le cortège, la cavalcade / afuler : affubler, habiller de manière ridicule, bizarre / tcher : cher, onéreux / les liards : l'argent / orsanner : ressembler / à m'mote : à mon idée, selon moi / ichi : ici / les mareonnes : les pantalons / eine batale : une bataille / commincher (ou qu'mincher) : commencer / tout à n'ein queop : tout à coup / toudis : toujours / foute des cacoules : raconter des mensonges / l'jupeon : ce mot à Tournai désigne le veston / les écolomies : les économies / warder : garder / asseurer : assurer / berler : crier, hurler / comarate : camarade / printe : prendre / dusque : où / caire : tomber / asteur : maintenant / osoir : oser / queulle : quelle / les ceusses : ceux / ête bin leon : être bien loin / jeuer : jouer / minquer : manquer / inveyer : envoyer / orprésinter : représenter / s'chucrer : se sucrer / raviser : regarder / in puque : de plus / quervé : ivre, saoul / avé : avec / jusse : juste / brousser : bouder, avoir l'air renfrogné / attifer : se vêtir mais avec mauvais goût / eine Marie-galousse : une sorcière / des démisses : des vêtements usagés, des habits qu'on ne porte plus / arnicuré : vêtu, attifé / eine quémisse : une chemise / moutrer : montrer / faire bisquer : faire enrager / l'lanque : la langue / ortourné (ou ertourné) : retourné / L'ceu qui déchire s'nez i-déchire s'visache : expression qui signifie : celui qui médit des membres de sa famille fait tort à lui-même / eine purche : une purge, un laxatif / ainsin : ainsi / quançque : lorsque / des bintes : des bandes / avoir l'raminvrance : se rappeler, avoir le souvenir / ein parapuie : un parapluie / l'pluèfe (ou l'plouèfe) : la pluie / avoir l'esquite (ou avoir l'pépète) : avoir peur / les sinches : les singes / bramint : beaucoup / l'sièque : le siècle / de foute de : se moquer / les ropes : les robes / quéquein : quelqu'un / agonir : insulter / après-deîner : après-midi / l'plache : la place).

S.T. février 2017.

16:08 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |