13 août
2012

09:10

Tournai : les "paroisses" du XVe siècle (2)

Organisation des paroisses

Nous l'avons dit, le XVe siècle est religieux, il ne connaît pas la crise des vocations, il n'y a pas de pénurie de prêtres. 

La paroisse est dirigée par le spirituel et le temporel. A la tête se trouve le curé (celui qui prend soin des âmes). Il est choisi par le chapitre de la cathédrale et reçoit ses pouvoirs de l'évêque. Le curé se doit de présider les offices de nuit et de jour des dimanches, des jours de fêtes religieuses et de présider l'Eucharistie. Il est secondé par des chapelains, comme le nom l'indique, ceux-ci desservent principalement des chapelles privées de familles, de confréries ou de corporations. Le nombre de ceux-ci varie d'une paroisse à l'autre suivant son importance, on en comptait jusqu'à dix à Saint-Brice ou à Saint-Piat et trois seulement à Sainte-Marguerite. Dans la hiérarchie spirituelle de la paroisse, on trouve ensuite les clercs, outre le fait de chanter au lutrin, ils sont aussi chargés de la préparation des offices en veillant à l'ornementation des autels, à l'entretien des luminaires, ils sont responsables de la sonnerie des cloches et également chargés de creuser les tombes dans le cimetière qui, bien souvent, entoure l'église. Enfin, il y a les dames d'autels chargées de l'entretien du linge d'église et, durant la journée, de recevoir les fidèles qui apportent des offrandes pouvant prendre la forme d'argent, de nourriture, de vêtements...

La gestion financière de la paroisse est assurée par l'assemblée des "bonnes gens" qui désigne, chaque année, quatre paroissiens : deux gliseurs et deux pauvriseurs. Les premiers officient comme le feraient des membres actuels des Fabriques d'église, c'est-à-dire qu'il leur appartient de gérer les finances de l'église, de veiller à son entretien, de faire effectuer les réparations nécessaires, de pourvoir aux besoins du culte... Les seconds tiennent le rôle dévolu désormais aux membres de l'entraide paroissiale, ils s'occupent de la bienfaisance. Ces deux catégories présentent un bilan à l'assemblée des "bonnes gens", chaque année, le jour de la Saint-Jean. Les comptes approuvés sont alors transcrits et déposés dans la trésorerie de la paroisse, ils vont constituer les archives. Si actuellement, le pouvoir communal a un droit de regard sur la gestion des Fabriques d'église et si le bourgmestre en est désigné comme membre d'office (fonction qu'il n'exerce que très rarement), au XVe siècle, l'autorité communale doit aussi ratifier l'élection des gliseurs et pauvriseurs et leur donner procuration pour gérer la paroisse durant une année. Ces deux fonctions sont loin d'être symboliques, les personnes ainsi désignées sont les comptables de la paroisse, tout comme les actuels fabriciens, ils perçoivent les recettes, paient les dépenses, se chargent de l'ornementation de l'église, distribuent vivres et vêtements, visitent les personnes dans le besoin afin de leur remettre le jeton de plomb, appelé l'enseigne, leur donnant droit aux distributions de bienfaisance. 

A cette époque, les recettes proviennent principalement du produit des collectes effectuées durant les offices, de dons, d'offrandes de pélerins, les célébrations de messes pour une intention particulière et de la location du drap qui recouvre le défunt au jour de ses funérailles. Bien souvent, en fin de vie, de nombreuses personnes léguaient à la paroisse des sommes importantes pour s'assurer du repos de leur âme. Les dépenses concernent les différentes réparations et réfections de l'édifice religieux, le salaire du personnel d'église, les achats de cierges pour les dévotions et pour l'éclairage, l'achat de peintures et de sculptures auprès d'artistes ou artisans locaux. Tous les travaux importants doivent faire l'objet d'une communication préalable à l'assemblée des "bonnes gens" réunie spécialement pour la circonstance. 

La vie de la paroisse.

Toutes les églises sont entourées d'un cimetière, appelé âtre, planté d'arbres, munis de bancs où il n'est pas rare de voir des passants se reposer et des même des enfants jouer, l'endroit respirant la quiétude. On accède à l'église par un porche, parfois situé directement sous le clocher comme à Sainte-Marguerite, Saint-Jacques, Saint-Brice ou Saint-Jean Baptiste. Aux murs sont accrochés des seaux en cuir bouilli, les seaux de la ville servent lorsqu'un incendie éclate dans une maison de la paroisse, ils permettent à des personnes faisant une chaîne de prendre l'eau dans le puits le plus proche et de la porter jusqu'au lieu où sévit le feu. Les maisons étant souvent en bois, les rues étroites, le feu était, pour ces raisons, redouté et dès qu'il éclatait en un lieu, c'est la solidarité des habitants qui se manifestait. 

Dans le clocher se trouve la cloche qu'on actionne à partir de l'entrée au moyen d'une corde, elle sonne pour appeler les fidèles aux offices, pour rythmer les différents moments de la journée, pour annoncer un baptême, un mariage ou des funérailles. Elle rythme finalement chaque instant de la vie de la paroisse et personne, comme c'est parfois le cas aujourd'hui, n'aurait le mauvais goût d'intervenir pour la faire taire sous prétexte de conserver sa tranquilité. Le porche franchi, les visiteurs arrivent dans la nef qui a alors de multiples usages, tout d'abord lieu de participation à l'office ou lieu de recueillement individuel mais aussi endroit de rencontres, parfois bruyantes, des paroissiens. C'est dans la nef qu'on trouve la "chaise préchoire", siège légèrement surélevé par rapport à l'assemblée à partir duquel le pasteur enseignait les articles de la foi. Plus tard, on verra apparaître la "chaire à précher" ou "chaire de vérité", un endroit plus impressionnant pour les petites gens, le curé s'adressant à eux d'en haut, les dominant, les scrutant parfois, sa voix portée par l'écho de la nef ayant quelque chose de surnaturel. 

La population qui compose la paroisse est en toute grand majorité illettrée, c'est une raison pour laquelle le curé tout comme le magistrat ou le précepteur est admiré car il possède le savoir. Le curé disait sa messe en latin, langue totalement inconnue des fidèles. il est bon de se souvenir qu'il y a, à peine, quelques décennies, le curé, le notaire et l'instituteur étaient encore respectés au sein de la société, principalement dans les villages, car ils représentaient la connaissance.

Le jour de la "dédicace" de l'église (celle-ci a été dédicacée à un Saint dont elle porte le nom), les paroissiens organisent une procession dans les rues qui entourent l'église, on promène les statues, les reliquaires et le Saint-Sacrement, des jeunes filles représentant des scènes de l'ancien ou du nouveau Testament, des ménestrels accompagnent le cortège. La dédicace sera à l'origine du mot "ducasse" qui est encore actuellement la fête d'un quartier même si, désormais, peu de processions parcourent encore ses rues.

A l'entrée de la nef, se dresse la "table des pauvres" ou "table du Saint-Esprit". Elle est réservée à la distribution des vivres au plus démunis par les pauvriseurs. Notons qu'actuellement, dans les paroisses de Tournai, de telles distributions de nourritures et parfois de vêtements existent à nouveau, la crise que nous connaissons depuis près de dix ans ayant paupérisé une partie de la population. Dans la plupart des églises, les nefs du XVe siècle sont pourvues de chapelles érigées par les confréries.

Le choeur est le domaine exclusif des membres du clergé, il est d'ailleurs séparé de la nef par un jubé ou par une barrière. Au centre de celui-ci, le maître-autel rappelle la table du sacrifice. Le curé ( le mot prêtre est inconnu à cet époque, on utilise plutôt celui de pasteur) officie, le dos tourné à l'assemblée, ce n'est, en effet, que depuis le concile Vatican II de 1962-1963 que l'officiant fait face aux fidèles.

L'enseignement de l'Evangile se fait oralement, les participants aux offices ne sachant ni lire, ni écrire. Aux grandes occasions, il est l'objet de représentations vivantes, probable héritage des "mystères" du Moyen-Age joués sur les parvis des églises. A la Noël, on recouvre la nef de paille et une jeune femme personnifiant la Vierge tient un enfant dans les bras, c'est la la représentation de la"gésine de Notre-Dame", (la gésine désignant une femme sur le point d'accoucher). Le jour de l'Epiphanie, le "jeu des Rois" rappelle la visite des rois mages à Hérode, à la Pentecôte, une colombe en bois doré descend de la voûte..., ces tableaux vivants accompagnent chaque fête religieuse.

Il faut se remémorer les conditions de vie de l'époque pour comprendre cet attachement de tout un quartier à la vie de sa paroisse. l'Eglise, riche et puissante, était considérée comme le refuge par une population pauvre et peu instruite, elle était le carrefour des rencontres des habitants en jouant un rôle social important, elle aidait les plus pauvres et apportait l'espoir à tous. Inconstestée, elle était pourtant à un tournant de sa longue histoire qui avait débuté quinze siècles plus tôt puisque le Schisme et, par la suite, la Réforme pointaient déjà à l'horizon. Un siècle plus tard, elle devra face aux destructions perpétrées par les "iconoclastes" et, plus tard encore, elle sera confrontée au siècle des Lumières... A Tournai, six églises construites au moyen-âge passèrent les siècles et trois furent détruites, des paroisses apparurent dans les faubourgs après la destruction des remparts et l'exode des habitants de la ville vers la proche campagne... La vie paroissiale allait, progressivement, être modifiée, une transformation qui va s'accélerer, surtout à la fin du XXe siècle, en raison de la la crise des vocations, du délaissement de la pratique religieuse par beaucoup et, malheureusement, des trop nombreuses affaires qui secouèrent les bases de l'église catholiques et ébranlèrent la confiance des fidèles envers le clergé !

Désormais, un curé est en charge de plusieurs paroisses et les offices ne sont parfois plus célébrés tous les dimanches et encore moins les jours de semaine. 

(sources : Article basé sur une étude du chanoine Jean Dumoulin (1925-2012) publiée en 1993 dans le livre "Les Grands Siècles de Tournai", édité à l'occasion du 20e anniversaire des Guides de Tournai, dans la collection Art et Histoire).

 


18 août
2011

10:49

Tournai : les chantiers en gestation

Nous avons évoqué dans l'article précédent les chantiers actuellement ouverts dans la cité des cinq clochers. D'autres vont débuter à plus ou moins court terme.

Sur la plaine des Manoeuvres débuteront, prochainement, la construction des immeubles de la "résidence de la Corne Maint-Martin" et la création, à proximité du hall des sports et du terrain synthétique pour la pratique du hockey, de deux terrains supplémentaires pour le rugby et le football américain. Lorsque tous ces projets seront réalisés, il ne restera pratiquement plus de possibilité pour créer le grand espace vert arboré projeté avec petit étang et venelles permettant de traverser la plaine sans devoir emprunter le boulevard des frères Rimbaud. L'auteur de ce projet, datant de 2010, dont la presse nous avait informés, n'a d'ailleurs pas été engagé par l'Administration Communale et son idée de transformer le banal et "laid" chapiteau, dressé à demeure, sur l'Esplanade du Conseil de l'Europe en un hall ultra-moderne aux allures futuristes est elle aussi remisée dans un placard à projets, qu'au sein de notre hôtel de ville, on ne va bientôt plus savoir fermer !

Pas loin de là, des panneaux publicitaires annoncent la création prochaine de la "résidence Jean Cousin".

A l'angle du quai Saint-Brice et de la place du Becquerelle devrait débuter, en octobre, la démolition de l'ancienne clinique Saint-Georges afin d'y construire un ensemble comprenant le siège d'Ideta, des crèches et des appartements de standing.

Dans le cadre du projet de revitalisation du quartier cathédral, il reste à réaliser le revêtement des rues des Fossés, Dame Odile, de l'Arbalète et par la suite de la rue de l'Hôpital Notre-Dame, du Curé Notre-Dame, de Courtrai, des Choraux, du Four-Chapitre, des Orfèvres, de la place de l'Evêché et ensuite de la place Paul Emile Janson, de la rue de la Lanterne, de la rue de Paris et de la de la Tête d'Or. On poursuivra également la rénovation des façades du pietonnier et de la rue de la Triperie. Quand tout cela sera terminé, les travaux de la restauration extérieure de la nef de la cathédrale Notre-Dame toucheront probablement à leur fin.

Ensuite, on parlera de la mise au gabarit de 2.500 tonnes de l'Escaut et on entamera les travaux pour faire sauter le bouchon que représente le Pont des Trous. On s'achemine doucement vers la modification des arches, ce qui est loin de ravir les défenseurs de cette dernière porte d'eau existant encore dans le Nord de l'Europe.

Au niveau de l'enseignement, la construction prochaine d'un immeuble est annoncée à l'avenue du Saule sur les terrains de l'école d'Horticulure et l'aménagement des nouveau locaux de l'école du Petit Colysée (à l'angle de l'avenue de Maire et de la rue Edouard Valcke) se fait attendre.

La construction d'un show-room par le concessionnaire d'une marque allemande de voitures vient de débuter sur le terrain voisin des bâtiments du service incendie à l'avenue de Maire. Un parc d'attractions vient de s'ouvrir sur cette même avenue de Maire dans les anciens bâtiments de céraminée et un centre de remise en forme est aussi créé.

L'Optimiste suivra l'évolution de ces différents chantiers et ne manquera pas de vous informer de leur évolution.

(S.T. août 2011)

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06 janv.
2010

08:01

Tournai : histoire d'un évêque de caractère (3)

Le décès, à 83 ans, de Mgr Labis survenu le samedi 16 novembre 1872 des suites d'une bronchite devait normalement mettre fin aux heurts entre l'évêché et les autorités communales. Ce fut loin d'être le cas, au contraire, il marquait le début début d'une période trouble entourées de zones d'ombre. C'est le dimanche 17 novembre que deux hommes se rendirent chez le Bourgmestre de Kain, Jean Baptiste Dochy. L'un s'appelait Jean Baptiste Demarre, âgé de 40 ans, homme de confiance, l'autre se nommait Auguste Dumoulin, 38 ans, exerçant la profession de cocher. En qualité d'amis du défunt, ils venaient déclarer le décès à Kain la Tombe de Gaspard Joseph Labis, 95e évêque de Tournai. Dès lors, la nouvelle se répandit dans la cité des cinq clochers et à midi, la grosse cloche de la cathédrale annonça le deuil aux habitants et durant la journée, le Chapitre se réunit sous la présidence de son doyen, Mgr Jean Baptiste Ponceau, afin de prendre les dispositions qui s'imposaient. Il est alors décidé que la dépouille serait ramenée au palais épiscopal et exposée dans la chapelle de l'évêché, le lendemain, 18 novembre. 

La veille, le bourgmestre de Kain était venu s'incliner devant le corps du défunt et avait délivré un permis de transfert vers Tournai, acte cependant sommairement rédigé. Le 18 décembre, Léopold Fontaine, Echevin de l'Etat Civil faisant fonction de bourgmestre apprenait, par "la rumeur publique", que la dépouille mortelle avait été ramenée à l'évêché. Il mandata son chef de bureau, Guillaume Masquelier, afin de vérifier l'exactitude de l'information. Réclamant le permis de transfert rédigé à Kain, le réprésentant communal constate qu'il n'est revêtu d'aucun caractère authentique. En bon fonctionnaire public, il refuse donc l'introduction du corps en ville... alors que celui-ci s'y trouve déjà depuis 24 heures ! Le 20 novembre, une réunion du Conseil Communal, convoqué dans l'urgence, permet aux mandataires communaux de constater officiellement que le corps de Mgr Labis a été rapatrié à Tournai sans autorisation. Il est donc décidé que, dans pareilles circonstances, le conseil communal ne serait pas représenté aux obsèques fixées au 21 novembre. Le Courrier de l'Escaut, journal catholique, y voit, une fois de plus, "la haine du religieux professée par les mandataires publics". Il faut dire que depuis les dernières élections de 1869, au sein du conseil communal, les libéraux comptent sept élus pour trois aux catholiques et qu'à la Chambre on assiste à un combat de "titans" entre le libéral et anticlérical tournaisien Jules Bara et le catholique Barthélémy Dumortier.

Le 21 novembre, jour d'imposantes funérailles, les autorités communales délèguent l'oncle du Ministre Bara et le commissaire adjoint Delvallée afin d'authentifier la dépouille. Suite à leur demande, Monseigneur Ponceau va leur répondre que cela est impossible car le corps a été inhumé au sein même de la cathédrale. Durant le service funèbre, les représentants communaux constatent, en effet, que le catafalque ne recouvre aucun cercueil ! Il faut savoir que le prédécesseur de Monseigneur Labis, Mgr Delplancq avait été le dernier évêque du diocèse inhumé dans la cathédrale, les autorités communales ayant adhéré au décret du 23 prairial an XII qui stipulait que pour des raisons de salubrité publique, les défunts devaient être désormais inhumés dans le cimetière situé hors les murs de la cité. Pour les autorités publiques, Mr Labis était un défunt comme les autres et il ne pouvait exister de dérogation ! La situation ainsi créée par les autorités religieuses qui avaient respecté les volontés de leur évêque va encore être à l'origine de nombreux rebondissements comme nous le verrons par la suite.

(Sources : Etude de Mr Théo Verheyden, Professeur aux Facultés Universitaires Catholiques de Mons parue dans les "Mémoires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai Tome IV 1983-84 et "Les Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècles" de Mr. Gaston Lefebvre, éditées par l'Association "Archéologie Industrielle de Tournai asbl" parues le 10 décembre 1990).

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05 janv.
2010

08:15

Tournai : histoire d'un évêque de caractère (2)

Gaspard Joseph Labis, 95e évêque de Tournai, successeur de Mgr Delplancq, était donc une forte personnalité, un homme intransigeant. Ayant face à lui un pouvoir local à forte dominante libérale s'enfonçant lentement dans l'anticléricalisme, les conditions pour des heurts réguliers étaient bien présentes. Nous nous contenterons de donner quelques exemples, les plus significatifs de ceux-ci.

En 1861, les autorités communales tournaisiennes ont décidé d'élever une statue en hommage à Christine de Lallaing, princesse d'Epinoy qui avait défendu la ville en l'absence de son mari et de placer celle-ci au centre du forum. Mgr Labis ne l'entendit pas de cette oreille et adressa au conseil communal, le 16 février, une protestation "historique" contre ce projet qui honore "une protestante qui avait quitté Tournai en emportant les trésors de la cathédrale (sic)". Le projet ayant abouti, l'évêque interdit dès lors à la grande procession de septembre d'encore traverser la Grand'Place pour gagner la rue Saint-Martin. Il faudra attendre presqu'un siècle et demi pour que cette interdiction soit levée et que le cortège religieux retrouve son parcours d'origine. Il faut dire que les autorités communales n'avaient pas, de leur côté, fait dans la dentelle, élevant la statue d'une guerrière que tout le monde savait protestante, le poing levé, muni d'une hache, regardant vers la cathédrale qu'elle semble ainsi défier.

En 1863, à peine deux années plus tard, Mgr Labis s'oppose une nouvelle fois au bourgmestre au sujet des inhumations que "l'église revendique hautement le droit d'infliger, selon ses lois et prescriptions canoniques, une flétrissure à la tombe des pêcheurs publics" et quelques temps avant sa mort, à l'occasion de la rentrée scolaire, l'administration communale libérale s'étant adressée au clergé pour qu'il célébrât la Messe du Saint Esprit à l'intention des élèves de l'athénée, le prélat s'exclama : "Quoi, une messe du Saint Esprit pour les élèves de l'athénée, pour des mécréants, jamais !". Comme le dit si bien Théo Verheyden, l'évêque ne s'embarrasse pas de précautions oratoires, non plus que de nuances.

Durant son épiscopat, il sera attentif à la restauration de la cathédrale. Gaston Lefebvre signale qu'il fera installer le gros bourdon, appelé "Marie Pontoise", tandis que Théo Verheyden, le désigne comme le parrain de la cloche "Marie Gasparine". L'évêque fut également proche du monde ouvrier et il contribua à la diffusion de l'Association de saint François-Xavier, une des premières organisations catholiques à préconiser l'abandon de l'exclusivité du rôle sans partage du patronat et de faire admettre l'intervention personnelle de l'ouvrier. Le samedi 16 novembre 1872, durant l'après-midi, alors que la neige tombait sur la région, Mgr Gaspard Joseph Labis rendait son âme à Dieu en sa maison de campagne de Kain la Tombe. C'est loin d'être la fin de l'histoire, bien au contraire, dès ce moment débute un mystère qui n'a pas encore été résolu. Nous le verrons demain.

(sources : Etude de Mr. Théo Verheyden, Professeur aux Facultés Universitaires Catholiques de Mons parue dans les "Mémoires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai, Tome IV 1983-84 et ""Les Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècles " de Mr. Gaston Lefebvre éditées par l'Association "Archéologie Industrielle de Tournai asbl" et parues le 10 décembre 1990).

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04 janv.
2010

08:45

Tournai : histoire d'un evêque de caractère !

Nous venons de vous parler du choeur gothique de la cathédrale Notre-Dame et de son instabilité chronique. Cette partie de l'édifice religieux tournaisien va servir de décor à l'histoire (réelle) que nous allons vous raconter. Elle se déroule durant le XIXe siècle et dépeint fidèlement la rivalité exacerbée qui sévissait, à cette époque, entre les autorités ecclésiastiques et civiles, entre l'Eglise et le pouvoir communal, à l'ombre des cinq clochers et du beffroi ! 

Un homme en sera le personnage principal, Monseigneur Gaspard Joseph Labis. C'est à Warcoing, au sein du couple formé par Gaspard Labis (Dottignies 1741-Warcoing 1814) et Catherine Delbecq (Warcoing 1762-1838), des fermiers aisés, que Gaspard Joseph Labis voit le jour, le 3 juin 1792. Il sera élève au Collège communal de Tournai (actuel Athénée Jules Bara) et poursuivra ses études au séminaire, il terminera celles-ci à Arras, où il parfait la théologie. Nommé sous-diacre en 1814, il va tout d'abord exercer la fonction de professeur de philosophie, il sera nommé prêtre en 1815. En 1818, il est désigné comme vicaire de Saint Léger et en 1820 devient le curé de Willaupuis. En 1826, il revient à Tournai pour occuper la chaire de théologie dogmatique au séminaire. En 1830, l'année de l'indépendance de la Belgique, il sera chanoine et vicaire général de Mgr Delplancq en 1831. Au décès de l'évêque, il sera désigné pour reprendre la charge à la tête du diocèse de Tournai en 1835. Cette désignation avait profondément déplu au roi Léopold 1er qui le trouvait trop démocrate et surtout partisan des toutes les libertés constitutionnelles. On dit même que le Palais fit pression sur le Vatican à l'annonce de sa possible désignation.

Mais qui était vraiment ce personnage qui semblait déranger le pouvoir public déjà avant sa désignation comme pasteur de l'Eglise de Tournai ? Il apparaît sur un document datant de 1850 en compagnie de Mgr Ponceau. On le décrit comme étant un homme de haute taille, laissant à ceux qui le cotoyaient, une impression de force et de solidité. Jusqu'à un âge fort avancé, il gardera une démarche ferme et assurée. Il avait, dit-on, le teint frais, la stature droite, une ample chevelure blanche ondulant sur la nuque. Il parlait d'une voix forte et sonore, ce qui posait plus encore son autorité. Même ses opposants lui reconnaissaient certaines qualités, ainsi lors de son décès, le journal libéral (et anticlérical) "La Vérité", lui prêtait un caractère doux, affable et conciliant, le décrivant comme un homme de grande sagesse et de modération, allant jusqu'à rejeter sur son entourage la cause des luttes qui l'opposèrent au pouvoir civil. Ces propos doivent cependant être modérés, on sait que de toutes les époques, les personnes décédées ont été affublées de toutes les qualités !

Mgr Labis n'était pas un homme "facile", il possédait un tempérement doctrinaire, allant jusqu'à interdire à son clergé les cours de religion au sein des Athénées, symbole de l'enseignement public, bien éloigné du religieux. Dans sa charge d'évêque, il sera à l'origine du retour des Jésuites à Tournai et collaborera à la restauration de leur enseignement dans la cité des cinq clochers par la création du Collège Notre-Dame, encore existant à la rue des Augustins. Il favorisera également les écoles libres du diocèse et sera à l'origine de la création de l'Ecole normale de Bonne-Espérance. Il encouragera l'établissement de l'enseignement des Frères des Ecoles Chrétiennes, il sera à l'origine de la prise en charge du Collège Saint Augustin à Enghien en 1850 et à Leuze, dix ans plus tard. A Tournai, il contribuera à fixer les Dames de Saint André. Sous son épiscopat de très longue durée (plus de 37 années), on assistera à la fondation de près de deux cents maisons religieuses et à la création de quarante-quatre paroisses nouvelles dans le diocèse. Sa longévité à la tête du diocèse lui vaudra le titre de plus ancien évêque de Belgique et sa participation à Rome à la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception en 1854 et au Concile de 1869-1870 où on le retrouve dans le clan des "infaillibilistes" (ceux qui reconnaissent l'infaillibilité du souverain pontife dont le dogme est proclamé en 1870). 

 Jusqu'à présent nous avons surtout dressé le portrait d'un homme arrivé à la tête d'un diocèse et s'occupant avec beaucoup de dynamisme de sa charge, nous verrons demain que son opposition ira croissante avec les autorités communales, ce qui lui vaudra même une sorte de retour de manivelle... "posthume" ! 

(sources : "Etude de Mr Théo Verheyden, Professeur aux Facultés Universitaires Catholiques de Mons parue dans les "Mémoires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai", Tome IV, 1983-84" et "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècles" de Mr Gaston Lefebvre éditée par l'Association "Archéologie Industrielle de Tournai asbl" parue le 10 décembre 1990).

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03 déc.
2009

07:15

Tournai : l'année 1935 sous la loupe (2)

La relation des faits divers dans la presse locale durant l'année 1935 est totalement différente de celle qui prévaut actuellement. Il faut dire que la circulation automobile étant peu importante, les accidents de la route n'étaient pas nombreux. Aussi lorsqu'un tel fait survenait, le reporter rédigeait un article d'une colonne sur l'entièreté de la page. Le mieux est de résumer (pour ne pas heurter les âmes sensibles) un grave accident survenu le dimanche 20 janvier sur la chaussée de Lille. L'article débute par une partie descriptive : quatre jeunes femmes se rendaient du village d'Orcq à Tournai à bicyclette. Arrivées à la fin de la voie cyclable située à gauche de la route, elles durent traverser celle-ci à hauteur du lieu-dit "la barrière d'Orcq". Pourquoi ne virent-elles pas une automobile venir de France ? On ne le saura jamais, toujours est-il que le chauffeur ne parvint pas à les éviter. Une jeune femme ne se relèvera jamais, tuée sur le coup, une autre victime décèdera à l'hôpital. Débutent alors une foule de détails quant à l'identité des victimes, les résultats de l'autopsie réalisée par le Docteur Lefebvre, médecin-légiste, l'identité des policiers venus effectuer le constat et des membres du parquet qui les rejoignirent. L'émotion des témoins et des gens du village est également traduite. Une relation complète qui ne serait plus possible de nos jours en raison de la loi Franchimont qui souhaite la plus grande discrétion quant aux circonstances du drame et aux identités des personnes concernées. 

Un autre fait concerne un "incident" qui s'est déroulé au même endroit, le lundi 22 juillet 1935. Un troupeau de moutons avait emprunté la chaussée de Lille (cela était courant à l'époque), une automobile (on utilisait très peu le terme voiture à l'époque) immatriculée en France ne put l'éviter, il en résultera un véritable boucherie, quatre ovins tués et plusieurs blessés à des degrés divers. Suite au choc, le véhicule a versé sur le flanc et les deux occupants ont été légèrement blessés. Un médecin a été appelé pour les soigner. C'est à ce moment que la relation de ce fait devient dramatique : à la vue du "carnage", un témoin, une dame de 65 ans, sera terrassée par une crise cardiaque et décèdera sur place.

Si les accidents sont rares, les vols sont beaucoup plus fréquents. On vole même tout et n'importe quoi comme le révèle le fait qui se déroule en avril 1935. Circulant à vélo, trois habitant d'une courrée, située à la rue des Croisiers, sont repérés durant la nuit, vers 0h30, par une patrouille de police. A la vue des représentant de l'ordre, deux individus s'enfuient, le troisième est intercepté. Le matin même, un samedi, un vol avait eu lieu dans un wagon de chemin de fer stationné à la gare "Margarine" (c'est ainsi qu'on appelait la gare des marchandises) au boulevard Delwart. En fuyant, les deux hommes laissèrent tomber un sac contenant justement les marchandises dérobées, signant ainsi leur forfait. L'objet du larçin : du son et du bois de réglisse !

Un dernier fait qui mérite d'être mentionné est dramatique. Le mercredi 9 octobre, vers 17h45, au moment de la pesée, une génisse s'échappe de l'abattoir de Tournai situé près de la rue du Désert (à proximité de l'actuelle clinique Notre-Dame), commence alors une course folle. Dans la rue du Château, elle renverse un enfant qui sera légèrement blessé, poursuivant sa corrida par les quais Dumon, Saint-Brice, Vifquin et le Luchet d'Antoing, elle parviendra à passer l'Escaut sur le pont situé près du carrefour de Valenciennes et s'élancera dans la rue Saint Piat où un homme courageux tentera de l'arrêter et se fera projeter à cinq ou six mètres, l'animal continue son périple vers le quartier saint-Brice et c'est à la rue Childéric que survient le drame, le chanoine Warichez ne peut éviter l'animal qui le projette au sol, il succombera d'une fracture du crâne. Inconsciemment, la bête furieuse revient vers l'abattoir, non sans avoir encore renversé le patron d'un café de la rue Royale. Elle sera finalement maitrisée et abattue. 

Cette année 1935 verra la mort de la reine Astrid de Belgique, le 29 août dans un accident de circulation dans le village suisse de Küssnacht. A Tournai, le glas de la cathédrale et du beffroi sonnent pour annoncer le deuil national à la population, un office est célébré à la cathédrale et par décision du conseil communal, la place du Parc devient place Reine Astrid, le 27.11.1935. La presse glorifie également les artistes locaux et notamment Mr. Joseph Cannieau, violoncelliste-virtuose, qui, après avoir été un brillant soliste lors du concert du Conservatoire en janvier, se produit à Paris où il obtient un grand succès et est félicité par les nombreux artistes parisiens présents à la réception qui suivait le concert. Elle relate le derby qui oppose l'Union et le Racing de Tournai, le dimanche 6.1.1935. Les Rouge et Vert l'emportent sur le score de 3-2. Libert (2) et Deligne marquèrent pour les Infants tandis que Casterman inscrivit les deux buts des "Jaune et Noir". Elle nous apprend que l'Administration Communale avait organisé, le dimanche 6 septembre, une course cycliste sur la piste en terre de la Plaine des Manoeuvres. On dit même que près de 20.000 spectateurs avaient acclamé le vainqueur, Romain Maes et ses coéquipier du Tour de France. Elle nous annonce le concert des petits Chanteurs de Vienne à la Halle-aux-Draps, le dimanche 24 novembre, à l'invitation de la Société de Musique. Elle relate l'émotion des Tournaisiens lorsqu'ils ont appris, en mai, le déplacement du 11e régiment d'Artillerie, en garnison dans la cité des cinq clochers depuis 1920. Celui-ci rejoint Mons, chef-lieu de province, titre plus prestigieux pour accueillir son commandement. Elle évoque enfin la vision de deux boules verdâtres et lumineuses aperçues dans le ciel tournaisien le mardi 6 août en soirée, une traversée du ciel qui dura cinq à six secondes, d'est en ouest. On apprendra par la suite que deux aérolithes sont tombés en France entre Houdan et Dreux, à la même date. Voilà ce qu'on pouvait lire en 1935. On était bien loin d'imaginer que des engins bien plus dangereux tomberaient bientôt sur les immeubles tournaisiens !

(source : Courrier de l'Escaut de l'année 1935)

07:15 Écrit par l'Optimiste dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, union de tournai, racing de tournai |

02 déc.
2009

09:00

Tournai : l'année 1935 sous la loupe (1)

1935 ! Depuis quelques temps déjà on assiste aux premières tensions d'un monde qui ne s'est pas encore vraiment stabilisé depuis la fin de la première guerre mondiale. Si la presse locale évoque ces évènements, rien ne laisse supposer une quelconque inquiétude de la part de la population tournaisienne. Le Courrier de l'Escaut a bien ouvert une rubrique quotidienne intitulée "Nouvelles de l'Allemagne hitlérienne" dans laquelle on peut, par exemple, lire cet entrefilet dans l'édition du dimanche 6 janvier parlant d'une "étrange et soudaine manifestation qui a eu lieu à l'Opéra de Berlin sur les ordres du chancelier Hitler. Celle-ci avait duré une heure sous la protection d'une importante force armée et avait pour but de manifester publiquement l'unité du Parti". On peut aussi y découvrir, en avril, cette annonce de la formation, à travers l'Allemagne, de 900 tailleurs pour habiller les soldats, suite au rétablissement du service militaire obligatoire ou encore (bien plus inquiétant) le coût estimé du réarmement de l'armée allemande. D'autres nouvelles quotidiennes traitent de la guerre entre l'Italie de Benito Mussolini et l'Ethiopie du Négus et des différentes visites que se font les gouvernants des grandes nations. On ne sent cependant pas de dramatisation de ces informations et le Tournaisien considère que tout cela se passe finalement bien loin de chez lui.

En politique, le conseil communal a bien d'autres préoccupations. La majorité ayant basculé, les sociaux-chrétiens font remarquer que si la ville connaît des difficultés de trésorierie, une situation financière saine prévalait avant les dernières élections. Le Bourgmestre Albert Asou doit souvent intervenir quand ses conseillers ou échevins en arrivent à s'insulter en se traitant mutuellement de voleurs et d'escrocs. On a pourtant bien du pain sur la planche comme le démontre cet arrêté communal pris pour "punir ceux qui, à l'avenir, imiteront le sifflet des agents de police ou autres sonneries d'alarme" ou encore quand le débat se porte sur le bruit excessif, un conseiller communal s'inquiétant à propos des échappements de motocyclettes qui sont désagréables durant la nuit. "Ne pourrait-on pas les munir d'un échappement silencieux" propose un de ses collègues !  Bien sûr d'autres décisions concernant la gestion de la ville seront prises par le Collège même celle d'ériger un monument en hommage à Rogier de le Pasture représentant l'artiste peignant une Vierge à l'Enfant. Le choix du site fait débat, on propose de le placer entre l'Evêché et la Cathédrale, lieu où on peut toujours l'admirer.

Des lecteurs se plaignent déjà auprès des rédacteurs des quotidiens et ceux-ci répercutent leur avis. 

L'administration des Postes ayant décidé de construire un nouvel Hôtel des Postes à la rue des Chapeliers, les voisins déplorent l'état lamentable des abords du chantier qu'on devrait nettoyer plus régulièrement afin d'éviter, par temps de pluie, d'emmener de la boue dans les commerces et maisons environnantes. De même, les habitants proches de la cimenterie des Bastions protestent contre les réguliers dépôts de poussières qu'on retrouve jusque dans les jardins et maisons de la chaussée de Bruxelles. Etait-ce déjà une première manifestation écologique ? Plus sérieusement, la presse publie deux rapports communaux concernant l'année 1932, le premier concerne les activités des services de Police. On peut y découvrir qu'au cours de cette année 247 faits ont été répertoriés : cinq incendies, trente-quatre feux de cheminée, onze commencements d'incendie, cinq morts subites, deux morts par accident, quinze malades sur la voie publique, trente-sept chutes accidentelles, un meurtre, une explosion et une centaine d'accidents divers. 2.657 procès-verbaux ont été rédigés parmi lesquels vingt-neuf pour vols qualifiés, cent vingt-neuf pour vols simples, dix pour vols à l'étalage, seize actes de mauvais gré, trois pour attentats à la pudeur, six pour outrages aux bonnes moeurs, cinquante-quatre pour coups et blessures, quatorze pour tapage nocturne (souvent des disputes ou le fait d'ivrognes, la TSF étant loin d'être aussi puissante qu'une sono), vingt-six pour mendicité ou vagabondage mais aussi trente-huit pour ivresse, quelques PV ont été rédigés pour injures. Nulle part, il n'est fait mention de vente et utilisation de stupéfiants, d'excès de vitesse, de viols ou de ... tags sur les façades !  Le second rapport concerne les causes de mortalité à Tournai en 1932. Les plus souvent citées sont les maladies du coeur, à l'origine de 92 décès, les maladies cardio-vasculaires : 63 décès, les cancers : 61 décès, la tuberculose qui exerce encore ses ravages auprès de la population des quartiers pauvres : 33 décès, les maladies de l'appareil digestif : 20 décès et... la grippe saisonnière responsable de la mort de vingt-neuf personnes. Les meurtres (1), les suicides et les accidents sont les autres causes de décès en 1932. ... Dans le prochain article, nous évoquerons la relation de quelques faits divers telle qu'elle apparaissait dans la presse en 1935.

(sources : Le Courrier de l'escaut de l'année 1935)

09:00 Écrit par l'Optimiste dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, albert asou, faits divers, rogier de le pasture |

01 déc.
2009

08:00

Tournai : Les années trente (1)

Le 5 novembre dernier se clôturait un long feuilleton entamé le 12 mars 2008. Pendant près de vingt mois, jour après jour, l'Optimiste vous a emmenés à la découverte de l'évolution de la ville des cinq clochers entre le 1er janvier 1950 et le 31 décembre 2005. Cinquante-cinq années qui verront Tournai transformer un champ de ruines en une ville moderne et accueillante. Pour compléter ce dossier, il était peut-être nécessaire de se retremper dans l'atmosphère des quinze années qui ont précédé l'époque étudiée. Nous allons donc, prochainement, vous informer des faits de la vie quotidienne qui firent l'actualité de la cité entre le 1er janvier 1935 et le 31 décembre 1949.  Quinze années qui peuvent être divisées en trois chapitres : 1935-1939 : "de l'insouciance à l'inquiétude", 1940-1944 : "les années de plomb", 1945-1949 : "l'espoir retrouvé".

Se plonger dans les archives de la presse locale et particulièrement dans celles du journal "Le Courrier de l'Escaut" nous fait entrer par le style tout d'abord et par la façon de traiter les sujets ensuite dans un monde qui nous paraît étranger, différent de celui que nous connaissons aujourd'hui. Ainsi, la politique locale s'articule autour d'un très net clivage gauche-droite, la relation des conseils communaux de l'époque par un journal alors d'obédience chrétienne fait transparaître un affrontement presque constant entre une idéologiée bourgeoise, héritière d'un patronat, parfois un tantinet paternaliste, et une doctrine ouvrière qui s'oppose, presque par principe, aux propositions qui lui sont faites. Le combat est âpre, les discussions sont très souvent animées, les insultes à l'égard de l'un ou l'autre membre du conseil fusent régulièrement. Ainsi, également, la rubrique des faits divers qui est traitée avec force détails, pratiquement à l'image d'un sujet de rédaction proposé par un instituteur d'alors. Ainsi, la Culture qui se résume à quelques concerts ou pièces de théâtres le plus souvent organisés dans un but philantropique. Ainsi la rubrique sportive qui traite principalement du football (le Racing, l'Union et quelques clubs régionaux) et du cyclisme. Les reportages photographiques sont rares, les documents proviennent exclusivement des agences de presse, les faits locaux ne sont illustrés par aucune photo. La "réclame" a envahi les dernières pages des quotidiens et, notons également qu'en ce qui concerne le Courrier de l'Escaut, l'information religieuse est omniprésente au fil des pages, on y trouve les horaires des messes, une évocation de la vie du diocèse et régulièrement des informations en provenance du Vatican. Une seule rubrique semble immuable, celle de l'Etat-Civil. Tous ces articles de presse sont le reflet d'une époque que la guerre a balayée et envoyée aux oubliettes de l'histoire. 

Après quelques minutes à peine de lecture, on s'intègre facilement dans l'air du temps et on oublie rapidement de faire la comparaison entre les articles qui paraissent aujourd'hui. C'est à la découverte de ce feuilleton qui traitera comme le précédent de l'actualité politique, de la culture, des sports et des faits divers locaux que l'Optimiste vous convie à partir de demain, souvenirs pour les plus anciens, découverte pour les plus jeunes ou pour ceux que la (petite) histoire de Tournai intéresse.

08:00 Écrit par l'Optimiste dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, le courrier de l'escaut, les années trente |

30 nov.
2009

07:00

Tournai : la ville en chantier (6)

Après avoir évoqué les grands travaux entamés aux quatre coins de la ville par le "secteur public", il est temps de faire le point sur d'autres chantiers beaucoup moins spectaculaires mais qui vont à l'avenir modifier le paysage urbain tournaisien. Les travaux entamés au printemps dernier au carrefour du Viaduc pour la création du rond-point dénommé, à tort, Imagix, en raison de la proximité du complexe cinématographique, se terminent. Pas moins de six voies de circulation aboutissent à celui-ci : la chaussée d'Audenarde, passage obligé pour les nombreux automobilistes venant quotidiennement de Kain, le boulevard des Nerviens, emprunté par les navetteurs qui se rendent chaque jour à la gare, l'avenue Leray dans laquelle se trouve l'école du Château, l'avenue Edmond Wibaut, desservant le site "Notre-Dame" du Centre Hospitalier Régional (CHWAPI), le boulevard Delwart et l'accès au parking du complexe cinématographique. Entièrement ouvert à la circulation durant le mois d'octobre, il restait cependant à réaliser des éléments importants pour la sécurité routière, les trottoirs et les passages pour piétons, ces aménagements seront très prochainement terminés. Il restera alors à éclairer cet important noeud routier, véritable trou noir sur le circuit des boulevards tournaisiens. 

Des immeubles faisant l'objet d'une construction ou d'une rénovation voient leurs chantiers se terminer ou être en passe de l'être. A la rue As-Pois, une partie de la résidence "la Factory" est occupée depuis quelques mois, il s'agit de celle aménagée dans des locaux existants qui ont été totalement rénovés, les parties construites, à front de rue ou autour de l'espace vert qui sera créé à l'intérieur font l'objet de travaux de finitions et ils seront probablement occupés lors du prochain été. Il en est de même pour la "Résidence des Dominicains", située à deux pas de la Grand'Place. Dans la rue Perdue, la "Résidence-services du Théâtre" est déjà en partie occupée, en face, des appartements de standing ont été réalisés dans les locaux de l'ancien arsenal des Pompiers, à l'arrière de ceux-ci, séparée par un espace de verdure, la "Résidence Sainte-Barbe", appartements moyens construits par le Logis Tournaisien vient d'être inaugurée. Plus bas, à la placette aux Oignons, un chantier de constructions de sept appartements vient de débuter. Le long du quai Notre-Dame, trois maisons anciennes, situées à l'angle de la ruelle des Noirets font l'objet d'une restauration complète (toitures, façades, intérieur) afin de leur rendre leur aspect initial.

Dans les rues adjacentes du Château et du Rempart, le Ministère des Finances est le maître d'oeuvre de la réhabilitation des anciens locaux de la Coopérative l'Avenir, bien connue des vieux tournaisiens, si l'aile située façe au Lycée Campin est encore en travaux, celle située rue du Rempart est terminée et le déménagement a eu lieu ces dernières semaines. A la rue Campin, les travaux de contruction d'une nouvelle résidence comptant plus d'une vingtaine d'appartements se poursuivent, quelques mois seront encore nécessaires pour que les premiers habitants puissent y loger. Une rénovation semble pour le moment au point mort, celle de la "Tour Henri VIII", le dôme sensé abrité le sommet des intempéries et permettre aux murs de sécher s'est déchiré et les toiles plastifiées pendent lamentablement sur l'échafaudage qui ceinture la vénérable construction !

Les années qui suivirent la seconde guerre mondiale ont vu l'apparition d'un phénomène qui est allé en s'amplifiant, la désertification du centre des villes par l'abandon des immeubles d'habitation au profit de villas construites à la campagne ou en périphérie, cinquante années plus tard, on assiste à un revirement total, de nombreuses personnes souhaitent désormais habiter "intra-muros" afin d'être à proximité immédiate des commerces, services, écoles, lieu de travail parfois. Pour beaucoup l'âge de la retraite a sonné et les déplacements (toujours plus onéreux) en voiture amènent cette nouvelle vision. "Une cité qui se repeuple est une ville qui revit". Bientôt, on parviendra à oublier ces quartiers entiers voués aux maisons de commerce et aux bureaux, bâtiments sans vie lors des soirées, quartiers déserts durant le week-end. Revitaliser le centre-ville, une opération que la ville de Tournai est en passe de réussir !

07:00 Écrit par l'Optimiste dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, renovation, revitalisation |

05 nov.
2009

09:31

Tournai : 1950-2005, l'évolution sportive (2)

Après avoir évoqué le football et le basket, tournons nous vers un autre sport qui attire de très nombreux supporters, le cyclisme. Les multiples affaires de dopage qui l'ont marqué ces dernière années ne semblent pas décourager les amateurs de la "petite reine" qui, avec un certain fatalisme, pensent que tous et toujours ont été dopés. Nous ne voulons pas entrer dans ce débat car ce serait faire injure aux très nombreux coureurs qui refusèrent la tricherie durant leur carrière. Tournai est une ville où le cyclisme est également roi. Entre 1968 et 1978, grâce à un homme, Jean Leclercq, reporter à l'Avenir du Tournaisis, la "course du Trèfle à Quatre Feuilles" connut de brillants vainqueurs tels Herman Van Springel, Frans Verbeek, Eric Leman, Dirk Baert ou le hollandais Harry Steevens. Chaque année, elle amenait à Tournai des coureurs renommés comme le français Jean René Bernaudeau, le hollandais Jan Harings ou encore Roger Rosiers, Jos de Schoenmaker. Jusqu'en 1988 se déroula le Grand Prix du Tournaisis que remportèrent, entre autres, Joseph Planckaert, Eddy Merckx, Frans Verbeek, Marc Demeyer et Michel Pollentier. Jusqu'en 1995, le Circuit des Frontières entre Baisieux (F) et Templeuve vit, notamment, les victoires de Jean Stablinsky en 1965 et d'Eddy Merckx en 1966 enfin, tous les ans également, les amateurs de cyclisme pouvaient assister au passage de la semi-classique wallonne Binche-Tournai-Binche pour coureurs professionnels interrompue en 1996 mais qui sera à nouveau présente au calendrier de 2010. Si la ville de Tournai vit de très nombreux passages du Tour de France, la date du 22 juin 1966 resta marquée dans le souvenir des amateurs de vélo. Ce jour-là, la seconde étape de la grande boucle, Charleville-Tournai, arrivait sur le boulevard Bara où Guido Reybroeck s'imposait au sprint, le coureur allemand Rudi Altig, équipier de Jacques Anquetil, conservant le maillot jaune conquis la veille. Le lendemain, avant le départ pour Dunkerque, les équipes disputèrent une demi-étape contre la montre par équipes qui vit la victoire du groupe hollandais Télévizier de Gerben Karsten et Henk Nijdam. Un championnat de Belgique pour amateurs remporté par Jean Luc Vandenbroeck et un pour professionnels en 1988 remporté par Etienne De Wilde prouvent également le dynamisme de la cité des cinq clochers. Le club de la Pédale Saint Martin a permis à de nombreux jeunes de notre région de faire leurs premières armes dans le monde du vélo. L'administration communale de Tournai en partenariat avec la mairie d'Orchies posa sa candidature pour une arrivée du Tour en 2010 à l'ombre des cinq clochers et un départ de la petite ville du Nord de la France distante d'une douzaine de kilomètres. Hélas, l'ogre liégeois, qui a déjà obtenu un départ du Tour et de nombreuses arrivés d'étapes, des étapes du Giro et de la Vuelta, la classique Liège-Bastogne-Liège, ne désire laisser que des miettes aux autres villes wallonnes, tirant à lui la couverture cycliste. Tournai, heureusement peut compter depuis quelques années sur l'arrivée finale du Circuit Franco-Belge remporté cette année par Tyler Farrar devant Tom Boonen et sur certaines arrivées du Tour de Wallonie dont la dernière édition vit le coureur français Julien El Fares de l'équipe Cofidis s'imposait au pied des Tours Marvis.

On peut également parler d'athlétisme et de la RUSTA qui connut ses heures de gloire gràce à deux jeunes filles, Sandrine Hennart, championne et recordwoman de Belgique en saut en longueur et spécialiste également du sprint où elle rivalisa avec Kim Gevaert dans les années nonante et Valérie Denis qui participa à de nombreux meetings en Belgique et à l'étranger. On peut évoquer le volley-ball qui grâce au travail de modestes dirigeants tournaisiens qui ont pour nom, Charles Vivier et son épouse, René Vivier, Jean Louis Petit, Bernard Tilman et bien d'autres amenèrent les jeunes vers ce sport, relativement confidentiel à Tournai à la fin des années cinquante, pour voir le Skill évoluer désormais dans l'anti-chambre de l'élite du volley belge. On ne peut passer sous silence les exploits de l'Estudiantes qui évolue désormais au plus haut niveau du handball national, ni des Cardinaels, de nombreuses fois consécutives champions de Belgique en football américain. On parlera enfin de Roger Delmotte, Président d'Omnisport, qui amena l'organisation, dans le courant des années soixante et septante, de nombreux championnats d'Europe et du Monde de billard, en la Halle-aux-Draps et de Cédric "Pupuce" Merchez, un de nos meilleurs représentants en tennis de table évoluant au sein d'équipes de première division nationale. Le sport à Tournai, tout comme la culture, a connu un essor remarquable au cours de ces cinquante dernières années.