04 janv.
2017

11:43

Tournai : le cœur de la Wallonie picarde (12)

Notre présentation des entités composant la Wallonie picarde nous emmène à Mouscron.

Mouscron.

Par son importance (58.000 habitants), voici la seconde ville de Wallonie picarde. Jusqu'au 31 décembre 1962, la "Cité des Hurlus", comme on la nomme, appartenait à la Flandre. Alors ville bilingue à majorité francophone, elle sera rattachée au Hainaut Occidental, en 1963, à la fixation de la frontière linguistique issue de ce malheureux marchandage qui sépara le pays. Elle est devenue une commune à facilités linguistiques pour les néerlandophones. Lors de la fusion des communes du 1er janvier 1977, les entités de Dottignies, Herseaux et Luingne lui ont été rattachées. La ville de Mouscron est située à un peu  plus de vingt kilomètres à l'Ouest de la cité des cinq clochers.

Au Moyen-Age, la seigneurie de Mouscron dépendait de la cour féodale d'Harelbeke. Elle appartiendra par la suite, par unions successives, aux Liedekerke, aux Basta et aux marquis d'Ennetières. Jusqu'au milieu du XVIIIème siècle, Mouscron restera principalement une terre agricole mais son essor va dépendre de l'installation de l'industrie textile vers 1770. Un siècle plus tard, de nombreux patrons venus de France y ont installé de nombreuses filatures et usines de tapis. Le textile va alors faire la richesse et la réputation de Mouscron et de ses environs et donner le plein emploi à la région. Le tissu urbain va se créer et se greffer sur la France au point qu'il est encore parfois impossible de différencier le territoire français du territoire mouscronnois, certains quartiers se prolongeant en France. Hélas, à partir du milieu de vingtième siècle, le déclin du textile va engendrer la fermeture de nombreuses usines et Mouscron va devoir faire face à une reconversion industrielle privilégiant les petites et moyennes entreprises aux grandes usines employant des centaines d'ouvriers. De nombreux habitants qu'on désigne sous le terme de "travailleurs frontaliers" passent quotidiennement la frontière. On comptera jusqu'à 5.000 Mouscronnois travaillant dans l'industrie du Nord de la France au cours du XXème siècle. 

Le visiteur est interpellé par le côté jovial, bon enfant et extrêmement accueillant de la population mouscronnoise. Les habitants ont gardé le caractère des gens des cités ouvrières, durs au labeur mais toujours prêts à s'amuser, à faire la fête, à adopter ceux qui s'intéressent à leurs racines.

En ce qui concerne le patrimoine, on citera tout d'abord le "Château des Comtes", vestige de la demeure seigneuriale, dont on trouve déjà la trace dans la première moitié du XVème siècle. Il a été une première fois acquis par la Ville en 1961 mais très vite rétrocédé à l'Etat. En 1990, la ville l'a racheté après d'importants travaux de restauration. Le corps de logis et les dépendances sont classés.

La cité mouscronnoise compte de nombreuses églises dont la principale l'église "Saint-Barthélémy", la plus ancienne, de style gothique, renferme les sarcophages des comtes de Mouscron. On y découvre le mausolée de Ferdinand de Liedekerke et de son épouse, le monument d'Oste de la Barre ou la pierre tombale de Corneille de la Barre mais aussi le chef d'argent de Saint-Barthélémy (XVIème siècle).. Tous les autres édifices religieux datent de l'essor de Mouscron : l'église de la "Conversion de Saint-Paul" dans le quartier du Risquons-Tout (1867), l'église du "Sacré-Cœur" dans le Quartier de la Gare (1887), l'église de "Saint-Antoine de Padoue", dans le Quartier du Mont-à-Leux (1890), l'église de "la Sainte-Famille", dans le quartier du Tuquet (1903), l'église du "Bon Pasteur", dans le Quartier du Nouveau-Monde (1940). Plus récente est l'église "Notre-Dame de la Paix". Ces dates très rapprochées prouvent l'extension rapide de la ville à la fin du XIXème et au début du XXème siècle.

Au début du XXe siècle, la ville de Mouscron s'est lancée dans un important travail de rénovation urbaine dont les premiers résultats sont aujourd'hui perceptibles : le piétonnier, le parc communal (un des plus beaux et des plus vastes de la région), le centre culturel Marius Staquet, le Centre administratif (bâtiment aux formes futuristes inauguré en 2016), la piscine des Dauphins où évolue le club de water-polo éponyme en division I belge, le stade du Canonnier où évolue le Royal Excelsior Mouscron, club de l'élite du football belge...

Les nostalgiques du passé seront gâtés avec une visite au "Musée de Folklore" qui raconte la vie à Mouscron de 1850 à 1950, au "Café Wap Doo Wap", véritable temple des années sixties et de la période yé-yé, à "l'Espace Marcel Marlier", consacré au créateur de Martine, la petite héroïne de la bande dessinée qui a bercé la jeunesse de nombreuses femmes dans le monde entier. 

Prolixes sur tout ce qui touche à leur cité, les Mouscronnois vous évoqueront sans doute les deux hommes qui marquèrent la cité durant les années soixante, Marcel de Keukeleire et Jean Van Loo qui ont reçu les plus grandes stars de la chanson l'époque. On ignore probablement que Jimi Hendrix y donna le seul concert en Belgique en 1967. Les deux compères produisirent des artistes dont les chansons furent mondialement connues : Patrick Hernandez  et son inoubliable "Born to be Alive", les Chocolat's et leur entraînant "Brasilia Carnaval" ou encore J.J. Lionel et sa célèbre "Danse des Canards", sur des paroles du Tournaisien Eric Genty. Grâce à eux se produisirent également à Mouscron : "The Animals", "The Kinks", "Gene Vincent", "The Moody Blues", "The Yardbirds" et bien d'autres groupes anglais...

Soucieux de vous faire connaître leur cité, les Mouscronnois vous montreront aussi la maison où a vécu le fantaisiste Raymond Devos, né au château les Tourelles en 1922 et le quartier du Mont-à-Leux qu'a évoqué Jacques Brel dans sa chanson "les Bourgeois" parlant de la grosse Adrienne de Montalant (Mont-à-Leux). 

Peut-être aller vous y croiser le chemin de Jean-Luc Vandenbroeck (l'ancien coureur cycliste professionnel) ou de la toute jeune comédienne Fantine Harduin (le Voyage de Fanny de Lou Doillon, Happy End de Michaël Haneke).

Le folklore est également omniprésent avec la "Fête des Hurlus", le premier week-end d'octobre,  le "Festival venisien" organisé tous les deux ans ou le marché aux fleurs de l'Ascension. La tradition raconte que les Hurlus (terme provenant du mot "hurleurs") étaient des protestants calvinistes qui attaquaient et pillaient les villages du Nord de la France et qui se réfugièrent dans le quartier du Mont-à-Leux à Mouscron pour échapper à la vindicte des catholiques. C'est à cette époque qu'ils s'emparèrent du château des Comtes. Aujourd'hui, ils représentent l'esprit frondeur des Mouscronnois au cours d'un week-end marqué par un "cortège des Allumoirs", un grand cortège folklorique avec géants, des joutes et un tournoi de pétanque attirant plus de 3.000 joueurs.

A Herseaux, dans le quartier de la gare, le 2ème week-end de juillet, la "Fête de Toubac" rappelle que ce quartier frontalier était bien connu, jadis, des fraudeurs de tabac, celui-ci étant très prisé des Français du Nord. 

A Dottignies, à la mi-septembre se déroulent les "Fêtes de la Main", un grand cortège folklorique avec fanfares, gilles, groupes costumés parcourt les rues de la cité. La journée se clôture par un jet de mains. Dottignies s'enorgueillit de posséder le "BattleKart", la seule piste de karting au monde avec réalité augmentée, les conducteurs de karts sont plongés dans un univers virtuel projeté et évoluent comme dans un jeu vidéo.

(sources : sites des villes et visites personnelles)

S.T. janvier 2017.

02 janv.
2017

09:58

Tournai : le cœur de la Wallonie picarde (11)

Après s'être arrêté le temps d'une petite respiration, le blog vous emmène à nouveau à la découverte de la Wallonie picarde dont Tournai est la "capitale". Aujourd'hui, nous visiterons les cités de Lessines et de Leuze-en-Hainaut.

Lessines.

Nous voici dans la "cité du Cayoteu", nom donné aux ouvriers tailleurs de pierre. C'est sur la rive droite de la Dendre qu'on trouve des carrières de porphyre, une roche très dure et pratiquement inaltérable. Lessines apparaît déjà dans des écrits du XIème siècle et, au XIXème, elle comptait pas moins de 20 carrières qui donnaient du travail à près de 5.000 ouvriers carriers. L'activité s'est malheureusement fortement réduite durant la seconde moitié du XXème siècle.

Depuis la fusion des communes du 1er janvier 1977 (il y a déjà quarante ans), ont été rattachés à la cité, les villages de Bois-de-Lessines, Deux-Acren, Ghoy, Ogy et Ollignies.

Grâce au peintre René Magritte (1898-1967) dont la maison natale est visible dans une rue portant son nom et au poète Louis Scutenaire né à Ollignies en 1905, la cité est un haut-lieu du surréalisme. Le comédien Jean-Claude Drouot y est né en 1938. Celui qui incarna Thierry la Fronde au début de sa carrière y revient régulièrement. Le chanteur, compositeur et producteur, Lou Deprijck (Lou and the Holywood Bananas) y est né en 1946 et y habite toujours.

Pour les amoureux d'architecture, relevons l'Hôtel de Ville de style néo-Renaissance flamande, érigé sur la Grand-Place, l'ancien chargeur à bateaux des carrières et des écluses et moulins le long de la Dendre, rivière qui traverse la cité. Toutefois, le joyau à découvrir absolument est "l'Hôpital Notre-Dame à la Rose", classé patrimoine exceptionnel de Wallonie, dont les responsables ont conclu un partenariat avec les Hospices de Beaune (F). Il fut fondé en 1242 par Alix de Rosoit, la veuve d'Arnould IV d'Audenaerde, seigneur de Lessines. Ce vaste bâtiment accueillait les malades et indigents. Ce rôle fut assumé jusqu'en 1980. Il s'agit d'un site hospitalier autarcique complet avec son vaste bâtiment de soins, sa ferme, ses jardins aux plantes médicinales, sa glacière et son cimetière. Totalement rénové, il permet la découverte des salles des malades dont la toute grande salle commune comparable à celle qu'on voit à Beaune, de la chapelle baroque, du jardin aux plantes médicinales, des collections pharmaceutiques, médicales, didactiques et scientifiques. Le parcours est également jalonné de nombreuses œuvres d'art (peintures, sculptures et mobiliers d'époque). 

Le folklore est omniprésent dans la cité de porphyre. Le soir du Vendredi Saint, alors que l'obscurité se fait sur la ville, après une veillée dans la collégiale Saint-Pierre, à l'image de ce qui se fait dans les pays méditerranéens (Espagne, Portugal...), une "Procession de Pénitents" va parcourir les rues de la cité plongées dans le noir. Cette marche se fait uniquement aux sons de la crécelle et des tambours. Elle se compose d'hommes portant la robe de bure noire et une cagoule pointue ne laissant apparaître que les yeux et de deuillantes vêtues de noir qui accompagnent la statue de Notre-Dame des Sept Douleurs. Ils vont porter le Christ, gisant sur un brancard, au tombeau. Au sein de ce cortège, la seule lumière est celle vacillante des flambeaux. La mise au tombeau a lieu au retour dans la collégiale et est suivie par une foule compacte. 

A la mi-août, une semaine de festivités est organisée pour "El Cayoteu 1900", une fête qui rappelle le dur labeur de ces tailleurs de pierre. Un cortège composé de différents groupes et de sept géants dont un représente ce tailleur de pierre parcourt les rues de la ville.

Fiers de leur riche passé, les Lessinois organisent le premier week-end de septembre, les "Festitivés du Festin". Celles-ci évoquent le souvenir de la résistance de la ville à des hordes de Hollandais et d'Anglais venues pour la mettre à sac, les 25 et 26 août 1583. Le héros de celle-ci fut le jeune capitaine des milices bourgeoises Sébastien de Tramasure qui dédia sa victoire à Notre-Dame de la porte d'Ogy. Pendant tout un week-end, Lessines vit au XVIème siècle avec spectacles de rue (cracheurs de feu, jongleurs, conteurs...), fêtes nocturnes, banquet costumé de la Renaissance et une grande procession historique mêlant le profane et le religieux. 

Les festivités s'étendent également aux villages. 

A Deux-Acren, chaque 3ème week-end de septembre, se déroule la "Fête des Culants" en hommage à une famille portant ce patronyme qui au XVIIème siècle rendit de nombreux services à la population. Immanquablement, les géants sont de sortie. Deux-Acren qui se situe à quelques kilomètres de Grammont et de son célèbre Mur est le village où est né et a toujours vécu Claude Criquielion, le coureur cycliste belge bien connu des amateurs de la petite reine.

A Bois-de-Lessines, on découvre l'église Saint-Gervais et Saint-Protais, datant de 1790, située sur le point culminant du village et le château de Lestrivière, érigé en 1630, toujours occupé de nos jours.

Le village de Papignies est situé entre Lessines et Ath. On l'appelle le "village des Avocats". Jadis, ses habitants avaient la réputation d'être des "mêle-tout", des beaux parleurs, sachant toujours tout mieux que les autres. Aujourd'hui, on s'amuse de cette réputation. Le premier dimanche de juillet y est organisée la ducasse avec son cortège emmené par le géant... un avocat ! 

 Leuze-en-Hainaut.

Située à moins de vingt kilomètres de Tournai sur la Nationale 7 reliant la cité des cinq clochers à Bruxelles, l'entité de Leuze-en-Hainaut résulte de la fusion, le 1er janvier 1977, des communes de Blicquy, Chapelle-à-Oie, Chapelle-à -Wattines, Gallaix, Grandmetz, Leuze, Pipaix, Thieulain, Tourpes et Willaupuis.

D'abord gallo-romaine, appelée alors Lutosa ("villa boueuse" parce que située sur des marécages), la ville a pris naissance autour du monastère dédié aux saints Pierre et Paul dans le courant du VIIème siècle. Au XIXème siècle, la cité est connue pour ses bonneteries, filatures, teintureries et ateliers de confection qui occupent, au total, plus de 800 ouvriers. Ce nombre passera à plus de 2.000 après le premier conflit mondial grâce aux 69 bonneteries réparties sur son territoire. Le déclin du secteur textile allait s'amorcer dès la fin des années soixante et, aujourd'hui, il ne reste plus aucune bonneterie à Leuze. La cité est dominée par la vaste collégiale Saint-Pierre érigée en 1745. 

Si la Wallonie picarde est une terre de brasseries, la ville de Leuze-en-Hainaut en compte pas moins de quatre : la brasserie Dubuisson à Pipaix, célèbre pour sa Bush, une des plus fortes bières belges avec son taux d'alcool titrant 12°, la brasserie Dupont à Tourpes connue pour sa Moinette, la brasserie à Vapeur à Pipaix et ses bières Saison et la micro-brasserie de Gallaix, créatrice de la Rosam. 

Le "Musée Mahymobiles" a ouvert ses portes en 1997 après l'aménagement de l'ancienne bonneterie Ernalsteen. La collection retrace l'histoire de l'automobile de 1865 à nos jours et permet de découvrir également une collection de bicyclettes anciennes et de motos. Près de 1.000 véhicules sont présentés au public sur une surface de 6.000 m2 divisés en six salles. La visite dure environ 2h30.

Dans le quartier de Vieux-Leuze existe un autre musée, beaucoup plus intimiste, le "Vieux-Leuze Fire Collection" a été créé par un passionné qui a souhaité rendre hommage aux hommes du feu, ce musée n'est ouvert que le week-end et sur rendez-vous. 

Relevons  trois activités qui animent les rues de la cité bonnetière : le 6 janvier, jour de l'Epiphanie, se déroule la "Fête des Rois Brouzés". Tous les enfants de la ville sont invités à se costumer, à se noircir le visage et à se présenter dans les maisons où ils reçoivent une pièce de monnaie après avoir chanté un air traditionnel. Cette coutume tire son origine d'un chiffonnier nommé Patrie qui, autrefois, à fête des Rois, se noircissait le visage, s'affublait d'un drap de lit et d'un képi et allait chanter de porte en porte. 

Le 1er mai, la Grand-Place et la place du Jeu de Balle sont envahies par les fleuristes, pépiniéristes et horticulteurs qui transforment ces lieux en tapis de fleurs multicolore dans le cadre des "Floralies leuzoises".

A cheval entre août et septembre se déroule la "Ducasse du quartier Bon-Air" avec ses nombreuses animations et son cortège de géants locaux. 

Dans le village de Pipaix se trouve le "Musée des 18 Jours" commémorant la campagne militaire de mai 1940. Les amateurs y découvrent des milliers d'objets et de documents d'époque ainsi que soixante mannequins portant les costumes des différentes armées combattantes et 150 coiffures. La visite de ce musée dure environ 1h15.

Le dernier week-end, le village de Tourpes accueille de nombreux visiteurs accueillis par les artisans et commerçants locaux dans le cadre de "Tourpes en activité".

Avec Tourpes et Thieulain et jadis Chapelle-à-Wattines, on se trouve au cœur d'une région passionnée par la balle pelote, un sport régional aussi suivi que le pelote en pays basque.

Voici encore deux entités à visiter et de nombreuses festivités à marquer à l'agenda.

(sources : sites des villes concernées et visites personnelles).

S.T. janvier 2017.