10 janv.
2017

14:47

Tournai : le cœur de la Wallonie picarde (13)

C'est un lieu hautement touristique de la Wallonie picarde que nous allons maintenant découvrir.

Le Mont de l'Enclus.

La Wallonie picarde possède deux élévations : le Mont Saint-Aubert (147 mètres d'altitude) situé à moins de cinq kilomètres au Nord de Tournai et le Mont de l'Enclus (141 mètres), un sommet partagé entre Wallonie et Flandre distant d'une dizaine de kilomètres de son voisin tournaisien.

Lors de la fusion des communes du 1er janvier 1977, les quatre villages que sont Amougies, Anseroeul, Orroir et Russeignies ont décidé, d'un commun accord, d'appeler la nouvelle entité du nom de ce lieu touristique connu aussi bien en Flandre (sous le nom de Kluisbergen) que dans le Nord de la France : le Mont de l'Enclus.

Chaque année, des milliers de sportifs se donnent rendez-vous sur ses pentes pour assister au passage de ce monument des courses cyclistes qu'est le "Tour des Flandres" mais aussi à celui d'autres épreuves flamandes du début de saison. Que les coureurs viennent de Ruien (montée de 1km1) ou d'Orroir (montée d'un kilomètre), ils doivent affronter une déclivité maximale comprise entre 11 et 12 %. Chaque week-end, des centaines de cyclotouristes venus de Belgique et de France mettent également ces montées au programme de leur circuit.  

Le Mont de l'Enclus est un lieu de promenades. Les visiteurs sont accueillis à la "Maison des Randonneurs" où leur sont fournies toutes les indications nécessaires afin d'effectuer, dans les bois, du jogging, des balades à pied, à vélo et même à cheval. Sur la petite place située au sommet, restaurants, cafés et magasins ne désemplissent pas à la bonne saison.

Un village attire plus particulièrement l'attention, celui d'Amougies qui connut son heure de gloire du 24 au 28 octobre 1969 en accueillant un des plus grands festivals pop organisés sur le continent européen, une organisation dont l'affiche n'avait rien à envier à ceux de Monterey, de Woodstock ou de l'île de Wight. En principe, ce festival devait avoir lieu à Paris ou à Tournai, mais les autorités de l'époque, assez rétrogrades et échaudées par les manifestations de mai 68, ne voyaient pas d'un bon œil la mise sur pied d'un tel événement sur leur territoire. Pendant plus d'une semaine, les habitants tout d'abord craintifs puis amusés virent des milliers de hippies envahir pacifiquement les rues de leur village. Ils étaient venus écouter les concerts de "Pink Floyd", "Ten Years After", "The Nice", "Frank Zappa", "Archie Sheep", "Yes", "Soft Machine", "Art Ensemble of Chicago", "East of Eden", "Zoo", du groupe français "Martin Circus", "Alexis Korner", "Pretty Things", "Sam Apple Pie" et des dizaines d'autres représentants de la musique de l'époque. Les organisateurs attendaient environ 25.000 spectateurs, ils en dénombrèrent 80.000 et le commerce local tira de substantiels bénéfices de ces journées. Dans le film consacré à ce festival, le boulanger local avoue avoir ouvert son magasin 24h/24 afin de ravitailler tout ce petit monde.

En 2017, le village d'Amougies a, de nouveau, été choisi pour être le théâtre d'un grand festival : le "W-Waves", le New-Wave and électronic pop festival qui aura lieu, du 17 au 21 août, sur l'aérodrome destiné d'ordinaire aux baptêmes de l'air et au vol à voile. On annonce la venue de "The Human League", "Front 242", "Anne Clarck", "Fischer-Z", "Peter Hook", "The Damned", "China Crisis", "Desireless", "la Lune Noire", "Honeymoon Cowboys" et bien d'autres. Combien seront-ils cette fois ? L’avenir nous le dira.

L'église Saint-Bavon d'Amougies renferme un caveau contenant les restes funéraires de neuf ducs de Montmorency.

A Anseroeul, la Ferme de la Grande Croix a été construite en 1737 sur l'emplacement du château du Seigneur du lieu, Gérard de la Croix, un édifice détruit en 1635. 

Russeignies est un village agricole situé au pied du Mont de l'Enclus. 

(sources : site de la commune et visites personnelles);

S.T. janvier 2017. 

08 janv.
2017

16:20

Tournai : Bon Royaume !

La tradition du "Lundi perdu".

"Bon Royaume, mes gens" ou "Bon Lapin, mes amis", j'entends encore ces mots que nous prononçait Marcel Roland, membre de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, lorsqu'il quittait son bureau situé sur le quai Dumon, au soir du "Lundi Perdu". 

"Le 3ème réveillon des Tournaisiens" est une expression apparue il y a trois ou quatre ans à peine qui nous rappelle qu'après la Noël (le 24 décembre), la Saint-Sylvestre (le 31 décembre), le "Lundi perdu" ou "Lundi parjuré" est une troisième occasion de faire la fête dans les familles tournaisiennes.

La date est immuable, il s'agit toujours du lundi qui suit l'Epiphanie, la fête prenant ainsi place entre le 7 et le 13 janvier. Si, jusqu'à la fin du siècle dernier, cette date était toujours bien respectée, le repas est désormais au menu des restaurants de la ville et des environs, de la fête des Rois jusqu'à la mi-janvier. 

"J'vous assure qu'in ville, l'lindi parjuré, ch'est dins chaque famile, ein jour bin d'siré"

(du chansonnier Achille Viehard)

Jadis, la fête réunissait tous les membres de la famille et il n'était pas rare de rencontrer trois ou quatre générations autour de la table. Dans son déroulement, tout était codifié par la tradition orale. Chez nous, on se réunissait vers 18 ou 19 h. 

La petite saucisse à bâtons

Le repas commençait toujours par la petite saucisse que la maîtresse de maison avait bien souvent reçue en étrenne de son boucher, elle était accompagnée d'une compote de pommes ou de choux cuit au saindoux. Appelée "saucisse à bâtons" car elle était tenue par deux bâtonnets, on la désignait également par l'appellation "lapin à z'orelles de beos" (lapin aux oreilles de bois).    

Pour la salade tournaisienne, la tradition était plus ou moins respectée, chez certains, on la mangeait avant le plat principal, chez d'autres en accompagnement de celui-ci et chez d'autres encore après. 

La salade tournaisienne du Lundi perdu.

Oublions la composition de la plupart des salades préparées aujourd'hui, elles contiennent des éléments qui ne sont pas repris dans la liste des ingrédients recommandés par la coutume. Il s'agit en effet d'une salade composée des légumes qu'on trouve dans le jardin familial à cette époque de l'année, à une époque où la plupart des familles vivaient encore dans une relative pauvreté : la salade de blé ou mâche, les chicons crus coupés en petites lanières, la barbe de capucin, le pissenlit, le choux rouge au vinaigre, les haricots blancs, les gros oignons cuits au four, les pommes, l'huile, le vinaigre, le sel et le poivre. Certains y ajoutaient parfois des betteraves rouges

Le lapin, le roi de  fête. 

Le pauvre Jeannot est l'indispensable élément du repas traditionnel. Ne dit-on pas à Tournai :

"A Tournai, pou bin faire ceulle fiête, l'ceu qui n'a pos d'lapin n'a rien !"

(A Tournai, pour réussir cette fête, celui qui n'a pas de lapin n'a rien !).

La maîtresse de maison choisissait un bon gros lapin qu'elle allait chercher le samedi matin sur le marché de la place Saint-Pierre. Il était de coutume de le laisser "pinte au cassis" (pendre au châssis) parce, comme on disait à l'époque : "l'lapin à l'gélée, ch'est du poulet". Aujourd'hui, on achète son lapin, chez un éleveur, dans une boucherie ou dans une grande surface et il reste au frigo durant quelques heures. 

La préparation est très simple : dans une grande casserole, on met blondir des oignons dans du beurre, après les avoir farinés, on y fait dorer les morceaux de lapin (tête comprise car pour certains il s'agit d'un morceau de choix et il permet au moins de constater qu'il ne s'agit pas d'un "lapin d'nochère", un chat), on n'oublie pas de saler, on ajoute de l'eau uniquement (aujourd'hui, la plupart des cuisiniers ajoutent de la bière), "des preones et des rogins" (les pruneaux et les raisins) et on laisse "guernoter" (mijoter) la préparation jusqu'au moment où la viande est bien cuite et se détache. 

Le plat sera servi avec des pommes de terre cuites à l'eau qu'on nappera, si on le désire, de la sauce du lapin. 

Les billets des rois.

Une tradition bien établie est le "tirage des billets des Rois". Il s'agit de seize vignettes qui représentent le Roi et sa suite : le Laquais, le Conseiller, le Verseur, le Médecin, le Confesseur, le Valet de chambre, le Secrétaire, le Portier, le Messager, l'Ecuyer-tranchant, le Suisse, le Ménétrier, le Cuisinier, le Musicien et bien entendu le Fou du Roi. Celui qui tirait ce dernier billet se voyait noircir la figure au moyen d'un bouchon frotté sur le pot du feu. Chacun exerçait, au cours de la soirée, le rôle qui lui avait été assigné par le sort. Bien souvent, les billets étaient tirés par le plus jeune convive qu'on appelle à Tournai : "l'orculeot".

La galette des Rois.

Le repas se termine par la dégustation de la "galette des Rois" contenant l'immanquable fève (le plus souvent un petit personnage de porcelaine). C'est dans la bonne humeur, alors que retentissent les chansons tournaisiennes, que prend fin cette soirée. Le mot "réveillon" évoque une fête qui dure bien tard, ce n'est pas le cas pour le Lundi perdu car... le lendemain n'est pas un jour chômé !

S.T. janvier 2017.

06 janv.
2017

13:48

Tournai : expressions tournaisiennes (390)

Les voeux d'Edmeond et Fifinne.

"Eine beonne ainnée, eine beonne santé, mettez vo main à vo saclet, n'orwettiez pos c'que vous donnez".

On peut dire qu'Edmeond i-conneot acore bin les meots à imployer quançque ch'est pou li présinter à tertous ses meilleux souhaits. 

"Eh bé tins, ov'là acore eine qui comminche et j'espère bin mes gins qu'elle ne s'ra pos comme l'précédinte, l'ceulle qui vient. J'sais bin qu'on souhaite toudis bramint d'liards et surtout ein beonne santé mais i-a bin d'eautes cosses qu'tout cha à formuler. Seul'mint, creos-me l'Optimisse, i-a bin leon du rêve à l'réalité et ch'est probablemint l'pétite goutte du prumier janvier qui nous impêche d'décanter".

Comme de l'ainnée, on est acore dins les prumières heures quoisque te pourreos bin souhaiter à mes lecteurs".

"Mo Dieu, t'es prêt à écrire, t'as eine leonque fuelle, ... pasque mi, i-a pos d'problème j'vas t'in dire à l'pelle, i-d'a tell'mint dins m'tiête que je n'sais pus dusque j'deos les mette, j'deos pos cacher après des souhaits, comme l'Père Noë j'd'ai ein sa complet".

"J'voudreos tout d'abord que, pou eine feos su no tierre, les gins busi'tent infin qu'i-seont tous des frères, j'voudreos tell'mint n'pus intinte parler d'misère et, qu'in héaut lieu, on oblie eine feos pou toutes l'meot guerre, que pou avoir eine belle vie, des gins n'soichent pus obligés d'quitter leu pays. J'souhaite aussi qu'on comminche à s'deminder pourquoi dins tous ces pays là-vas, l'argint qu'on deonne i-va uniqu'mint dins l'poche des chefs d'états, tertous des rois, des impereurs et des dictateurs qui n'minquent de rien pindant que leu peuple, dins les rulettes, i-crève de faim. J'voudreos que l'heomme bin greos et fortuné qui vit dins ein véritape palais i-comminche à ouvère ses sis pou vir les ceusses qui n'ont même pos à minger. J'voudreos que nos dirigeants soiche'tent ein p'tit queop pus intelligents et que pou équilibrer leu budget, i-cache'tent les liards ailleurs que dins no porte-monnaie. J'voudreos aussi qu'les gins qu'on a élis pou nous orprésinter ouèf'tent pou nous eautes et pos d'abord pou s'ingraisser. J' voudreos vir les patreons banquiers arrêter d'foute à l'huche les imployés et les chefs d'interprisses n'pus délocaliser leus affaires pou deonner toudis pus d'argint à leus galafes d'actionnaires. J'voudreos lire sur internet d'bieaux commintaires écrits in beon français et pos d'z'espèce d'charabias rimplis de haine et d'méchanceté. J'voudreos vir l'meot Amour ave ein grand A rimplacher dins toutes les conversatieons l'ceu d'attintat...".

"Holà, Edmeond, i-t'feaut absolumint ordéquinte su tierre, on croireot ichi intinte l'pape su l'plache Saint-Pierre. Cha part seûrmint d'beonnes intintieons mais, on est ichi in pleine science-fictieon ! ".

"Quoisque te veux, des voeux ainsin, on in a tertous au feond de s'coeur et quançqu'on les proclame, on est tout d'suite pris pou ein seot et ch'est final'mint là qu'est l'drame, après tout, on n'devreot jamais avoir heonte de l'faire savoir et d'déquinte dins les rues pou canger l'meonte. Si partout  les gins s'metteot'ent à berler qui veule'tent l'trinquillité et la paix, les fafious qui gouverne'tent l'planète s'mettreot'ent à tranner".

Ch'est à c'momint-là qu'Ffinne elle a orjoint s'philosophe d'mari et qu'elle nous a adressé des voeux tout comme li :

"In 2017, j'voudreos pouvoir aller à commissieons in sécurité sans toudis avoir l'esquite d'ête agressée et volée, j'voudreos pouvoir porméner à m'n'aisse dins toutes les rues d'no cité sans toudis avoir ein brin d'tchien collé aux semelles de mes sorlets , j'voudreos n'pus, comme toudis, trouver des canettes qu'laichent tous les jours des albrans su m'n'appuie d'ferniête. J'voudreos vir m'pétite pinsieon aurminter pasque tout i-est toudis pus tcher pou minger ou s'cauffer. Et te sais ce que j'voudreos avant tout..."

"Neon, mais... j'm'attinds à tout !".

"Vir tout au leon d'eine ainnée, M'n'Edmeond rester in sang frais".

In intindant ces meots, Edmeond i-m'a ravisé et ein profeond soupir i-a poussé :

"J'parle de l'paix su no tierre et Fifinne elle orvient ave l'bière, mes souhaits vole'tent à dix mille mètes et c'podinque, i-reste au ras des pâquerettes. Comme on dit toudis, les grands esprits i-s'reont toudis des incompris".

(lexique : l'saclet : l'aumonière, la bourse / orwettier : regarder / quançque : lorsque / tertous : tous / commincher : commencer / l'ceulle : celle / toudis : toujours / bramint : beaucoup / les liards : de l'argent / les cosses : les choses / leon loin / décanter : déchanter / acore : encore / quoisque : qu'est-ce que / eine leonque fuellle : une longue feuille / pasque : parce que / dusque : où / cacher : chercher / ein sa : un sac / eine feos : une fois / busier : songer, penser / intinte : entendre / oblier : oublier / là-vas : là-bas / les rulettes : les ruelles / ouvère : ouvrir / les is : les yeux / les ceusses : ceux / ein p'tit queop : un petit coup, ici ,dans le sens de un petit peu / élis : élus / orprésinter : représenter / ouèf'tent : du verbe ouvrer, travailler / foute à l'huche : mettre à la porte, envoyer promener / les interprisses : les entreprises / galafes : gloutons, avides / rimplacher : remplacer / l'ceu : celui / ordéquinte : redescendre / ein seot : un sot / canger : changer / berler : hurler / les fafious : les bavards, les beaux parleurs / tranner : trembler / avoir l'esquite : avoir peur / porméner : promener / à m'n'aisse : à l'aise / ein brin d'tchien : une déjection canine / les sorlets : les souliers / laicher : laisser / les albrans : les garnements / aurminter : augmenter / tcher : cher / s'cauffer : se chauffer / raviser : regarder / ein podinque : littéralement du pudding, désigne un esbroufeur, une personne qui fait des embarras / Précision : la phrase qui ouvre cet article était prononcée jadis par les petits Tournaisiens qui réclamaient de cette façon leurs étrennes : Bonne année et bonne santé, mettez la main à la bourse et ne regardez pas ce que vous donnez).

S.T. janvier 2017.

 

13:48 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |