14 déc.
2016

09:54

Tournai : le cœur de la Wallonie picarde (10)

Certains lecteurs auront remarqué que l'ordre alphabétique de présentation des entités qui prévalait jusqu'alors n'a pas été respecté lors du dernier article paru dans cette rubrique, c'était simplement pour ne pas dissocier les trois entités appartenant au Pays des Collines. Nous partons à la découverte d'Enghien et d'Estaimpuis

Enghien.

La "cité d'Arenberg", comme on la surnomme, est située sur la Nationale 7 qui relie Tournai à Bruxelles. Elle est distante d'environ cinquante kilomètres de la cité des cinq clochers. Jadis, dans l'esprit de certaines personnes interrogées, la ville d'Enghien était avant tout considérée comme une cité-dortoir pour les navetteurs qui travaillent à Bruxelles. M'y rendant régulièrement, même s'il est vrai que de nombreux habitants prennent tous les jours le train pour rejoindre la capitale, voilà un avis outrancier que je ne peux partager car la ville renferme un très riche patrimoine et mérite qu'on s'y attarde. 

L'entité d'Enghien est composée, depuis la fusion des communes de 1976, des anciennes communes d'Enghien, Marcq, Petit-Enghien et Labliau.

La cité, fondée au XIème siècle par Englebert d'Enghien, longe la frontière linguistique et il n'est pas rare de passer de la Wallonie à la Flandre en promenant dans une de ses rues. Elle est de ce fait une commune à facilités linguistiques pour les néerlandophones, les deux communautés vivant en parfaite harmonie.

Au milieu de la place se dresse "l'église Saint-Nicolas" de style gothique dont certains vitraux modernes sont l'oeuvre du célèbre maître-verrier français Max Ingrand (1908-1919) à qui on doit également des vitraux de la cathédrale de Washington, ceux de la Basilique supérieure de l'église de l'Annonciation à Nazareth, de l'église Saint-Désir à Lisieux, la décoration du théâtre du Palais de Chaillot à Paris et la mise en valeur de bien d'autres lieux prestigieux... Au sein de l'édifice, la chapelle Notre-Dame de Messine possède un ancien retable, oeuvre d'un auteur inconnu, évoquant des épisodes de la vie de la Vierge. Je n'ai pas trouvé l'origine du lieu appelé "Porte à Loques" au sein de l'édifice.

Autre lieu religieux à découvrir "l'église des Capucins" datant du XVIIème siècle, en pierre et briques, elle mêle les différents styles : roman, gothique et Renaissance. Cet édifice a été construit par Eustache Heudebault de Templeuve à la demande de Charles d'Arenberg. 

Par les rues et ruelles, on partira également à la découverte du "Couvent des Augustins" et des très nombreuses maisons anciennes.  

Construite sur les fondations de l'ancien donjon des Seigneurs d'Enghien démoli en 1194, la "Maison Jonathas" a connu de nombreux usages au cours des siècles, elle servit notamment à un dépôt de peaux ou au stockage de tonneaux de brasserie. Restaurée en 1986, elle est depuis lors ouverte au public et abrite le musée de la tapisserie d'Enghien.

Enghien est surtout connue par "le domaine d'Arenberg" qui s'étend sur 182 hectares et a été créé par cette famille entre 1630 et 1665. Le château qu'on y découvre a été construit en 1913 par le baron Empain et est devenu propriété de la ville en 1986. Dans le parc, les vastes écuries abritent bien souvent des expositions, concerts et réceptions. Une imposante pièce d'eau invite à la flânerie et à la rêverie. Sur le point culminant du domaine s'élève le "Pavillon des Sept Etoiles", aussi appelé Temple d'Hercule, construit en 1650, il servait à l'origine d’observatoire astronomique.

Le parc d'Enghien et le château d'Enghien sont le théâtre de nombreuses manifestations dont la réputation dépasse les frontières.

En avril se déroule la "Foire de Jardin".

Au début du mois de juillet, le festival "Lasemo" attire des milliers de participants (23.000 en 2016) et propose un panel de spectacles  : cinéma de courts métrages, théâtre, arts circassiens, ateliers de contes, fanfares, gastronomie (20 foodtrucks), artisanat... et aussi trois scènes sur lesquelles se produisent de nombreux artistes, groupes et chanteurs originaires de Belgique et de l'étranger.

Durant la seconde quinzaine d'Août, le château résonne des accords des élèves des Masters Classes venus du monde entier pour participer aux "Rencontres Musicales internationales d'Enghien". En résidence durant deux semaines, de jeunes musiciens de haut-niveau suivent les conseils éclairés de professeurs renommés dans les domaines du chant et la musique. Un concert auquel le public est convié clôture la session.  

Le 4ème dimanche de juin, dans le cadre de la kermesse, se déroule la traditionnelle "Procession de la Saint-Jean", riche d'une trentaine de groupes. 

Dans le village de Marcq les visiteurs seront intéressés par la "Ferme Musée" située à proximité de l'église Saint-Martin, édifice religieux datant du XIIème siècle dont l'orgue figure sur la liste du patrimoine exceptionnel de la Région wallonne. La ferme du XVIIIème siècle qui forme un quadrilatère a été transformée en musée consacré à une rétrospective du monde agricole. Elle possède une importante collection d'outils, un atelier de menuiserie, une laiterie mais aussi, c'est plus surprenant, une collection d'objets datant des deux guerres mondiales  (casques, obus et même un moteur d'avion).

Du village de Petit-Enghien, on retiendra un fait qui marqua l'histoire du cyclisme belge et international : c'est là, en effet, qu'Eddy Merckx remporta sa toute première victoire.

Estaimpuis.

L'entité d'Estaimpuis est située entre Mouscron et Pecq à une quinzaine de kilomètres de Tournai. Depuis la fusion des communes, elles se compose des anciennes communes de Bailleul, Estaimbourg, Estaimpuis, Evregnies Leers-Nord, Néchin et Saint-Léger, le canal de l'Espierre, prolongement du canal de Roubaix, reliant la Deûle (France) à l'Escaut, la traverse. Estaimpuis, commune essentiellement agricole, offre la possibilité de nombreuses balades : le circuit des Censes, du Petit Trieux, la Leersoise, le circuit des deux Leers... Tout au long de celles-ci, on part à la découverte de vieilles fermes, châteaux et arbres remarquables. A Estaimpuis se trouve la savonnerie Mc Bryde, spécialisée dans les produits d'entretien.

Estaimbourg est connu des deux côtés de la frontière grâce à son domaine de Bourgogne, vaste écrin de verdure qui s'étend sur 14 hectares au milieu duquel s'élève le château entouré d'eau. L'été, les visiteurs sont très nombreux à envahir ce parc, royaume des enfants avec le parc animalier et les jeux qui leur sont destinés et des adultes avec le mini-golf, les emplacements de pêche et la cafétéria où se dégustent notamment les bières régionales. C'est à Estaimbourg que se trouve la tannerie Masure fondée en 1837 qui exporte 98 % de sa production vers l'étranger et travaille pour une marque française bien connue. 

Dans le village d'Evregnies, "la Maison du Patrimoine", aménagée en 2006 dans l'ancien presbytère accueille diverses manifestations (expositions, bourses aux plantes...). En septembre a lieu la fête villageoise de "la Sabotine" dont les bénéfices sont versés pour le bien-être d'un enfant handicapé. 

A Leers-Nord a lieu, chaque année, le 3ème week-end de septembre, la fête champêtre organisée par la "Confrérie des Satcheux" sur les bords du canal de l'Espierre. Vêtus d'un long sarrau bleu, coiffés d'une large casquette de toile de la même couleur, les satcheux étaient ces hommes qui, jadis, tiraient les bateaux sur le canal. La "Maison du Canal" est une ancienne maison d'éclusier transformée en un estaminet comme on en trouvait encore au début du siècle dernier dans chaque village frontalier. Les rives aménagées du canal permettent de romantiques balades à pied ou à bicyclette.  

Dans le village frontalier de Néchin, on peut encore voir les vestiges du "Château de la Royère", dernier château de plaine datant du Moyen-Age. Néchin est connu dans l'Europe entière par le bref mais extrêmement médiatique passage qu'y a fait l'acteur Gérard Depardieu, venu s'y domicilier, avant de s'envoler sous d'autres cieux. 

Voici encore quelques dates de visites à ajouter à un agenda qui se complète peu à peu.

(sources : sites de l'entité - recherches et visites personnelles).

S.T. décembre 2016. 

 

12 déc.
2016

11:14

Tournai : le cœur de la Wallonie picarde (9)

Après Ellezelles (voir le chapitre 8 publié précédemment), en visitant les entités de Flobecq et de Frasnes-les-Anvaing, nous restons dans le Pays des Collines. 

Flobecq.

Commune à facilités linguistiques pour les néerlandophones, Flobecq est située le long de l'axe Renaix-Lessines à environ 40 kilomètres de Tournai et est adossée à la Flandre.  

L'église Saint-Luc, située sur la place, possède une tour dont la base romane est le dernier vestige de l'édifice religieux qui s'élevait à cet endroit au XIIe siècle et qui dépendait de la puissante abbaye de Saint-Martin de Tournai. La population flobecquoise voue un culte particulier à Saint-Christophe, patron des voyageurs et, chaque année, le 4ème dimanche de juillet, a lieu la "procession dite de Saint-Christophe" dans laquelle on peut voir un homme orné d'une barbe, monté sur des échasses dissimulées par sa longue robe et portant l'enfant-Jésus sur les épaules.

La région de Flobecq est connue pour la culture des plantes médicinales qui a atteint son apogée au XIXème siècle avant de progressivement disparaître au milieu du XXème. Avant le premier conflit mondial, pas moins de 23 hectares étaient consacrés à la culture de plantes telles l'angélique, la valériane, la mauve et la guimauve, la bardane, la menthe... Pour perpétuer le souvenir de cette activité, le "Musée des Plantes Médicinales" permet de les découvrir, de les sentir, de les toucher. Le parcours didactique est complété par un jardin où poussent quatre-vingts espèces différentes. En fin de visite, un bar convivial vous propose des boissons (bières et apéritifs) confectionnées à partir de ces plantes.

Flobecq possède un site privilégié par ceux qui souhaitent retrouver la nature dans ce qu'elle a de vrai et effectuer des balades dans cette magnifique région des Collines : "les Venelles de l'Art" convient le promeneur à un circuit permettant des découvertes artistiques. Le parcours long de deux kilomètres, réalisé à l'aise, dure environ une heure.

Situé le long de la région flamande, le bois du Pottelberg à "la Houppe" culmine à plus de 150 mètres d'altitude et est bien connu des promeneurs qui y trouvent de nombreuses maisons de restauration. Ce haut lieu du tourisme wallon et flamand durant les années cinquante et soixante va subir prochainement une réhabilitation. La montée vers le hameau est au menu de tous les clubs cyclotouristes régionaux mais aussi un passage obligé des différentes classiques cyclistes flamandes. Le week-end du 15 août s'y déroule la ducasse. A cette occasion la "chapelle Saint-Christophe", fleurie, est accessible au public et les festivités ont lieu à la "Cabane Sylvie". Au début du XXe siècle, une dame, dénommée Sylvie, originaire des Flandres, après une vie consacrée à de nombreux voyages, vint se retirer dans une cabane construite au centre d'une clairière du bois de la Houppe. C'est la réplique de cette cabane en rondins érigée par les habitants du village qui sert désormais à de multiples activités culturelles et de promenades.

Frasnes-les-Anvaing.

L'entité de Frasnes-les-Anvaing résulte de la fusion, en 1976, de 14 communes : Frasnes-les-Buissenal, Anvaing, Arc-Ainière, Buissenal, Cordes, Dergneau, Oeudeghien, Forest, Hacquegnies, Herquegies, Montroeul-au-Bois, Moustier, Saint-Sauveur et Wattripont. Située sur l'axe reliant Tournai à Lessines, la commune de Frasnes se trouve à moins de vingt kilomètres, au Nord, de la cité des cinq clochers. 

Ancienne cité sucrière, cette activité symbolique, aujourd'hui disparue, est symbolisée par un carré de sucre géant dont semblent se délecter des fourmis tout aussi géantes, érigé au centre du rond-point au croisement des routes Tournai-Lessines et Renaix-Leuze-en-Hainaut.

La commune, porte du Pays des Collines, est dominée par son église Saint-Martin, de style gothique, qui abrite des statues de Saint-Christophe, Saint-Sébastien, Sainte-Catherine et Saint-Jacques, de vieux fonts baptismaux et un retable intitulé "triptyque de Saint-Jacques" que les seigneurs de Frasnes ont jadis offert à la Corporation des Drapiers.

Suite à la fermeture de la sucrerie par la Raffinerie Tirlemontoise, au début de ce XXIème siècle, le site a été totalement nettoyé et réaménagé par l'intercommunale Ideta. A front de route, on découvre désormais une zone d'activités économiques qui fournit de l'emploi à plus de personnes que celles occupées, à l'époque, par l'activité sucrière saisonnière.  Les anciens bassins de décantation ont été transformés en une réserve naturelle où nichent près de 150 espèces d'oiseaux et où pousse une flore spécifique. Cette zone est accessible au public à condition, bien entendu, de ne pas déranger la nature. Dans la foulée de la fermeture du site sucrier, le Musée du Sucre installé dans les bâtiments de l'ancienne gare a fermé ses portes mais des pièces issues de ses collections sont encore visibles à l'Hôtel de Ville.

Le nom du village d'Anvaing apparaît déjà dans des écrits à la fin du IXème siècle sous l'appellation d'Anvinium qui tirerait son origine d'une famille qui y demeurait probablement. Le village est connu pour son château appartenant à la famille de Lannoy. C'est dans ce prestigieux édifice que fut signée, le 28 mai 1940, par les représentants du roi Léopold III et les Allemands, la capitulation de l'armée Belge. La comtesse Stéphanie de Lannoy a épousé, en octobre 2012, le grand duc héritier du Luxembourg Guillaume.

Le 3ème samedi de janvier, précédé par un cortège réservé aux enfants, le cortège carnavalesque composé de chars, des confréries dont s'enrichit le village mais aussi des groupes venant de Tournai ou des Flandres parcourt, dès 17h, les rues du village. C'est le premier carnaval de l'année qui se déroule en Belgique ! Lors de celui-ci est intronisé le couple royal et la soirée se termine par un grand feu d'artifice. Le lendemain sont organisés l'apéritif des Survivants et le dîner des Rescapés. Ces deux "activités" prouvent à suffisance combien est grande l'animation dans les rues de ce village rural d'ordinaire fort calme. 

La région de Frasnes-les-Anvaing est bien connue des membres des clubs cyclos de la région et du Nord de la France grâce à ses côtes au pourcentage sévère dénommées Bourliquet, Beau-Site, Dieu des Monts... Elles le sont tout autant des coureurs du "Triptyque des Monts et Châteaux", une course cycliste dont Frasnes est, chaque année, une étape obligée. 

Dans le vieux château des Mottes (où, dit-on, Charles-Quint aurait séjourné une nuit), en 1998, Marie Tack a fondé "l'Asinerie du Pays des Collines". Celle-ci compte désormais un élevage de plus de 150 ânes, ânesses et ânons. C'est le seul lieu en Belgique où est produit le lait d'ânesse, utilisé dans la fabrication de cosmétiques aux vertus thérapeutiques.

(sources : sites des communes présentées - presse régionale - recherches et visites personnelles).  

S.T. décembre 2016.

09 déc.
2016

10:20

Tournai : expressions tournaisiennes (388)

Edmeond jeue les Saint-Nicolas !

Ch'éteot cocasse à vir l'allure de mes deux gins pourménant dins les allées du grand magasin, Edmeond pousseot, ave bin des difficultés, l'caddy et Fifinne suiveot invireon dix mètes pa d'rière li. Conduisant à l'aveule, muché pa des paquets, à l'intrée d'eine ringée, l'bruant i-a failli m'involer. J'ai été saprémint saisi et, bin seûr, j'li ai dit :

"Misère, pou piloter ainsin, dusque t'as eu t'permis, acore ein peu j'bourleos dins l'étalache des biscuits".

Je n'vas pos ichi vous mintir et dire qu'i-sanneot hureux de m'vir. I-n'aveot seûrmint pos l'intintieon d'm'amidouler et j'ai tout d'suite orsinti qu'i-aveot même ein queompte à régler. 

"Mo bé... j'sus bin contint, m'comarate, d'infin t'rincontrer, j'vas avoir l'occasieon d'déblouquer m'cap'let. Fifinne et mi, on in a greos su la patate, m'paufe feimme elle a même failli caire malate. A l'fin d'ein des derniers artiques que, su t'blog, t'as publiés, t'as anneonché à tertous que t'alleos béteôt nous intierrer. J'voudreos avoir, aujord'hui, eine beonne esplicatieon pasqu'à m'mote que t'as toudis été bin orchu à no maseon".

"Ch'est vrai mais j'pinseos qu'à vo n'âche vous arez été assez malins pou intinte l'riache. Ov'là... J'ai ormarqué qu'vos histoires d'quervassins, cha n'intéresseot pus bramint les gins. I-a ein lecteur qui m'a même déclaré que ch'est l'meonte comme j'voudreos qu'i-soiche que je deos moutrer et n'pus aller querre mes sujets d'artiques dins l'quotidienne et triste réalité !".

Edmeond et Fifinne i-se seont orwettiés in s'demindant ce que j'aveos là raqueonter. 

"Milliards, Mossieu fait des phrases comme à l'Académie et on n'comprind pos tout quoisqu'i-dit, te n'peux pos nous dire cha à l'plate pasqu'à moinse qu'on soiche malate, Fifine et mi, on n'a rien ortenu d'tes salates".

"In clair, les gins pinse'tent que des avintures comme les tiennes, i-n'est pos possipe que cha t'arrives ainsin toutes l'sémaines, i-d'ont assez de t'savoir toudis quervé et d'apprinte que vous avez acore batt'lié. Je n'peux pos toudis parler d'cha, après tout, je n'm'appelle pos Emile Zola. Asteur, les gins m'demindent de les faire rêver, i-préfère'tent de leon que j'imbellis l'réalité !".

"Ah beon, in seomme, les gins i-demindent que te soiches ein fouteu d'coules, que t'arringes au mieux l'actualité et que te leu raqueontes des cacoules. Si ch'est ainsin i-n'doive'tent pus ouvère eine gazette, raviser l'télé et aller su internet, les nouvelles elles ne seont pos toudis bin gaies, ch'est ainsin et te n'sareos pos l'canger, on n'est pos dins ein meonte d'dessins animés d'Walt Disney !".

D'puis cheonq minutes, on éteot ainsin in train d'faire de l'philosophie pa d'vant l'rayeon des waufes Marquette et des biscuits Desobry. J'sinteos qu'on alleot s'impoigner et j'ai préféré dévié su eine eaute sujet. Veyant que j'raviseos ses paquets, Edmeond i-a comminché pa m'espliquer :

"Te veos bin dusqu'on habite... dins l'bâtiment, à chaque étache, i-a deux appartemints et d'puis deux meos, on a des nouvieaux visins, ein jeone ménache, marié d'puis six ou siept ans et qui ont d'jà... presquedeux infants.

Comme su l'meot "presque" i-m'a vu tiquer, i-a, bin seûr, voulu préciser s'pinsée.

"L'comminde pou l'dernier, elle a été passée et dins treos ou quate meos i-va ête livré, comme asteur, ave ti, j'deos faire des preones pou parler, j'n'ai pos voulu dire que l'feimme elle éteot impanch'lée et pourtant... ch'est l'réalité. Bref, passeons, l'pétit garcheon, i-vient souvint à no maseon. Pos pus tard qu'hier au soir, i-nous a dit qu'ein jour i-alleot aller au Conservatoire. On n'saveot pos quoi li offère pou l'Saint-Nicolas, Fifinne elle li a acaté des oranches et du chucolat et mi dins l'rayons des jouets j'ai pris cha ". 

"Ch'est ein fameux paquet et quoisque ch'est ?".

"Je n'peux pos te l'dire, l'Optimisse, pasque cha, ch'est m'surprisse, j'l'ai acatée que Fifinne elle n'éteot pos là et elle le verra quançque l'pétit rotleot i-l'déballera. Mo bé... j'busieos justemint à cha, t'as 'core tes habits d'Saint Nicolas ? Du queop, viens chez nous eautes dins l'après-deîner et l'paquet et les chucartes... ch'est ti qui va li deonner".

Adeon, j'sus arrivé à leu maseon discrèt'mint ave ein grand sac à chaque main. 

Ch'est ave l'aide de Fifinne que j'ai été m'habiller dins l'cuisine, j'aveos eine cloquette que j'ai arlochée jusse avant d'rintrer dins l'salle à minger. J'n'aveos pos imaginé d'vir ainsin l'tiête du gamin, i-n'in meneot pos larche pa d'vant l'grand Saint, Firmin. 

"J'ai vu dins m'grand life, m'pétit Firmin, que t'es toudis bin sache ave tes parints. Comme te l'veos, Fifinne elle a invéyé eine lette à Saint-Nicolas pou que j't'apportes, aujord'hui, des oranches et du chucolat mais i-a aussi eine eaute cadéeau pasqu'Edmeond aussi i-m'a transmis ein p'tit meot. Tins, ov'là ein greos paquet, vas-y... te peux d'jà l'déballer !".

Ch'éteot eine ormarque tout à fait inutile que j'veneos d'faire, ch'éteot pratiqu'mint d'minder à ein aveule si i- vouleot vir clair. 

Firmin i-a inl'vé l'fichelle, déchiré l'papier et, tout à n'ein queop, ses is i-se seont illuminés. J'ai vu que l'grande caisse elle conteneot eine... grosse caisse !

A l'vue du greos tambour, l'sang d'Fifinne i-n'a fait qu'ein tour. 

"Vingt milliards, est-ce que t'as pinsé que pindant des heures, l'futur apprinti du Conservatoire, i-va taper pa d'zeur. A partir d'asteur, on n'va pus pouvoir jamais s'erposer et on n'pourra rien dire, ch'est nous eautes qui l'avons deonné !".

 "Mo bé, i-a pos d'tracas, l'pétit i-peut jeuer du tambour, cha n'me déringe pos, j'sus à mitan sourd et, au soir, l'seon de l'télévisieon i-est tell'mint à feond qu'on intind pos les bruits v'nant d'l'eaute côté de l'cloiseon".

J'n'ai pos laiché l'temps à Fidinne d'in dire eine que dins l'cuisine j'sus parti tout d'eine :

"J'm'in vais, j'sus bin leon d'avoir fini m'tournée et m'n'âne Cadicheon su l'quai i-est mal garé, si City-Parking i-vient jamais à passer, j'vas acore ichi ramasser ein P.V".

In moinse d'deux j'ai orsaqué mes habits et j'ai orpris mes deux sacs ave mi. Su les quais, tout au leong d'l'Esquéaut, de l'grosse caisse de Firmin on intindeot l'écho.  

Quançqu'ein visin i-m'demindeot dusque l'boucan i-v'neot, j'li répondeos :

"Ch'est Mossieu Edmeond du troisième qui apprind à jeuer de l'grosse caisse comme cha, à partir d'asteur, li et s'feimme i-veont pouvoir batt'lier à l'aisse!".  

(lexique : jeuer : jouer / vir : voir / pourméner (ou porméner) : promener / pa d'rière : derrière / eine aveule : un aveugle / mucher : cacher / ein bruant : un hanneton, désigne un paresseux / saprémint : sacrément / bin seûr : bien sûr / ainsin : ainsi / dusque : où / acore : encore / bourler (ou caire) : tomber / ichi : ici / sanner : sembler / amidouler : flatter / orsintir : ressentir / eine queompte : un compte / m'comarate : mon camarade / déblouquer s'cap'let : dire ce qu'on a sur le cœur / caire (ou bourler) : tomber / les artiques : les articles / anneoncher : annoncer / tertous : tous / béteôt : bientôt / intierrer : enterrer / à m'mote : selon moi, à mon idée / toudis : toujours / orchevoir : recevoir / l'âche : l'âge / intinte l'riache : entendre la plaisanterie / ov'là : voilà / ein quervassin : un  ivrogne / bramint : beaucoup / l'meonte : le monde / i-soiche : il soit / moutrer : montrer / querre : chercher / orwettier (ou raviser) : regarder / raqueonter : raconter / dire à l'plate : dire sans détour, crûment / ortenir : retenir / batt'lier : batailler, se battre / asteur : maintenant / de leon : de loin / ein fouteu d'coules : un menteur / des cacoules : des mensonges / ouvère : ouvrir / raviser (ou orwettier) : regarder / canger : changer / pa d'vant : devant / les waufes : les gaufres / ein eaute : un autre / commincher (ou qu'mincher) : commencer / des visins : des voisins / eine jeone ménache : un jeune ménage / faire des preones : parler sur un ton manquant de naturel, minauder / impanch'lée : enceinte (expression populaire qui n'est plus guère utilisée) / l'garcheon : le garçon / offère : offrir / acater : acheter / des oranches : des oranges / du chucolat : du chocolat / quoisque : qu'est-ce que / ein rotleot : un roitelet (désigne aussi un petit enfant) / busier : penser / du queop : du coup, dès lors / les chucartes : les sucreries / adeon : donc / eine cloquette : une clochette / arlocher : secouer / jusse : juste / larche : large / l'life : le livre / sache : sage / inveyer : envoyer / eine ormarque : une remarque / l'fichelle : la ficelle / tout à n'ein queop : tout à coup / pa d'zeur : dessus / s'erposer : se reposer / à mitan : à moitié / tout d'eine : d'un seul bond, tout d'un coup / laicher : laisser / in moinse : en moins / orsaqué : retiré / quançque : lorsque / à l'aisse : à l'aise).

S.T. décembre 2016 

10:20 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, patois, picard |