18 août
2016

09:22

Tournai : promenade le nez en l'air (2)

La promenade continue !

Nous  nous étions arrêtés face au portail de l'ancien bureau de Poste de la rue des Chapeliers. On repart et on relève à nouveau la tête pour découvrir d'autres lieux qu'on ne remarque pas si on vient visiter Tournai pour la première fois et moins encore si on passe régulièrement à proximité ! Notre périple permettra également de rencontrer un Tournaisien, grand défenseur du folklore de la cité des cinq clochers. 

 Cartouches, enseignes et balustrades insolites.

Tournai rue de la Cordonnerie A la Pomme d'Orange.jpg

A l'angle formé par la rue des Chapeliers et la rue de la Cordonnerie, une ancienne "enseigne" est encore visible, au-dessus de la porte d'entrée de l'actuel magasin de vêtements, celle de l'estaminet : "A la Pomme d'Orange". L'auteur de la photo a inscrit, par distraction, la mention rue de Courtrai, cette dernière débute bien au-delà de la place Paul Emile Janson après la rue du Curé Notre-Dame. 

Tournai place Paul Emile Janson le plan de la ville sur balcon.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur la place Paul Emile Janson, un immeuble a été construit dans le courant des années 80, récemment les balustrades des balcons ont été rénovées. A-t-on déjà remarqué que l'enchevêtrement des fers représente tout simplement le plan de la ville de Tournai ?

 

Tournai place Paul Emile Janson plan de la ville sur balcon (2).jpg

Les cartouches.

Sur de nombreuses façades, on découvrait, jadis, des pierres sculptées représentant, par l'image, la profession de l'habitant des lieux, sorte d'enseigne de commerce à l'époque où peu de gens savaient lire. Je me rappelle que lors de travaux effectués, au début des années nonante, à la rue du Becquerelle dans le cadre de la construction d'un nouveau bâtiment à destination d'un organisme financier, une pierre gravée représentant un mortier de pharmacien a été trouvée. J'ai eu l'occasion de lire le rapport d'étude fait par l'ancien conservateur du musée d'Histoire et d'Archéologie, Mr. Duphénieux. Ses recherches lui ont permis de découvrir que cette pierre provenait très certainement d'une officine située, jadis, non loin de l'église Saint-Quentin dont le pharmacien s'appelait, pure coïncidence ou pas, Dumortier ou Du Mortier. Cette pierre a été conservée et scellée dans un des murs du nouveau bâtiment. Comment avait-elle atterri à cet endroit ? L'explication est simple, les gravats de démolitions effectuées en ville ont servi, au cours des siècles, de remblais pour de nombreuses constructions.

Tournai cartouche rue de la Wallonie 14 (Delhaye).JPG

cartouche sur une façade de la rue de la Wallonie

Lors de promenades dans le centre-ville, vous pourrez découvrir d'autres cartouches notamment à la place de Lille (ancienne boulangerie), à la rue des Bouchers Saint-Jacques, à la rue du Cygne (représentation de l'ancienne porte Ferrain et d'un arbalétrier illustrant l'article consacré dans ce blog à la lente évolution de la rue du Cygne), à la rue de l'Hôpital Notre-Dame (représentations de scènes bibliques)... pour autant que vous vous promeniez le nez en l'air. 

 

La Maison Tréhoux, "Au Siècle de Louis XIV".

Tournai au Siècle de Louis XIV Maison Tréhoux.jpg

La maison Tréhoux

 

Edouard Tréhoux (1878-1952) habitait, depuis 1912, au n°23 de la rue des Puits l'Eau. Son magasin d’ébénisterie portait l'enseigne "Au siècle de Louis XIV". Il est connu pour être le père des géants tournaisiens construits pour la plupart entre 1932 et 1934 (NDLR : voir les articles consacrés aux différents géants). Son premier géant fut "Reine Tournay". En plus de la précitée, on lui doit également "Childéric"," Christine de Lalaing", "Louis XIV", "Saragos", "Châle Vert", "Louis XVIII", le raccommodeur d'assiettes, "Lethalde" et son frère "Engelbert", croisés tournaisiens entrés les premiers dans Jérusalem lors de la croisade menée par Godefroid de Bouillon. Au cours des décennies qui suivirent, des Tournaisiens suivirent son exemple et d'autres géants de quartiers furent construits comme "Gramère Cucu" de Saint-Piat, "Storme" du quartier du Maroc, "Lalie" du quartier Saint-Brice à la tête de son groupe folklorique des "Pêcheurs Napolitains", "Jean Noté" du quartier Sainte-Magritte (Sainte-Marguerite), le "Vendéen" du quartier du 24 août, le "P'tit Chasseur" et "Edouard Tréhoux", un géant créé par les Amis de Tournai pour lui rendre hommage. Ces géants défilent lors du cortège organisé par les Amis de Tournai en septembre. 

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Reine Tournay fut le premier géant pour la braderie de 1932        Christine de Lalaing date de 1933

 

Tournai le géant Vendéen.JPG

le vendéen

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                              Louis Storme qui fut le père de 21 enfants et "Bourguémette " du quartier du Maroc

  

2015.09.13 géants Storme et Jean Noté.jpg

                                                                les géants Storme et Jean Noté

 

Les parapluies de... Tournai.

Tournai pietonnier les parapluies 2016.jpg

 

 

 

 

Tournai rue Gallait parapluies 2016.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A l'image de certaines rues de cités méditerranéennes, les rues de la Cordonnerie et Gallait situées dans le piétonnier de la Croix du Centre (c'est le nom qui lui avait été donné par le bourgmestre Raoul van Spitael lors de son inauguration dans les années septante mais qu'on semble aujourd'hui ignorer) se sont dotées de rangées de parapluies multicolores apportant un peu d'ombre aux jours de grand soleil et... balançant joyeusement aux jours de grand vent.

 

Tournai rue de la Cordonnerie parapluies 2016.jpg

Espaces verts !

Tournai rue des Carmes.jpg

rue des Carmes

2011 Tournai rue des Campeaux  1.jpg

                                                                         rue des Campeaux

On rencontre encore au gré de la promenade des maisons qui se dissimulent pudiquement derrière une couverture végétale.

Nous aurons bientôt l'occasion de découvrir d'autres éléments parfois ignorés. 

(documents photographiques : le Courrier de l'Escaut - R. Rauwers - collection de J. Driesens que je remercie et collection personnelle)

S.T. août 2016.

09:22 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

16 août
2016

13:59

Tournai : promenade le nez en l'air.

Savoir prendre des risques et promener le nez en l'air !

"J'aime promener à l'intérieur des boulevards, il y a tant de choses, tant de choses, tant de choses à voir..."

Promener en regardant en l'air, voilà une attitude touristique qui n'est certainement pas à conseiller à ceux qui entreprennent la visite de la cité des cinq clochers. Les Tournaisiens, habitués aux anciens pavés qui composent encore le revêtement de bien des trottoirs de la ville, marcheraient plutôt en regardant leurs pieds, une chute est si vite arrivée quand on ne remarque pas la petite pierre descellée ou carrément absente. 

Pourtant, si le regard ose s'élever et dépasser l'horizontale, on découvre alors un tas d'éléments architecturaux à côté desquels nous pourrions passer cent fois.  

 

La statue de Saint-Martin de la Grange aux Dîmes.

 

2005 Tournai l'ancien Café des Brasseurs.JPG

Le bâtiment de la rue des Maux en 2005

Durant le siècle dernier, le bâtiment situé au n°10 de la rue des Maux s'est appelé successivement le "Café de Brasseurs", le "Cinéma Scala", le "Marché Scala" et le "Scala Bowling" (NDLR : reconnaissable sur la photo ci-dessus par la quille qui figure à gauche de l'entrée). Il y a quelques années la façade a été rénovée et le bâtiment transformé en appartements. 

Tournai rue des Maux la grange aux dîmes façade.jpg

Jadis, cet immeuble appartenait à la riche abbaye de Saint-Martin et apparaissait déjà dans un écrit de 1251 sous la dénomination de "Maison de Saint-Martin". Rappelons que la dîme était un impôt perçu par le clergé et les couvents jusqu'en 1789. Le bâtiment dans sa forme actuelle a été reconstruit au XVIIème siècle. Sa façade fut épargnée durant le second conflit mondial.  

Tournai rue des Maux la grange aux dîmes St Martin.jpg

Dans une niche située au sommet de la façade, on découvre la statue de Saint-Martin donnant son manteau à un pauvre. Dans le courant des années soixante, cet ensemble a failli être détruit lorsqu'un restaurant asiatique faisant face au bâtiment a été victime d'une explosion. La représentation a légèrement vacillé mais est restée sur la pierre la soutenant. On ne sait si les quelques petits dégâts constatés sur la statue sont consécutifs à ce fait divers qui a marqué les habitants de la rue. 

 

Le porche de l'abbaye de Saint-Médard.

Sur la place Roger de le Pasture, on découvre le porche de l'ancienne abbaye de Saint-Médard. Il a été restauré voici quelques années.

2005 Tournai porte de l'abbaye St Médard.JPG

C'est en 1674 que l'évêque Gilbert de Choiseul décréta, par sentence canonique, la suppression de la paroisse Sainte-Marguerite érigée en 1288. Malgré l'opposition des magistrats, d'une partie du clergé et de la population, cet arrêt fut ratifié par Louis XIV et mis en vigueur. L'église, la maison pastorale et ses dépendances devinrent la propriété des religieux de Saint-Médard en compensation de la destruction de leur couvent lors de la construction de la citadelle. En 1783, l'ordre religieux déménagea pour occuper l'ancien collège des Jésuites. On réorganisa la paroisse et l'église. Ce porche rappelle cet épisode de l’histoire religieuse de la cité. 

 

Le tympan-souvenir du Cercle Artistique.

Tournai le Cercle Artistique.jpg

Le "Cercle Artistique" de Tournai a été fondé le 28 mai 1885 en l'Hôtel des Artilleurs, à la rue Saint-Martin. Il regroupait de nombreux artistes locaux et des amoureux de l'Art. En 1887, les membres souhaitant avoir une salle d'exposition achetèrent, à la rue Saint-Piat, un terrain dépendant de l'ancienne manufacture de tapis. L'architecte Georges De Porre fut chargé de réaliser les plans du bâtiment. 

A partir de la fin de l'année 1888, les expositions de qualité vont se succéder annuellement et attirer la foule des connaisseurs non seulement tournaisiens mais aussi étrangers. 

Hélas, à partir de l'année 1970, ces salons vont perdre de leur superbe, ils n'attireront plus que quelques artistes et spectateurs. En 1985, juste cent ans après sa fondation, le Cercle Artistique sera mis en liquidation. 

Le bâtiment sera tout d'abord occupé par les Témoins de Jéhovah avant leur départ pour Warchin et ensuite deviendra la "Maison de la Laïcité". 

Le tympan reste le dernier témoignage d'une époque où l'Art faisait déplacer les foules !

 

Le bureau de Poste de la rue des Chapeliers.

 

Tournai rue de Chapeliers ancienne poste principale.jpg

Afin d'acheter des timbres, percevoir un mandat-poste, envoyer un petit colis, un recommandé.... combien de Tournaisiens ont franchi, à de multiples reprises, la porte du bureau de poste principal situé à la rue des Chapeliers ? Après avoir emprunté l'un des deux sas latéraux ou le tourniquet central vitré, le public avait accès à un hall ressemblant étrangement à la salle des pas perdus d'une gare, un vaste espace autour duquel se trouvaient les différents guichets et... où s'allongeaient, très souvent, les files de clients. 

Il y a quelques années, suite aux multiples restructurations connues par les services postaux, le bâtiment a été abandonné. Il a été transformé en appartements de standing aux étages et en un magasin de vêtements, "Le Loft", au rez-de-chaussée.

Bientôt d'autres balades !

Profitant de la fin des vacances, nous aurons l'occasion de poursuivre cette promenade, le nez en l'air, l'air de rien, à la découverte d'autre témoignages du temps passé en notre bonne ville de Tournai.

(documents photographiques : R. Rauwers - F. Bauduin et collection de l'auteur).

S.T. août 2016;

 

13 août
2016

10:46

Tournai : expressions tournaisiennes (371)

Philomène, ein véritape phénomène !

L'jour de s'naissance, ses parints l'aveot'ent app'lé Philomène et l'infant i-aveot vu l'jour à deux pas d'l'églisse de l'Madeleine. J'vous veos v'nir ichi, vous vous dites seûrmint : queulle idée d'li avoir deonné ein préneom ainsin. I-n'feaut pos cacher bin leon, l'neom ch'est tout simplemint... l'ceu d'eine sainte qu'on serveot à l'époque à Warchin. Elle éteot priée pa les ceusses qui aveot'ent du mau à leu dints et i-falleot vir, quançqu'i-bailleot, les gincifes de s'mopère Firmin. L'malhureux, s'bouque i-n'pouveot jamais l'ouvère pasque t'aveos l'impressieon d'vir des broques d'jeu d'fier.

Jusqu'au jour dusqu'elle est allée pou l'prumière feos à l'école primaire, l'pétite Philo, elle aveot toudis été dins les écours de s'mamère. L'infant i-n's'avintureot pos pus leon que le bord du gardin et, jamais, elle n'areot osu aller pourméner su l'quémin.

"Bé cha ch'est eine affaire" qu'elle diseot s'mamère, quançque j'sus avec elle dins l'ruache, on direot vraimint qu'elle a peur de s'n'ombrache. Cha démolineot l'paufe Marinette de vir que s'file elle aveot toudis l'pépette.

Elle tranneot in intindant l'trompette du marchand d'loques, elle sursauteot quançque sonneot'ent les cloques et quançque des tchiens s'metteot'ent à aboyer dins l'rulette, tout d'suite elle déquindeot de s'cayère et elle serreot l'ferniête. J'deos malhureus'mint vous avouer que cha n's'a pos arringé l'jour dusqu'elle rintré in prumière ainnée.

"Mettez vous in rang et sans faire d'bruit" diseot tous les matins l'institutrice in berlant bin fort, i-feaut acroire que ceulle feimme aveot certain'mint hérité l'veox de s'mopère qui éteot sergint-major. Pou l'infant, les six ainnées primaires i-ont été ein fameux calvaire pasque quançqu'eine perseonne elle a ein défeaut, ch'est recta, elle a toudis bramint d'gins su s'deos. Comme i-n'a pos pus mauvais que les ormarques d'ein infant, no brafe Philomène rintreot bins souvint à s'maseon in brayant. Ses parints i-ont toudis eu l'raminvrance d'ein matin du meos d'féverrier, su l'quémin de l'école, in marchant tout douch'mint su l'noirglas, Philomène aveot quand même fait eine riche cabériole. I-ont obligé d'li acater des sorlets cloutés pasqu'après su l'glache, l'infant i-aveot l'esquite d'avancher.

A douze ans, à l'école, ch'éteot pus l'peine d'acore l'inveyer, du queop, Marinette elle a dit à s'n'heomme qu'elle alleot s'in occuper. Ave beauqueop d'patience, elle li a appris l'cuisine, l'nettiache et les rassarcissures mais Philomène elle continueot à tranner comme eine fuelle à chaque feos qu'elle feseot de l'couture. Pou elle, i-n'aveot pos pus dingereux qu'eine aiwille, à causse d'cha, elle aveot bin des misères dins l'chas d'passer l'fil. I-falleot aussi l'vir porter des séeaux car ave s'trimblote elle rinverseot toute l'ieau. Comme à toudis passer derrière s'file s'mamère elle éteot lèque, elle li a bin vite appris à passer eine crute et eine sèque

A vife ave s'mamère, Philomène elle éteot plein'mint rasseurée mais elle ne saveot pos acore ce que l'avenir i-alleot li réserver. Ein bieau jour, su l'quémin pou l'ouvrache, Firmin, pa eine carette, i-a été rinversé et ch'n'est pos à l'hôpital qu'on l'a trinsporté mais ch'est à Mulette qui s'a ortrouvé. A partir de c'momint, Philomène n'a pus jamais osu sortir de s'maseon même pos pou aller ave Marinette à commisieons. Rester seule ave ein infant qui aveot toudis l'esquite, on a vu l'paufe feimme vieusir bin vite.  In plein mitan d'l'hiver, elle a orjoint Firmin, tout là-vas, dins l'pus bieau des gardins (j'deos préciser qu'à l'époque l'chim'tière i-éteot acore pulvérisé, i-n'aveot pos comme asteur bramint d'pichoulits et plein d'hierpe dins les allées).

Depuis c'jour-là, à s'maseon, toutes les battantes sont restées serrées et on n'veyeot pus sortir Philomène que pou aller querre à minger. Chaque feos qu'à s'porte on v'neot seonner ou bin buquer, elle aveot l'pépette qu'in face d'ein agripeu elle se soiche ortrouvée. Quançqu'ein orache approcheot et que d'noirs neuaches s'metteot'ent à écliter, ch'est directemint dins s' lit qu'elle alleot s'coucher pasque s'mamère elle li aveot toudis dit que là au moinse i-n'aveot pos d'dinger. 

"Ch'est du beos aux quate pieds, i-a pos d'problème t'es bin isolée"

Philomène elle éteot devenue l'risée de tout l'quartier et les gins ne minqueot'ent pos de l'faire endever. In face de chez elle on déposeot eine ratte morte ou bin on cloueot ein mauviar su l'pannéeau de s'porte. L'été on glicheot des bruants dins s'boîte à lettes ou bin pindant l'nuit on alleot tirer su s'cloquette. A chaque feos, elle berleot comme eine sirène qu'on intindeot dins tous les coins de l'Madeleine. Même l'file de ses visins, l'pétite Josette, elle n'éteot pos l'dernière pou faire des intourloupettes, veyant ein jour qu'elle éteot inchifernée, l'petite morveusse elle lui a conseillé :

"Philiomène, j's'reos à t'plache bé j'ireos vir l'docteur, ch'est ainsin qu'à m'moneonque on a trouvé eine tumeur".

Elle a sinti meonter l'intiétude et elle a tout d'suite fait v'nir l'médecin, l'docteur i-a eu bin du mau de li faire comprinte qu'elle n'aveot presque rien :

"I-n'feaut pos toudis ainsin vous mette des idées parelles dins vo tiête, vous avez tout simplemint attrapé ein orfroidiss'mint, comme on dit eine niflette". 

Pindant eine sémaine, toutes les chinq minutes, elle a mis l'thermomète, mouqué s'nez, avalé ein tas d'pilules et bu des préparatieons in pourette. Elle metteot des cataplasses à l'fareine de moutarte su s'poitreine tell'mint grands qui récauffeot'ent jusqu'à s'boudaine. Ainsin attaqué pa tous les côtés, l'catarrhe i-a eu vite déclaré forfait. Eine feos acore, Philomène elle éteot sauvée, tout l'meonte s'demindeot quoisqu'elle alleot acore invinter ? 

Ein bieau matin, elle ne s'est pos déréveillé, ch'est couchée su s'lit que l'police l'a trouvée. On direot qu'elle a l'air total'mint effrayée qui a dit à s'collègue ein policier. L'médecin i a signé l'acte d'décès in écrivant : l'coeur i-a seûrmint lâché, elle éteot toudis mansée.

Mi, su ceulle affaire j'ai inquêté et j'pinse avoir trouvé l'vérité.

Ch'est in plein mitan de l'nuit que Philomène est meontée au paradis. Comme elle ne vouleot pos déringer l'portier, à l'porte elle n'a pas osu buquer. Pou vir eine dernière feos ceulle tierre elle s'a ortournée et ch'est là qu'elle a vu l'diape arriver. I-li a dit : 

"Si te n'veux pos rintrer au paradis alors, ch'est bin simpe, Philo, te viens ave mi". In intindant ces meots, c'est l'dernière feos pétête que Philomène a eu l'pépette et, apeutée, elle s'a bin vite impressée d'toquer à l'porte et d'saquer su l'cloquette ! 

Avertiss'mint au lecteur : ch'est acore eine histoire de seot, je l'sais, toute orsannance ave des perseonnes qui areot'ent existé, cha s'reot l'fruit du pur des hasards.

(lexique : véritape : véritable / seûr'mint : sûrement / quelle : quelle / cacher bin leon : chercher bien loin / l'ceu : celui / les ceusses : ceux / avoir du mau : avoir mal / les dints : les dents / vir : voir / les gincifes : les gencives / s'mopère : son père / s'bouque : sa bouche / ouvère : ouvrir / des broques : des broches (pour le jeu de fier, voir l'article qui a été consacré à ce jeu tournaisien) / dusque : où / toudis : toujours / ête dins les écours de s'mamère : se cacher la tête dans la partie qui s'étend de la ceinture au genou bien souvent recouverte à l'époque par un tablier) / l'gardin : le jardin / osu : osé / pourméner : promener / l'quémin : le chemin / s'mamère : sa mère / quançque : lorsque / l'ruache : la rue, le quartier / l'ombrache : l'ombre ("avoir peur de s'n'ombrache" signifie avoir peur de son ombre) / démoliner : démoraliser / avoir l'pépette : avoir peur / tranner : trembler / les cloques : les cloches / les tchiens : les chiens / l'rulette : la ruelle, la petite rue / déquinte : descendre / l'cayère : la chaise / l'ferniête : la fenêtre / l'prumière : la première / berler : parler fort, hurler / acroire : croire / l'veox : la voix / bramint : beaucoup / l'deos : le dos / les ormarques : les remarques / braire : pleurer / avoir l'raminvrance : avoir la souvenance, le souvenir / l'meos : le mois / féverrier : févier / l'noirglas : le verglas / eine cabériole : une cabriole, une culbute / les sorlets : les souliers / l'glache : la glace / avancher : avancer / acore : encore / du queop : du coup, en raison de cela / beauqueop : beaucoup / l'nettiache : le nettoyage / faire des rassarcissures : raccommoder, repriser / eine fuelle : une feuille / eine aiwille : une aiguille / les séeaux : les seaux / avoir l'trimblote : trembler de froid ou de peur / l'ieau : l'eau / ête lèque : être épuisée / passer eine crute et eine sèque : nettoyer sommairement avec une loque humide et essuyer / vife : vivre / rasseuré : rassuré / eine carette : une charrette / Mulette : nom donné à Tournai au cimetière du Sud, ce nom serait celui de la première personne qui y fut inhumé / avoir l'esquite : autre expression pour avoir peur / vieusir : vieillir / in plein mitan : au beau milieu / l'chim'tière : le cimetière / asteur : maintenant / les pichoulits : les pissenlits  / l'hierpe : l'herbe / les battantes : volets de bois constitués de deux panneaux de bois qu'on fermait de l'extérieur / serrer : fermer / querre : chercher / buquer : frapper violemment / ein agripeu : un voleur, un filou / soiche : soit / ein orache : un orage / les neuaches : les nuages / écliter : faire des éclairs / au moinse : au moins / l'beos : le bois / faire endever : faire enrager, tourmenter / ein mauviar : un merle / glicher : glisser / des bruants : des hannetons / l'cloquette : la clochette, petite cloche qui servait alors de sonnette / l'file : la fille / eine intourloupette : une entourloupette, un mauvais tour / ête inchiferné : avoir le nez bouché par un rhume de cerveau / l'morveusse : l'effrontée, l'insolente / l'plache : la place / m'moneonque : mon oncle / l'intiétude : l'inquiétude / comprinte : comprendre / parelles : pareilles / ein orfroidiss'mint : un refroidissement / eine niflette : écoulement nasal résultant d'une rhume de cerveau / mouquer : moucher / in pourette : en poudre / des cataplasses : des cataplasmes / l'fareine : la farine / l'poitreine : la poitrine / récauffer : réchauffer / l'boudaine : le ventre, le bedon / l'meonte : le monde / se déréveiller ou s'dérinvier : se réveiller / ête mansé : être angoissé, épouvanté, avoir la gorge serrée / l'feos : la fois / s'ortourner : se retourner / l'diape : le diable / simpe : simple / pétête : peut-être / apeutée : apeurée / toquer à l'porte : frapper à la porte / saquer : tirer / orsannance : ressemblance).

S.T. août 2016.

 

10:46 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, patois, picard |