06 mars
2017

Tournai : souvenirs du Cabaret (6)

Les années "nonante" : l'existence du Cabaret est en péril !

Il faut bien l'avouer, dès le début des années "nonante", pour une majorité de Tournaisiens, amis du Cabaret, la vénérable institution tournaisienne semble battre de l'aile. Le nombre de chansonniers se réduit peu à peu et la relève tarde à venir. Les membres du Cabaret ont-ils encore confiance en l'avenir ? On scrute, on épie les réactions des uns et des autres. 75ème, 80ème, 85ème, la multiplication des anniversaires semble signifier aux yeux de tous : "Voilà, encore cinq années de plus !" comme est parfois amené à le penser un être humain qui sent ses forces décliner et qui s'accroche à la vie, vivant au jour le jour. 

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Pour la première fois, la presse s'empare de cette incertitude qui plane sur la Royale Compagnie.

Par la voix de son Président, Lucien Jardez, le Cabaret annonce une année sabbatique pour 1995. La question est sur toutes les lèvres : les chansonniers reviendront-ils après celle-ci ?

L'année 1994 qui s'achève a sapé le moral des troupes, on a noté la disparition de trois membres et non des moindres.

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Anselme Dachy au piano d'accompagnement.

C'est tout d'abord Anselme Dachy qui tire sa révérence le 24 février 1994. Anselme était né, à Tournai, le 19 décembre 1910. Très jeune, il se tourna vers la musique. En 1928, après avoir suivi les cours de solfège et d'harmonie, il fut chargé par le Directeur de l'époque, Fernand Godart, des répétitions partielles d'une quarantaine de basses et barytons. Il devint répétiteur au Théâtre de Tournai durant les saisons théâtrales s'étalant de 1930 à 1933. Entré à l'armée comme engagé volontaire au sein de la Musique du 3ème Régiment de Chasseurs à pied, il fut fait prisonnier en mai 1940. Revenu de captivité en 1941, il devint organiste à l'église Saint-Brice recommandé par Maître Abel Debourle, son professeur, qui officiait à la cathédrale Notre-Dame. Dans les concerts et festivals de Bel Canto, Anselme Dachy accompagna des artistes célèbres comme Clara Claibert, Rudy Hirigoyen, Jean Demany... mais aussi des chansonniers comme Jacques Lippe, Gabriello et bien d'autres. Membre de la SABAM (la société des auteurs et compositeurs) depuis sa création, il a composé ou arrangé de nombreuses œuvres pour soliste, trio, quatuor ou quintette. Ses compositions furent interprétées sur les antennes de Radio-Luxembourg (l'ancêtre de l'actuelle RTL) et de l'I.N.R. (qui devint par la suite la RTB). Dans la région, ses compositions les plus connues sont : "la Marche des Amis de Tournai", "la Marche de la Police Tournaisienne" et "Au Faubourg de Tournai", un des classiques athois joué notamment durant la Ducasse d'Ath. On lui doit aussi la musique de trois opérettes dialectales : "L'Ordonnance du Lieut'nant", "L'reine du Quartier" et "In Piste", cette dernière sur un livret d'Edmond Roberte.

Entré au Cabaret en 1950, il en devient le pianiste-accompagnateur (peu de gens savent qu'il avait déjà tenu le piano du Cabaret à l'âge de vingt ans). 

En 1953, avec un chanteur déjà bien connu dans la cité des cinq clochers, "Jean Clercel" (alias Jean Leclercq), il alla en finale du Concours de la Chanson Française qui se déroulait à La Louvière. 

On ne compte plus le nombre d'orchestres, ni de chorales qu'il dirigea au cours de son existence, les plus connues à l'heure actuelle sont : la chorale "Coecillia", la "fanfare l'Avenir" d'Ellezelles, les "Matelots de la Dendre" à Ath pour les spectacles lyriques, la Royale Harmonie du Corps des Sapeurs Pompiers de la Ville de Tournai où il succéda à Alfred Verdière, le "Trio de Charme d'Anselme Dachy" qui presta régulièrement sur les antennes de Radio-Hainaut à la fin des années quarante, "l'Union Saint-Martin" à Ath et "l'Orchestre du Cabaret" pour lequel il créa la musique des "Revues de l'Karmesse". On lui doit "la Marche du Cabaret" créée à l'occasion du septante-cinquième anniversaire de la société.

Pianiste-accompagnateur, arrangeur et compositeur, il surprit le public, le jour, où il vint sur le ponton interpréter "J'sus l'pianisse", une chanson décrivant les bons et moins bons moments vécus par celui qui accompagne mais parfois rattrape les chansonniers. Ce ne fut pas la seule chanson qu'il composa pour le Cabaret.  

 

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Jean Leclercq, un véritable homme-orchestre.

A peine cinq mois après Anselme Dachy, Jean Leclercq disparaît à son tour. Depuis les cabarets d'octobre 1992, il n'apparaissait plus sur le ponton, éloigné par la maladie qui allait l'emporter. Né à Tournai, le 23 mai 1923, Jean Leclercq avait plus d'une corde à son arc. Il a été fantaisiste, présentateur de crochets (ces concours de chansons qui étaient l'ancêtre de "The Voice"), animateur de spectacles. Au cirque De Jonghe, il était "Monsieur Loyal". Chanteur, en 1953, il participa au Concours de la Chanson Française où, accompagné par Anselme Dachy, il interpréta "Dans la petite rue", une chanson dont il avait écrit les paroles et la musique. Les sportifs tournaisiens se souviennent également de lui, journaliste à l'Avenir du Tournaisis, un passionné de cyclisme qui créa la course le "Trèfle à Quatre Feuilles" d'abord ouverte aux amateurs et ensuite aux coureurs professionnels (1968-1977), épreuve en circuit qui arrivait sur la Grand-Place, juste en face du bureau du journal. Jean aimait aussi le football et j'ai eu la chance, lorsque j'étais rédacteur du journal le Rouge et Vert, organe des supporters de la Royale Union Sportive Tournaisienne, de le compter parmi les chroniqueurs. Son article était rédigé en patois. Jean Leclercq, connu de beaucoup de Tournaisiens par son nom de scène du temps où il chantait, "Jean Clercel", était entré au Cabaret en 1959. On se souvient de ses succès au sein de la Compagnie : "Adieu Charlot", "L'Bal à Van Spitael", "L'Manèche des Amoureux", "L'Bédeeau" interprété sur l'air du Moribond de Jacques Brel, "L'Visite du Roi" et tant d'autres très souvent bissées par le public. Au sein du Cabaret, il fut le co-fondateur, en 1968, du "Journal Canté" et participait à "la Chanson des Cinq". Homme jovial au visage rond, compositeur-interprète toujours souriant, il nous a quittés le 16 juillet 1994.

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  Jean Leclercq (portant lunettes) à l'arrivée d'une des nombreuses courses cyclistes qu'il mit sur pied.

 

L'adage "Jamais deux sans trois" allait, hélas, se vérifier, le 20 octobre, lorsque Lucien Feron s'éteignit, lui aussi, vaincu par une grave maladie (voir le portrait que nous lui avons consacré dans l'article précédent : Souvenirs du Cabaret n°5). 

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Le Cabaret à la Maison de la Culture en 1994 (de gauche à droite) : Philippe De Smet - Eric Genty - Jean-Pierre Verbeke - René Godet - André Dupriez - Ghislain Perron - André Wuilbaut - Félicien Doyen - Marcel Roland - Lucien Jardez et Eloi Baudimont.

La légende de la photo reprend la question que tout le monde se pose alors : "Est-ce l'ultime image ?".  

(sources : "Florilège du Cabaret" ouvrage paru en 1982 à l'occasion du 75ème anniversaire de la RCCWT - "Chint ans d'Cabaret" de Pol Wacheul, ouvrage paru en 2007 à l'occasion du 100ème anniversaire - souvenirs personnels. Documents photographiques : presse locale, collectés par Jean-Paul Foucart).

S.T. mars 2017

Commentaires

Je suppose qu'on aura la réponse au prochain article... Bonne semaine Serge.

Écrit par : Un petit Belge | 06/03/2017

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Tu peux être rassuré, Petit Belge, il y aura bien une suite mais en attendant sa parution.... quel suspense !!!!!

Écrit par : l'Optimiste | 06/03/2017

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