27 févr.
2017

13:44

Tournai : souvenirs du Cabaret Wallon Tournaisien (4)

Les années noires !

 

Durant la décennie "quatre-vingts", le Cabaret Wallon Tournaisien va vivre des heures douloureuses avec la perte de nombreux membres.

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Albert Coens a laissé des œuvres immortelles.

La dernière fois que j'ai eu l'occasion de converser avec Albert Coens, c'était durant la saison 1983-1984, dans le cadre d'activités footballistiques, à la buvette du terrain B du Racing situé alors au Vert Bocage. C'était quelques mois avant son départ inopiné et rien ne laissait imaginer celui-ci. Il savait que mes préférences penchaient vers les "Rouge et Vert" de l'Union, lui le Racingman convaincu, mais cela n'avait jamais entaché des relations plus que cordiales que nous entretenions lors de nos (trop) rares rencontres. Albert Coens était né à Tournai, le 2 octobre 1926. En 1948, il avait été lauréat du Concours Adolphe Prayez. Il possédait aussi un prix d'excellence de la Classe d'Art dramatique du Conservatoire de Tournai, une maison qu'il connaissait bien puisqu'il en était le Secrétaire tout comme Walter Duvellier le fut. Entré au Cabaret où il restera de 1949 à 1975, il fit les belles soirées de la troupe patoisante tournaisienne grâce à ses multiples talents de poète, chansonnier, auteur de sketches, metteur en scène, régisseur.... Perfectionniste, il en est rapidement devenu une des figures de proue. Sa chanson " L'lapin du Lindi perdu" restera un classique de cette fête tournaisienne du début janvier tandis que son poème "Si..." reprend à lui seul les qualités souhaitées pour entrer dans la Royale Compagnie. On se rappelle le personnage truculent de paysan qu'il a interprété au sein d'une revue, adressant sa "Lette à Moneonque Michel", déclaration contre la fusion des communes dite avec cet humour dont il avait le secret. Ce membre-fondateur de la gazette "Les Infants d'Tournai" dans lequel il écrivait sous le pseudonyme de Titisse, quitta malheureusement le ponton en 1976. Le 30 avril 1984, la rumeur se répandit dans toute la ville, Albert Coens était décédé inopinément. Il n'avait que 57 ans !

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Le 3 juillet 1984 disparaît Richard Leclaire, autre figure marquante du Cabaret.

Richard Leclaire est né à Tournai le 7 juin 1921. En 1956 et 1957, il sera lauréat du Concours Prayez, voie obligée pour frapper à la porte du Cabaret. A l'image de Marcel Roland, il exerçait sa profession dans le monde de la finance puisqu'il était le Directeur de la Caisse d'Epargne de Tournai, une institution aujourd'hui disparue. Il est entré au Cabaret en 1958. Au-delà de ses chansons à succès comme "L'Disco", "Rayon d'Solel", "Si cha s'reot à r'faire" (primée au Concours Prayez) ou "L'planque à roulettes", Richard Leclaire était également auteur de sketches diffusés dans les émissions dialectales de Radio-Hainaut et collaborateur de la gazette "Les Infants d'Tournai" où il publiait des billets sous les pseudonymes de Chapic et Ketsu. En 1968, il créa avec Jean Leclercq, ce qui devint une institution au sein de la compagnie: "L'journal canté", un exercice en duo reprenant, sur un ton humoristique, les faits d'actualité qui se sont déroulés entre deux rendez-vous avec leur public des chansonniers tournaisiens. Avec son épouse, il composa des duos dont les spectateurs se souviennent au sein des revues. Le 3 juillet 1984, deux mois après Albert Coens, le Cabaret perdait un nouveau membre. Richard Leclaire venait de fêter ses 63 ans !

Tournai, cabaret wallon tournaisien

1984 : Lucien Feron fait son entrée au Cabaret, il a choisi pour parrains Réne Godet (à gauche) et Jean-Pierre Verbeke (à droite). 

Lucien Feron est né à l'ombre du clocher de Saint-Piat, le 16 septembre 1939. De cette enfance dans ce quartier typique de la cité des cinq clochers, il avait conservé l'esprit frondeur du "p'tit rambile", expression par laquelle on désigne le titi tournaisien. Lauréat à de nombreuses reprises au concours Prayez durant trois années consécutives, Lucien Feron entre au Cabaret comme aspirant en 1984. On ne compte pas ses succès qui vont déclencher les rires des spectateurs, ils prennent une place de choix dans la collection des œuvres léguées par les chansonniers tournaisiens. "L'cyclotourisse", est un portrait de ces cyclistes du dimanche dont certains se prennent pour des champions de la "petite reine" tandis que d'autres terminent leurs randonnées en "rois des comptoirs". Sa "Lette à Matante Bertha" est une évocation des multiples problèmes tragi-comiques rencontrés lors d'une hospitalisation (des propos toujours d'actualité !). "Chez Meura, i-a vingt ans", est une description précise et emprunte d'émotion du travail des ouvriers métallurgistes qui ont consacré leur carrière et leur vie à faire la renommée d'un fleuron de l'industrie tournaisienne qui venait juste de disparaître. "Quand les lilas fleurissent" contient une brassée de souvenirs personnels dont le personnage central est cette maman qu'il aimait tant et qu'il avait perdue. "Bonheomme" traduit aussi le côté tendre de l'auteur. Cet habitant la rue Roc Saint-Nicaise, vaincu par un mal implacable, est décédé le 20 octobre 1994. Lucien Feron venait de fêter ses 55 ans !  

  

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Lucien Feron (2ème à partir de la gauche) est devenu membre à titre définitif en septembre 1985. On le voit avec les lauréats du concours Prayez. Il était rare à l'époque de voir figurer une représente féminine au palmarès, cet honneur échoit à Josette Lambreth d'Hérinnes, une excellente plume patoisante régionale. Parmi les primés, on reconnaît également deux futurs membres du Cabaret, Rudy Sainlez (le "barbu" au centre) et Max François (le "moustachu").

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Durant cette décennie, la "grande faucheuse" ne semble vouloir pas lâcher la Royale Compagnie. En 1986 disparaît Edmond Roberte. 

Edmond Roberte est né à Maubray, le 18 mars 1920. Il travaillait à Tournai, au sein de la société Electrabel. En 1963, il est primé au Concours Prayez et il entre au Cabaret en 1965. Ses origines villageoises le désignaient sous l'expression "L'paysan du Cabaret". En plus de ses talents de chansonnier et de comédien, il est aussi un excellent musicien, organiste de l'église de son village natal. Il démontrera ses qualités musicales en accompagnant, à l'occasion, Anselme Dachy au piano à quatre mains. Auteur de sketches pour les émissions dialectales de Radio-Hainaut, collaborateur de la gazette "Les Infants d'Tournai" où il publie ses billets sous le pseudonyme d'E. Du Clair, il est également le créateur d'une opérette (aujourd'hui, on parlerait de comédie musicale) intitulée "In Piste !" sur une musique d'Anselme Dachy. On ne compte plus les succès d'Edmeond Roberte, chacune de ses apparitions étaient attendues avec impatience par les spectateurs. On retiendra en particulier : son imitation de Tino Rossi dans sa chanson "Orfroidiss'mint" (sur l'air de Tchi Tchi), "L'organiste", un auto-portrait tout en dérision, "Pianiste", un hommage à ces virtuoses du piano. "L'piston" est un autre de ses très nombreux succès. On le voit encore en sonneur de cloches avec son comparse Richard Leclaire au sein d'une revue. On se rappelle sa reprise du rôle créé par Albert Coens, coincé au volant d'une 2CV à la porte du "Bar des Cigales". On se souvient encore de ce plombier un peu naïf au sein d'une maternité dont un accouchement est marqué par un énorme quiproquo. En me rencontrant, il m'avait un jour déclaré : "Voici l'homme que je croise le vendredi mais que je ne vois jamais", l'explication de ces mots est simple : lui prenait l'autoroute entre Maubray et Tournai (pour assister aux réunions du Cabaret), tandis que qu'au même moment, je faisais la route inverse pour me rendre au cercle Montbrétia duquel j'étais membre. Amoureux de la nature, c'est alors qu'il était occupé à jardiner que, le 12 mai 1986, il est tombé, terrassé par un infarctus. Lui aussi n'avait que 66 ans !

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Eric Genty, lauréat au concours Prayez de 1987, entre au Cabaret. 

La réputation du nouveau membre du Cabaret, entré en 1987, n'était plus à faire. Eric Genty est né à Orléans (F), le 16 octobre 1926, et est arrivé en Belgique à l'âge de 22 ans. Dans ce pays d'adoption, il demandera et obtiendra sa naturalisation. Durant les années soixante et septante, les Tournaisiens le rencontraient dans son magasin de la Grand-Place, à l'enseigne de "Tournai-Disques". Nul n'ignorait alors qu'il était le chanteur de l'orchestre d'Hector Delfosse et la plupart avaient certainement déjà fredonné une de ses chansons : "Le petit chapeau tyrolien", "Ah, si j'étais resté célibataire !", "Oh lala Louise", des succès qui faisaient la joie des réunions de famille ou des banquets de société. Son plus gros succès, celui qui le fera connaître par-delà les frontières, reste "La danse des canards", succès inusable et connu dans tout le monde francophone, interprété par J.J. Lionel, une chanson dont il écrivit les paroles sous le pseudonyme de Guy de Paris. Lorsqu'il entre au Cabaret, il exerce la fonction de huissier à l'Hôtel de Ville. Il fera d'ailleurs une chanson décrivant cette activité professionnelle pleine d'inattendus. On lui doit également "J'décatis, Katy", "Ch'est m'ville", "Mi,j'ai wardé". Eric Genty quittera le Cabaret en juillet 2000.

tournai,cabaret wallon tournaisien

"La chanson des Cinq" termine traditionnellement les séances de Cabaret. On reconnaît sur la photo (de gauche à droite) : Eloi Baudimont - Marcel Roland - Jean-Pierre Verbeke - Ghislain Perron et Jean Leclercq. Cette photo date de 1988. 

1907-1987, le Cabaret est devenu un alerte octogénaire, mais il est... toujours vert. 

(sources : "Florilège du Cabaret", un ouvrage paru en 1982 à l'occasion du 75ème anniversaire de la Royale Compagnie - "Chint ans d'Cabaret" de Pol Wacheul, un ouvrage paru en 2007 - souvenirs personnels de rencontres avec les chansonniers évoqués - documents photographiques : archives de la presse locale - remerciement à Jean-Paul Foucart).

S.T. février 2017

24 févr.
2017

16:08

Tournai : expressions tournaisiennes (397)

Ov'là orvenu l'temps des carnevals !

Ceulle sémaine, pou les carnevals, Edmeond i-a été acater ein feaux-visache et l'tiête d'l'heomme politique qu'i-aveot queusi a fait naîte eine broule dins l'ménache. Queomptez su mi pou vous espliquer quoisqu'i-s'a acore là passé. 

I-aveot décidé qu'pou participer, saim'di, au cortèche à Kain, i-alleot ête afulé tout simplemint in directeur d'Publifin. 

"Fifinne, surtout te n'deos pos t'in faire, cha n'va pos coûter treop tcher, je n'vas pos dépinser des liards pou les vêt'mints et te n'as pos d'raiseon d'ête triste, j'vas seul'mint mette m'costume d'mariache qui m'fait orsanner à ein ministre". 

"A m'mote qu'in l'mettant, te vas ichi avoir l'air fin, te sais bin qu't'as perdu vingt kileos et qu'te flottes d'dins".

"Ch'est de t'féaute, si j'flotte ainsin dins mes mareonnes, ch'est à causse de tous les soucis que te m'deonnes". 

Et ch'est eine nouvelle batale qui v'neot d'commincher, ein conflit, sans ultimatum qui, tout à n'ein queop, i-aveot éclaté.

"T'aveos pourtint toudis dit qu'ceulle ainnée, ch'est l'gille que t'areos fait !"

"Bé justemint, j'n'ai pos foutu d'cacoule, c'jour-là, i-est infin arrivé !".

Fifinne qui a l'cerveau lent et qui a toudis besoin d'eine précisieon, elle n'aveot, acore eine feos, pos du tout compris l'allusieon.

Jusqu'à là, vous l'avez ormarqué, cha orsanneot puteôt à eine guerre de trinchées mais, à c'momint-là, Edmeond ch'est eine véritape beombe qu'i-alleot lachée. 

"J'vas mette des eureos plein les poches de m'jupeon pou mi bin avoir l'air d'ein qui n'vit que pou l'pogneon".

Fifinne elle n'aime pos qu'on touche à les écolomies, elle warde jalous'mint ein p'tit pécule pou asseurer leu fin d'vie. 

L'réactieon elle n'a pos tardé, on l'a intindue berler :

"Holà, comarate, te vas toudis printe des billets d'monopoly comme cha dins les cabarets te n'saras pos finir l'nuit". 

Ch'est à momint-là dusque chez elle, l'franc i-a qu'minché à caire :

"J'comprinds quoisque te vas faire, asteur, te vas osoir, t'es bin seûr, mo bé... queulle affaire !".

"Mi j'pinseos que t'alleos faire l'gille ave les ceusses de Saint-Piat, j'éteos bin leon d'imaginer eine histoire comme cha. A propeos, à vouloir bin jeuer l'rôle du patreon d'Publifin, te n'risques pos aussi d'caire malate saim'di au matin ! Comme d'puis l'début te n'in as jamais minquer eine, on pourreot lir dins l'gazette l'sémaine pochaine : Edmeond, pou l'prumière feos, i-n'éteot pos là, eine heure avant l'départ i-a inveyé ein certificat !".

"T'as tout à fait raiseon, Fifinne, ch'n'est pos fort "éthique" d'orprésinter ein heomme qui s'chucre avé d'l'argint public". 

"Tins, au magasin, l'vindeu i-m'a dit que j'pourreos faire Serge Gainsbourg, que d'ailleurs i-trouveot que j'aveos s'n'allure quançqu'i-m'raviseot à... contre-jour !".

"I-n'a pos tout à fait tort, t'as d'jà comme li les orelles décollées et in puque, ce qu'i-n'sait pos, ch'est qu'ti aussi t'es toudis quervé".

"Mo Dieu, te peux bin rire d'mi, Fifinne, ti, t'es leon d'orsanner à Jane Birkin. Si te viens à Kain avé mi, te pourras tout jusse t'déguiser in Mimi Mathy. Ou bin alors, comme tous les jours te brousses, te n'as qu'à t'attifer in Marie-galousse". 

Les hostilités éteot'ent déclinchées et ch'éteot pos prêt d's'terminer. 

"Attinds, j'vas t'deonner ichi des démisses, te prindras aussi eine boutelle à t'main, ainsin arnicuré d'eine vielle quémisse, ch'est t'rôle pus vrai qu'nature que te moutreras à Kain, te n'devras même pos mette ein feaux visache su t'tiète, i-suffira tout simplemint d'printe t'n'habituel air biête".

On peut dire que cha voleot vraimint bas et mi j'n'aveos jamais intindu cha. 

I-est vrai qu'Fifinne, quançqu'on l'fait bisquer, bin vite s'lanque de vipère elle apparaît mais, pou eine feos, Edmeond i-n's'in est pos ortourné, i-li a dit tout douch'mint, sans s'démeonter :

"L'ceu qui déchire s'nez i-déchire s'visache, ceulle ormarque elle est gratuite !"

"Sache aussi qu'i-veaut mieux printe eine purche qu'eine feimme, l'méd'cine elle passe pus vite !".

I-paraît que ch'est presque tous les jours ainsin mais quançque j'sus à leu maseon, j'active l'frein, pou faire caire l'tinsieon et dévié l'conversatieon. 

"Hureus'mint que pou respecter les traditieons tournisiennes i-a 'cor des des bintes de dévoués, j'ai l'raminvrance des cris et des rires qui retintisseot'ent aux carnevals dins les rues d'no cité. On éteot même obligés d'printe ein parapuie pou s'protéger de l'pluèfe des caneons à confetti. Les infants i-z'aveot'ent l'esquite quançqu'i-veyeot'ent les sinches et les noirs sauvaches du groupe des Déchaînés. On voudreot faire eine confrérie ainsin asteur, on devreot toudis faire bin attintieon, pasque pou ein rien on mécontinte bramint d'associatieons. Aujord'hui, cha n'existe pus l'autodérisieon, on dépose plainte in justice pou ein oui ou pou ein neon. Ch'est vraimint au sièque des p'tits esprits qu'on vit, i-d'a toudis ein pou pinser qu'on s'fout d'li !".

"Dusqu'i-est l'temps des Pierreots et des Colombines, des Cartelettes et des Arlequins, des belles dames in ropes d'crinoline, des Gilles de Saint-Piat et des Pêcheurs Napolitains. J'warde toudis au feond d'm'coeur ce qu'mi j'appelle nos ainnées-bonheur. Te pouveos t'amuser et rire, i-n'aveot jamais quéquein pou t'agonir ".

Mais tout cha n'a pos d'importance pasque cha n'va pos nous impêcher, mes gins, d'faire l'fiête, saim'di après-deîner, dins les rues et su l'plache de Kain".  

(lexique : orvenu : revenu / les carnavals : le carnaval (ce mot est toujours au pluriel en patois) / ceulle : cette / acater : acheter / queusir : choisir / l'broule : la brouille, la mésentente / queompter : compter / quoisque : qu'est-ce que / acore : encore / l'cortèche : le cortège, la cavalcade / afuler : affubler, habiller de manière ridicule, bizarre / tcher : cher, onéreux / les liards : l'argent / orsanner : ressembler / à m'mote : à mon idée, selon moi / ichi : ici / les mareonnes : les pantalons / eine batale : une bataille / commincher (ou qu'mincher) : commencer / tout à n'ein queop : tout à coup / toudis : toujours / foute des cacoules : raconter des mensonges / l'jupeon : ce mot à Tournai désigne le veston / les écolomies : les économies / warder : garder / asseurer : assurer / berler : crier, hurler / comarate : camarade / printe : prendre / dusque : où / caire : tomber / asteur : maintenant / osoir : oser / queulle : quelle / les ceusses : ceux / ête bin leon : être bien loin / jeuer : jouer / minquer : manquer / inveyer : envoyer / orprésinter : représenter / s'chucrer : se sucrer / raviser : regarder / in puque : de plus / quervé : ivre, saoul / avé : avec / jusse : juste / brousser : bouder, avoir l'air renfrogné / attifer : se vêtir mais avec mauvais goût / eine Marie-galousse : une sorcière / des démisses : des vêtements usagés, des habits qu'on ne porte plus / arnicuré : vêtu, attifé / eine quémisse : une chemise / moutrer : montrer / faire bisquer : faire enrager / l'lanque : la langue / ortourné (ou ertourné) : retourné / L'ceu qui déchire s'nez i-déchire s'visache : expression qui signifie : celui qui médit des membres de sa famille fait tort à lui-même / eine purche : une purge, un laxatif / ainsin : ainsi / quançque : lorsque / des bintes : des bandes / avoir l'raminvrance : se rappeler, avoir le souvenir / ein parapuie : un parapluie / l'pluèfe (ou l'plouèfe) : la pluie / avoir l'esquite (ou avoir l'pépète) : avoir peur / les sinches : les singes / bramint : beaucoup / l'sièque : le siècle / de foute de : se moquer / les ropes : les robes / quéquein : quelqu'un / agonir : insulter / après-deîner : après-midi / l'plache : la place).

S.T. février 2017.

16:08 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

22 févr.
2017

09:15

Tournai : souvenirs du Cabaret Wallon Tournaisien (3)

Les golden sixties !

Durant les années soixante, la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien va atteindre le sommet de son art et aussi de sa popularité grâce à "l'Orvue de l'Karmesse", un événement incontournable dont l'immense succès va l'obliger à multiplier les représentations entre le mois de septembre et la Toussaint (et même jusqu'au début du mois de décembre pour les dernières éditions). Vingt-huit revues à grand spectacle ont ainsi été mises sur pied par la troupe des chansonniers tournaisiens entre 1948 et 1975.  En 1982, à la Maison de la Culture, un public estimé à 19.000 spectateurs eut droit à une première revue-souvenir intitulée "Quand ch'éteot l'Orvue". Une ultime édition sera montée, en 2008, dans le cadre de l'année du centenaire, celle-ci résumait les précédentes en reprenant les meilleures scènes.

Jadis, Albert Coens et Eloi Baudimont écrivaient la presque totalité des sketches, sacrifiant, chaque année, leurs vacances à la recherche de gags, de quiproquos, de situations comiques qui déclenchaient les rires des spectateurs. Un travail méticuleux car il faut savoir que chaque scène avait son décor et aussi ses costumes. 

Les titres étaient toujours en rapport avec l'actualité de l'année : "Cha ch'est bazar" (l'année de l'ouverture de la grande surface de la rue de la Tête d'Or en 1962),  "Féaut caire d'ssus" (l'année du premier alunissage en 1969), "Ein point, ch'est tout" (l'année des élections en 1970), "Tout feu, tout femme" (à l'occasion de l'année de la femme en 1975)... Avec la participation des ballets de Mme Vercauteren, de l'orchestre du Cabaret dirigé par Anselme Dachy mais aussi avec les renforts d'Angélina Delcourt, Arlette Décarpentrie, Jacqueline Jardez, Jacqueline Perron, Anna Rivière, Anna Roberte, Raymonde Voiturier, de l'épouse de Richard Leclaire, de Robert Léonard, Léonard Rivière, Gaston Voiturier, Christian Bridoux (déjà !) et bien d'autres, c'étaient plusieurs dizaines de rôles qui occupaient la scène durant près de quatre heures. La revue "Tout feu, tout femme" fut jouée à vingt-huit reprises et vue par plus de 14.000 spectateurs. Un spectacle d'amateurs qui laissait rêveur certains professionnels ! 

 

1966 RCCWT Jojo et Nénesse.jpg

1966 : Jojo (Lucien Jardez) et Nénesse (Marcel Roland), deux compères qui apparaissaient entre les différentes scènes des revues. 

Jojo et Nénesse, les deux amis ont vraiment été mis à toutes les sauces. On les a vus agents de police (notre photo), écoliers en culottes courtes (l'année de l'apparition de l'enseignement rénové), colleurs d'affiches (l'année des élections), astronautes (l'année où le premier homme a posé le pied sur la lune), aéronautes, adeptes du sauna et même transformés en femmes (lors de l'année de la femme)...

Comme je l'ai dit, j'ai eu la chance de connaître dans ma jeunesse Edmond Godart et Georges Delcourt, en tant que voisins, j'ai aussi eu le plaisir de travailler en compagnie de Marcel Roland. Directeur d'agence à la Banque de Bruxelles, sa popularité et sa gentillesse lui ont amené de nombreux clients, tout heureux d'être conseillés par "Monsieur Nénesse" du Cabaret. Ce sympathique chansonnier était né le 20 juin 1921 à Tournai. Lauréat du Concours Prayez en 1953 avec sa chanson "L'Parc communal", il devint membre du Cabaret en 1959. En tant que directeur d'agence bancaire, c'est logiquement qu'il fut nommé au poste de Trésorier en 1980. Auteur de chansons, il était surtout un remarquable interprète qui vivait ses textes sachant transmettre son émotion au public ou déchaîner les éclats de rire dans la salle. On le voit encore sur le ponton interpréter : "La vie tournaisienne" ou "M'pétite école", compositions personnelles ou bien "L'Maclotte" de Fernand Colin, "L'Crasse pinte" de Léopold Kain, "On Minche bin à Tournai" de Georges Delcourt ou "Ein scandale au roduit "d'Adolphe Prayez. Marcel Roland qui demeurait à la rue Royale nous a quittés en 2000. 

 

1966 RCCWT Lundi Perdu.jpg

1966 : Lundi perdu, la tradition a été respectée, Anselme Dachy, l'accompagnateur des chansonniers (à côté de Lucien Jardez), est le nouveau roi de la société tandis que Walter Duvellier en est "l'seot" (à côté de Robert Pollet). 

Je risque de me répéter en disant que je rencontrais souvent Walter Duvellier puisque celui-ci a également habité dans une résidence du boulevard Bara, à deux pas de chez Georges Delcourt. Il était né le 3 avril 1903 à Chalon-sur-Saône (France). C'est en qualité de violoniste, musicien d'orchestre, qu'il est entré au Cabaret en 1924. A cette époque, les chansonniers n'étaient pas seulement accompagnés d'un pianiste, comme ce fut le cas par la suite, mais par un orchestre complet. Il a exercé la fonction de Trésorier de 1954 à 1959 et a été Vice-président de 1965 à son décès survenu le 14 mai 1974. Walter Duvellier exerçait la profession de Secrétaire au conservatoire de Musique. Au sein de la Compagnie, il était un interprète des chansons humoristiques puisées dans le répertoire des anciens. "L'fier à r'passer" semble être le seul monologue écrit par lui.

 

1966 RCCWT grand cabaret.jpg

1966 : Lors d'un "Petit Cabaret", Louis Urbain s'avance vers le micro, au piano, on retrouve Anselme Dachy, au premier rang (de gauche à droite) Edmond Godart - Lucien Jardez - Walter Duvellier. Au second rang : Eloi Baudimont - Albert Coens - Jean Leclercq - Robert Delvigne (?).

 

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1966 : Sous le titre "Le Cabaret part en vacances", les joyeux chansonniers tournaisiens annoncent leur spectacle du 12 mars en la Halle-aux-Draps. On reconnaît au centre du second rang Georges Delcourt et son épouse Angélina. Au premier rang, à droite, un des derniers entrés : Edmond Roberte. 

1967 RCCWT soeurs de charité.jpg

Depuis toujours, la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien prête son concours à des œuvres philanthropiques. Les chansonniers se produisent à titre gratuit pour des associations caritatives ou a finalité sociale. On voit ici quelques membres lors d'un après-midi de 1967 à la Maison de Retraite des Sœurs de la Charité. Ce document nous permet de reconnaître Angélina Delcourt (la dame en noir à gauche), à côté de Marie-Louise Urbain et Fernande Durieux, l'épouse de Marcel Roland (à droite).

Je crois qu'il est utile de mettre à l'honneur ces gens de l'ombre que sont les épouses et compagnes des membres du Cabaret. Personne ne peut imaginer l'abnégation dont elles font preuve, le nombre d'heures qu'elles ont partagées avec cette "maîtresse envahissante" qu'est la Royale Compagnie. Petits et grands Cabarets, séances philanthropiques, prestations à Bruxelles ou ailleurs, écriture des chansons ou monologues, réunions hebdomadaires au local (durant lesquelles est bien souvent organisée une... troisième mi-temps !), préparation des spectacles et écriture des revues, répétitions pour ces dernières et soirées théâtrales en la Halle-aux-Draps, voilà autant d'absences justifiées d'un mari accaparé par le Cabaret. De plus, cette passion pour notre patois prend le plus souvent place après une journée de travail.

 

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Au sein de la Compagnie, l'Amitié n'est pas un vain mot. On voit les membres du Cabaret se recueillir sur la tombe d'André Pouril disparu en février 1967.

 

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Si désormais le Cabaret fête la Wallonie dans le salon de la Reine de l'Hôtel de Ville, il fut un temps où la cérémonie se déroulait au "Pichou Saint-Piat", le monument à la Chanson et à la Littérature wallonne. Le présent document représente la cérémonie qui s'y est déroulée en 1968. On reconnaît le président Lucien Jardez entouré d'André Glineur (à sa droite), autre excellent auteur patoisant, membre du Théâtre Wallon Tournaisien, et du bourgmestre Jean Hachez (à sa gauche).

 

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On sait que les traditions sont respectées par le Cabaret. Voici donc, en 1975, la bande de joyeux compères réunis sur le "bourloire" du café "Colombophile" à Kain pour l'annuel jeu de boule carréaulé. On reconnaît en bas (de gauche à droite) : Edmond Roberte - Albert Coens - Ghislain Perron. Debout : Max François - Louis Urbain - Marcel Roland - Lucien Jardez - Jean Leclercq - Anselme Dachy - André Dupriez et Charles Ghio. Ce jour-là, Charles Ghio allait être sacré roi de la Société. Peut-être ne doutait-on pas encore qu'Albert Coens allait cesser toute activité au sein de la Compagnie l'année suivante ! Le jeu de boule se terminait toujours par un souper aux "petits légumes".

 

 

1977 Cabaret Wallon Tournaisien.jpg

Pour clôturer les années septante, voici le Cabaret au grand complet en 1977. A cette occasion, le public découvre les deux nouveaux membres (en haut, à gauche) : Jean Pierre Verbeke et André Wilbaux.

 

(sources : documents extraits de la presse locale grâce à la collaboration de Jean-Paul Foucart et souvenirs personnels de membre-sympathisant du Cabaret). 

S.T. février 2017.

20 févr.
2017

13:15

Tournai : souvenirs du Cabaret Wallon Tournaisien (2)

De 1950 à nos jours : l'âge d'or du Cabaret Wallon.

Ce titre interpelle probablement les inconditionnels de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien et mérite donc une explication. Les membres fondateurs ont donné ses lettres de noblesse à la Compagnie et nous ont laissé des œuvres indémodables, toujours interprétées de nos jours. On pense à : "L'Karmesse de Tournai" d'Auguste Mestdag, au "Lindi Parjuré" d'Achille Viehard, à "L'Robe blanque" d'Adolphe Prayez, à "Ch'est ainsin dins no ville" d'Eugène Landrieu", aux "Gosses de Tournai" d'Henri Thauvoye ou à "L'Maclotte" de Fernand Colin mais aussi à bien d'autres chansons qu'on entonne encore dans les fêtes de famille qui se déroulent à l'ombre des cinq clochers. 

Toutefois, peu à peu, après la seconde guerre mondiale, la Royale Compagnie a pris une toute autre dimension. Elle s'est ouverte au plus grand nombre de sympathisants, elle a multiplié les prestations, monté des revues à grand spectacle, vu ses soirées retransmises sur la chaîne nationale de télévision ou sur la télévision locale No Télé. Ces membres ont été régulièrement invités dans l'émission dialectale de Radio-Hainaut (devenue Vivacité). Pour répondre à l'attente des très nombreux spectateurs, les chansonniers ont été obligés de quitter la trop petite salle de l'étage du café Central sur la Grand-Place pour rejoindre la Halle-aux-Draps et la Maison de la Culture. Le Cabaret est régulièrement sorti de Tournai pour aller à la rencontre d'auditeurs qui l'attendaient à Bruxelles (le cercle des Tournaisiens de Bruxelles), dans les cercles estudiantins de la capitale ou de Louvain-la-Neuve et encore dernièrement à Ath.  

C'est cette évolution que nous découvrons par la photo. 

tournai,cabaret wallon tournaisien

1956 : Si le document n'est pas très net, on peut néanmoins reconnaître de gauche à droite : Eloi Baudimont - Albert Coens - Georges Delcourt - André Pouril (?) - Louis Urbain interprétant la "chanson des cinq" accompagnés au piano par Anselme Dachy. (photo : Courrier de l'Escaut).

André Pouril était né dans le Nord de la France en 1901. Primé au concours Prayez en 1928, il était entré au Cabaret l'année suivante. Il sera Secrétaire-Administrateur de 1956 à son décès survenu le 20 février 1967. 

tournai,cabaret wallon tournaisien

1956 : une société comme le Cabaret Wallon Tournaisien ne pouvait déroger à la tradition bien ancrée du "Lundi perdu". Emile Viehard est sacré roi et reçoit ses attributs des mains d'Eloi Baudimont (à droite) et de Lucien Jardez (au centre). (photo : le Courrier de l'Escaut).

Fils d'Achille Viehard, membre-fondateur, Emile Viehard était né à Tournai le 1er mars 1875. Il était entré au Cabaret en 1923, il deviendra Vice-Président en 1948 et le restera jusqu'à son décès le 6 janvier 1961.

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  1959 : Du plus petit au plus grand (par la taille), on reconnaît : Robert Pollet - Jules Messiaen - Richard Leclaire et Charles Midavaine (photo : Le Courrier de l'Escaut).

A la fin des années cinquante, Robert Pollet était une des plus belles promesses de la Royale Compagnie. Il était né à Tournai, le 21 mars 1933 et entré au Cabaret en 1957. Auteur de chansons, poèmes, monologues et sketches, il pouvait aborder avec facilité les différentes facettes du rôle de chansonnier. Dans sa chanson "L'Marché du Sam'di", il nous balade de la Grand-Place à la place Saint-Pierre et nous fait une photographie précise et humoristique de ces petits faits qui émaillent les rencontres qu'on peut y faire. Souvent sur les routes pour son travail, un chauffard mit fin prématurément à ce talent lors d'un accident de la circulation survenu le 20 mars 1970.

Portant le même prénom que son grand-père, entré la Royale Compagnie en 1920, Charles Midavaine (Jr.) est né à Tournai en 1930 et est entré au Cabaret en 1955. Alors qu'il était Secrétaire-Administrateur depuis le 29 mai 1964, il démissionna un an plus tard, en avril 1965. Il avait été de nombreuses fois lauréat du concours Prayez.  

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1965 : une fois par an, les membres du RCCWT se retrouvent lors la ducasse de Kain pour jouer au jeu de boule. De gauche à droite on reconnaît : Jean Leclercq - Lucien Jardez - Charles Ghio - Georges Delcourt - Richard Leclaire - Edmond Godart et Félicien Doyen (toute une génération de chansonniers aujourd'hui disparue). (photo : le Courrier de l'Escaut).

Charles Ghio est entré au Cabaret en 1945, il était né à Tournai le 24 décembre 1896. Membre de la chorale "La Tournaisienne" et du Cercle Choral "Tornacum", cet excellent baryton va mettre sa voix puissante au service de la Royale Compagnie. En 1959, il en sera nommé trésorier et le restera jusqu'à son décès survenu le 18 février 1980. 

J'ai eu la chance de bien connaître Georges Delcourt et son épouse Angélina (celle qui interpréta des seconds rôles mémorables dans les différentes revues). Le chansonnier exerçait la profession de marbrier. Magasin et ateliers se situaient en haut de la rue Saint-Martin, à l'angle du boulevard Bara. Cet excellent comédien, à l'humour communicatif, qui vivait les chansons qu'il interprétait était né le 2 mars 1896 et entré au Cabaret en 1925. Parmi les très nombreuses œuvres qu'il nous a léguées, on se rappelle notamment : "On minche bin à Tournai", eine cancheonne à faire "meonter les ieaux" (à donner faim). Il nous a quittés le 27 mars 1968. 

Chaque jour, me rendant à l'école primaire, je rencontrais également Edmond Godart. Celui-ci demeurait sur le boulevard Bara, à deux pas de "l'porte d'Lille". Il exerçait la fonction de rédacteur au journal l'Avenir du Tournaisis et était également chroniqueur sportif et membre de nombreuses associations tournaisiennes (les Amis de Tournai, fondateur et scribe des Chevaliers de la Tour, animateur tournaisien des émissions dialectales de Radio-Hainaut, Président fondateur du Centre Culturel d'Art Dramatique de Tournai-Ath-Mouscron...). Né à Tournai, le 9 octobre 1893, il était entré au Cabaret en 1928 et en fut le Vice-président de 1958 à son décès survenu le 29 janvier 1973. Journaliste, chansonnier, poète, acteur, régisseur mais aussi lauréat de nombreux prix... on retient de lui des œuvres comme "L'cancheon d'nos clotiers", "Le chant de l'Union", un des deux clubs de football tournaisiens, "Canteons Sainte-Magrite" et bien d'autres. 

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 1965 : Louis Urbain

Avec Louis Urbain, c'est la vraie chanson sentimentale qui est entrée au Cabaret. Il était né dans la cité des cinq clochers, le 14 mars 1914. Plusieurs fois primé au concours Prayez et lauréat du concours de la littérature tournaisienne organisé par le Souvenir Tournaisien de Schaerbeek, il était entré au Cabaret en 1937. En 1965, il en devint Secrétaire-administrateur et le resta jusqu'à son décès survenu le 15 janvier 1980. Il était également membre fondateur et collaborateur régulier de la gazette "les Infants d'Tournai". Il nous a légué de très nombreuses chansons dont les titres évoquent ce côté "fleur bleue" qu'il revendiquait. Parmi celles-ci, on retiendra : "Pasque...", "J'aveos rêvé !", "J'vous aime bin !", "Toinette", "Les éautes" ou encore "Rôsse". 

L'album de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien se referme momentanément, d'autres photos viendront enrichir nos souvenirs !

(Sources : "Florilège du Cabaret 1907-1982) ouvrage paru à l'occasion du 75ème anniversaire du RCCWT - photos archives du "Courrier de l'Escaut". Je remercie mon ami Jean-Paul Foucart pour sa collaboration dans la recherche de documents).

S.T. Février 2017.

18 févr.
2017

09:32

Tournai : expressions tournaisiennes (396)

L'guernoule d'Edmeond.

J'sais d'puis lommint que m'n'amisse Edmeond, d'puis s'pus jeone âche i-a eine vraie passieon : quançqu'i-peut prévir à l'avanche (*) l'temps qui va faire, vous pouvez ête seûr que no gaillard i-est à s'n'affaire. Vous avez l'raminvrance que ch'est près d'Kain qu'i-d'meureot, i-resteot dins eine belle maseon de l'rue Montifeaut. Comme tous les beons gardéniers, i-aimeot savoir ce que l'ciel i-alleot li apporter. Si s'gardin i-aveot b'soin d'ieau, il falleot de l'pluèfe mais... pos treop. Si l'solel i-luiseot treop fort, ein p'tit neuache n'areot pos fait d'tort. Les penn'tieres éteotent plantées quançque l'terre commincheot à s'récauffer et i-n'areot jamais eu l'idée d'semer avant que l'lune rousse elle ne soiche passée. 

D'puis qu'in ville, su ein de nos quais, i-est v'nu habiter, su l'appui d'ferniête i-ravise ses géraniums pousser. I-a surlommé no ville "Tournai minérale", i-feaut dire qu'on y cope les arpes à l'rafale. Ceulle sémaine, accoudé au cassis,  Edmeond i-a brait, i- éteot tell'mint triste d'vir les ouverriers d'la ville abattent les charmes du quai Saint-Brice.

Asteur, Edmeond, ch'est avant tout pou s'santé qu'i-orwette l'météo tous les soirs su No Télé. S'n'organisme i-réagit au temps qui fait, ainsin i-souffère tout du leong d'eine ainnée. Breongile, allergies, orfroidiss'mints ou bin angile, ch'est ainsin pindant douze meos du prumier mai au trinte avril. 

Tout au leong d'eine sainte ainnée, s'feimme elle l'intind s'délaminter :

"J'sus seûr que l'temps i-va canger, j'sins des douleurs dins mes poignets",

ou bin :

"A m'mote que l'momint du pollen i-est arrivé, cha fait treos jours que je n'arrête pos d'éternuer",

ou acore :

"Et avé cha, i-feaut vir mes is, i-seont rouches de l'rache que j'ai catoupi".

Quançqu'i-fait freod, dins tout s'corps, i-orchins partout des lanchures, i-a du mau à s'tiête, à s'deos et à toutes les jointures. Quançqu'i-va caire de l'pluèfe, ch'est automatique, i-sins deux jours à l'avanche s'dérinvier ses romatiques. Quançque l'temps i-cange, i-a toudis hic et hac, finalm'int on peut dire qu'i-est toudis patraque.

A peine qu'in s'baissant, à ses reins, i-sint eine pétite gêne, i-va aussi vite querre ein paquet d'ouate "le Thermogène" (j'seûr que vous avez tertous connu ceulle ouate, ave l'imache d'ein diape qui crache des flammes su l'boîte). Eine feos qu'i-aveot des riches lanchures, i-n'a pos fait dins l'demi-mesure, comme ormète, i-a mis eine crème pou récauffer et eine couche d'ouate pou que cha fasse bin d'l'effet. Eine heure après i-aveot des cloques tout du leong de s'colonne vertébrale et, pou l'soigner, i-a fallu l'inveyer aux urginces de l'hôpital. I-éteot brûlé presqu'au deuxième degré et pindant quate jours su s'vinte i-est resté couché. 

"Bah, ch'est de m'feaute, si j'aveos su qu'i-alleot geler, j'areos rajouté ein p'tit gilet et mes reins i-areot'ent été protégés, mais l'velle i-aveot quéquein à l'maseon et j'aveos oblié d'raviser les prévisieons !".

Ein bieau jour, Fifinne li a dit :

"J't'ai d'jà dit que t'd'veos printe l'temps comme i-vient, in acoutant les prévisieons te t'in fais bin souvint pou rien. A partir d'asteur, ch'est décidé, au momint du bulletin su No Télé, j'vas printe l'télécomminde et su eine eaute caîne j'vas zapper".

Au bout d'deux jours, Edmeond qui n'aveot rien dit, i-est sorti in prenant, pa précautieon, s'parapluie. Tertous dins l'rue l'preneot pou ein annochint vu que l'solel brilleot d'mille feux au firmamint. 

"Te n'as pos ichi l'air fort optimiste Edmeond, su Vivacité, te n'as pos acouté les prévisieons".

In ravisant tout autour de li, on l'a vu rintré, in catimini, dins ein magasin qui vind d'nouvieaux animaux d'compagnie. 

"I-n'me feaut pos ein serpint ni eine grosse aronne, i-a pos d'détoule, je cache tout simplemint après eine pétite guernoule".

L'feimme li a deonné ein bieau bocal pou ortourner à s'maseon ave l'animal.

Quançque Fifinne, d'commissieons, elle est rintrée, elle a tout à n'ein queop vu l'batracien su l'(fausse) quémeinée.

"Ah neon, te vas m'in'lver cha tout d'suite, comarate, rien qu'à vir ceulle sale biête, j'vas caire malate".

In souriant, Edmeond i-a berlé comme ein fuchéau :

"J'te présinte l'nouvelle Mam'zelle Météo". 

I-a rajouté :

"Si elle reste au feond, i-n'va pos faire beon et si elle grimpe su l'éthielle, on sait qui va faire du solel".

"Bé j'ai bin l'foute d'ceulle mocheté, dins l'Esqueaut te vas aller l'ruer !".

"Ah mais pou cha, tout d'abord, i-faudra m'passer su l'corps, j'te présinte l'ceulle qui s'ra no'Miss Météo, Fifinne,  Tatiana cha s'ra l'neom de m'nouvelle copine !".

Li à qui, à causse de l'météo, on aveot d'jà copé l'imache, ceulle feos-chi, i-n'aveot même pus l'seon dins l'ménache.

Eine sémaine pus tard, sintant eine beonne naque venant de l'cuisine, Edmeond i-a d'mindé :

"Quoisque te fais pou deîner, Fifinne ?".

"L'surprisse du chef, te vas t'pourléquer les babines !" li a répeondu no brafe Fifinne.

I-sinteot meonter les ieaux, ch'est seûr, i-alleot faire bombance, comme on dit, l'maseon elle imbaumeot la Provence. 

Tout in souriant, Fifinne, de s'n'heomme, elle a ravisé s'tiête quancqu'i-a vu l'pétite paire de gampes cuites au mitan de s'n'assiette. 

"Quoisque ch'est qu'cha ? Milliards, ceulle espèce de maboule, elle m'a préparé des cuisses de guernoule !".

Edmeond i-a été vir su l'quémeinée, l'bocal i-n'éteot pus occupé. On l'a alors vu berdéler comme ein infant colérique, Fifinne elle aveot osu s'attaquer à l'statieon météorologique. 

L'geste, Fifinne, elle l'a bin vite orgretté pasqu'Edmeond, débalté, i-a menacé d'divorcer. 

Elle a bin essayé de l'raiseonner, i-n'a rien qu'i-a fait, i-feaut dire qu'elle aveot mal queusi les meots pou li parler.

"T'Tatiana, pindant toute l'journée, t'éteos toudis in train d'l'amidouler, j'aveos vraimint l'impressieon d'ête eine feimme trompée et, j'te l'avoue, au momint dusque j'ai qu'minché à l'fristouiller, j'aveos l'impressieon que j'éteos in train de m'vinger".

D'puis qu'ces faits seont arrivés, Edmeond i-est démoliné. Comme i-n'saveot jamais l'temps qu'i-alleot faire, i-est resté à s'maseon, sans sortir, pindant tout l'hiver. 

Ein soir d'l'été passé, Fifinne li a d'mindé :

"Te pinses qu'on va avoir d'l'orache, ravise j'sus ichi tout in nache et, pa d'zeur l'Meont de l'Ternité i-a des noirs neuaches?".

Edmeond i-a erlevé s'tiête et li a dit avé ein air biête :

"I-feaut printe l'temps comme i-vient, les prévisieons météo cha n'sert à rien, i-s'ra toudis temps d'aller t'mucher quançque les premiers queops d'tonnerre i-veont éclater". 

Je n'vas pos mintir, final'mint, je n'sais pos si déhors l'orache i-a éclaté mais ce que j'ai appris pa les visins ch'est que dins l'maseon on les a intindu bin berteonner !

(*) prévir à l'avanche cha s'appelle ein pléonasme,  pou prévir après, i-n'feaut pos ête fort doué ! 

(lexique : eine guernoule : une grenouille / lommint : longtemps / l'jeone âche : le jeune âge / quançque : lorsque / prévir : prévoir / à l'avanche : à l'avance / ête seûr : être sûr (dans le sens d'être certain d'une chose) / avoir l'raminvrance : avoir la souvenance, se souvenir / leu : leur / ein gardénier : un jardinier / l'gardin : le jardin / d'l'ieau : de l'eau / l'pluèfe : la pluie / ein neuache : un nuage / les penn'tières : les pommes de terre / commincher (ou qu'mincher) : commencer / récauffer : réchauffer / raviser (ou orwettier) : regarder / surlommer : surnommer / coper : couper / les arpes : les arbres / ceulle : cette / l'cassis : le châssis / braire : pleurer / vir : voir / asteur : maintenant / orwettier (ou raviser) : regarder / ainsin : ainsi / i-souffère : il souffre / l'breongile : la bronchite / l'orfroidiss'mint : le refroidissement / l'angile : l'angine / l'prumier : le premier / l'meos : le mois / s'délaminter : se lamenter, se plaindre / canger : changer / à m'mote : selon moi, à mon idée / treos : trois / acore : encore / le is : les yeux / rouches : rouges / de l'rache : tellement / avoir catoupi : avoir des démangeaisons / orchintir : ressentir / des lanchures : des élancements, des douleurs vives / avoir du mau : avoir mal / l'deos : le dos / caire : tomber / s'dérinvier : se réveiller / les romatiques : les rhumatismes / toudis : toujours / ête patraque : ne pas se sentir bien, ne pas être dans son assiette / querre : chercher / tertous : tous / ceulle : cette / l'imache : l'image / ein diape : un diable / eine feos : une fois / ein ormète : un remède / des cloques : des cloches, petites ampoules apparaissant après une brûlure / l'inveyer : l'envoyer / s'vinte : son ventre / l'velle : la veille / quéquein : quelqu'un / oblier : oublier / printe : prendre / acouter : écouter / eine caîne : une chaîne / ein annochint : un innocent / eine aronne : une araignée / avoir de l'détoule : avoir de l'embarras, de l'ennui / cacher après : chercher / tout à n'ein queop : tout à coup / l'quémeinée : la cheminée / comarate : camarade / berler : crier / ein fuchéau (ou ein fussiéau) : un putois / mam'zelle : mademoiselle / l'éthielle : l'échelle / j'ai bin l'doute : je me moque, je n'ai cure / l'Esqueaut : l'Escaut (le fleuve qui traverse Tournai) / ruer : jeter / l'seon : le son / eine beonne naque : une bonne odeur / quoisque : qu'est-ce que / deîner : dîner / s'pourléquer : se pourlécher / sintir meonter les ieaux : avoir une profonde envie de manger / les gampes : les jambes / au mitan : au milieu / berdéler : rouspéter, manifester son mécontentement / ein infant : un enfant / osu : osé / orgretté : regretté / débalté : ce mot possède plusieurs sens, pris ici dans celui de déchaîné / queusir : choisir / amidouler : amadouer, flatter, caresser / dusque : où / qu'mincher (ou commincher : commencer / fristouiller : cuisiner, préparer le repas / ête démoliné : être démoralisé / l'orache : l'orage / pa d'zeur : par-dessus / l'Meont de l'Ternité : le Mont de la Trinité, autre nom désignant le Mont Saint-Aubert qui s'élève au Nord de Tournai / erlever (ou orlever) : relever / biête : bête / s'mucher : se cacher / les queops : les coups / les visins : les voisins / berteonner : se mot à plusieurs signification, ici pris dans celui de gronder).

S.T. février 2017.

09:32 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard. |

16 févr.
2017

12:13

Tournai : Souvenirs du Cabaret Wallon

Première partie :  Les Présidents !

En la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, la ville de Tournai possède une alerte centenaire. Fondée en 1907, la société a parcouru plus d'un siècle et son succès ne s'est jamais démenti. De son premier Président, Adolphe Wattiez jusqu'à l'actuel, Christian Bridoux, elle a drainé des dizaines et des dizaines de milliers de spectateurs ou auditeurs, amoureux d’œuvres poétiques ou humoristiques, surtout lorsque celles-ci sont exprimées dans le patois local. A l'origine, les buts avoués de ses membres fondateurs étaient de : "prouver que la Wallonie a une histoire, exalter l'art wallon et plus particulièrement tournaisien, rappeler la tradition francophile de Tournai". Les chansonniers seront les ardents défenseurs d'un patois picard, malheureusement, de plus en plus honni par les milieux bien-pensants et intellectuels qui, dans chaque région de notre pays, considéraient le parler local comme une tare, comme un langage vulgaire. Espérant s'élever dans la Société et ainsi se mettre au niveau des dirigeants et des bourgeois, certaines couches de la population trahissaient tout simplement le parler de leurs aïeux et reniaient leurs origines. 

Grâce à la presse régionale, il est possible de retrouver des visages connus, parfois aujourd'hui disparus, qui ont tous apporté leur pierre à l'édifice de la Compagnie. Remontant aux années cinquante, nous vous invitons donc à feuilleter l'album de famille de ce qu'on appelle, à Tournai : "L'Cabaret". Abordons le chapitre de ceux qui présidèrent à sa destinée. 

 

1956 RCCWT Alphonse Tassier.jpg

1956 RCCWT Charles Maillet.jpg

En 1956, lorsque disparaît Alphonse Tassier qui connut la difficile tâche de diriger le Cabaret durant les heures sombres de la guerre après la disparition en 1942 d'Ernest Ponceau, son premier Président, c'est Charles Maillet que ses pairs portent à la tête de la société. Le choix est judicieux, l'homme est un auteur patoisant qui a déjà remporté de très nombreux prix. Il dirige le groupe de chansonniers avec sagesse et pédagogie. Il faut dire qu'au moment de fêter son demi-siècle d'existence, la Royale Compagnie compte alors pas moins de vingt membres actifs.

En 1964, celui qui préside aux destinées du Cabaret depuis huit ans demande à être déchargé de sa fonction en raison de son âge, il est alors âgé de 81 ans et compte 34 années de présence au sein de l'institution patoisante tournaisienne. Il en deviendra Président d'Honneur jusqu'à son décès en 1966.

1966 RCCWT décès Charles Maillet.jpg

Un seul candidat se présente à la succession de Charles Maillet, Lucien Jardez est élu quatrième Président de la Compagnie. Il est entré au Cabaret en 1943 et est rédacteur en chef de la gazette "Les Infants d'Tournai" depuis 1958. Poète, auteur de monologues, Lucien Jardez compte également un prix d'excellence au cours dramatique du Conservatoire de Tournai. Homme d'une grande rigueur, exigeant avec lui-même, il l'est également avec les autres et sous sa présidence, il privilégie constamment la qualité à la quantité. Il va connaître la plus grande époque du Cabaret, notamment celle des revues annuelles qui attirent des milliers de personnes dans la Halle-aux-Draps et se jouent de la kermesse de septembre à la Toussaint. L'entreprise est titanesque et d'une rare qualité scénographique au point que la RTB et son réalisateur d'émissions dialectales, André Gevrey, viendront réaliser des captations des spectacles. "Un travail de pros réalisés par des amateurs (dans le sens noble du terme)" dira à cette occasion l'homme de télévision. Grâce à ses diffusions sur les antennes nationales, le Cabaret Wallon Tournaisien venait de conquérir ses lettres de noblesse mais aussi une réputation qui dépassa largement les frontières du Hainaut Occidental (comme on nommait jadis la Wallonie Picarde).

1965 RCCWT Lucien Jardez.jpg

Lucien Jardez (au centre de la photo) entre Charles Maillet (à gauche) et Hector Kensière (à droite).

Au cours de l'existence d'une société, les bons moments sont souvent ternis par des épisodes plus dramatiques comme on le verra par ailleurs. Le 27 novembre 1996, Lucien Jardez pris dans le tourbillon d'une querelle des "Anciens et des Modernes" jette le gant et rédige sa lettre de démission. 

2016.01.09 RCCWT Philippe De Smet.jpg

C'est l'accompagnateur des chansonniers, Philippe De Smet, qui est porté à la présidence, le 4 décembre 1996 (voir l'article que nous lui avons consacré dans le blog). A la veille des nonante années d'existence, c'est la toute première fois qu'un non-chansonnier prend la tête du Cabaret. Il aura la lourde tâche d'assurer le renouveau de la compagnie dont l'existence même a été sérieusement menacée quelques mois auparavant. Le cinquième Président va s'atteler à rajeunir les cadres, à faire entrer du sang neuf et à ressouder un groupe qui a été marqué par des dissensions internes mais aussi par les départs suite à des décès ou des démissions. Durant sa présidence, tous les petits et grands cabarets furent intégralement retransmis par la chaîne régionale No Télé permettant ainsi de porter l'image de la compagnie dans les foyers de Wallonie picarde, une heureuse initiative qui a pris fin récemment pour des raisons qui n'ont jamais réellement été expliquées aux téléspectateurs.  

Accaparé par ses nombreuses activités (voir également l'article que nous lui avons consacré sur le blog), Philippe cède le relais à Michel Derache, en 2008. Ce lauréat de nombreux prix au concours Prayez entre 2000 et 2005 est membre de la compagnie depuis un an seulement ! Il poursuivra le renouveau du Cabaret entamé par son prédécesseur et maintiendra la tradition des revues si appréciées du public. Celui-ci va assumer la tâche durant six années avant de passer le flambeau, au 1er janvier 2014, à Christian Bridoux qui devient le septième Président de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien (voir l'article que nous lui avons consacré). 

2016.01.09 RCCWT Christian Bridoux.jpg

Même si Christian Bridoux a un air interrogateur sur la photo, il mène le Cabaret avec sagesse et avec une vision de l'avenir comme le firent ses prédécesseurs. 

Une centaine de chansonniers a participé à cette odyssée, du sang neuf a fait son apparition ces dernières années, rejoint par "les Filles, Celles picardes", la gente uniquement masculine du Cabaret Wallon Tournaisien continue, d'année en année, à enrichir le folklore de notre cité et on espère, dans la cité des cinq clochers, qu'elle restera encore longtemps gardienne de la tradition patoisante de notre cité. 

(sources : "Chint ans d'Cabaret" de Pol Wacheul - photos : presse régionale et R. Rauwers).

S.T. février 2017.

13 févr.
2017

14:09

Tournai : balade en ville - la Grand-Place

Dans presque chaque ville, la Grand-Place (nommée parfois place du Marché) représente le cœur de la cité. Celle de Tournai, située sur la rive gauche, n'échappe pas à la règle bien qu'elle n'en soit pas le centre géographique. L'Escaut passe au milieu de la ville et la partage en deux. De forme triangulaire, elle est dominée à l'Est par le beffroi et à l'Ouest par l'église Saint-Quentin. 

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Le beffroi vu de la Grand-Place dans les années soixante (photo x)

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Le forum tournaisien est le lieu de toutes les festivités. En 2005, il abrita une partie des "floralies du Hainaut". (collection de l'auteur) 

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Spectacle de rue en 2015 (photo R. Rauwers).

tournai,grand-place,christine de lalaing

passage d'une étape du Tour de France en 1967 (presse locale)

tournai,grand-place,christine de lalaing

Longtemps, le site dit des "Douze Césars" resta un chancre au cœur de la cité (photo presse locale)

Tournai Grand-Place jets d'eau.jpg

Durant les mois d'été, auprès des terrasses des cafés et restaurants, les jets d'eau font la joie des enfants (photo R. Rauwers) 

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La statue de Christine de Lalaing (photo R. Rauwers). 

La statue de Christine de Lalaing, princesse d'Espinoy, trône au milieu du forum tournaisien. La noble dame galvanisa la population tournaisienne lors du siège de Tournai par les troupes espagnoles d'Alexandre Farnèse. Sa statue a longtemps été à l'origine d'un conflit avec les autorités religieuses. Protestante, les armes à la main, elle semble lever le bras pour désigner la cathédrale Notre-Dame. Cette attitude fut longtemps considérée comme un geste de défi en l'encontre de l'autorité religieuse. Pour cette raison, la procession historique de septembre évita durant des décennies de passer sur la Grand-Place. Tout cela est désormais de l'histoire ancienne et fait sourire le Tournaisien d'aujourd'hui.

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Vue de la Grand-Place durant les années trente. (photo : Courrier de l'Escaut)

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La Grand-Place aux maisons en ruine durant la seconde guerre (photo : X)

Lors des bombardements de la ville en mai 1940, tous les immeubles qui la ceinturaient furent détruits, seules, quelques façades restèrent debout, squelettes qui allaient donner une nouvelle vie à cet endroit prestigieux lors d'une reconstruction qui respecta les gabarits et lui redonna un aspect homogène. 

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Contre-jour qui met malheureusement en lumière les véhicules qui y stationnent (photo : F. Bauduin)

A Tournai, comme partout ailleurs, le stationnement automobile est un problème. Il faut le reconnaître, notre génération est devenue paresseuse et plus personne ne souhaite parcourir quelques mètres à pied. Le rêve des clients  de notre époque est de pouvoir stationner au plus près de la porte d'entrée du magasin à visiter. Lors de sa rénovation, il y a une vingtaine d'années, le forum devait devenir entièrement piéton. Devant la levée de boucliers des commerçants qui craignaient de perdre leur clientèle, l'autorité communale à fait machine arrière et a autorisé une centaine de places de stationnement face à l'église Saint-Quentin. Ensuite, face à la Halle-aux-Draps, fut créée une zone de stationnement limité. Pour certains cela n'est pas encore suffisant et le stationnement en double file est, chaque jour, une plaie pour la circulation. 

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La Halle-aux-Draps (voir l'article que nous lui avons consacré sur le blog).

 

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vision nocturne (photo : F. Bauduin).

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Des soirées animées (photo R. Rauwers).

Le secteur Horéca est très bien représenté sur le forum. Pratiquement un établissement sur deux est un café ou un restaurant, la vie nocturne y est donc animée et, en été, les vastes terrasses font le plein jusqu'aux petites heures.

A deux pas de la Grand-Place, au n°10 de la rue des Maux, un imposant immeuble attire l'attention, il s'agit de l'ancienne "grange aux dîmes" de l'abbaye de Saint-Martin. Les plus anciens Tournaisiens appellent encore ce bâtiment, "Le café des Brasseurs". Au début du siècle, il s'agissait d'un cabaret-brasserie réputé dans lequel étaient organisées des concerts, des réunions de sociétés, des pièces de théâtre et même des séances cinématographique. Par la suite, dans les années vingt, la salle de cinéma prit le nom de "Cinéma Vieux Tournai". Le 22 octobre 1948, il fut remplacé par le cinéma "Scala" qui ferma ses portes le 15 juin 1976 (voir l'article consacré aux cinémas tournaisiens dans le présent blog). Après une fermeture de trois ans, succéda alors le "Marché-Scala" composé d'une boucherie, d'un discount alimentaire, d'une boulangerie et d'un marchand de légumes tandis qu'en façade s'ouvrait un café. A la fermeture de cet ensemble, en 1983, la salle du rez-de-chaussée fut transformée en "Scala-Bowling" tandis que la partie avant et la cave étaient aménagées en un bar-discothèque. Voici trois ou quatre ans, le bâtiment a subi une profonde rénovation, et depuis quelques semaines, on y trouve un magasin spécialisée dans l'électronique.

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1976, fermeture du cinéma Scala (photo Nord-Eclair).

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Le bâtiment en 2005, le bar discothèque était déjà fermé (collection de l'auteur).

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2015, le bâtiment rénové. Dans la niche : la statue de Saint-Martin rappelant l'origine du bâtiment (photo R. Rauwers).

A proximité du beffroi et de la cathédrale Notre-Dame, la Grand-Place est probablement l'endroit le plus visité de Tournai par les touristes mais il y a de nombreux autres coins qui méritent aussi d'être vus. Nous poursuivrons donc notre balade !

S.T. février 2017.

14:09 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, grand-place, christine de lalaing |

11 févr.
2017

10:40

Tournai : expressions tournaisiennes (395)

De l'arpe (ou bin du corps) déquintent les branques !

S'mopère et s'mamère li aveot'ent deonné l'préneom d'Eulalie mais pou les gins du ruache ch'éteot toudis l'pétite Lalie. D'puis s'pus jeone âche, Lalie éteot eine safriquette, on diseot même que ch'éteot eine pétite serpette. Combin d'feos elle est orvenue à s'maseon avé des boches, pasqu'avé les garcheons, elle écangeot toudis des taloches. 

I-n'falleot pos cacher bin léon, elle teneot cha de s'mopère, li, à s'n'ouvrache, avé tertous, i-éteot toudis in guerre. L'paufe mamère elle ne queompteot pus les meots, les punitieons, des ormarques orchues on areot pus faire eine collectieon. Dins ein vieux classeur qu'avant-hier au guernier j'ai démuché, j'ai ortrouvé les notes qu'aux parints l'maitresse aveot inveyées :

"Pasqu'i-n'vouleot pos la laicher copier, su l'tiête de s'visin elle a rinversé l'incrier !",

"N'voulant pos v'nir au tabléeau, Lalie a deonné ein queop d'pied dins l'séeau !",

"Lalie a rué des maclottes pa d'rière m'deos pindant que l'leçeon du jour au tabléeau j'écriveos !", 

"Vo file a ortourné l'séeau plein d'ieau su l'tiête du p'tit garcheon Porio !",

"Aujord'hui, Lalie n'a pos pu aller in récréatieon, de l'rache, à tous les garcheons, elle a foutu des cachireons". 

Des meots comme les ceusses que j'viens d'lire, bé, i-d'aveot des chintaines, s'mamère elle in orcheveot au moinse chinq pindant l'sémaine.  

Lalie n'vouleot vraimint rien faire, elle n'a pos eu l'certificat primaire et, toute défoutue, l'mamère s'demindeot ce que pus tard elle alleot faire.

L'médecin d'famile lui diseot de n'pos s'amarvoyer qu'avé l'temps tout cha alleot bin finir pa s'arringer.

"In attindant, comme de l'énergie elle d'a ein p'tit queop d'treop, i-feaut li faire faire du sport, pas eximpe, l'inscrire dins ein club d'judo". 

Là-vas, i-a pos à dire, elle a été dins s'n'élémint, Lalie, elle est vite dev'nue pou tertous "l'reine du tatami". Non seul'mint elle démolisseot ses adversaires mais même l'arbitre alfeos i-voleot in l'air. Quançqu'avé s'club, elle disputeot ein tournoi à l'étringer, tertous l'surnommeot'ent : Lalie, l'tigresse d'Tournai. A s'carrière sportive naissante on a mis ein point final, l'jour qu'elle a inveyé l'intraîneu à l'hôpital. Oeillarte, clavicule, gampe mais aussi bras cassés, pindant treos meos tout plein l'heomme i-est resté alleongé. 

Quançqu'elle l'a vu, avé ses béquiles, avancher dins l'salle de sport, elle a dit : 

"Bé, milliards, quoisque ch'areot été alors si j'aveos buqué fort !". 

Comme Eulalie elle ne vouleot surtout pos rester au chômache, pindant des meos, elle a caché après d'l'ouvrache. Perseonne dins les buréeaux de l'Onem n'oseot li ouvère ein dossier pasque tous les placheus aveot'ent l'esquite d'ête dégringués. Quançque, pa l'ferniête, dins l'rue, on la veyeot approcher, les imployés queureot'ent tout à n'ein queop querre leu café !

Ein bieau jour, elle a fait l'connissance du p'tit Marcel, in carrure, i-éteot... à peu près l'mitan d'elle. Ch'a été l'queop d'foudre pou Lalie, deux meos après i-est dev'nu s'mari. 

In apprenant ce qui v'neot de s'passer, les gins dins l'ruache qu'mincheot'ent à babiéler

"Mo... Bé, l'pétit rotleot i-va ête total'mint décarcassé, l'prumière feos qui veont batt'lier, li, ch'est pos aux urginces qu'on va l'trinsporter, ch'est chez Ladavid qu'on va l'ortrouver".

Bé neon, l'lune de miel et les meos i-se seont passés, dins l'maseon on areot intindu les mouques voler. Ch'n'est pourtant pos à Lourdes qu'i-z'aveot'ent été in voyache de noce mais tout à n'ein queop Lalie s'éteot assagie, elle n'aveot pus l'air si féroce. 

Alberte et Gilbert, les visins, i-ont découvert quoisqu'i-aveot là comme mystère. L'pétit Marcel, l'heomme à l'air maladieu, sans eine couche d'graisse i-aveot rapid'mint fini pa dompter Lalie l'tigresse. 

Et dire que l'brafe Marcel i-app'leot s'n'Hercule de ce p'tit neom charmant : "M'pétite libellule".  

On a tertous l'raminvrance qu'Eulalie dins jeone temps elle n'aveot rien appris. In clair, Eulalie d'ses dix deogts elle ne sait rien faire tandis que l'pétit Marcel, li, ch'est tout l'contraire. Ménache, orpassache, rassarcissache et fristoule, ch'est c'qu'on appelle, chez nous eautes, ein véritape mécoule. Pindant que s'mari i-éteot occupé à buer, à nettier et à erloqu'ter, Lalie, assise dins s'fauteul, raviseot l'catch, l'boxe ou l'judo à l'télé. 

Ave eine parelle activité, l'soir, Lalie elle éteot léon d'ête fatiguée. Adeon, ch'est pos étonnant qu'elle s'a vite ortrouvée impanch'lée. Comme elle n'aveot jamais fait les cosses à mitan, l'lutteusse de foire a mis au meonte deux infants. On les a app'lés Donald et Vladimir, (j'comprinds, cha vous prête pétête à sourire), l'pire dins toute ceulle affaire, ch'est que mes deux gins i-seont d'véritapes "va-t-in guerre". I-feaut les vir, i-seont toudis à l'tiête de l'ein l'eaute, eine feos ch'est l'ein qui qu'minche, eine eaute feos ch'est l'eaute. Bramint d'feos, elle a bin essayé d's'interposer, no Lalie, mais les deux albrans seont cait pa d'zeur à bras raccourcis. Elle a volé d'l'eaute côté de l'pièche important au passache, l'malhureux Marcel qui éteot occupé à faire l'nettiache

Tout cha s'a passé i-a pus d'quarante ans, d'puis lors i-ont bin grandi les deux infants. Donald i-est rintré, l'an passé, in politique, i-n'feaut pos queompter d'zeur pou les problèmes d'éthique, Vladimir, i-s'est ingagé comme mercenaire et peu partout su l'tierre i-va dusqu'i-a eine guerre. L'pétit Marcel i-est asteur à Mulette et Eulalie dins eine maseon d'ertraite. D'puis que l'soir, elle fait l'tournée des médicamints avé l'infirmière et i-n'd'a pus ein seul résident qui ose orfuser et faire des misères !

Dins l'cité des cheonq clotiers souvint on dit que les infants d'cat minch'tent volontiers soris !

(lexique : l'arpe : l'arbre / déquinte : descendre / les branques : les branches / s'mopère : son père / s'mamère : sa mère / l'ruache : populairement le quartier, la rue où on habite / toudis : toujours / jeone : jeune / l'âche : l'âge / eine safriquette : une petite fille délurée, vive, en avance pour son âge / eine serpette : une petite fille hargneuse, batailleuse / des boches : des bosses / les garcheons : les garçons / écanger : échanger / bin léon : bien loin / tertous : tous / queompter : compter / les meots : les mots / des ormarques : des remarques / orchues : reçues / démucher : découvrir, dénicher / inveyer : envoyer / laicher : laisser / l'visin : le voisin / ein queop : un coup / l'séeau : le seau / des maclottes : des boulettes de papier mâché / pa d'rière : derrière / l'deos : le dos / vo file : votre fille / l'rache : la rage, la colère / ein cachireon : une gifle / les ceusses : ceux / des chintaines : des centaines / chinq : cinq / défoutue : démoralisée, découragée / s'amarvoyer : se tourmenter, s'inquiéter / eximpe : exemple / là-vas : là-bas / pou : pour / alfeos : parfois / quançque : lorsque / eine oeillarte : un oeil au beurre noir / l'gampe : la jambe / treos meos : trois mois / avancher : avancer / quoisque : qu'est-ce que / buqué : frappé / cacher après : chercher / ouvère : ouvrir / les placheus : les placeurs / avoir l'esquite : avoir peur / ête dégringué : être démantibulé, être disloqué / l'ferniête : la fenêtre / queurir : courir / tout à n'ein queop : tout à coup / querre : chercher / l'mitan : la moitié / babiéler : bavarder / ein rotleot : un roitelet (oiseau), ce mot qualifie un individu de petit stature, une personne frêle / décarcasser : briser la carcasse / batt'lier : se battre / la Maison Ladavid : pompes funèbres à Tournai / les mouques : les mouches / tout à n'ein queop : tout à coup / maladieu : maladif, malingre / avoir l'raminvrance : se souvenir / les deogts : les doigts / ménache : ménage / l'oprassache : le repassage / l'rassarcissache (ou l'rassarcissure) : la reprise d'une étoffe, le raccommodage / l'fristoule : l'art de cuisiner, de préparer les repas / ein mécoule : un homme d'intérieur, un homme qui tient le ménage (l'homme rêvé !) / buer : faire la lessive / nettier : nettoyer / erloqu'ter : nettoyer les sols avec une serpillière humide / raviser (ou orwettier) : regarder / parelle : pareille / adeon : donc / ête impanch'lée : être enceinte (expression populaire et même un peu vulgaire) / les cosses : les choses / pétête : peut-être / ceulle : cette / vir : voir / qu'mincher (ou commincher) : commencer / bramint : beaucoup / les albrans : les garnements / caire : tomber / pa d'zeur : dessus / l'pièche : la pièce / importer : emporter / l'nettiache : le nettoyage / bin : bien / d'zeur : dessus / asteur : maintenant / ertraite : retraite / orfuser : refuser / les cheonq clotiers : les cinq clochers (la cathédrale N-D).

Les infants d'cat minch'tent volontiers soris : les jeunes de chat mangent volontiers les souris. Cette expression signifie que  "les enfants héritent des qualités et des défauts des parents", elle est employée le plus souvent dans le sens péjoratif.

S.T. février 2017.

10:40 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

09 févr.
2017

10:05

Tournai : balade en ville - le quartier Saint-Piat

Saint-Piat, la chance est là !

Poursuivant notre balade dans la cité des cinq clochers, nous découvrons, aujourd'hui, le quartier Saint-Piat. En 2009, les "Ecrivains Publics de Wallonie picarde" ont consacré un excellent ouvrage à ce quartier populaire de la rive gauche. Cette rétrospective est, en effet, constituée de témoignages écrits par les habitants eux-mêmes. Ces auteurs improvisés évoquent son histoire, ses figures bien connues, ses commerces disparus, les nombreuses fêtes dont le "Sacre Saint-Piat". A Tournai, on dit qu'à Saint-Piat, la chance est là !

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Parmi les personnages qui marquèrent la vie quotidienne des habitants du quartier, on pense en premier lieu à Mademoiselle Henriette Dupret, tenancière durant plus de 50 ans du café "La Poire Cuite" situé à l'angle de la rue des Jésuites. 

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documents 1 et 2 : deux articles qui lui furent consacrés en 1965 et en 1975 par la presse locale. 

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En 1987, ce quartier d'ordinaire si tranquille fut brutalement éveillé, un dimanche matin, par une  explosion qui souffla une maison située au n°7 de la rue Albert Asou (voir l'article consacré à cet événement). (J.D.C.)

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Vaste habitation située à la rue Sainte-Catherine, à proximité de l'ancien Hospice des Vieillards (S.T).

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Immeuble situé au n°3 de la rue Saint-Piat. C'était à l'origine la maison natale et l'hôtel particulier du bourgmestre Louis Crombez qui en fit don à la ville . En 1879 s'y établit l'école de Monnel. Dans les années soixante, ce lieu alors fortement dégradé, abrita le club de boxe tournaisien et les cours communaux de Coupe et Couture, avant d'être entièrement rénové et cédé au Logis Tournaisien pour y créer du logement social et y installer les bureaux de l'A.I.S. (S.T.)

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Une petite rue typique de ce quartier : la rue des Ingers vue depuis le parc Marie-Louise. (S.T.) 

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La large rue Sainte-Catherine permet l'entrée en ville depuis le rond-point des Résistants aussi appelé : "le haricot de la Dorcas". (S.T.)

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Autre rue représentative de ce quartier : la rue des Récollets. (S.T.)

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Commerce de jadis : le cordonnier Henri Vermander au n° 21 de la rue Sainte-Catherine (document datant des années soixante aimablement transmis par Melle J. Driesens).

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Le Cercle Artistique de la rue des Clairisses fut érigé à l'emplacement de l'ancienne manufacture de tapis Piat Lefebvre. Il abrite désormais la "Maison de la Laïcité".  (R.R.)

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Si vous vous promenez du côté de la rue Madame, peut-être votre chemin croisera-t-il celui de celui du "Bourguémette", Pierre Vanden Broecke, membre de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien et "Infant d'Saint-Piat" (voir l'article qui lui a été consacré sur ce blog). 

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Une des plus célèbres habitantes, Emelie Juste dite "Gramère Cucu". Son géant est l'oeuvre d'Henri Maenhout, un habitant du quartier. Elle est devenue la figure emblématique de Saint-Piat ! (R.R.)

Emelie Juste est née le 25 janvier 1860 dans une maison de la rue des Récollets. Fille de Joseph et de son épouse Clémence Leblon, elle avait deux sœurs cadettes : Anastasie, batelière, et Germaine, verdurière. De son mariage avec Pierre Delespaul, elle aura trois enfants : Germaine, Lucienne et Hector. Verdurière de profession, elle demeura alors au n°60 de la rue Saint-Piat. Elle faisait commerce de sucettes, parapluies, bâtons de sucres colorés et plaçait son étal, composé d'une simple planche posée sur deux tréteaux, le long de l'Escaut, sur le quai du Marché au poisson. Vendant des petits bâtons sur lesquels étaient fixées des cerises, elle attirait ainsi les enfants du quartier. Leur donnant une petite claque au derrière, elle leur disait : "Ortourne vite, m'pétit cucu (retourne vite, mon petit cucu) !", Gramère Cucu l'appelaient alors les enfants, un surnom qui lui sera donné pour la postérité. Outre le géant, Gramère Cucu est représentée au musée de Folklore de Tournai, par derrière son étal, elle semble accueillir les visiteurs lors de leur arrivée au premier étage où elle intrigue encore les jeunes enfants ! ("Saint-Piat, un état d'esprit, une âme" - page 180- ouvrage collectif des Ecrivains Publics de Wallonie picarde, paru en 2009).

 (Documents photographiques : le Courrier de l'Escaut - Le Nord-Eclair - J. De Ceuninck - R. Rauwers - J. Driesens et photos de l'auteur). Je remercie également Jean-Paul Foucart pour son aide dans la recherche de documents parus dans la presse locale.

S.T. février 2017.

10:05 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

07 févr.
2017

10:11

Tournai : le coeur de la Wallonie picarde (16)

Péruwelz.

Notre balade parmi les entités qui composent la Wallonie picarde, débutée il y a quelques semaines déjà, touche, peu à peu, à sa fin. 

L'entité de Péruwelz se trouve à moins d'une quinzaine de kilomètres à l'Est de la cité des cinq clochers. Elle regroupe les anciennes communes de Baugnies, Bonsecours, Braffe, Brasménil, Bury, Callenelle, Péruwelz, Roucourt, Wasmes-Audemetz-Briffoeil et Wiers. Située le long de la frontière française, elle est voisine des villages de Flines-les-Mortagnes, Hergnies, Vieux-Condé et Condé-sur-Escaut (F). Elle est jumelée avec les communes françaises de Paray-Vieille Poste, Jaunay-Clan et Revest du Brion ainsi qu'avec la commune américaine de Brewton. 

La ville de Péruwelz est connue pour ses très nombreuses sources. Un très grand nombre de personnes habitant de part et d'autre de la frontière vient souvent s'y approvisionner en eau (à la fontaine du parc communal, de la Ferté, Tanchou, de Jaunay-Clan, de Verquesies...). Toutes les sources ne sont cependant pas potables, des mesures sont régulièrement réalisées pour le vérifier.

Le lieu de rendez-vous des Péruwelziens est le parc Simon situé au centre de la ville et son kiosque de style Art-Nouveau. Le dernier week-end du mois de juillet s'y déroulent les fêtes de la Sainte-Anne au moment de la grande ducasse de la cité. 

En ville, on découvre le buste de Jean Absil, le compositeur et pédagogue qui y est né en 1893. C'est aussi dans cette ville qu'a vu le jour, en 1896, le peintre Jean Leroy.  

On passe presque sans s'en rendre compte de Péruwelz à Bon-Secours. Cette commune est située à un peu plus de deux kilomètres de la frontière française. Au bout d'une longue avenue, elle est dominée par son imposante basilique, lieu d'un pèlerinage marial qui a débuté au Moyen-Age au lieu-dit : "Notre-Dame-du-chêne-entre-deux-bois". La basilique actuelle a été érigée entre 1885 et 1892. De style néo-gothique, elle est l'oeuvre de l'architecte anversois François Baeckelmans. Elle représente le point culminant des plaines du Parc de l'Escaut. 

En mai de chaque année, la cité rend hommage à l'occasion du "Remember Day" aux libérateurs et en particulier au premier soldat américain ayant pénétré en territoire belge, William Carroll. 

Au mois d'août se dispute la "Course des Sources", une épreuve de 13 kilomètres qui a la particularité de voir la plupart des participants porter des déguisements originaux pour le plus grand plaisir des spectateurs tandis que les athlètes engagés se disputent la victoire. 

Le dernier dimanche de septembre a lieu "l'Fiête des Rigolos", à cette occasion dans un grand cortège, les géants locaux et invités sont de sortie. On peut y voir, notamment, le "P'tit Fernand", géant à l'image de Fernand Bachelard, dit le Géant Atlas, qui fit les beaux soirs des émissions de la télévision française au temps de Jean Nohain. Né à Templeuve (Tournai), Fernand Bachelard a tenu durant longtemps un café sur la place de Bon-Secours, au pied de la basilique (voir l'article que nous lui avons consacré dans ce blog au moyen de la case "Rechercher").

 

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La forêt domaniale de Bon-Secours s'étend sur plus de trois cents hectares sur le versant belge (jusqu'à la limite de Blaton) et plus de six cents hectares en territoire français. Un peu plus de cent hectares sont classés en zone "Natura 2000". Certains disent même qu'en joignant les bois privés situés à la limite de celle-ci, on arrive à près de mille deux cents hectares composés d'arbres remarquables. Divers circuits à pied, en VTT, à cheval et même un parcours aux cimes des arbres sont possibles à partir de la Maison du Parc naturel des plaines de l'Escaut, aussi appelée "Maison de la Forêt".  

Certains ignorent encore que le village de Callenelle abrite la firme Saluc spécialisée dans la réalisation des boules de billard. Avec 80 % de la production mondiale, elle est le leader incontesté pour la production et la vente des boules pour le billard et le snooker dans le monde. 

Chaque année, le village de Wiers vous convie, lors du week-end de la Pentecôte, aux festivités organisées par le club de football local. "Wiers Pentecôte" est le rendez-vous des bons vivants depuis plus de cinquante ans et son succès est toujours confirmé (tournois de football, festivités sous chapiteau, repas, bals, animations pour petits et grands et surtout... une bière qui coule à flots). C'est la fête au village par excellence !

La région de Péruwelz est connue pour ses nombreux crossages qui ont lieu au moment du Carnaval (voir l'article que nous avons consacré sur ce blog à ces manifestations). 

Les autres villages qui constituent l'entité de Péruwelz ont conservé un caractère rural et intemporel.  

Pour les amoureux de la nature et ceux qui aiment prendre un bon bol d'air pur, voici une région de Wallonie picarde qui va totalement répondre à leur attente.

(sources : site de la ville de Péruwelz - et visites personnelles, photo : presse locale).

S.T. février 2017.