05 déc.
2016

Tournai : les traditions se perdent !

Une société qui s'individualise !

Qu'on le veuille ou non, notre Société devient de moins en moins solidaire et de plus en plus égoïste ! Il faut dire que le progrès nous a offert tous les outils nécessaires pour vivre en parfaite autonomie. Plus besoin de réunions entre voisins, comme cela se faisait jadis, pour être au courant de l'actualité. La moindre information circule désormais à la vitesse de la lumière. Que les faits se passent dans notre ville ou de l'autre côté de la planète, le monde entier est mis au courant, en quelques minutes, grâce à Internet. Plus besoin de fréquenter les bibliothèques pour découvrir, après quelques heures de difficiles recherches, l'information souhaitée dans le cadre d'une étude, celle-ci est disponible en un clic, à partir de son bureau personnel. Plus besoin de se rendre dans un cinéma ou au concert, il suffit de mettre un casque stéréo et regarder les images confortablement installé dans son fauteuil. Déjà aujourd'hui, certains ne vont même plus dans un magasin pour acheter un bien de consommation, ils commandent via leur écran et attendent la livraison à domicile. Ils ne se déplacent même plus à la banque pour payer la commande, un nouveau clic à la maison et le tour est joué. N'est-il pas temps de se poser la question de savoir si, dans un futur plus ou moins rapproché, il sera encore nécessaire de se rendre à l'école ou à l'université pour apprendre alors que les cours pourraient être disponibles sur l'ordinateur ou la tablette ? 

Le monde change et la paresse inhérente à chaque individu encourage cette rapide mutation. 

Insidieusement, ce bouleversement a atteint progressivement un domaine qu'on croyait jusqu'à là protégé, les traditions, héritages de nos aïeux qu'on se doit de léguer aux générations suivantes, moments qui reviennent annuellement, nous rapprochent et parfois nous rassurent. Peu à peu, celles-ci disparaissent et cela est encore plus criant au moment des fêtes patronales.

Dernière tradition a être encore bien respectée, la Sainte-Cécile, patronne des musiciens. A partir du 22 novembre et jusqu'à la fin du mois de janvier, les harmonies, fanfares et chorales de la régions l'honorent par des concerts se déroulant bien souvent lors d'un office religieux. 

Le 25 novembre, on fêtait jadis la Sainte-Catherine, fête des jeunes filles dont le cœur était encore à prendre et de celles qu'on coiffait parce qu'à vingt-cinq ans, elles n'avaient pas encore trouvé chaussure à leur pied. Que ce soit chez Dudans, au Roi des Radis, à la salle Provence ou dans ce qu'on appelait les "Salons" et "Grands Salons"au sein des villages, partout était organisé un "bal des Catherinettes". Depuis quelques années, on voit de moins en moins d'affiches annonçant cet événement et l'envoi de cartes postales à cette occasion a été remplacé par la transmission de cartes électroniques envoyées de chez soi en un clic !

Le 1er décembre, Saint-Eloi est vénéré par ceux qui travaillent le fer : les forgerons, les chaudronniers, les sidérurgistes, les mécaniciens, les ferblantiers, les serruriers et les cultivateurs. Au XIXe siècle, à Tournai, ce jour-là, les ateliers où d'ordinaire résonnaient le bruit des marteaux frappés sur l'enclume devenaient étrangement silencieux et, dans les campagnes, charrues et chevaux restaient à la ferme. Patrons et ouvriers assistaient à la messe célébrée tant à la cathédrale que dans les plus petites églises campagnardes. Ensuite les ouvriers (ils furent plus de 1.000 à Tournai à travailler dans les secteurs concernés) promenaient par les rues de la ville, parfois accompagnés de quelques musiciens. Cette tradition a perduré tant qu'ont survécu des entreprises comme Meura à Warchin, les Ateliers Louis Carton à Tournai, Schlumpf et bien d'autres petits ateliers aujourd'hui disparus... Il y a trente ou quarante ans, le soir du 1er décembre, on entendait encore les chants entonnés dans les cafés ou dans les rues par des ouvriers un peu éméchés. Désormais, dans certains villages, les agriculteurs sont encore les seuls à se réunir pour un banquet traditionnel mais les journaux ne publient même plus ces nombreuses photos d'agapes qui remplissaient des pages, jadis, un peu comme si cela était obsolète.  

Le 4 décembre, on fête Sainte-Barbe, patronne des pompiers, des artificiers et des mineurs. Dans la cité des cinq clochers, les hommes du feu trouvent, en ces jours de liesse, une juste récompense aux efforts consentis durant toute une année au service de la population. Jusqu'il y a peu, il y avait, tout d'abord, les souhaits au Commandant qui se déroulaient au sein de la caserne suivi par le(s) verre(s) de l'Amitié. Une bonne ambiance au sein d'une caserne est synonyme d'un excellent travail car des liens très solides sont nécessaires pour des équipes qui prennent des risques lors des interventions parfois périlleuses. Le dimanche matin, la messe de Sainte-Barbe en l'église Saint-Quentin, magnifiée par l'harmonie, rassemblait alors les pompiers, les vétérans, les familles et de très nombreux Tournaisiens soucieux de montrer leur reconnaissance à ce corps d'élite. Jusqu'au moment du transfert de la caserne vers l'extérieur de la ville, depuis la rue Perdue, on voyait arriver les hommes alignés en peloton derrière leur drapeau et emmenés par leur harmonie. Après l'office, toujours en cortège, les pompiers se rendaient à l'Hôtel de Ville pour une séance protocolaire dans un salon de la Reine parfois trop petit pour accueillir tout ce beau monde. Un banquet dans le réfectoire de la caserne clôturait cette journée festive. Le lundi, la fête se prolongeait par la "Sainte-Barbette". Au cours d'un cortège sur un thème différent chaque année, les hommes du feu visitaient les cafés de Tournai et animaient les rues de la cité de leurs facéties. Hélas, la création de la zone de secours est passée par là et cette nouvelle structure semble désormais saper ces traditions séculaires. Plus de souhaits au Commandant, absence remarquée par le public de ce dernier à l'office matinal (à moins qu'il ne soit venu incognito), présence d'un conseil communal réduit à une portion congrue (le bourgmestre faisant fonction - par ailleurs Président de la Zone de secours - et deux échevins, aucun conseiller communal), aucun représentant non plus d'associations toujours présentes jadis, peu de notables de la cité, une assistance réduite de moitié et un salon de la Reine beaucoup trop grand pour accueillir les décorés (dont les médailles ne sont pas arrivées à temps !). Voilà encore une tradition qui va probablement passer à la trappe vu que la caserne de Tournai n'est plus qu'un élément parmi tant d'autres d'un ensemble régional non encore cimenté. Chaque commune ayant ses propres traditions, l'esprit de la fusion ne peut être qu'un nivellement par le bas. Le manque de moyens financiers accordés par ceux qui ont décidé de la création de ces zones afin de faire des économies d'échelle est sans doute responsable d'une certaine démotivation des troupes, d'une administration outrancière et de la mise en évidence d'un esprit de clocher néfaste lorsque la sécurité des citoyens est en jeu.

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Le 6 décembre, Saint-Nicolas n'était pas seulement la fête des enfants sages qui perdure heureusement mais elle était aussi celle des employés de banque. Au sein de ces organismes, des fêtes étaient organisées, plus ou moins somptueuses, allant du verre pris entre collègues à des banquets organisés dans le réfectoire ou dans des restaurants de la ville. Les anciens formés en Amicale étaient toujours conviés à ces agapes, occasions de rencontrer les collègues et de se remémorer des souvenirs professionnels. Parfois même, des fêtes étaient organisées au sein des entreprises pour les enfants des membres du personnel, elles coûtaient quelques euros à l'entreprise mais faisaient beaucoup d'heureux, hélas, avec les milliards de bénéfices engrangés, il n'est plus possible d'accorder de telles dépenses si minimes soient-elles ! L'internalisation intervenue au niveau des organismes financiers a sonné le glas de cette tradition autrefois bien ancrée, la rentabilité à tout prix ne supporte la perte de quelques heures de travail et les nouveaux engagés, sous la menace constante d'un licenciement, se doivent de bosser tant et plus pour satisfaire un actionnariat de plus en plus gourmand. Les grandes banques ont déserté Tournai prônant désormais l'informatisation à outrance de leurs services dans laquelle les clients n'ont même plus besoin de se déplacer dans une agence appelée à disparaître. 

On se plaint toujours du chômage, on ne se plaint pas jamais du progrès qui, parfois, engendre celui-ci !

Il y a des vérités qui sont difficiles dire et encore plus à accepter mais personne ne peut nier le changement brutal survenu ces dernières années, une mutation de Société qui influencera bientôt la vie quotidienne de chaque citoyen. Une Société qui ne renforce pas les liens entre les individus qui la composent, une Société tournée vers l'individualisme exacerbé est appelée, un jour ou l'autre, à disparaître et ceux qui veulent, aujourd'hui, tout régir, tout décider, tout mettre en oeuvre sans concertation et sans réflexion deviendront alors les "dirigeants du néant", juste retour de manivelle!

(photo : le Courrier de l'Escaut)

S.T. décembre 2016 

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