16 août
2016

Tournai : promenade le nez en l'air.

Savoir prendre des risques et promener le nez en l'air !

"J'aime promener à l'intérieur des boulevards, il y a tant de choses, tant de choses, tant de choses à voir..."

Promener en regardant en l'air, voilà une attitude touristique qui n'est certainement pas à conseiller à ceux qui entreprennent la visite de la cité des cinq clochers. Les Tournaisiens, habitués aux anciens pavés qui composent encore le revêtement de bien des trottoirs de la ville, marcheraient plutôt en regardant leurs pieds, une chute est si vite arrivée quand on ne remarque pas la petite pierre descellée ou carrément absente. 

Pourtant, si le regard ose s'élever et dépasser l'horizontale, on découvre alors un tas d'éléments architecturaux à côté desquels nous pourrions passer cent fois.  

 

La statue de Saint-Martin de la Grange aux Dîmes.

 

2005 Tournai l'ancien Café des Brasseurs.JPG

Le bâtiment de la rue des Maux en 2005

Durant le siècle dernier, le bâtiment situé au n°10 de la rue des Maux s'est appelé successivement le "Café de Brasseurs", le "Cinéma Scala", le "Marché Scala" et le "Scala Bowling" (NDLR : reconnaissable sur la photo ci-dessus par la quille qui figure à gauche de l'entrée). Il y a quelques années la façade a été rénovée et le bâtiment transformé en appartements. 

Tournai rue des Maux la grange aux dîmes façade.jpg

Jadis, cet immeuble appartenait à la riche abbaye de Saint-Martin et apparaissait déjà dans un écrit de 1251 sous la dénomination de "Maison de Saint-Martin". Rappelons que la dîme était un impôt perçu par le clergé et les couvents jusqu'en 1789. Le bâtiment dans sa forme actuelle a été reconstruit au XVIIème siècle. Sa façade fut épargnée durant le second conflit mondial.  

Tournai rue des Maux la grange aux dîmes St Martin.jpg

Dans une niche située au sommet de la façade, on découvre la statue de Saint-Martin donnant son manteau à un pauvre. Dans le courant des années soixante, cet ensemble a failli être détruit lorsqu'un restaurant asiatique faisant face au bâtiment a été victime d'une explosion. La représentation a légèrement vacillé mais est restée sur la pierre la soutenant. On ne sait si les quelques petits dégâts constatés sur la statue sont consécutifs à ce fait divers qui a marqué les habitants de la rue. 

 

Le porche de l'abbaye de Saint-Médard.

Sur la place Roger de le Pasture, on découvre le porche de l'ancienne abbaye de Saint-Médard. Il a été restauré voici quelques années.

2005 Tournai porte de l'abbaye St Médard.JPG

C'est en 1674 que l'évêque Gilbert de Choiseul décréta, par sentence canonique, la suppression de la paroisse Sainte-Marguerite érigée en 1288. Malgré l'opposition des magistrats, d'une partie du clergé et de la population, cet arrêt fut ratifié par Louis XIV et mis en vigueur. L'église, la maison pastorale et ses dépendances devinrent la propriété des religieux de Saint-Médard en compensation de la destruction de leur couvent lors de la construction de la citadelle. En 1783, l'ordre religieux déménagea pour occuper l'ancien collège des Jésuites. On réorganisa la paroisse et l'église. Ce porche rappelle cet épisode de l’histoire religieuse de la cité. 

 

Le tympan-souvenir du Cercle Artistique.

Tournai le Cercle Artistique.jpg

Le "Cercle Artistique" de Tournai a été fondé le 28 mai 1885 en l'Hôtel des Artilleurs, à la rue Saint-Martin. Il regroupait de nombreux artistes locaux et des amoureux de l'Art. En 1887, les membres souhaitant avoir une salle d'exposition achetèrent, à la rue Saint-Piat, un terrain dépendant de l'ancienne manufacture de tapis. L'architecte Georges De Porre fut chargé de réaliser les plans du bâtiment. 

A partir de la fin de l'année 1888, les expositions de qualité vont se succéder annuellement et attirer la foule des connaisseurs non seulement tournaisiens mais aussi étrangers. 

Hélas, à partir de l'année 1970, ces salons vont perdre de leur superbe, ils n'attireront plus que quelques artistes et spectateurs. En 1985, juste cent ans après sa fondation, le Cercle Artistique sera mis en liquidation. 

Le bâtiment sera tout d'abord occupé par les Témoins de Jéhovah avant leur départ pour Warchin et ensuite deviendra la "Maison de la Laïcité". 

Le tympan reste le dernier témoignage d'une époque où l'Art faisait déplacer les foules !

 

Le bureau de Poste de la rue des Chapeliers.

 

Tournai rue de Chapeliers ancienne poste principale.jpg

Afin d'acheter des timbres, percevoir un mandat-poste, envoyer un petit colis, un recommandé.... combien de Tournaisiens ont franchi, à de multiples reprises, la porte du bureau de poste principal situé à la rue des Chapeliers ? Après avoir emprunté l'un des deux sas latéraux ou le tourniquet central vitré, le public avait accès à un hall ressemblant étrangement à la salle des pas perdus d'une gare, un vaste espace autour duquel se trouvaient les différents guichets et... où s'allongeaient, très souvent, les files de clients. 

Il y a quelques années, suite aux multiples restructurations connues par les services postaux, le bâtiment a été abandonné. Il a été transformé en appartements de standing aux étages et en un magasin de vêtements, "Le Loft", au rez-de-chaussée.

Bientôt d'autres balades !

Profitant de la fin des vacances, nous aurons l'occasion de poursuivre cette promenade, le nez en l'air, l'air de rien, à la découverte d'autre témoignages du temps passé en notre bonne ville de Tournai.

(documents photographiques : R. Rauwers - F. Bauduin et collection de l'auteur).

S.T. août 2016;

 

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