09 juin
2016

Tournai : la lente évolution de la rue de Courtrai.

Position géographique.

Sur la rive gauche de l'Escaut, dans le quartier Notre-Dame, la rue de Courtrai, tout comme la rue du Curé Notre-Dame, dont nous avons déjà parlé, située dans son prolongement, fait partie de l'axe qui traversait, jadis, en ligne directe, la ville de Tournai entre le rond-point de l'Europe (N-O) et le carrefour des Résistants (S-E). Depuis la création du piétonnier de la Croix du Centre dans les années 80 et la mise en sens unique de la place Paul Emile Janson récemment, cette liaison ne peut plus être complètement empruntée par les véhicules. Avec la rue du Curé Notre-Dame, la rue de Courtrai relie la place Paul-Emile Janson au carrefour des Quatre-Coins Saint-Jacques.

La rue dans l'Histoire.

La rue semble avoir toujours porté le nom qu'on lui connaît actuellement puisque dans les actes officiels du XIVe siècle on peut lire :

"Rente assise sur une maison au touquet de la rue de Courtray au rencq de la porte Verriers" (menues rentes 1384). La porte Verriers disparut vers 1550.

C'est ainsi qu'elle prit parfois le nom de rue des Verriers.

"Rue de Courtray, dite des Verriers" (comptes de l'hôpital Saint-Lehire de 1530).

Il semble exister une confusion sur l'origine du nom "Verriers", tout comme elle existe dans le conte de notre enfance "Cendrillon". Certains y voient l'existence d'une fabrique de verre en cet endroit, d'autres trouve l'origine de son appellation par la présence d'artisans, les vairiers, qui confectionnaient une fourrure blanche et grise. La preuve peut en être apportée par la description d'un immeuble au XVIIe siècle, à moins qu'il ne s'agisse dans l'un ou l'autre cas d'une simple faute de transcription. 

"Maison rue de Courtrai, dite des Vairiers, où pend pour enseigne la Couronne" (lettres originales de 1602).

L'historien Hoverlant avance qu'elle prit le nom de rue de l'Etoile, en raison de la présence d'un magasin d'étoffes d'Indes auquel une étoile servait d'enseigne. Dans les recherches entreprises par Bozière, aucune trace écrite n'est venue corroborer cette appellation.

Un document photographique datant du début du XIXe siècle, paru dans l'ouvrage "La carte postale raconte Tournai" nous montre une rue de Courtrai pavée un peu plus étroite que l'actuelle.

Durant la première partie du XXe siècle, on trouvait dans cette rue les enseignes suivantes :

En 1912, le "Grand Café Julien" aux 2-4 et 6, plus tard, après le premier conflit mondial, celui-ci sera remplacé par le magasin à l'enseigne : "Au Vieux Chêne" tenu par Victor Pollet, il s'agissait de deux magasins juxtaposés, le commerce d'ameublement et la boutique du tapissier Pollet.

A la même époque, au n° 25, se trouvait un commerce bien connu des Tournaisiens, la corderie tenue par Mr. Adolphe Wattiez, un des membres fondateurs de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, qui publiait ses œuvres sous le nom de "Cordier des étoupières". On y trouvait de la ficelle écrue et teinte pour emballage, de la ficelle fine en paquets, du câble flexible en acier pour poulies, des câbles de transmission en chanvre et en aloès et des cordages pour bateliers.

En 1935, au n°31, on découvrait la Fabrique Française, spécialité de lingeries, soieries, de drapés et velours.  

Lors des bombardements de la seconde guerre mondiale, tous les immeubles qui bordaient cette rue commerçante ont été détruits.

Après la seconde guerre mondiale, à la fin des années quarante, on découvrit momentanément le salon de coiffure provisoire de Mr. Soris. D'une conception simple, il était composé d'une porte d'entrée centrale entourée de deux fenêtres. La façade n'excédait pas quatre mètres et la hauteur du bâtiment était légèrement inférieure à trois mètres.

Voici deux ans, dans le cadre du projet de rénovation du quartier cathédral, la rue de Courtrai a été totalement refaite, un revêtement en dalles a succédé à la traditionnelle rue en pavés bordée d'un trottoir de chaque côté. Les emplacements de stationnement y ont été réduits mais, chaque jour, on constate que des automobilistes indélicats snobent le marquage au sol les délimitant pour stationner de façon un peu "sauvage" obligeant les piétons à marcher au centre de la voirie.

Une rue composée de commerces.

Pratiquement tous les rez-de-chaussée des immeubles bâtis dans cette rue sont dévolus au commerce, les étages sont habités soit par les propriétaires des magasins, soit par des locataires.

Depuis les années cinquante, rares sont les magasins qui ont traversé les diverses décennies, le magasin "Elec-Confort", au n°39, tenu par la famille Charlier, s'y trouve depuis sa construction au début des années soixante, la quincaillerie "le Moulin Rouge" existe toujours au n°19 tandis que le magasin Studio Sound a toujours pignon sur rue au n°10.

Combien de commerces ont ouvert et fermé leur porte durant ses soixante dernières années, on se rappelera :

"Jean's Fizz" au n°7, "Gets Sports" au n°9, "Au Voile Suisse" au n°13,  "Création Crahait", au n°11, "Clinic-Radio" au n°15, "Au Coin de Paris-Maison Vitos" au n°17, le "Palais de l'Enfant", vêtements et articles pour nouveaux-né au n°25, le "fleuriste Raes" au n°27, "Lindor" au n°29, "Auteuil Couture" au n°12, la maison "Tondelier Frères", spécialistes en équipement de bureaux au n°18, les "chaussures Nef" aux 20 et 22, la "Maison Lescal" au n°28 à laquelle succéda la "Chiffonnerie" au n°28, l'opticien "Jean Gosse" au n°30, "Electrolux" au n°32, "Printania", la fine lingerie, au n°44.

La "Maison Lhoir", au n°35, a cédé sa place au magasin de graines tenu par Jean Jacques Decock auquel a succédé un glacier, "le Palais des Glaces" et désormais "les Glaces d'Antan". Mr Roger Lhoir était le président des commerçants des "Trois Rues", une association née dans le courant des années soixante déjà en réaction à l'implantation des grandes surfaces qui commençaient à faire de l'ombre aux petits commerces. Pour les fondateurs, les Trois Rues (rue de Courtrai, rue du Curé Notre-Dame et rue de l'Hôpital Notre-Dame) étaient " le plus grand des grands magasins". Ils y organisaient des actions comme des concours de vitrines, des tombolas, des animations diverses. Les "Trois Rues" furent les premières rues dotées d'une sonorisation diffusant de la musique en journée.

Lorsque la maison bien connue des sportifs, "Tigris Sports", au n°50, tenue par Mr Moonens et son épouse a fermé ses portes, elle a accueilli la maison "Huylenbroeck" spécialisée dans la décoration de maisons et abrite maintenant la friterie "le Grain de Sel".

Des deux cafés qui existaient, "le Régent" est devenu "le Corner" tandis que le "Gambrinus", au n°21, a été transformé en un restaurant, "le Grain de Sable".

Au n°36 à 42, on trouvait jadis le concessionnaire de la marque automobile "NSU Prinz-Daf". A sa fermeture, le bâtiment garda sa fonction dans le même domaine puisqu'il fut transformé en "car-wash" et en station d'entretien et réparations de véhicules. Définitivement fermé, il attend depuis plus d'un an un éventuel repreneur.

On se rappellera encore, entre autres, le marchand de "pantoufles Libert", le nettoyage à sec "Lyris", le commerce de chaussures à l'enseigne des "Aubaines Coinne", le "Comptoir Avicole" au n°4, le magasin de sacs en cuir "Gheylens" à l'angle de la rue du Cygne. La liste des commerces disparus n'est pas exhaustive, elle remémorera bien des souvenirs aux lecteurs qui ont emprunté cette rue de Courtrai et peut-être me communiqueront-ils l'une ou l'autre information ou rectification par le biais des commentaires.

Aujourd'hui.

Actuellement, si on trouve encore de nombreuses boutiques de vêtements, un traiteur asiatique, un salon de coiffure, un magasin d'articles pour les arts graphiques, une boutique d'articles de décoration, un café, un fleuriste, un restaurant, une friterie, deux magasins d'articles audio-vidéos, une sandwicherie ou un bureau d'avocats, on dénombre, hélas, quelques vitrines vides qui attendent preneur.

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière, ouvrage paru en 1864 - "Tournai sous les bombes" d'Yvon Gahide, ouvrage paru en 1984 - programmes publicitaires des années 1902 à 1964 - "La carte postale raconte Tournai", ouvrage de Serge le Bailly de Tilleghem et Guy Demeulemeester paru en 1982. Je remercie particulièrement Mme Charlier, Daniel Glissoux et Bernard Libert qui m'ont aidé lors des recherches sur le terrain).

S.T. juin 2016.

14:06 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, rue de courtrai, les trois rues, roger lhoir |

Commentaires

Tes parcours à travers les rues de notre cité rappellent toujours beaucoup de souvenirs de jeunesse aux Tournaisiens de souche ! Tu en passes des heures pour honorer notre ville et faire le bonheur du lecteur ! Merci Serge.

J'ai bien l'impression que le magasin d'articles de ménage Lhoir a été remplacé dans les années 70, voire aussi 80, par la boutique "de blanc" Demeire qui se trouvait avant à la rue de l'Yser puis à la rue du Cygne. D'après mes souvenirs, ce n'est qu'à l'arrêt des activités de la maison Demeire que Jean-Jacques Decocq a ouvert son magasin de graines à cet endroit.

Écrit par : Jacqueline | 09/06/2016

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Sans oublier, au coin de la rue de Courtrai et du Vieux Marché au Jambon, le magasin de la famille Dupont, célèbre pour ses Ballons Noirs de Tournai.

Écrit par : biltresse | 16/06/2016

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